XVII
(2) Zbidem.
(3) Voix du Peuple du 13 déc. 1849, XIX, 39.
(4) Contr. Ec., V, 216. Les économistes d’accord en cela avec les socialistes « verraient avec joie, écrit-il, une exploitation d’ensemble qui, opérant sur une vaste échelle et faisant de larges économies de matériel, doublerait, quadruplerait peut-être le produit » ; et il fait un grief à la propriété de s'opposer à une pareille exploitation. Déjà dans le premier Mémoire, il regrette qu'avec la propriété morcelée les travailleurs soient privés des avantages « d'une franche et entière association ».
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avec pleine clarté quelques années plus tard, à propos de cette question des chemins de fer qui de bonne heure préoccupa l’homme de confiance de la maison Gauthier (1). « Sans doute, écrit-il, l’action individuelle doit jouer dans l’agriculture comme dans toute industrie un rôle considérable et toujours croissant; » elle est le grand moteur du progrès économique. Mais le développement des chemins de fer comme celui des compagnies de navigation et des institutions de crédit démontre que « l’avenir, c’est-à-dire la puissance, la liberté, la richesse, sont aux gros capitaux; qu'à l’époque où nous sommes arrivés, l’action individuelle elle-même a besoin pour se développer de s'appuyer sur le groupe, sur la solidarité des intérêts, et jusqu'à un certain point, sur leur centralisation » (2). On peut être certain que l’agriculture « l’industrie individua-
(1) Dès 1845, Proudhon, alors employé chez les Gauthier, exprime dans un article du Journal des Economistes ses vues sur les avantages comparés du transport par eau et par voies navigables. En 1855, il écrit son curieux opuscule: « Des réformes à opérer dans. l'administration des chemins de fer et des conséquences qui peuvent en résulter soit pour l'augmentation du revenu des compagnies, soit pour l’abaissement du transport, l’organisation de l’industrie voiturière et l’organisation économique de Ja société ». C'est vers le même temps que Proudhon, préoccupé d'utiliser ses capacités d'homme d’affaires, sollicite du gouvernement impérial la concession du chemin de fer de Besançon à Mulhouse (Desjardins, op. cit., p. 212, t. lj et s’associe dans cette entreprise avec Huber, l’énigmatique personnage du 15 mai 1848 (V. Sainte-Beuve, P.-J. Proudhon, p. 320 et suiv )
(2) Des Réformes à opérer dans l'exploitation des chemins de fer, XII, 262.
liste par excellence », n’échappera pas au mouvément. « De quelque manière que le sol se distribue, par petits lots ou par vastes domaines quelle que soit l'étendue des exploitations et l'indépendance des propriétés [notons ceci}, il ne nous paraît pas que le travail agricole, en demeure de subvenir à l'alimentation de masses industrielles toujours croissantes, puisse se soustraire aux conditions économiques qui seules lui permettent d'augmenter ses produits et dont la plus décisive en la circonstance est la division du travail. Or, la division du travail est le premier pas vers l’agglomération agricole : c’est elle-qui, la rendant possible, la rendra bientôt nécessaire » (1).
Proudhon se réfère ici à FÆssai de Léonce de Lavergne sur l’Æconomie agricole en Angleterre, en Ecosse et en Irlande ; et, sans doute, les observations de cet auteur, très mesurées d’ailleurs, sur les causes qui ont amené en Angleterre le recul de la petite culture (2), ont contribué à lui faire sentir l'importance en agriculture des gros capitaux (3). Surtout, ces lignes sont écrites à un moment où, sous l'impulsion de cette « féodalité Saint-Simonienne » dont les pre-
(1) Ibidem, XII, 261.
(2) « Depuis Arthur Young, écrit Léonce de Lavergne, elle est en baisse et les progrès modernes de l’agriculture ont été obtenus par des voies opposées. Elle persiste cependant-et tout porte à croire que sur quelques points au moins elle subsistera, » Essai sur l'Economie agricole, etc., Paris, 1854, p. 135.
‘ (8) L. de Lavergne, loc. cit., p. 127-128.
mières années du Second Empire marquèrent le brillant avènement (1), la concentration des entreprises fit, dans tous les domaines, des progrès subits, qui frappèrent l’imagination des contemporains, et dont nous retrouverons, dans le Manuel du Spéculateur à la Bourse, l'éloquente description. Toutes les formes de l’industrie et du commerce, mines, métallurgie, filatures, chemins de fer, batellerie, banque, etc... passaient aux mains de puissantes sociétés anonymes. Proudhon fut alors tenté d’accorder à l'association un rôle plus considérable que dans les années précédentes et dans celles qui suivirent. Mais, cela est bien remarquable, même dans ce passage du mémoire sur l’Exploilation des chemins de fer, où il met si fortement en lumière la probabilité d’une prochaine « agglomération agricole », Proudhon réserve cependant la question de l’éfendue des exploitations et de l’indépendance des propriétés. Qu'est-ce à dire? concevrait-il une forme d'association rurale qui laisserait entière la liberté des petites exploitations, tout en leur assurant la plupart des bienfaits de la grande propriété ? Telle paraît bien être sa pensée dans la théorie posthume : « Rien n'empêche, écrit-il, que plusieurs familles s’as-
(1) Manuel, XI, 391. « Une chose d’abord est devenue manifeste. La Féodalité industrielle que Fourier prédisait il y a près de 50 ans, que l’école saint-simonienne chanta ensuite, cette féodalité existe. Elle a définitivement remplacé l'anarchie industrielle qu'avait laissée à sa suite la Révolution. »
sociant pour certaines opérations, les avantages de la grande culture ne se trouvent unis à ceux de la petite propriété » (1).
Ce n’est pas à la vérité, un idéal chimérique.
La manière même dont se sont développées de nos jours, d’un si merveilleux essor, les associations agricoles semblerait plutôt le confirmer que le contredire. Si l’on s'efforce, en effet, de caractériser ces associations d’après l'influence qu’elles peuvent exercer sur la forme de la propriété ou, ce qui est plus précis, sur la forme de l’exploitation, on constate que le plus grand nombre, ayant pour objet l’achat ou la vente des denrées, la suppression des intermédiaires, le crédit mutuel, tendent essentiellement à cette organisation de la circulation, qui, nous le savons, est la préoccupation capitale de Proudhon, et qui laisse entière la division et l'indépendance des propriétés ; on constatera de plus que lorsqu'elles s’occupent de la production, ce n’est pas tant, dans l'immense majorité des cas, de la production agricole proprement dite que des diverses productions industrielles annexées à l’agriculture : ce sont des laiteries coopératives, des pressoirs coopératifs, etc., bref ce sont « des associations de production industrielle formées entre petits agriculteurs, non des associations de production agricole » (2).
(1) Théorie de la Propriété, 2e éd. p. 179, (2) Le Socialisme à l'œuvre, par Georges Renard, p. 235,
L'association de production agricole, à strictement parler, serait l'association formée entre des agriculteurs pour l'exploitation collective d’un domaine commun. Or, de telles associations ont été tentées en divers pays ; mais, sans qu'il faille prononcer en pareille matière de jugement absolu, il est certain qu'elles n'ont pas eu jusqu’à ce jour un succès comparable, même de très loin, aux deux types d'associations que nous venons de rappeler (4). Si bien que, sans préjuger de ce que l’avenir fera de l’industrie agricole, on peut dire que le rôle qu'y joue actuellement lassociation favorise non seulement l'indépendance de la propriété, mais l’individualisme de la petite exploitation elle-même.
Est-ce quelque chose de cé genre qu’a prévu et désiré Proudhon ?
Nous ne voulons pas lui prêter des précisions auxquelles il ne pouvait songer. Mais il est certain, d’une part, qu'au temps où il attaquait le plus furieusement la propriété, il maintenait, avec une énergie sur laquelle nous nous sommes expliqués, l’individualisme de la possession (2) ; et d'autre part, qu’à toute époque
(1) Le Socialisme à l'œuvre, p. 236.
(2) V. plus haut, chapitres 1 et 1717. On peut relire également, à ce point de vue le Programme Révolutionnaire de mai-juin 1848. Le rachat de la propriété une fois opéré, « les propriétaires et après eux les fermiers auraient privilège de gestion et de direction sur la propriété ». Il s’agit bien, de réserver la propriété à la collectivité, en l’espèce « à la société centrale d'agriculture chargée
il a témoigné d’une répugnance instinctive et profonde pour ces formes diverses d'exploitation collective, que prônaient autour de lui les Saint-Simoniens et les Fouriéristes. À cet égard, les critiques qu'il adresse à ces derniers sont particulièrement caractéristiques: Fourier, on le sait, ne supprime pas la propriété individuelle de la terre. Mais, préoccupé par dessus tout des avantages que peut produire l'application universelle et méthodique du principe d'association, il supprime l'exploitation individuelle. Le travail des champs est fait en commun par les « séries passionnées », harmonieusement « intriguées et contrastées » de la phalange sociétaire ». Bien plus, dans la vaste hôtellerie scientifiquement agencée de son phalanstère, Fourier favorise, s’il ne l’impose, la consommation en commun (1). La propriété individuelle, strictement ré-
de pourvoir par la création de compagnies locales à l’organisation agricole ». Mais l'exploitation doit rester individuelle, « la soli- : darité n’existant que pour les inégalités'de la nature et les accidents de force majeure ». XVII, 59 et 70. Les compagnies locales dont il est question ici sont les sociétés d'assurance mutuelle dont nous avons parlé plus haut.
(1) V. dans le même sens la préface de Ch. Gide aux Extraits de Fourier publiés par la librairie Guillaumin, p. 41. « Il est à remarquer que, à l'inverse des collectivistes, qui suppriment la propriété individuelle pour les instruments de production (terre et capitaux) et la maintiennent pour les objets de consommation, Fourier maintient la propriété individuelle (mobilière il est vrai, sous la forme d’actions) pour la terre et les capitaux, mais semble vouloir la supprimer pour les objets de consommation par sa vie d'hôtel garni. Or, s’il fallait choisir entre ces deux mutilations du droit de propriété, je préférerais celle des collectivistes ».
duite à ses caractères économiques, n’a plus ici d’autre objet que d’assurer la juste rétribution du travail, du capital et du talent, de provoquer l’action de la « cabaliste », et d’intensifier à la fois l’activité de l'individu et la productivité du groupe, A cela, une créance individuelle sur la masse commune suffit. La « phalange sociétaire est une société par actions » ; pour Fourier, écrit M. Ch. Gide, « la propriété individuelle doit se transformer peu à peu en propriété actionnaire. » Fourier est d'accord sur ce point avec les Saint-Simoniens, d'accord aussi, comme le remarque M. Gide, avec les vues de l’économie politique la plus orthodoxe (1), de M. de Molinari et de M. Yves Guyot. Mais il n’est pas du tout d'accord avec Proudhon.
Pour Proudhon, en effet, cette propriété, qui n’est qu’un simple droit impersonnel au dividende dans une société anonyme, c’est l'ombre de la propriété.
Un instant seulement il parut l’admettre, ou tout au moins s’y résigner ; c’est quand il écrivait le Manuel du Spéculateur. Le formidable développement des sociétés anonymes, dont il vient de faire l’énumération et de commenter les méfaits, l’impressionne visiblement. « L'agriculture aura son tour, écrit-il ; déjà, une société, le cheptel, pour la commandite des bestiaux, se forme, dit-on, au capital de 100 millions (2) ».
(4) Ch. Gide, ibidem, p. XXV et Molinari, Evolution Economique au XIXe siècle, p. 437 (Paris, 1880).
(2) Manuel, XI, 425. « Déjà, écrit-il, dans les Majorats littéraires
Et, devant la fatalité de ce mouvement qui lui paraîtirrésistible, voulant essayer au moins de faire tourner en définitive, à l'avantage du prolétariat, cette transformation complète des conditions de la production, et éviter que le « salarié, l'antique esclave exclu dès l’origne du monde de la Propriété » ne le soit encore « jusqu'à la consommation des siècles de la société » (1), Proudhon songera à mettre le titre mobilier, l’action, entre les mains du travailleur. Mais ce n’est là, en ce qui concerne l’agriculture, qu'un pis-aller. Que dans un très grand nombre d'industries, cette seule forme de propriété soit compatible avec les conditions nouvelles de la technique, c’est incontestable. Mais il y a comme un sacrilège, aux yeux de Proudhon, à assimiler la propriété de la terre à celle d’une «inscription de rentes », à « la propriété des écus ».
« Ce qui rend la propriété chose délectable, écrivaitil déjà en 1841, alors qu’il n'avait pas assez d’anathèmes contre la propriété, et ce passage exprime toutes ses tendresses intimes, ce qui rend la propriété chose délectable, comme le disait je ne sais quel philosophe, c’est la faculté de disposer à volonté non seulement de la
il existerait dans un certain monde un projet de conversion de la propriété foncière et d'organisation de grandes compagnies agricoles destinées à remplacer la petite culture et la petite propriété comme on a remplacé les commissionnaires de transport et les voituriers par les compagnies de chemin de fer. L'idée féodale n’est par morte en France. »
(1) Manuel, XI, 426.
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valeur de son bien, mais encore de sa nature spécifique, de l'exploiter à son plaisir, de s'y retrancher et de s’y clore, d'en excommunier les humains, comme dirait M. Pierre Leroux , en un mot d’en faire tel usage que la passion, l'intérêt, le caprice même suggèrent. Qu’estce qu’une jouissance en numéraire, une action dans une entreprise agricole et industrielle, un coupon de grand livre, à côté du charme infini d'être maître dans sa maison et dans son champ, sous sa vigne et sous son figuier ? Peali possidentes dit un auteur cité par M. Troplong ; en bonne foi, cela peut-il s'appliquer au banquier qui n’a d'autre possession sous le soleil que le marché et dans la poche son argent? Autant vaudrait soutenir qu’une auge est un parc. On ne cesse de déclamer contre la soif de l'or et contre l’individualisme du siècle et par la plus inconcevable contradiction, on s'apprête à transformer toutes les propriétés en une seule, la propriété des écus » (1).
(1) Deuxième Mémoire sur la propriété, I, 314. Ce passage est dirigé contre les Fouriéristes. V. aussi p. 318, Ibidem : « Ce que M. Considérant prend pour la propriété n’est qu’un privilège de haute paie. Dans le système fouriériste, ni le capital créé ni la plus-value du sol ne sont répartis eb appropriés d’une manière effective; les instruments de travail créés ou non créés restent sous la main de la phalange, le prétendu propriétaire n’en peut toucher que le revenu. Il ne lui est permis ni de réaliser immédiatement les actions qu'il a sur la compagnie, ni de posséder en propre, ni d’administrer quoi que ce soit. Le caïissier lui jette son dividende et puis, propriétaire, mange si tu peux », La différence du point de vue de Proudhon et de celui des Fouriéristes est nettement marquée dans une polémique qui surgit dans les prémiers jours de
Avec plus d’éloquence et de profondeur, il nous dira plus tard dans Justice, sa tristesse de” voir qu’on tient aujourd’hui au sol « comme à un outil » ; qu’on ne sent plus « ces attractions puissantes, cette communauté de vie que la nature a mise entre l’homme et elle » (1).
mai 1848, sur cette question de la propriété, entre le Représentant du Peuple et la Démocratie pacifique. Nous avons montré, dit le Représentant du Peuple «que, la propriété se compose en quelque sorte de deux jouissances : la possession et le revenu, que votre propriété collective supprimant la possession ne laisse plus au propriétaire que son revenu, que l'intérêt de la propriété sans le sentiment propriétaire ». Proudhon, tout au contraire, veut supprimer l'intérêt de la propriété, ou, plus exactement, la rétribution spéciale que le Fouriérisme accorde au capital. Le travail seul, à ses yeux donne des droits sur le produit du travail collectif. Mais il veut conserver le sentiment propriétaire. A cela tend sa première théorie de la possession comme la dérnière théorie de la libre propriété. « Possession et intérêt, voilà la propriété entière pour la bourgeoisie actuelle, écrit encore le Représentant du Peuple; intérêt seul, voilà la propriété pour vous ». Possession seule, pouvons-nous ajouter, xoilà la propriété pour Proudhon, voilà ce que, dès les premiers Mémoires, il veut en conserver (V.Représentant du Peuple du 5 mai 1848). « La possession est un bien », disait-il déjà en 1840 (1,313), c’est la propriété, c'est-à-dire le droit d’aubaine, c'est-à-dire l'intérêt du capital, c’est-à-dire enfin la possibilité de jouir sanstravailler qui est un vol. Voir aussi, Représentant du Peuple, du 4mai 1848 : « Non la jouissance de Ja possession et de la transmission héréditaire ne se trouve pas dans l’âme du capitaliste, c’est l'intérêt de la propriété moins le sentiment et la joie intime, continuelle et personnelle de la propriété, ce qui est bien différent pour le propriétaire. Demandez-le au socialiste Lamartine, qui a fait de si jolies phrases sur ce sentiment et cette joie de la propriété des ancêtres, sur le jardinet paternel, sur le verger planté par les aïeux, etc., etc. Vous dépoétisez la propriété en dépersonnalisant en partie le propriétaire puisque vous lui enlevez son individualité locale ».
(1) Justice, XXII, 203-204 et ce que nous disons plus haut, Zntroduction, p. 3 et suiv.
C’est à cette communauté de vie que Proudhon voudrait revenir.
Qu'il nous parle de propriété ou de possession, ce qu’il désire, c'est assurer au paysan la jouissance intime et personnelle de sa terre ; il veut, suivant une expression que nous avons déjà citée, « consommer le mariage de l’homme avec la nature » et cela n’est possible que si le cultivateur garde, dans une large mesure, la disposition de son champ, s’il a personnellement le souci et l’orgueil de le cultiver, de l’enrichir, de l’embellir, bref si, réserve faite de toutes les entreprises collectives nécessaires soit pour l’utilisation des machines soit pour les gros travaux d'aménagement du sol (drainage, irri- ‘gation, etc.) l'exploitation elle-même reste individuelle.
En résumé, quand Proudhon insiste, avec plus de précision et de force que nul autre sur l’importance qu'a prise dans le monde moderne le phénomène de la circulation, quand il reconnait le rôle qui est dévolu à l’avenir aux associations agricoles comme aux associations ouvrières, Ce n’est pas avec l'espoir d'achever, à la faveur de ce double mouvement la dépersonnalisation, comme dit M. Yves Guyot, de la propriété foncière. Il ne s’agit certes pas de fermer les yeux à l'évidence et de revenir en arrière. Il faut prendre conscience de la direction et de la puissance des forces économiques qui nous entraînent. Mais il faut garder aussi le sentiment de ce que peut la liberté
de l’homme quand elle sait faire servir à ses fins la fatalité aveugle de la nature. La circulation dans le monde moderne est tout : organisons donc la circulation (1). L'association est le moyen suprême de remédier aux insuffisances des énergies individuelles, utilisons donc l'association. Mais, quelle que soit l’intime solidarité que le développement des échanges et la multiplicité des associations établissent entre chaque parcelle et toute autre, et bien que cette solidarité rende le propriétaire étroitement dépendant de toute la vie nationale, ce que Proudhon entrevoit au terme de ce développement, ce qu’il veut, c'est un renouveau de prospérité et de vigceur pour la petite propriété paysanne.
(1) De ce point de vue, le développement des chemins de fer, moyen puissant de régulariser les échanges et de discipliner le marché, de conjurer les crises commerciales et de limiter les abus de la spéculation, apparaît à Proudhon comme une sauvegarde plutôt que comme une menace pour la petite propriété rurale.