‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 32 sur 43 · LA DERNIÈRE THÉORIE DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE THÉORIE DE LA PROPRIÉTÉ

1. La Propriété et l'Etat. — La propriété foncière est-elle une garantie contre l’absolutisme de l'Etat ? — L'’absolutisme de la propriété est corrélatif de l’absolutisme de l'Etat et doit disparaître avec celui-ci. — Supériorité théorique de l'idée de pos- Session.

Il. Immobilité ou mobilisation. — Le crédit, l'hypothèque et la propriété. — La mobilisation du crédit foncier et la mobilisation dela propriété : inquiétudes de Proudhon à ce sujet. — L'organisation du crédit comme moyen de consolider la petite propriété. — Rapport des idées de Proudhon sur la propriété absolue et de ses idées sur la banque.

À travers ses projets de réformes positives, comme à travers la riche argumentation de sa critique, l'idéal de Proudhon nous est apparu d'une remarquable unité. Mettre en relief cette unité, telle fut l’une des parties essentielles de notre tâche ; on s’est si souvent complu à ne voir que les changements etles apparentes contradictions ! Ces changements cependant sontréels, et nous ne les avons pas dissimulés. On peut les caractériser

ainsiquil suit : ce qui est constant, c’est le but, c’est : le désir qu'a Proudhon d’assurer l'indépendance des petits domaines paysans et leur approximative égalité ; ce qui change, c’est d’une part la théorie, Proudhon adoptant dans ses dernières œuvres cette pleine propriété, abusive et absolue, qu'il condamnait dans les premières ; ce sont d’autre part, les moyens pratiques, les projets de réforme, qui tendent dans les premières œuvres, avec la théorie de la possession, à la réglementation stricte et, comme on dit aujourd’hui à l’immobilisation de la propriété, tandis que dans les dernières, pleine liberté d'administration et de disposition étant laissée au propriétaire, la mobilité, en principe, est complète. , Que dirons-nous de ces changements ?

C’estpour des raisons politiques surtout, disions-nous que Proudhon trouve la possession insuffisante, et se déclare finalement pour la pleine propriété.

« Servir de contrepoids à la puissance publique, écrira-t-il dans la théorie posthume, balancer l'Etat, par ce moyen assurer la liberté individuelle, telle sera donc dans le système politique, la fonction principale de la propriété. Supprimez cette fonction, ou, ce qui revient

au même, ôtez à la propriété le caractère absolutiste que nous lui avons reconnu et qui la distingue ; imposez-lui des conditions, déclarez-la incessible et indivisible ; à l'instant elle perd sa force, elle ne pèse plus rien, elle devient un simple bénéfice, un précaire, c’est une mouvance du gouvernement, sans action contre lui(4). » Et plus loin : « La justification de [a propriëté, que nous avons vainement demandée à ses origines, prime-occupation, usucapion, Conquête, appropriation par le travail, nous la trouvons dans ses fins ; elle est essentiellement politique. Là où le domaine appartient à la collectivité, sénat, aristocratie, prince ou empereur, il n’y a que féodalité, vassalité, hiérarchie et subordination ; pas de liberté, par conséquent, ni d'autonomie. C’est pour rompre le faisceau de la souveraineté colleclive, si exorbitant, si redoutable, qu'on a érigé contre lui le domaine de propriété, véritable insigne de la souveraineté du citoyen... (2) »

Telle est la théorie ; que vaut-elle ?

Remarquons ici encore que la propriété dont nous parle Proudhon et dont il proclame la nécessaire fonction politique, c'est par excellence la propriété de la terre. Ce sens restreint du mot est constant chez lui. J'entends toujours par là, écrit-il dans les Ma- Jorats littéraires, « cette propriété foncière, do-

(1) Théorie de la Propriété, 2e éd., p. 138.

(2) Théorie de la Propriété, p. 225 et 226.

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