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celui de la destinée humaine le plus grand que puisse se proposer la raison (1). »
Il s’en préoccupa toute sa vie.
Avant même que le mémoire de 1840, affirmant l'identité, ou, comme il dit, la synonymie de la propriété et du vol (2), l’eùt posé devant l'opinion comme le plus violent des antipropriétaires, il entrevoyait, à travers la législation mosaïque un type d'organisation économique dans lequel le souci constant d’assurer « légalité des conditions et des fortunes (3) », entourait de prescriptions minutieuses la possession et la transmission des « héritages (4) ». De 1840 à 1842 la question de la propriété le domine exclusivement. Il y revient dans la Création de l'Ordre (1843) (5) et dans
les Contradictions économiques (1845) (6), dans les articles et brochures des tumultueuses années de la Révolution (1848-1852) (7), dans le grandtraité de la
(4) Contr. Ec., p. 159, t.V,
(2) Premier Mémoire, I, 16.
(3) De la célébration du dimanche, p. 174 et ce que nous disons sur le même sujet dans notre article sur les tendances maîtresses de Proudhon. Revue socialiste, février 1909, page 136.
(4)De la célébration du dimanche, p. 142 et suiv. et ce que nous disons plus loin page 34.
(5) En particulier chap. 1v, L'Economie politique.
(6) Le chapitre x1 du tome II est consacré tout entier à la propriété.
(7) Solution du problème social. — Organisation du crédit et de la circulation. — Le droit au travail et le droit de propriété. — Résumé de la question sociale : banque d'échange 1848. Confessions d'un révolutonnaire 1849, et tout particulièrement Jdée générale de la Révolution au XIXe siècle (1851).
Justice (1858) (1) et dans le mémoire sur l’Impôt (1860) (2). II la précise, d’un point de vue spécial, en 1862, à propos de la propriété littéraire (3). On pourrait croire alors, après vingt ans de réflexions et de polémiques, qu'il a tout dit. Mais à ce moment même, il nous annonce une étude nouvelle où il reprendra le problème par la base, et posera, pour la première fois, ses « conclusions (4). » C’est l’heure où la question des nationalités passionne l'opinion européenne. L'Italie achèvera-t-elle son unité ? Quedeviendra l'Allemagne ? Et la Pologne, la triste nation mutilée pour laquelle la France brùle, depuis le début du siècle, d’un romantique amour, dont on retrouve le nom, de 1830 à 1860 dans tous les espoirs, toutes les révoltes, tous les enthousiasmes populaires, dont les malheurs servaient de prétexte en 1848, au soulèvement inconsidéré du 15 mai, dont on discute le sort dans les sociétés secrètes, dans les clubs et jusque dans les associations ouvrières (5), que fera-t-on pour la Pologne (6)?
(1) Dans le chapitre sur les Biens, troisième étude.
(2) En particulier ch. 1v, $ 4, impôt sur la rente foncière.
(3) Les Majorats littéraires, examen d'un projet de loi ayant. pour but de créer au profit des auteurs, inventeurs et artistes un monopole perpétuel, æ. c., t. XVI.
(4) lbidem, p. 124.
(5: On sait que c’est dans un Congrès provoqué par la question polonaise que prit naissance, à Saint-Martin’ s Halle, le 28 septembre 1864, l’Association internationale des travailleurs.
(6) Cette préoccupation polonaise remplit la correspondance des
dernières années. Nous lui devons, outre un manuscrit encore inédit, la Théorie de la Propriété et le Principe fédératif. |
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Proudhon, qui n’est pas homme à suivre aveuglément les grands mouvements irréfléchis de l’opinion, entreprend de répondre à cette question par une patiente et scientifique étude. 11 consulte les historiens. Il s’efforce de préciser le caractère de la société polonaise et les raisons profondes de la ruine de cette nation. Mais ce qu'il retrouve au bout de son enquête, c'est encore le problème de la propriété (1). Et c’est comme un « nouveau travail sur la propriélé », qu’il annonce en 1863 son prochain livre sur la Pologne (2). Sa récente ébauche sur le Principe fédératif (3), de même que les Majorats littéraires, ne sont à ses yeux que des fragments détachés (4) de cette théorie de la Propriété qui lui semble devoir être la plus extraordinaire de ses œuvres. « Ce travail, écrit-il, formera de 100 à 120 pages pour ce qui concerne la philosophie générale de l'institution seulement. L'ouvrage entier aura deux volumes de 360 à 400 pages... J’ai cherché à bien me pénétrer de ce qu'est la propriété (c’est l’alleu que je désigne exclusivement par ce mot)la possession germanique et slave, et enfin le fief; — j'ai tâché de m’éclairer à l’aide de quelques faits historiques empruntés surtout aux institutions de Rome, du Moyen Age et de
(4) Corr., XII, 317 et XIII, 174.
(2) Lettre à M. Grandclément du 28 février 1863. Corr. XII, p. 311 et déjà Corr., XI, 311 (décembre 1861).
(3) Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le . parti de la révolution, 1863.
(4) Lettre à Grandclément, p. 312, xu.