CHAPITRE XIII
Procès de presse, suivi d'une condamnation (2 juin i858). Grande lutte ençag-ée par Proudhon contre les tribunaux et contre le gouvernement français. — 11 s'installe à Bruxelles avec toute sa famille. Il y est bien accueilli. Sa campagne contre la propriété littéraire. — Premières difficultés. — Il n'est pas compris dans l'amnistie du iG août 1859; mais l'Empereur lui faitremise de sa peinele 12 décembre 18G0. — Deuxième édition de son ouvrage sur la Justice dans la Révolution et dans l'Eglise. — Proudhon lauréat du canton de Vaud : sa Théorie de l'impôt. — Traité De la guerre et de lapai.c.Aper(^u sommaire. Effet produit en France par cette publication.
Go jour-là même, on allait, paraît-il, remettre sous presse dans trois imprimeries à la fois. Cependant six jours s'étaient écoulés déjà depuis la publication, et la police n'avait effectivement saisi que 5co exemplaires sur 6.5oo. Le 3o avril, on prenait l'ouvrage sur les boulevards pour 3o et 5o francs ! Proudhon délirait : « Sui- « vaut le libraire et d'après l'affluence des demandes,
« lio.ooo exemplaires eussent été vendus dans l'année ; (( on va publier la traduction allemande à Leipzig-. « Allons, écrivait-il à Mathej i, trunquillisez-vous sur « moi ; je n'ai pas manqué mon coup. La Justice existe « enfin; la Révolution est assise et la vieille société est « à bas. » Huit jours passent, et son allég-resse n'a pas baissé: les exemplaires du livre saisi se vendent jusqu'à 120 et 200 francs; le prince Napoléon lui en a fait demander dix « pour les personnes de sa société » ; une seconde édition va paraître en Belgique, etc. « Le suc- « ces du livre, dit-il à Maurice ^, dépasse nos espérances (c et me fait une place incomparable. Je suis défînitive- « ment un de ces écrivains dont la parole s'impose et si, « par le talent, je n'ég-ale pas les Lamartine, les Thiers, « etc., par la position, je^puis me reg-arder comme leur '( égal. Tout est sauvé... »
Il afTecte donc et peut-être éprouve-t-il un certain dédain pour les poursuites. Ayant été, h; 6 mai i858, interrogé par le juge d'instruction, il riposte en saisissant, cinq jours après, le sénat d'une pétition hautaine^. Il y répète que l'Eg-lise ne possède, en fait, aucune doctrine morale et n'en peut produire aucune; qu'elle est maintenant, dans la France révolutionnée, un établissementd'ordreinférieur, extra -constitutionnel, dont l'existence précaire n'a de raison que dans la munificence du .souverain. 11 demande en conséquence à la haute assemblée d'examiner s'il n'y a pas lieu, pour assurer le libre exercice des droits créés par la Révolution et rétablir la Constitution dans l'unité de son principe, de modifier le concordat dans le sens des articles proposés aux