‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 105 sur 169 · Lettre du 11 avril 18G · texte numérisé non relu

Lettre du 11 avril 18G

« l'idéal du g-enre humain », il sera toujours obIi;i^é, tous ses disciples seront à jamais oblig^és d'ajouter, s'ils sont de bonne foi : « Nous n'en sommes pas là ; il se passera (( des siècles avant que cet idéal soit atteint *. » Il suffit que l'humanité soit à la fois perfectible et corruptible, capable de s'abaisser ou de s'élever pour qu'on arrive à cette conclusion : les sociétés humaines seront toujours composées d'êtres faillibles; elles ne peuvent pas être, en dépit de leurs progrès, soumises à l'empire exclusif de la raison. La notion du g'ouvernement naît de leurs inévitables erreurs. Un anarchiste comme Stirner, au moment même où il déclare n'avoir pas de devoirs envers les autres, la consolide encore. Oui, l'anarchie, par cet étalage d'égoïsme et de dépravation, pose à son insu la base indestructible des g-ouvernements dans le présent et dans l'avenir.

D'ailleurs, cette justice qui g-ouvernera seule, selon le plan du réformateur, les relations humaines, ne peut pas se passer d'org-anes. Comment pourrait-elle s'en passer dès qu'on cesse de l'envisag-er comme un principe abstrait, dès que la détermination positive des rapports sociaux est en jeu ? Par cela même qu'elle est la justice en action, elle doit être la justice manifestée, la justice appliquée. Comment l'applitjuer? D'après Proudhon, la puissance politique « résultant du rapport de plusieurs « forces )) et ces forces devant se balancer les unes par les autres, la justice fait naturellement de cette balance une oblig-ation pour tous; elle n'a besoin que « d'être « expliquée et comprise pour être affirmée par tout le « monde et ag-ir ». Mais cette obscure métaphore n'enveloppe qu'une utopie. Le publiciste, contraint à

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