‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 106 sur 169 · I. LeUre du 2 novembre 18G · texte numérisé non relu

I. LeUre du 2 novembre 18G

PROUDHOM ET L'A.NARGIllE 201

poser cette question : qui garantit l'observation de la justice? répond hardiment : ft cela même « qui nous garantit que le marcliand obéira à la « pièce de monnaie *. » Cela n'est pas vrai. Rien ne peut faire que l'oblig-ation d'observer la justice, alors que celle-ci est souvent aux prises avec nos appétits et nos caprices, s'impose, même dans l'avenir, avec cette brutale évidence, comme une loi d'intérêt immédiat et palpable. Il faut donc prévoir la révolte et par conséquent, quoi qu'on puisse espérer de notre perfectibilité, org-aniserla contrainte. Il faut pouvoir mettre, à un moment donné, la force au service de la justice. C'est à quoi sert l'État: il contraint pour empêcher une autre contrainte, celle du mal -.

Aussi la nég-alion pure et simple du pouvoir n'e.xistet-elle que sur le papier. Rien de plus aisé que d'écrire : il n'y aura plus de gouvernement. Mais, quand il s'ag-it d'expliquer comment on se passera du g-ouvernement et de tracer une esquisse, même assez vague, de la société nouvelle, la sophistique révolutionnaire aboutit à des propositions incompréhensibles ou tombe dans les plus étonnantes contradictions. Proudhon ne pouvait manquerde se contredire, il s'est contredit, non pas seulement quand il a fait, en véritable socialiste d Etat, intervenir l'État pour la constitution de la valeur^ ou réclamé pour l'État tantôt le droit « de régler le tau.x des « usures et le revenu des capitau.x », tantôt celui de créer des entrepôts et des bazars ou de construire et d'exploiter les voies ferrées à l'exclusion des compa-

Page 1