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« la liberté par elle-même », c'est vouloir à tout prix commencer par la fin. Il faudrait, si l'on garde quelque souci du sens commun, débuter par le commencement, c'est-à-dire par la suppression de la criminalité. Gomme il n'ya pasd'anarchiste parfait, Proudlion, même dans son Petit catéchisme, paraît s'être laissé troubler par quelque objection de ce g-enre et finit par dévier de la ligne droite : « Police, y lit-on. A la charge des localités. » Voilà beaucoup de bruit pour peu de chose, car la police payée par les municipalités est encore la police, et le premier devoir de l'anarchiste véritable est de se demander ce que pourra gagner à ce virement d'écritures « la liberté « absolue de l'homme et du citoyen ». Loin d'y gagner, j'en ai peur, elle y pourrait bien perdre. Il pourrait se faire que les polices des petits groupes ressemblassent par beaucoup de côtés à ces justices seigneuriales dont se sont tant moqués nos ancêtres : incapables de s'élever à la conception des intérêts généraux, d'autant plus partiales et tracassières qu'elles seront plus étroitement asservies aux passions locales. Ce qu'il faut exiger, c'est que la police ne s'acquitte pas à tort et à travers de ses fonctions, qu'elle soit responsable de ses entreprises arbitraires, en un mot qu'elle ait à compter avec une magistrature. Mais ce serait là, bien entendu, pour l'anarchie, un remède pire que le mal.
L'orthodoxie anarchiste supprime, en effet, toute espèce de pouvoir judiciaire. Proudhon a sans doute écrit un jour : « Il répugne que la Justice soit considé- « rée comme un attribut de l'autorité centrale ou fédé- « raie; elle ne peut être qu'une délégation faite par les « citoyens à l'autorité municipale, tout au plus à la pro- « vinciale. » Mais cette proposition, qui laisse subsister des tiibunaux, est empruntée au traité « du principe
fédératif », dans lequel le vieux révolutionnaire transig-ea sur tant de questions. Il est vrai que, dès 1849, emporté par son indig-nation contre un rég-ime qui laissait les fonctions judiciaires à la disposition du pouvoir exécutif, Proudhon avait dit encore. « Appliquez le (( sufFrag-e universel et l'élection g-raduée aux fonctions « judiciaires; supprimez l'inamovibilité qui est l'alié- (( nation du droit électoral; ôtez à TEtat toute action, « toute influence sur l'ordre judiciaire; que cet ordre. « centralisé en lui-même et à part, ne relève plus que du « peuple; et vous aurez fait de la justice un principe de a liberté autant que d'ordre. » Mais ce n'était là qu'une concession de pure forme, une fig-ure de rhétorique, un transport oratoire.
Ce que l'anarchie proscrit, c'est « le jug-ement de « l'homme par l'homme, la condamnation de l'homme « par l'homme, la punition de l'homme par l'homme)). Les institutions judiciaires sont « les instruments de no- (( tre appreutissag-e )), « restes affaiblis, mais non défi- « g"urés,des coutumes sang-uinaires qui sig-nalèrent notre « bas-âg-e ». Bien mieux, si l'on y reg"ardede près, elles procèdent de l'anthropophag-ie *. Les mag"istrats sont sans titre pour juger parce que leur investiture est en contradiction avec le principe de la souveraineté individuelle. Donc l'abolition complète, immédiate, 5a/is Iransillon ni substitution aucune, des cours et tribunaux, est une des premières nécessités de la révolution. Quelque délai que l'on prenne pour les autres réformes; que la liquidation sociale, par exemple, ne s'etTectue qu'en ving't cinq ans et l'org-anisation des forces économiques en un demi -siècle : dans tous les cas, la. suppression des