‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 49 sur 169 · M. E. Fournière dans la Petite république française · texte numérisé non relu

M. E. Fournière dans la Petite république française

(( morale intérit-ure qu'on appelait sentiment relig"ieux, « qui donnait un caractère si haut à l'homme, à la « femme et à la famille ? Misérable, qui croyez que cela (( se remplace avec de la critique et des phrases!... Estce ce le spectacle, l'Opéra, le Vaudeville ou l'Hippodrome, (( que nous mettrons à la place de l'Eg-lise?... Il faut que « nous refassions de la morale quelque chose comme (( un culte. Nous pouvons, avec les seules forces de « l'esprit, donner une théorie, définir le droit, en force muler les applications, dire de fort belles choses. Mais « en remplir le cœur, l'âme, en faire une poésie, une (( sainte allég-resse! jamais! Il nous faut autre chose..* « Nous ne pouvons nous contenter du protestantisme; « il est aussi mort que le reste. . . Je ne vois que la famille « qui puisse nous pénétrer d'amour, de respect, de ft recueillement ; nous donner la dignité, le calme pieux, « le profond sentiment moral qu'éprouvait jadis le chré- (( tien au sortir de la communion. » Mais voici l'homme engagé, par ces belles phrases, dans un labyrinthe sans issue : il s'agit en effet de constituer la famille chrétienne sans le christianisme et d'imprégner l'union conjugale de l'idée religieuse sans la religion.

Proudhon laissait encore ou croyait laisser dans ses papiers des matériaux pour une histoire de Jéhovah et une vie de Jésus. Il éprouva, quand Renan publia sa Vie de Jésus, un grand dépit, qu'il exprima sous diverses formes, dans sa correspondance, pendant plus de six mois *. Il s'était laissé devancer! Il ne se consolait pas de ce qu'un tel concurrent fût venu « saisir la prio- (( rite de l'idée et déflorer le sujet » ! Or ses « matériaux » consistaient seulement en un certain nombre de notes

I. V., au tome XIII de cette correspondance, les lettres écrites du 9 juillet i803 au i5 février 18G4.

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qu'il avait écrites sur la marg^e d'une bible latine. Les six exécuteurs testamentaires avaient annoncé dès i865, dans leur a avertissement au lecteur », qu'ils publieraient le plus tôt possible une simple « Bible annotée )) , en plusieurs volumes ou livraisons, et ne pouvaient pas promettre autre chose, ha nouveau testament annoté par Proudhon parut, en effet, chez Lacroix, en deux tomes (18GG et 1867). Cet ouvrag-e est sans valeur. On n'y trouve pas de véritable science philolog-ique. Peu de recherches personnelles; un médiocre esprit critique. C'est très léger, très superficiel. Le tome II, qui comprend les Actes des apôtres, les Epîtres et l'Apocalypse, est encore plus insig-nifiant que le premier.

Les deux volumes sur le Césarisme et le Christianisme, de l'an 45 avant Jésus-Christ à l'an ^7^ après Jésus-ChiMst, édités en i883, avec une préface de J.-A. Lang-lois, j)ar Marpon et Flammarion, offrent plus d'intérêt. Ils contiennent une série de notes chronolog-iques. Nous nous bornons à donner une idée du plan suivant lequel elles sont disposées.

A. Introduction. Parallélisme des faits qui, en Orient, sug-g-èrenl l'idée messianique et y précipitent les masses en même temps qu'ils poussent la plèbe au césarisme. Nécessité d'une révolution intég-rale. B. Première période (de l'an 4^ avant J.-G. à l'an 71 après J.-C). Premiers temps de l'Empire ; duel entre le césarisme romain elle messianisme oriental ; formation chrétienne, G. Deuxième période (de l'an 71 à l'an iqSj. Apog-ée du césarisme. Naissance de la théologie par la gnose, et de la hiérarchie épiscopale. D. Troisième période (de l'an 198 à l'an 3i3). Despotisme militaire, dernier mot du césarisme. Réaction du césarisme contre l'idée chrétienne. Défaite du césarisme et son alliance avec

1 Eg-lisc. Concessions de cette dernière et corruption. E. Oualrième période (de 3i3 à 47''j- i° Réaction chrétienne; 2° Revanche et réaction du polythéisme; 3'' Divisions, plus furieuses encore, entre les chrétiens; 4° Incompatibilité d'humeur des nouveaux alliés, l'Empire et l'Eg-lise, tendance mutuelle à s'absorber, impossibilité d'une fusion ; 5° Abolition du prétorianisme ; G" Epuisement des provinces par le fisc ; 7° Introduction des barbares dans les armées et dans les emplois.

Proudhon n'a voulu voir dans Jésus-Christ que le prédicateur d'une révolution sociale et le précurseur du socialisme, dans le christianisme défini par le coucile de Nicée qu'une déviation de l'idée chrétienne. Nous exposerons et nous apprécierons plus loin cette thèse historique.

Enfin M'" Proudhon avait écrit, sous la dictée de son père, le scénario d'un drame intitulé : Galilée. Ce scénario bien développé, accompag-né de réflexions et de critiques, fut communiqué par l'éditeur Lacroix à M. Edmond Lepelletier, qui l'a fait précéder d'une préface intéressante et publié, en février 1890, dans la Nouvelle Revue. C'est une tentative de drame philosophique. L'auteur y fait sans doute une lég-ère concession au public en imag-inant une intrig-ue d'amour entre un jeune seig-neur et la fille de Galilée, Mais il s'ag-it là d'une jeune fille savante et philosophe, quoiqu' « avec (( prédominance de tendresse et de dévouement* ». De son côté, le jeune seigneur est « un type d'amoureu.x non « transi, qui se possède, sait ce ({u'il fait, ce qu'il veut « et où il va - )). Le plan de la pièce est peu compliqué.

1. « Ou doit sentir que l'admiration pour son ]M're, l'influence do- « meslique, bien plus que son propre géaie, l'ont tournée vers les a études » (scénario du premier acte).

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