Même scénario
soit écartée. On sait assez, dit-il, que Galilée est, de tous les enfants de l'Eg-lise, le plus soumis, que tous ses disciples sont fervents orthodoxes. Les vérités de la relig-ion sont d'un ordre supérieur, le dépôt en est confié à l'Eg-lise ; au-dessous, s'exerce la philosophie toujours prête àsacrifîer ses données aux moindressymptômes de désaccord avec la révélation. Pareilles interpellations sont téméraires, '[attentatoires au mandat ecclésiastique, aux prérogatives de l'épiscopat et induisent à tentation. Il ne se peut rien de plus édifiant que les paroles de TorriccUi. Galilée regarde son disciple d'un œil d'ironie ; refoulant sa pensée et relevant la question proposée, il se lance à fond de train dans les spéculations qui lui sont si chères. Il soutient que les vérités de la raison et celles de la foi ne forment pas deux ordres séparés par un abîme, qu'il y a entre elles un lien intime, positif; qu'elles ne forment toutes ensemble qu'une seule et même chaîne... Le savant tient l'une des extrémités delà chaîne, l'Ég-lise tient l'autre ; le problème est que chacun suive jusqu'à ce que l'on se rencontre... Entre temps, il fait voir qu'on interprète mal l'Ecriture. Torricelli exprime sa désapprobation par des marques d'impatience, mais toujours en termes équivoques, qui donnent le chang-e à la foule. Galilée finit par prophétiser, au nom de la science, une sorte de venue du Paraclet et un avenir de g-loire sans égale pour l'Eglise. Les deux espions et toute la compag-nie se retirent. Galilée reconduit ses hôtes. Si le spectacle n'est en général, comme l'a soutenu Proudhon, qu'une «excitation au plaisir et c\ la volupté », personne n'aurait pu lui reprocher d'avoir infiltré ce poison dans les veines de sesaudileuis. Ce projet de drame est néanmoins plus vivant qu'on n'aurait pu le croire. Mais, avec quelque souplesse de
plume et quelque entente de la scène qu'un penseur applique les ressources de l'art dramatique, il n'est pas vraisemblable que la clientèle des théâtres parisiens se fût intéressée lonj^-temps au procès de Galilée. Mieux vaut que notre compatriote ne se soit pas exposé à gémir, une fois de plus, sur la frivolité de l'esprit français.
Proudlion fut un écrivain de premier ordre. Il séduisit les hommes non pas seulement par son enseignement, naais par la forme de cet enseignement. L'âpreté môme de cette forme donnait aux revendications du socialisme une saveur violente. Chaque flèche était trempée dans un nouveau poison. Ce n'est rien que de trouver trois ou quatre paradoxes ; il faut les parer de certaines couleurs qui soient capables d'ensorceler la foule. Le style, à lui seul, fut, chez Proudlion, le plus lumineux et le plus attrayant des paradoxes. Il cherchait et trouvait des formules extraordinaires qui, par leur éclat et leur précision, frappaient à jamais l'imagination populaire.il avait, un jour, écrit sur un album : « après les persécuteurs, je « nehaisrien tant que les martyrs ». Jouvin, du /^/(jraro, survint et fit suivre cette phrase singulière d'une réflexion brève : « encore un coup de canon ». Proudhon se fâcha *, parce qu'il affectait de dédaigner la réclame tout en cherchant à faire du bruit. A vrai dire, il eût \ni se passer de la réclame, s'il avait suffi d'une grande éloquence naturelle pour captiver le peuple d'Athènes. Quoique incapable d'improviser à la tribune, il avait le tempérament, les ardeurs, les mouvements impétueux, les élans passionnés d'un orateur véritable. 11 harangue en écrivant. Il a l'abondance magnifi(|ue du harangueur;