‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 52 sur 169 · I. Lettre (lu 17 novembre i8G · texte numérisé non relu

I. Lettre (lu 17 novembre i8G

DERNIÈRES ANNEES. OEUVRES POSTHUMES 9:i

ou croirait, à le lire, qu'il sent un auditoire suspendu docilement à ses lèvres : il ne s'en sépare pas jusqu'à ce que l'haleine lui manque, il s'épand comme un fleuve, il est toujours sur le point de déborder. Cependant il n'a pas les nég-li§-ences et les impuretés du langag-e oratoire. Ce plébéien sculpte sa phrase avec un art profond, l'art des g-rands classiques; il descend des écrivains que protégea Louis XIV et qui achevèrent notre langue. 11 manqua, non moins que Molière, à l'Académie française. Il fut, par-dessus tout, un dialecticien. Peut-être aucun autre publiciste français du dix-neuvième siècle ne posséda-t-il à ce point l'art de déduire un raisonnement et de le pousser à ses dernières conséquences. Les propositions s'enchaînent avec une étonnante apparence de rigueur. Il met ses contradicteurs dans un incroyable embarras ; il leur fait suer sang et eau, le sait et prend à ce jeu savant un plaisir extrême. C'est le roi des sophistes. Comme la plupart des sophistes, il excelle dans l'analyse critique et faiblit dans l'exposé dogmatique. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire son premier mémoire sur la propriété : personne n'avait ainsi bousculé tous les .systèmes connus ; personne n'avait mis au pied du mur, avec une pareille vigueur, les jurisconsultes et les économistes. Mais, quand il prend la parole pour son compte et prétend nous révéler .son propre système, il est inférieur à tous ceux qu'il semblait dominer ; il balbutie, il bégaie, il se dérobe. On le lui reprochera souvent. Il cherchera donc à se laver de ce reproche. Après avoir écrit : « ne cherchons pas des idées (( organiques : de la négation seulement, nous ne pou- « vous sauver la liberté que par la négation ', » il pas-

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