‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 96 sur 169 · o août i85o · texte numérisé non relu

o août i85o

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PROUDIION ET L'ANARCHIE 185

contrefacteurs: Rittlng-hausen, Considérant, Ledru-Rollin, Em. de Girardin. « Là aussi, dans le domaine de « la pensée pure comme dans celui de la mécanique « appliquée aux arts, il y a des rivalités, des imitations, « je dirais presque des contrefaçons, si je ne craig'nais « de flétrir par un terme aussi énerg-ique une ambition « honorable et qui atteste la supériorité de la g-énération « actuelle. L'idée d'anarchie a eu cette chance ». Bien entendu, les plagiaires s'étaient fourvoyés : en faisant de la contrefaçon, ils avaient fait, bon g-ré mal gré, de la contre-révolution. Quelle que fût leur étiquette, ils n'avaient entrepris que des restaurations de l'autorité en concurrence de l'anarchie véritable.

On pourra donc, si la démocratie élève jamais une statue à Proudhon, graver sur son socle la phrase de Kropotkine.

Herzen, qui fut, dans l'ordre chronolog-ique, le second des grands nihilistes slaves, passa plusieurs années à Paris avant le coup d'Etat du 2 décembre, connut Proudhon et s'entendit aisément avec lui. A son exemple, il afficha, dès cette époque, un profond mépris pour Rousseau et pour Robespierre : il adressa même à l'avocat d'Arras, en le qualifiant de « chrétien », une injure qui résumait et dépassait, à ses yeux, toutes les autres. La parenté des deux sophistes est encore plus étroite et plus visible dans les jug-ements qu'ils ont portés l'un et l'autre sur les républicains de 1848*. La théorie

1. « Nos don OuichoUe, écrit Herzen, sont allés en guerre sans o avoir rien préparé, portant haine au rois et aux formes extérieu- « res de l'autocratie, mais portant aussi respect au jiouvnir. Ils ne « voulaient pas des prêtres, mais ils voulaient conserver l'autel ; ils « ont nommé la monarchie République : au fond, ils ne sont jias « avec le peujile; c'est ailleurs qu'est leur point de départ. Ce point « de départ est dans les livres, dans les écoles, dans les traditions <i romaines. 11 vient delà minorité civilisée, d'une ori^anisation so-

fondamentale de Herzen repose sur la conception d'une république intérieure ayant son siège dans l'esprit humain et qui se constituera lorsque celui-ci sera débarrassé de toutes ses chaînes, surtout des chaînes forg-ées par les traditions et par les relig"ions, la moralité, la responsabilité de l'homme ne pouvant commencer que par l'élimination de l'a ordre suprême ». Il est impossible de ne pas rapprocher le parodoxe nihiliste du paradoxe proudhonien selon lequel « l'essor de la justice est arrêté par la crainte de Dieu et par l'idolâtrie de l'univers » ou bien encore de cette autre proposition d'après laquelle la moralité de l'espèce procède de la conscience des nations « proportionnellement à la liberté et en « raison inverse de la foi ». Le 7 août i852, Proudhon, auquel il était beaucoup pardonné, jusqu'à nouvel ordre, par le gouvernement du prince-président, se souvint de ce disciple, qui avait été forcé de quitter le territoire français; il lui proposa d'intervenir discrètement ; «l'interdiction de la France, ajoutait-il, est inutile à « votfe gloire et à notre cause : continuez vos voyages; « mais il faut que vous puissiez venir à Paris, car en fin (( de compte on n'est libre, on ne pense que là. » Mais le Russe comprit qu'il n'aurait pas ses coudées franches dans l'empire français et que^ de Londres, il propagerait plus aisément ses idées : il ne se laissa donc pas convaincre.

En i855, ayant conçu le projet de fonder une revue intitulée « l'Étoile russe )),il offrit à Proudhon d'y collaborer. Celui-ci, qui se souciait peu de la combinaison, n'envoya que des compliments : «sans nous parler et sans

« ciale qui s'était développée contre le peuple et qui doit périr pour « que le peuple devienne libre ». C'est la quintessence même de la politique proudhonienne.

(( nous écrire, que nous le voulions ou que nous ne le « voulions pas, nous sommes l'un à l'autre des collabora- « teurs. » Herzen resta néanmoins l'un de ses correspondants. Le franc-comtois reçut à Bruxelles, nn mars 1860, un livre et une lettre de son ami, apportés par un jeune Russe. Le livre, qui contenait des détails sur la famille et la jeunesse du nihiliste, sur son « initiation à la persé- « cution », intéressa vivement notre compatriote. «Vous « étiez prédestiné, répondit-il, à devenir l'un des hom- « mes des plus importants de la Russie. Qu'est-ce que « le règne d'un ours comme Nicolas auprès de votre « propagande? Courage donc, pieux révolutionnaire! « ne ralentissez point votre travail • le temps est plus i< que jamais à l'orage et, comme toujours, vous verrez (( les événements, des événements formidables, devancer « encore la prévoyance des hommes. » Proudhon entrevoyait dès cette époque et communiquait à Herzen, mais d'une façon brève, l'idée d'une fédération révolutionnaire qui devait envolopper toute l'Europe dans son réseau.

Le plus militant de ses disciples fut Bakounine. La lecture du premier mémoire sur la propriété l'avait transporté d'admiration : il vint à Paris, où les deux hommes se connurent et se lièrent. Le cœur de Proudhon se serra quand il apprit, en novembre i852, par la Gazette d'Augsbourg, que son ami venait d'être incorporé comme simple soldat dans l'armée du Caucase*. Us portèrent aux nues l'un et l'autre, à peu près dans les mêmes termes, « l'esprit de négation », « qui ne « détruit que parce qu'il est l'éternelle et insondable (( œuvre créatrice de la vie »; l'un et l'autre ontannoncé,

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