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P.P. Rubens, l'uvre du maitre

A Anvers, sur la Place Verte, se dresse une statue colossale de Rubens: géant de quatre mètres et demi sur un piédestal de six, il domine ses concitoyens comme -Anvers domine les Pays-Bas; et le rôle joué dans le monde par l'artiste flamand ne paraît pas indigne de ce symbole monumental. Rubens lui-même est un symbole d'extraordinaire puissance, de prodigieuse fécondité; son œuvre est immense; pas un peintre qui l'égale en nombre, en diversité; peu qui, sur des points spéciaux, l'égalent ou le dépassent en talent: et sa vie même est un exemple peut-être unique de triomphe, de richesse et de bonheur. Au physique, au moral, il avait toutes les qualités. C'était un beau cavalier. < Il avait la taille grande, dit de Piles, son historien et ami, le port majestueux, le tour du visage régulièrement formé, les joues vermeilles, les cheveux châtains, les yeux brillants, mais d'un feu tempéré, l'air riant, doux et honnête. Ses portraits nombreux (Front, et p. 7, 308, 341, 437) nous disent plus encore, et qu'il avait l'air d'un parfait gentilhomme. Il avait acquis une instruction très étendue, possédait un esprit net et ouvert à tout. Ecclésiastiques, érudits, amateurs, hommes d'Etat goûtaient son commerce; à chacun il parlait son langage et, suivant de Piles, «le plaisir que les grands avaient à causer avec lui était tel que le marquis de Spinola disait que Rubens avait reçu en partage des dons si nombreux qu'à son avis, celui de la peinture était des moindres».

Toute sa vie il joua de bonheur: les difficultés matérielles, qu'il avait connues pendant son enfance, durèrent peu, juste assez pour lui faire mieux apprécier plus tard la fortune, qui vint vite et fut considérable. Il rencontra en Isabelle Brant une femme qu'il aima tendrement, dont il fut aimé et qui le rendit père de beaux enfants; ayant eu le malheur de la perdre, il épousa en secondes noces Hélène Fourment, qu'il aima passionnément, et qui, comme sa première femme, le rendit heureux, en même temps qu'elle lui donna, la cinquantaine passée, un regain de jeunesse et une nouvelle progéniture.

Le succès lui vint rapide et incontesté; de son vivant il goûta les charmes d'un triomphe que la postérité devait consacrer. Il n'eut pas de rival, Van Dyck et Jord^ens, ses élèves, étant restés des amis fidèles et des émules respectueux. Vénéré par ses compatriotes comme une gloire nationale, il fut admiré par les étrangers comme un maître universel. Son intelligence, plus vaste encore que son talent, lui fit confier par les maîtres de la terre des missions où la peinture avait mnins de part que la diplomatie; et ainsi, avec des commandes, il reçut d'eux des confidences: Richelieu et

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