SCÈNE VH
comme s’il était là, à vot’ place : Les enfants doivent obéir à leurs parents, et je suis ton père.
la grand’mère.
Eh bien, et moi, est-ce que je ne suis pas ta mère?., et je suis même plus sûre d’être ta mère que tu n’es sûr... (s'arrêtant.) Allons, bon ! v’ià qu’il va encore me faire dire des bêtises!..
MOULINET
Voyons, voyons, à quoi ça sert-il de se chamailler?.. Vous pensez à Désiré, c’est tout naturel, mais lui, il ne pense guère à vous, allez... il. ne reviendra jamais.
la .grand’mère.
Et moi je vous dis qu’il reviendra, que je lui ai écrit, que je l’attends.
MOULINET, à part.
Un bon mensonge, ça arrangera tout. (Haut.) Écoutez, je ne voulais pas vous faire de la peine... mais puisqu’il le faut... la grand’mère.
Eh bien?..
MOULINET
Eh bien, j’ai appris par un grenadier revenu au pays que le petit mauvais sujet de Désiré s’est laissé cajoler là-bas par une belle Italienne.
OLIVETTE.
Ah ! par exemple ! .
la crand’mére.
Si je le savais, moi qui ne vivais que pour lui, qui ne voulais pas mourir avant de l’embrasser, je serais dans le cas de dire à Girodeau : Tu es vieux, tu es laid, eh bien, c’est égal, épouse la jeune fille... il en arrivera ce qui pourra.
OLIVETTE.
Arrêtez! grand’mère...
MOULINET
Taisez-vous, Olivette.
OLIVETTE.
Eh bien! non, je ne me tairai pas... (a la grand’mère.) Il a reçu votre lettre, il en a pleuré de joie... Pour vous revoir, il s’est mis en route, il a marché nuit et jour... et la preuve...
TOUS
La preuve?..
C’est qu’il est là, dans votre chaumière.
la gèand’mére.
Luit ici, près de moi! mon petit Désiré, l’ange de mes vieux jours! (a olivette.) Que je t’embrasse pour ta bonne nouvelle... Non, non, je ren veux, tu Tas vu àvant moi... Mais viens donc, Pierre, viens donc embrasser ton fils. (Girodeau vient lui donner le bras.) Non, non, pas de bras, j’ai de la lorce à présent, j’ai mes jambes de quinze ans! (Elle trébuche.) Je vais
p’tit fils, p’tit mignon.
le revoir, j’ai mes jambes de quinze ans! (Elle cutre vivement dans la maison. Girodeau la suit.) ^
VOIX DE DÉSIRÉ, dans la maison.
Dans mes bras, grand’mère... Embrassez-moi encore, encore!..