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Marot aussi ea parle deux lois: dans sa 5e épitre, il mentionne. après Pégasus, « le bon cheval du gentil Pacollel » et, dans sa 45e, il dit encore : « sans le cheval de Pacollel » ( I).
Vers la même époque, on trouve un monologue de « M. Hambrelin, serviteur de maistre Aliborum, cousin germain <le Pacolel » (1537) (2).
Plus tard, dans le Pédant joué de Cyrano de Bergerac, Chasteaufort nous apprend que « si je marche, c'est en juif errant; si je cours, c'est en Pacolel : si je vole, c'esl en Dédale ».
Et, en 1690, Madame de Sévigné, se louant d'un courrier; se demande si on peut « souhaiter un plus joli pacolet ».(Dict. de Littré, supplément.)
Aussi Pacolet passe-t-il bientôt en proverbe. D'après Oudin (3), on dit vulgairement : « Il faudrait avoir le cheval île Pacolet pour aller si vite en ce lieu-là ». D'après Quitard (4), « on dit aussi il faudrait avoir le cheval Pacolet quand on veut exprimer le désir de franchir rapidement l'intervalle par lequel on est séparé d'un lieu éloigné où l'on voudrait être déjà ». Et Littré : « C'est le cheval de Pacolet, c'est un homme qui va très vite » (Ô).
Jusqu'à présent, Pacolet est resté ou bien l'enchanteur qui a fabriqué le cheval, ou le cheval lui-même. (Rabelais, Quitard.) Mais l'idée ne tarde pas à se modifier.
«Plusieurs de nos vieux poètes, dit Quitard, ont donné quelquefois le nom de Pacolet au cheval Pégase. » Et cet usage s'est étend n assez bien. Le nom de pacoulet, dit Honnorat, dans son Dictionnaire provençal- français ou dictionnaire de la langue d'oc, ancien me et moderne (Digne, 1847), « désignait autrefois le cheval Pégase. •
Ailleurs, en Angleterre, on est allé plus loin encore. L'auteur du Tatler, Steele, fait de Pacolel son bon ange; c'est un enfant qui n'a vécu qu'un moi-* ici-bas (G).
Mais, dans nos régions, se produit une transformation plus grande : le pacolet devient un talisman. Sur ce sujet, on lira avec fruit un intéressant travail de M. Stecher (dans le Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, 1" série, III, ^° partie,
(1) de Reiffenberg, Chronique rimée de Philippe Mouskes, II. p. 744.
(2) Romania, XVi, p. 503 507.
françaises, p. 93.
(4) courir en pacolet. Dana Bulletin du bibliophile, de Techeneb XIV, p. 444. ■i Inutile de di?e ici que Pacolel est aussi un nom propre. < 'esl ainsi que ■'appelai! le valel de pied du prince de Condé. (Bojleau, Epitre IX, vers i ~< t.) ".i Bibliothèque française, IV, p. 193-194.
WALI.nXI V
[i. 55-57) el une savante étude de M. Lesuisse, dans la présente revue. (II, p. L53-157; voir aussi IV, p. 81.)
Le théâtre des marionnettes de Liège avait, il esl vrai, encore conservé, il y a trente ans, le souvenir précis du vrai Pacolet, l'enchanteur, et, chose digne de remarque, le. personnage élail représenté par une poupée plus petite que les autres (Lesuisse.) Mais partout ailleurs chez nous, on avait confondu le nain avec le petit diable si connu, qui a le droit d'emporter l'âme de son possesseur s'il ne parvient a vendre le talisman moins cher qu'il ne l'a acheté. Se rattachant a l'intéressant travail de Dejardin, Dictionnaire des spots, n° 800, M. Lesïissk a don in'1, sur cette croyance, de nombreux détails, dont il faut lui savoir d'autant plus gré que de savants wallon Disants n'ont pas eu, à ce sujet, des idées aussi claires que lui.
Ainsi, Hubert, dans son Dictionnaire, est exact mais incomplet : « farfadet, dit-il, lutin, démon que le peuple croit qu'un sorcier lient à sa disposition, pour fournir de l'argent à ce dernier à sa volonté. »
Forir est encore moins complet : « Farfadet, lutin, démon. N'av nin sogn dé pàcolet? N'avez-vous pas peur du farfadet. » Il a cependant raison dans ce qu'il dit : il y a vingt ans encore on menaçait les enfants du pàcolet.
Quant à Remacle, il s'éloigne tout-à-fait el à tort, semble-t-il, de la tradition bien connue. « Fanfan, dit-il, nom d'amitié qu'on donne aux petits enfants; fam. — En mauvaise part : dadais, niais, etc. -
Citons encore ce que rapporte Grandgagnage : < Pàcolé I. Nom d'un génie ou diablotin qui indique les trésors cachés, etc. D'après le docteur Bovy, (Revue belge, XVIII, 26) c'esl aussi « une petite figure de diable qui mot l'esprit malin au service de ceux qui le portenl sur eux; » de là on dit fig. : avu 1' pâcolé, pour signifier : réussir dans tout ce que l'on entreprend. II. I. fanfan. Rem. 2. niais, id. - Pacolet est également connu dans la mythologie française; V. Phil. Mousquet, II. p. (IXIII el Tii. le roman de Valenlin et ( h-sonl. et Roq. suppl. ■
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Si Grandgagnage ne dit pas tout et s'il accorde, à notre avis, trop d'autorité à Rem vc.lk. au moins donne-t-il le fruit de recherches personnelles et des indications que d'autres n'ont pas connues.
Voilà une esquisse «le l'histoire du mot de Pacolet. Mais quelle en est l'étymologie?
M. Stecher, tenant compte de la ressemblance des noms, rapproche Paque, Paquot, Paquet: mais il n'explique pas sa conjecture.
Des commentateurs de Rabelais, Esmangart et Eloi Johanneau li). voient dans Pacolet un diminutif de Pégase; mais de Reiffenberg s'étonne, à bon droit, de cette étrange imagination (2).
Elle leur plaît cependant plus qu'une autre, qu'ils proposent également : ils ont songé à paco, vigogne, parce que cet animal porte des paquets, para.
Larousse I 1874) et Littré (1877J ont trouvé mieux. Ils recourent au polonais : « Podcholyk, espèce de valet militaire d'un hussard ou homme d'armes: grands voleurs, les pacolets étaient les diables familiers des gentilshommes. » (Littré.)
Entre « podcholyk > et « pacolet ». il n'y a que la ressemblance ,1,. quelques lettre- : si cela suffit pour dériver un mot de l'autre, on ira loin! Puis Larousse et Littré oublient de nous dire quand, où et comraenl les Français ont eu l'occasion d'emprunter un mot aux Polonais pour l'introduire dans un roman national de chevalerie: peut-être, cependant, importerait-il de le savoir.
Evidemment, aucune de ces ètymologies ne peut se défendre. Doit-on cependant désespérer et croire, avec M. Stecher, qu'il <• faudrait bien être sorcier pour en dire le dernier mot »?
Il nous semble que, sans prétendre si liant, il es! possible de faire nue nouvelle tentative dans une voie encore inexplorée.
Bien «pie le Dictionnaire de l'Académie n'accueille pas le mot de pacolet, probablement parce qu'il est technique, il existe cependant en français comme terme «le pêche. D'après Gattel (Dictionnaire universel de la langue française, 3eédit., 1819), c'esl une « cheville qui sert à amarrer les libans, a l'extrémité des paux ou boutehors qui -oui ;'i la poupe et à la prone «le la tartane». Laveaux {Nouveau Dictionnaire de la langue française, 1828) dit la même chose, sauf qu'il change le mot «l«- pauœ en baux. Boiste, Poitevin (1860) el Laroi sse donnenl également le mot avec le sens de cheville.
(I) Edition de Rabelais, 1823, IV, p. 12-13. II, CXIII-CXIV.
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Or, les chevaux magiques de la lignée de Pacolel sonl des « chevillards », des clavileno.
N'est-il donc pas permis de conjecturer que, dans la forme la plus ancienne du Valentin et Or son, on a dil «cheval à pacolel », c'est-à-dire «cheval à cheville?» Ce que, dans la suite, on aura compris comme «cheval de pacolel ». On aura alors donné au maître, qui était anonyme ou portait un autre nom, celui de Pacolet. Qu'on n'oublie pas, à ce propos, que, dans plusieurs passages cités plus liant (Rabelais, Quitard), c'esl le cheval qui s'appelle pacolet.
Ce n'est là, évidemment, qu'une conjecture et, pour arriver â la certitude, il faudrait que nos connaissances sur le Valentin et Orson fussent un peu moins rudimentaires qu'elles ne le sont. Bien qu'on ait commencé à étudier cette intéressante matière, ouest bien loin encore d'en être arrivé au dernier mot et nous devons nous contenter de ce qu'en ont dit Brunet, V, p. 1035-1037; Graesse, {Lehrbuch einer Literàrgeschichte, II, 3, !. p. 277-278); Graesse, {Trésor, VI, 1». 237-238 et Vil, p. 486); Seelmann, {Valentin und Namelos, 1884), etc.
Mais nous non avons pas fini avec Pacolel, et. remontant plus haut, il convient de rechercher d'où il vient.
Le détail caractéristique de la cheville et peut-être aussi la difformité de l'enchanteur nous montrent qu'il a été emprunté soit au Clêomaàès d'ADENET-LE-Roi, soif auMéliaein deGiRARD d'Amiens. Quoique, pour le reste, le roman de Valentin et Orson n'ait rien de commun avec ces deux poèmes, il ne semble pas douteux qu'il ne leur doive l'idéedu cheval à cheville, œuvred'un magicien difforme.
Ce n'est pas tout. Le roman de Cléomadès et celui de Méliacin sonl identiques avec le conte du cheval enchanté qui figure dans les Mille et une tin Us.
(.'écoule. ADENETet Girard ne l'onl pas directement puisé dans les Mille et une nuits; ils ont reproduil un original commun, qui est un poème espagnol.
Ce poème lui-même a l'ail des additions à l'histoire arabe ; il a ionc amplifié un texte déjà connu, qui nous semble avoir appartenu à une ancienne traduction espagnole des Mille et une nuits.
On voii donc que Pacolel remonte bien haut.
11 n'est pas nécessaire de démontrer l'identité — car il ne s'agil pas ici d'une simple ressemblance— du Cléomadès ou du Méliacin avec le coule arabe. Pour la constater, il suffll de lire, après le conte
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,lcs Mille et une nuits, soil le roman de Clèomadès édile par Van 11 vsselt ( 1 ) ou l'esquisse que le comte de Tressa* (2) en a donnée, soil l'excellent résumé «lu poème encore inédit de Girard d'Amiens, que M. G. Paris a l'ail connaître dans l'Histoire littéraire de la
France (3). .
Tous ceux qui ont l'ail cette comparaison n'ont pas hésite a proclamer l'idenditè. Tels sont de Martonne (4), Kkigiitly (5), Loiseleur (0) el Lane (7). Et l'on ne comprend pas que A an Hasselt puisse dire aussi catégoriquement que « ce n'est là qu'une simple assertion (de Keightley), qu'il sérail fort difficile de justifier » (8). Cette affirmation tranchante, qui aura égaré plus d'un chercheur, ne se comprend que si on admet «pie Van Hasselt n'a jamais lu l'histoire du Cheval enchanté dans les Mille cl une nuits.
Y Pour convaincre les plus incrédules, il suffira de résumer ici le conte comme nous le l'ont connaître les textes arabes.
Ces Lextes nous présentent deux formes différentes, dont la version si connue de Galland s'écarte assez bien.
L'une se trouve dans les éditions do Boûlâq (9), dans celle de Baïroûte(lO) el dans celle de Bombay fil). Ces textes sont identiques, m ce n'est que celui de Bombay a quelques tautes et que. dans celui ,1,. Baïroûte, il faut, notamment, signaler quelques minimes suppressions. Lane a très fidélemenl Ira lui) le texte de Boùlàq. en y ajoutant toutefois quelques phrases «lu lexte de Habicht ; il les signale, d'ailleurs, dans ses notes (12).
ili Li roumans de Clêomadès, par Adenès Li liai* public pour la première fois, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de VArsenal, « Pans, par André Van Hasselt... Bruxelles. 1865-1866. 2 vol. in-8".
(2) Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie ci ses ouvrages, par M. I vmpenon... Paris. L822. lit. p. 2r.:.-298.
(3) Histoire littéraire de la France, XXXI. p. 1TI ci suiv.
(4! Mémoires delaSociètè royale des antiquaires de France, X. p. 395 103. (18
(5) 1'. 11 e1 suiv. (1834-3
(6) LesMilleel u,,- nuits. (Edition du Panthéon littéraire), p. 610. . The Thousand and One Nights. L865, 11. p. 191.
[. p. XXII.
Boûlâq, 1297, M, p. 189-201.
(10) Ml. p. I'.'
I aussi !<■ texte <!<• Boûlâq que Bi rton ;i sui\ i. Quanl à Henning, son ; .-ni ne contienl pas encore le conte ••" <pi<'>o<>n.
H , able que 1rs traducteurs des Mille et une mais ne se fassent pas
un devoir, comme Lani , d'indiquer toujours le texte qu'ils suivenl el les altérations ,, q permettent; c'esl rendre l'étude des Mille et une nuits
n difficile à loul chercheur m1" " ' '-' Pafi arabisant.
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D'après ces textes, voici le résumé du conte :
A un roi, qui a trois filles el un fils, trois savants présentent un jour, l'un, mi paon d'or, qui crie les heures : l'autre, une trompette qui sonne quand un ennemi entre dans la ville: le troisième, un cheval magique de bois d'ébène. Il- demandent, en échange, la main des princes
Le roi accepte le paon et la trompette. Sun fils, à qui le savant 'lit de toucher une cheville pour monter, fait l'essai du cheval et s'envole. Désirant descendre, il examine le cheval et découvre qu'il faut frotter la cheville de l'épaule gauche.
Il descend alors sur la plateforme d'un beau château d'abord désert. mais qui s'anime quand arrive la fille du roi, à qui il serl de lieu de plaisance. Le prince se jette immédiatement sur l'eunuque et le renverse : la princesse, croyant que l'étranger est le fils du roi de L'Inde qui vient de demander sa main et qu'on a repoussé à cause de sa laideur, et le trouvant beau, se précipite dans ses bras.
Le roi, averti par l'eunuque, accourt. Furieux d'abord, puis rempli de crainte, il reproche au prince de ne pas avoir ouvertement demandé la main de sa fille et le menace de le taire tuer. Mais le prince, lui représentant que -a mort laissera planer des soupçons sur la princesse, lui 'dli-e soit un combat singulier, soit une lutte contre toute l'armée : .-'il est vainqueur, il sera digne de devenir son gendre.
Le lendemain, l'armée s'assemble. Le prince réclame son propre cheval; étonnement de tous en voyant qu'il se trouve sur le toitet qu'il est fait de bois. Le prince ayant l'ait écarter les troupes, monte en -elle et disparait dan- les airs; on le prend pour un magicien. Mais la princesse est profondément affligée de son départ et son père ne parvient pas à la consoler.
De retour dans son pays, le prince fait délivrer le sage de la prison où on l'avait enfermé : on le comble de présents, mais on lui refuse la main de la fille du roi, à son grand dépit.
Epris de la princesse, le prince n'écoute pas sou père qui voudrait qu'il ne se risquâtplus sur ce cheval dangereux et repart le soir. II. -e présente à la princesse, toujours malade, et la décide -an- peine à l'accompagner. Le père, averti de la fuite de sa Bile, prie en vain les amoureux de revenir : la princesse, que son ravisseur interroge a ce suiet,déclare qu'elle préfère le suivre.
I ii' retour au pays, le prince descend dan- un jardin «lu roi et y laisse la princesse avec le cheval.
II annonce son arrivée à son père, qui fait préparer un magnifique cortège pour aller chercher sa future bru. Mais le prime, revenu au jardin, ne trouve plus son amie et apprend des gardiens qu'il n'c.-t venu d'autre personne que le sage persan, en quête d'herbes utiles: il se rend compte qu'il a voulu se venger du traitement que le roi lui a l'ait subir.
Venu, en effet, pour chercher des plantes utiles, les parfums que répand autour d'elle la princesse l'ont mis en éveil : il retrouve son cheval en bon
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état, voit la prin< osse et comprend tout, Se disant envoyé par le prince pour la mènera un autre jardin et lui expliquant qu'on l'a choisi si laid par jalousie, il inspire confiance a la jeune tille et l'enlève sur le cheval. Il avoue tout alors et elle se désole. Descendu avec elle dans une prairie du pays ,1e Roûmc, il est trouvé par le roi du pays qui chasse aux environs et oui refuse de croire qu'il soit le mari de la princesse, comme il le prétend malgré les dénégations de sa victime : aussi est -il battu et jeté en prison.
Quant au prince, il s'esl misa la recherche de sa fiancée et. de pays en pays, il arrive au royaume de Roûme. Dans un khan, il apprend par la convcrsalion de marchands la venue du sage et île sa victime : informé delà ville où ils se trouvent, il s'y rend et y parvient le soir.
D'après la coutume du pays, où l'on demande aux étrangers ce qu'ils -mit et ce qu'ils savent, on le conduit à la prison, parce que le roi ne reçoit pas a cette heure tardive. .Mais les geôliers, charmés île sa beauté, ne renferment pas et le font manger avec eux. Apprenant qu'il est persan, ils lui parlent d'un compatriote, qui ne fait que pleurer : s'il était savant comme il l'assure, il guérirait la princesse captive chez le roi.
Le prince, entendant ces nouvelles, espère trouver un arrangement qui le mène à son but. Quand un le renferme le soir, il cause avec h? Persan, qui lui raconte son aventure et qui regrette d'avoir aspiré à ce qui ne lui convenait pas.
Conduit le lendemain à l'audience, le prime se fait passer pour médecin. Il obtient d'aller voir le cheval, sous prétexte qu'il peut en avoir besoin pour la cure, mais, en réalité, pour s'assurer s'il est encore en bon état ; puis, mis en présence de la princesse que le roi aime mais qui feint la folie pour échapper a tout péril, il se fail connaître et l'engage à bien accueillir le roi pour lui faire croire qu'il a amélioré son état. Elle reçoit don" bien le roi. ainsi que ses gens, et on l'orne pour la mener au bain.
Sous prétexte d'assurer à jamais saguérison, le faux médecin demande qu'on la conduise, ainsi que le cheval, au lieu où on les a trouvés : il y tuera l'esprit qui possède la malade el la ramènera sur le cheval.
En présence de l'armée, qui se lient à distance, il monte sur le cheval, y attache la princesse et pari avecelle. Le roi attend un demi-jour et ce n'est qu'a la longue que >es courtisans le consolent en le félicitant d'avoir échappé a ci' magicien.
Retour du prince en Perse. Fêtes, mariage. Le père a soin de briser le
che\ al. < In inli i me le beau -père et on lui envoie des cadeaux : il se réjouit
do- événements et reste en correspondance avec son gendre. Celui-ci succède bientôt à -on père et règne heureusement.
' 'elle forme du coule ce m me nous venons de h1 résumer ne nous semble | a- être la forme primitive el nous Irouvons plus d'une malad resse due an rédacteur.
Ainsi, bien que l'enchanteur qui a fabriqué le cheval soil forl
wallonia 13
laid, comme on l'apprend au coups du récit, celle circonstance ne semble pas avoir d'influence sur le refus qu'on lui l'ail delà main de la princesse et qu'on nes'explique pas trop.
Puis la princesse se montre fort peu réservée en se jetanl dés l'abord au cou du prince sans aucune retenue. El l'on sérail tenté de s'écrier avec Cervantes :
«Que dirémos de la facilidad cou que una reina 6 emperatriz heredera se conduce eu 1ns brazos de un amiante y non conocido caballero? » (i).
Et qu'on ne dise pas que c'est là un trail de mœurs orientales. Sans aller chercher bien loin, le cœur de la princesse ne se -amie pas si vite dans une forme populaire du coule qui se transmel encore oralement de nos jours dans l'Inde el qui a été recueillie par Mark Thornhill (2). L'argument aurait toute sa force si on voyait dan- le conte indou un dérivé des Mille et /nu' nu il. s arabes, qu'on a connues dans l'Inde à l'époque delà prospérité de l'empire mogol ('■'>): il a encore sa valeur si on admet, comme nous le croyons, que le conte indou remonte beaucoup plus liant et a vécu de sa vie propre, ainsi que le montre la forme spéciale qu'il a prise.
Enfin, on peul encore critiquer la lin de l'histoire de l'enchanteur ou, pour mieux dire, l'absence de conclusion en ce qui le concerne.
En somme, la l'orme du coule dans l'édition de Boûlâq l'ail l'impression d'une rédaction assez gauche el plus fidèle pour les faits que pour les mol ils qui les ont amenés.
L'autre forme du conte se trouve dans l'édition des Mille et une nuits de Habicht ( i) et a été traduite en allemand parWEiL (5).
Cette forme esl plus ancienne que l'autre, puisqu'elle conserve. par exemple, la mention de la fête du nouvel an. que le rédacteur de l'édition de Boùlàq semble avoir supprimée par scrupule religieux.
D'autre part, elle lui esl, littérairement, beaucoup supérieure. Son auteur est. à coup sûr, un couleur habile, sachant sacrifier les données inutiles, s'attachant à présenter des motifs el adonner, à son récit, de la suite et de la cohésion.
(1) Bon Quichotte, I, ehap. 17.
(2) Tndian Fairy Talcs. London. 1882, |>. 108-145. — D'après le résumé que donne Edith Mendham dans le Tabulation of Folkfales, u" 19 (p. 131 132).
(3) Jon. Scott. The Aràbian Nights Enter tainments. 1811, I. p. VII.
(4) Tausend und EineNacht Aràbisch. 3'" Band... Breslau. 1827- p. 326
(5) Tausend und eine Nacht. 1889, I. p. 341-355. - On ne perdra pas de vue que le conte du cheval enchanté qui figure dans l'édition allemande de Habicht n'est que la traduction de la. version de Galland.
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El cette forme esl d'autanl plus intéressante qu'elle se rapproche infiniment plus de celle çu'Aoenet el Girard ont connue et suivie. Qu'on en juge :
Le jour du aouvelan, trois savants présentent au roi de Perse Sàboûr, qui aime les sciences, des objets merveilleux. Le premier, qui est indou, offre une figure d'or tenant une trompette qui sonne quand un espion entre dans la ville et le t'ait tomber mort. Le deuxième — un grec — apporte un paon d'or entouré de vingt-quatre poussins; à chaque heure, il pique l'un de ses poussins et, a la fin du mois, ouvre le bec pour y laisser voir une lune. Le dernier est persan ; il produit un cheval d'ébène (âbnous)qui fait l'aire, en un jour, un voyage d'une année.
Epreuve faite, le roi accepte ces cadeaux et accorde aux trois savants la main de ses tilles, comme ils l'ont demandé.
Mais Le persan est vieux et hideux, d'après la description qu'on en fait, et sa fiancée se désespère. Survient son frère qui, mis par elle au courant, fait des reproches au roi. Le Persan, qui est présent, conçoit une haine violente contre le prince
Le roi ayant assuré son filsque s'il voyait le cheval, il l'admirerait, on l'apporte. Le prince émerveillé l'enfourche, mais ne peut le faire bouger ; le Persan lui dit de frotter la cheville et le prince disparait dans les airs. Le roi se désole et, l'enchanteur lui ayant dit qu'il ne reverrait plus son fils, qui, par orgueil, ne lui a pas demandé comment il pourrait descendre et à qui il a oublié de le dire, il le fait jeter en prison.
Le prince, qui est fort avisé, comprend le danger de sa situation et découvre a temps la cheville qui fait descendre. Il plane au-dessus d'une ville et. Lesoir, arrive sur la plateforme d'un château. Il descend, voit un eunuque endormi auquel il prend son sabre sans l'éveiller et, après avoir mangé ce qu'il trouve, pénètre dans une salle, où, sur un lit. dort une belle jeune fille. Il lui baise la joue et, quand «die s'éveille, lui dit que son père l'a fiancée avec lui : (die le croit, son père l'ayant, en etl'et, promise à l'un
grands de la ville. Les suivantes, s'éveillant à leur tour, courent prévenir L'eunuque. Mais le prince l'ayant repoussé, il va avertir le roi.
\rrivant en fureur, il veut tuer le prince; mais celui-ci lui représente que cequi est lait est fait; qu'il fera tort a sa fille en le tuant et en faisant ainsi dire partout qu'on a trouvé un .jouvenceau chez elle. Mieux vaudra qu'il combatte seul toute l'armée du roi ; s'il est tue. il sera puni de sa faute; s'il est vainqueur, il sera, pour le roi. un cendre avouable.
Le roi accepte et, le lendemain, le prince réclame son cheval, l'enfourche et disparaît dans les airs. Le roi croit détacher sa tille de l'inconnu en parlant de lui ave,- mépris; mais il s'aperçoit que rien ne peul la consoler.
Quant au prince, il rentre chez son père, (die/, qui tout esl en deuil.
Pendanl plusieurs jours on fête joyeusement son retour inespéré. Mais entendanl un jour chanter des vers où il esl dit. notamment, que L'absence ne fait pas oublier, ses regrets s'ôveillenl et, se cachanl de son père, il orne, grâce au cheval enchanté, (die/ la princesse.
WALLONIA 15
A.rrivé Là, il L'entend, par - - pleurs, éveille . Quand elles
-!■ sonl toutes rendormies, il éveille la prin lui promet de venir La
voir un i fois par semaine : mais elle demande à l'accompagner tout de suite.
■happent ensemble et arrivent en Perse : Le prin< sa fiancée
dans un jardin, afin qu'on vienne l'y chercher en grande pompe.
L'enchanteur, qu'on avait remis en liberté au premier retour du prince, avait pris l'habitude d'aller dans ce jardin. Ii survient et, voyant ce qui se passe, saisit l'occasion de se venger de son ennemi. îl dit à la princesse que la reine, désireuse de la voir avant tout autre mais incapable de se rendre auprès d'elle, la prie de venir la trouver; que le prince l'a choisi pour cette affaire, parc i que sa laideur rassure sa jalousie. La princesse le croit et monte avec lui sur le cheval.
Le prince ne trouvant plus sa fiancée quand il arrive avec le eortège, s'irrite contre le jardinier et. repoussant Les offres de son père qui, pour le consoler, veut le mariera qui il voudra, se met a voyager à la recherche de sou amie.
Mais elle est en Chine et, la. l'enchante ir. descendu avec «die auprès d'une source, lui avoue tout et veut obtenir son amour; naturellement, elle le repousse avec horreur. Survient le roi du pays, qui, étant à la chasse, a eu soit; bien que l'enchanteur prétende que la princesse est sa femme, il croit plutôt la princesse, qui lui dit qu'elle a été enlevée et que son ravisseur est ce vieillard, qui parcourt le monde pour montrer son cheval: aussi est-il battu et mis en prison.
Le roi voulant, à son tour, épouser la princesse, celle-ci feint une folie furieuse. Pendant toute une année, le roi essaie l'art de ton- le- -avants pour la guérir ; en vain.
De pays en pays, le prince est arrivé dans la ville où gémit son amie. Par les conversations des --eus. il apprend tout ce qui .-'est passi déguisanl en astrologue, il se présente au roi et se fait tort de guérir la malade.
Quand on l'a mem'' près d'elle, il se l'ail reconnaître et lui annonce que, s'il ne peut la sauver par ruse, il reviendra avec une armée. Sur son ordre, on la porte au bain et, a son retour, elle se montre aimable à l'égard du roi.
Le taux médecin demande alors qu'on la mené au lieu où on l'a trouvée ; le roi admire le savant pour avoir découvert ce t'ait. Il veut aus>i qu'on recherche un cheval de bois noir, auquel se rattache l'enchantement; a défaut, la malade aura, chaque moi-, une crise de folie. .Nouvel étonnement du roi en présence de la pénétration de l'astrologue.
Le cheval apport»', il y monte avec la princesse, et pendant qu'on t'ait des fumigations qui doivenl chasser l'esprit, il disparait dans les airs.
Le roi, désolé, l'ait venir l'enchanteuf et apprend de lui toute la vérité: il le blâme sévèremenl de ne pas L'avoir mis au courant de tout : mai-, de sa vie. il ne [unit se consoler de la double perte qu'il a laite.
Quant au prince, il vole, cette foi-, directement au palais de son père. Le mariage se célèbre; on avertit le beau-père, et tous vivent, jusqu'à leur tin. au sein île la plus parfaite félicité.
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Comme nous l'avons déjà dit, en comparant avec Adenet ou Girard cette seconde forme du récit, on verra sans peine qu'elle se rapproche beaucoup plus du texte suivi par les deux poètes que celle qui n.ms a été conservée dans l'édition de Boûlâq.
Elle ne nous semble toutefois pas représenter complètement le texte connu au xin" siècle.
D'abord sa perfection artistique nous prouve que c*est le rîfacimento d'un homme de talent, tandis que la versiou de Boùlàq est le résumé d'un écrivain plus soucieux de conserver les faits qu'il a enjbendu conter que de concevoir et d'exécuter une œuvre vraiment littéraire ( 1 ).
Puis, il va une suppression, qui semble voulue. D'après le texte île Boùlàq, le prince, arrivé dans le pays où séjourne la princesse captive, esl informé d'abord par des gens qui causent, puis par le jicien emprisonné, (le double épisode devait figurer dans le texte suivi par Adenet et par Girard, puisque le premier choisit les conversations des gens, el l'autre les révélations de l'enchanteur, supprimant tous les ileux un des deux épisodes, parce qu'ils y voyaient une superfétation.
G'esl avant 1285 qu'ADENET-LE-Roi écrit le Clëomadès, dont il dit tenir le sujet de Marie de Brabanl et de Blanche de France, qui élail veuve de l'infant de Castille, Ferdinand de la Gerda, et qui avaii longtemps habile l'Espagne.
Entre 1285 el 1291, Girard d'Amiens traite le même sujet, dans Méliacin, le connaissanl par l'intermédiaire de Marguerite de France el de Gaucher de Ghâtillon, comme le conjecture ingénieusement M. <;. Paris (2).
La donnée fondamentale dos deux poèmes est identique el c'esl le conte «lu cheval enchanté. Mais les poêles font allongée par des
ih Aucune forme 'lu conte ne nous semble supérieure à celle de l'édition de
comme valeur artistique, c'est la traduction de Galland qui vienl en
1 texte de l'édition <!<• Boùlàq esl gauche ci les œw res d'Adenel eu
",l- M1" ;' beaucoup moins de talenl qu'Adenel (Hist. lut. u. 193) semblent
bien h parfaites.
conte a toujours porté malheur aus imitateurs Quelque grand
'i'1"" puisse penser du talenl poétique de Platen (Besson, Annales de la
Bordeaux, 1894, p. 865-266), il faul bien reconnaître qu'en
nt, dans son po<;me des Vbbassides, au sujet du cheval enchanté des épisodes
ne. -I- Sindbâde, etc., il a. plutôl l'ail preuve de nation : la donnée primitive esl assez riche par elle-même e1 parail nble d un beau développemenl poétique.
Hist. lilt. de la France, p. 190-191.
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épi-odes — d'ailleurs différents — parce que, à cette époque, les poèmes devaient être démesurés : c'était une condition ou, tout au moins, une beauté du genre.
Girard a-t-il copié Adenet, connue l'a fait croire la ressemblance de son œuvre avec celle d' Adenet ? M. 0-. Paris donne d'excellentes raisons pour la négative. .Mais on pourrait arriver à la même conclusion, et avec plus de certitude encore, par une autre voie.
En se fondant sur la comparaison que tait M. G. Paris (1), on constate, entre les deux poèmes, des différences assez grandes on ce qui concerne la donnée principale.
Notons seulement que le Cléomadès se passe surtout en Europe et que le Méliacin nous ramène en Asie.
Ensuite, que Cléomadès rentre en possession de son cheval lors de son premier voyage, parce qu'il demande à mourir sur ce cheval, comme il sied à un chevalier de ces temps ; Méliacin. au contraire, comme dans le conte arabe, offre de combattre toute l'armée du roi.
De ces différences, on peut conclure que Girard a suivi plus fidèlement son modèle; s'il avait seulement imité Adenet, il aurait hien pu modifier certains faits, mais non faire coïncider ces modifications avec la source même à laquelle Adenet avait puisé.
Il a donc connu la même source qu' Adenet.
il n'est pas sans intérêt de savoir quelle est cette source commune des deux poèmes du moyen-âge.
Ce n'est certainement pas une traduction du conte arabe. En effet, le Cléomadès et le Méliacin contiennent un épisode commun : celui d'un combat judiciaire livré par le héros, en cause de plusieurs suivantes de l'héroïne.
Dans le conte arabe, quelle que soit sa forme, il n'y a pas trace de ce combat, judiciaire.
Il ne reste donc plus alors qu'a admettre l'existence d'un poème antérieur, qui sérail le document communiqué à Adenet et. [dus tard, à Girard.
( >r. l'existence d'un poème espagnol de ce genre nous est attestée par le comte de Tressan. « Le roman de Cléomadès. dit-il, est très ancien; j'en ai vu un exemplaire en vers espagnols dans la bibliothèque d'un savant, qui fait le meilleur usage (\es trésors qu'il a rassemblés. 11 en existe aussi deux traductions du commencement du seizième siècle, l'une en espagnol, l'autre en français. »
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Malgré les circonlocutions ênigmatiques dont de Tressan aime à se servir, comme on le faisait de son temps par horreur pour les renseignements précis, il faut reconnaître dans le savant qu'il diton Paulmy, donl la bibliothèque esl devenue celle de l'Arsenal.
Peut-on rejeter ce témoignage si précis au sujet de l'existence du poème espagnol? Nous ne le pensons pas, car de Tressan n'avait pas l'habitude d'affirmer ce qui n'est pas et on se demande, d'ailleurs, quel intérêt, quel motif il aurait pu avoir ici pour ne pas dire la vérité.
Et qu'on n'objecte pas les infidélités dont il est coutumier dans ses résumés; en cela, il était do son temps et de son pays, où, sons prétexte d' «accommodation au goût français», on se faisait un vrai devoir do mutiler les œuvres littéraires anciennes ou étrangères.
Ce poème espagnol contient, nous l'avons vu, l'épisode du combat judiciaire; il en contenait probablement d'autres encore qu'Adenel et Girard auront reproduits. Donc, ce n'est pas une traduction pure ot simple du conte arabe: c'est déjà un rifacimento.
Mais ce rifacimento suppose une traduction antérieure du conte arabe en espagnol; car la reproduction exacte de tant de détails doit faire admettre une source écrite et semble exclure l'hypothèse d'un coule connu au poète par la tradition orale seulement.
( '.c renie avait-il été traduil seul de l'arabe ou ne faisait-il pas plutôt partie d'une ver-ion plus o\i moins complète de la collection des Mille et une nuits, telle qu'elle existait alors ?
Non- penchons à admettre l'existence d'une traduction de toute l;i collection, dont <\o> découvertes ultérieures permettront peut-être un jour de reconstituer 1m composition.
Dès maintenant, d'ailleurs, à ce conte du Cheval enchanté, qui a dû y figurer, nous pouvons ajouter sur la liste de la traduction présumée l'histoire du Donneur éveillé.
En effet, un manuscrit du comte Lucanor, celui qui appartient au comte de Punonrostro, donne, sou- le n° Ôi. un fragment d'un conte qui est certainement <\<>v':\ è de celui t\^s Mille et une m/ils ( 1 ). 'écil ne figurant que dans l'un des manuscrits du comte Lucanor, on ne peut l'attribuer avec certitude à l'auteur de ce livre (cequi non- reporterait déjà à l'an 1335) (2). Mais, en tout cas, on
1 1 1 \ oir ma Bibliographie des ouvrages <r,ni>rs nu relatifs aux Arabes publiés dam l'Europe chrétienne de 1810 à 1885. Il Kalîlah, p. 102.
Imador de Los Riob. Historia critica de la Literatura espanola, IV. p. 871,
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remonte jusqu'au \v siècle, puisque le manuscril en question esl certainemenl de celle épo [ue (1). Et, vu. les modifications mbies par le conte, il i'aui admettre an long intervalle entre sa formation et la publication de son modèle.
L'existence d'une ancienne version espagnole expliquerai! peutêtre aussi les emprunts faits par le roman de Pierre et Maguelonne aux Milice/ une nuits el la ressemblance de Joconde avec le cadre de la collection arabe (2); car c'est surtout par l'Espagne que s'esl faite la communication du monde musulman au monde chrétien.
À cela on pourrait objecter qu'on ne connaît aucun manuscrit de cotte version présumée et que nul ne la cite.
Mais cette objection ne tient pas quand on se rappelle qu'en nul pays au monde on n*a aussi fréquemment et aussi systématiquement qu'en Espagne brûlé dos livres et des manuscrits.
Sans s'arrêter aux Mille et une nuits, on pourrai! encore remonter plus haut et chercher l'origine du coule dans la Perse ou dans l'Inde. Mais nous croyons ne pas devoir aborder [ci celte question (3); car nous craignons d'avoir déjà abusé de la patience du lecteur : peut-être trouve-t-il que le cheval de Pàcolel non- a emporté trop loin.
Victor CHAUVIN.
(1) Ibidem, III. p. 536, note 1 .
(2) Voir Graksse, Lehrbuch, II. :'>. 1. p. 321. — Œuvres de J. delà Fontaine, par M. Henri Régnier, IV. p. I?.— Amaki. Solwan el motà ossiano conforti poli
Tbn Zafer. 1851, p. LXII-LXIII.
Ou sait maintenant que le cadre des Mille et mie nuits étail connu en Europe avant I'Arioste; on en retrouve, on effet, une forme plus exacte dans Sercambi (xiy'-xy siècle). Voir Pio Rajna. I>> una novella ariostea <■ del suo riscontro orientale attraverso ad un nuovo spiraglio. Dans Atti délia reale Accademia dei Lincei. Séria quarta. Rendiconti. Volume V. 1° semestre (1889), p. 268 277.
{'■■>) On trouvera des données sur ce point dans la partie de Ui Bibliographie arabe qui esl consacrée aux Mille et "//<■ nuils ei qui no tardera pas à paraître.
Extrait de WALLONIA
V DE JANVIER-FÉVRII
pagination originelle.
Imprimé par Math. Thone [3, rue Saint- Jean-Baptiste, Liège.