‹ Padoue [et] VéroneChapitre 11 sur 60 · I.KS MON U M K NT S CIVILS · texte numérisé non relu

I.KS MON U M K NT S CIVILS

et de ses contemporains ont été elles-mêmes restaurées en i6o8, en 1744, en 1762, il ne doit pas rester orand'chose du travail primitif.

Ces peintures sont surtout intéressantes comme document sur les mii'urs et les idées du XV" siècle. Elles sont en général destinées ii glorifier l'astrologie et représentent d'une façon méthodique les influences des astres et des saisons sur les destins et les mœurs des hommes, l'n

Il Snlune.

célèbre astrologue du temps, Pierre d"Abano, en avait donné le thème Giotto en fit les esquisses et les peintres postérieurs à 1420 ont eu soin de conserver d'ensemble les mêmes compositions, où les sujets religieux les plus orthodoxes se mêlent à des sujets qui, en beaucoup plus grand nombre, semblent entachés de magie. La figure d'un des douze apùtres se trouve au-dessous de chacun des douze signes du zodiaque. A chaque signe stellaire se rattachent les représentations des travaux correspondants de l'année et des actions humaines que l'astrologie croit être en rapport avec ces influences cosmiques, le tout entremêlé d'allégories et d'animaux symboliques réels ou fantastiques.

l'ADOI'l".

Tout cela nous parait t)ien bizarre dans un palais de justice J^lais n'oublions pas que l'astrologie était alors considérée partout comme une science et le fut pendant longtemps encore. On tira l'horoscope du roi Louis Xill et nous n'affirmerions pas que t(d sa\ant mathématicien de nos jours ne prenne encore au sérieux de pareils calculs. Il fallait cependant y mettre quelque tact, bien distinguer rp qui était licite et ce qui

La Loggia del Consiglio.

pouvait venir du diable. Sui\ant une tradition. Pierre d'Abano lui-même aurait tant demandé à ces recherches mvstérieuses qu'il aurait fini par être brûlé comme sorcier. Cependant on pouvait sans offusquer personne introduire l'astrologie jusque dans le sanctuaire, comme le prouvent les peintures des Eremitani à Padoue même. La décoration du palais Schiffanoja à Ferrare, une des séries de peintures les plus remarquables de la Renaissance, ne fait que reprendre, dans des conditions autrement artistiques, le thème adopté par les peintres du Salone et nous pourrions citer d'autres exemples.

Mais ce que les artistes vont surtout étudier au Salone, c'est sa char-

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pente. En effet, dès le xv-" siècle, il présente ces combles en berceaux auxquels les Français attachent le nom de Philibert Delorme. charpentes où la forme se réduit à un demi-cercle de madriers moisés. Par une rencontre singulière, ces formes se retrouvent employées systématique-

Palais del Capitanio.

ment dans les plus vieilles constructions de l'Inde, à Ajunta notamment. On ne peut cependant soupçonner ici aucun rapport d'imitation. « Très probablement, Philibert Delorme n'avait pas connaissance de la basilique de Padoue » et à coup sur les Padouans ne se doutaient pas qu'il y eût sur les bords du Gange des édifices qu'on pouvait comparer aux leurs '.

I. Chiiisy. Histoiri: Je l'iirclii/cc/iire, tomo II, p. 6u) et tome I. p. 155.

L'eflfet d'ensemble de cette seille, qui a peu d'analogues', est vraiment surprenant et absorbe l'attention au détriment des curiosités qu'elle contient. Jetons cependant un coup d'(Bil sur le colossal cheval de bois, imitation du cheval de Troie, c<jnslruit en 1466 jiar Anniljale Capodilista pour une fête publique et sur les statues égj'ptiennes rapportées par le Padouan Belzoni, homme rare, fort, beau, intelligent, instruit, énergique et lirave, un des premiers explorateurs de l'Afrique qu'une mort prématurée arrêta à son troisième voyage sur la route de Tombouctou. N'oublions pas l'inscription qui a passé longtemps pour appartenir au tombeau de Tite-Live. Cette inscription est surmontée depuis i 542 du buste de bronze de l'historien. Non loin de là a été placé en 1661, en vertu d'un décret de la cité, un buste en marbre destiné à honorer la mémoire d'une martyre de la foi conjugale, la jeune Lucrezia Orologio, épouse du marquis Pio-Enea degli Obizzi, assassinée en 1654 par Attilio Pavanello dont elle repoussait l'amour-.

C'est dans le Salone que se tenaient les divers tribunaux de la ville. Ces tribunaux prenaient dans le peuple le nom des figures peintes au-dessous desquelles ils siégeaient. Les ])laideurs avaient une certaine liberté de porter leurs affaires à l'un ou à l'autre et pouvaient s'adresser pour régler leurs différents soit au mulet, soit au sanglier, soit au chameau, et le plus curieux, c'est que dans les archives officielles les documents étaient et sont encore rangrés sous ces différents v^ocables.

L'extérieur du Palazzo délia Raggione est décoré lui-même de plusieurs fragments antiques encastrées dans le mur par les soins du célèbre archéologue l-urlauetlo. Ils varient, ils vivifient, sans en compromettre les proportions, la belle ordonnance de cette construction qui a le grand mérite de s'accorder exactement avec la destination de l'édifice. Les <( loggie » de 1306 destinées à donner des accès et des dégagements commodes à la grande salle, paraissent bien le complément de ce vaste espace dont la toiture détache sur le ciel son immense courbe bien au-dessus du double étage de galeries à colonnes et à arcades qui ne font que mieux souligner son importance. Le grand architecte de la dernière période de la Renaissance italienne, Palladio, n'a pas dédaigné d'imiter cette disposition dans sa restauration de la basilique de Vicence '.

1. On pourrait lui comparer la grande salle de la halle aux draps à Ypres.

2. Sa dépouille se trouve à l'église del Santo. \'oy. Andréa Gloria, Lucrezia Jegli Obi\\i e il suo secolo, Padova, 1853. Une inscription rappelle ailleurs Isabella Ravignana qui se jeta dans le Bacchiglione du haut du Ponte Corbo pour échapper aux soldats de Maximilien lors du siège de 1509. 1,'ltalie n'a jamais oublié le souvenir de Lucrèce.

3. Des monuments contemporains semblent aussi s'en être inspirés, par exemple les deux théâtres élevés par Davioud sur la place du Châtelet à Paris.

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De la magnifique résidence qu'Ubertino III de Carrare se fit élever en 1345, il ne reste qu'un débris de portique dans les bâtiments afFectés à la bibliothèque de l'Université et peut-être la base de la Tour de l'Horloge au Palazzo del Capitanio. Ce palais rappelle, non les Carrares, mais le gouvernement de Venise (|ui avait détruit leur puissance et mis fin à l'indépendance de Padoue par une série d'intrigues et de perfidies conduites

Cour du Palais Je TUniversilé.

avec l'habileté et l'absence de moralité habituelles à sa politique. Uès 1405 se dressait sur la place la colonne surmontée du Lion de Saint-31arc. Novello commençait en 1528 l'horloge de la tour centrale du Capitanio, achevée par Giovanni Cakierajo. Cette horloge monumentale marque non seulement les heures, mais les jours du mois, le cours du soleil à travers le zodiaque et les phases de la lune. I^ntretenue avec grand soin par la cité, elle a été restaurée en 1538 par Jacques de Venise, puis en idj6 et enfin en 1838. La porte triomphale qui est à la base de la tour est une des meilleures œuvres de Gio\anni-.Maria Falconetto qui l'a signée et datée (1532). Le Capitanio est contigu au .Mont-de-Piété, construction du XV' siècle.

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Sur la même place fiuo le Capitanio, l'ancienne P/n;;a dci Signori, devenue la Pia;:;a dcW i'iiita Itnliaiia. se voit la Logg/ti dcl Consiglio ou Gran Giiardia commencée sur le plan d'Annibalo Bassano en 14'),^ et terminée en 1523 par Biagio l'errarese. Le portique abrite aujourd'hui la statue de Victor-l'".mmanuel iju'on ne peut manquer de trouver dans toute ville d'Italie de quelque importance. Celle de Padoue n'est pas une des meilleures œu\res de Tabarchi '.

Le Palais de rUni\-ersit(''. dont la construction commencée en ijOi fut interrompue comme ])Our tant d'autres édifices, ])ar les év(''nemenls de la l^igue de Cambrai, fut terminé en 1552. La partie la plus moderne est la cour intérieure entourée de deux étages de colonnades. Cette construction, d'un caractère plutôt grec ciue romain 'car les colonnes sont reliées par des plates-bcmdes, non par des arcades et le corinthien n'y est pas emploj^é'), a été attribuée à Palladio. .'Mais on n'y retrouve pas son style. Or il avait commencé antérieurement à 1549 ses travaux à la P>asilic[ue de \'icence où ce stvle est déjà complètement formé. Rien ne s'oppose au contraire à ce que ce beau <i cortile » soit attribué à .Sansovino (Jacoppo Tatti , ni la date, ni le style, ni les circonstances. Sansovino était alors un des architectes le plusen faveurauprès du gouvernement vénitien.

Parmi les monuments de Padoue. il faut compter ses fortifications. Les fortifications avaient alors une valeur artistique qu'elles n'ont plus aujourd'hui. La Porte del Portello en est un exemple significatif. KUedate de 151g et a sa place dans l'histoire de l'architecture italienne. Car elle a été justement signalée comme une des constructions faisant le mieux comprendre la transition entre le style des Lombards et celui de Sansovino. Cn peu plus tard, Lalconetto élevait la Porte San Ciiovanni 15281 et la Porte Savonarole (1538). Padoue n'aurait garde d'oublier que le plus illustre des ingénieurs militaires italiens, le A^éronais San Micheli, compléta et perfectionna les bastions qui avaient si vigoureusement résisté à Maximilien, notamment celui de la Porta di Codalunga ou Zitolo de Pérouse avait fait une défense héroïque''. Ces fortifications que complétait San .Micheli n'étaient pas les anci(Mines fortifications du moyen âge; mais les filtre

IllIOVC.

1. Ce n'est pas à dire que les ordres cliuisis. d(irit|ue (nu plutôt toscan" et ionique, ne se recommandent plus de Vitruve que de Phidias, ainsi cjuc le système de superposition des ordres ; nous parlons du caractère général.

2. Guichardin. livre \'\ 11, La porte di Codalungaa été modifiée en 1860 par l'architecte Cecchini (J.-B.) et décorée de deux figures colossales de femmes par I.uigi Ferrari,

l^llai^ G ïU-sUiiiaiti.

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