‹ Padoue [et] VéroneChapitre 12 sur 60 · LES HABITATIONS PRI\'ÉES · texte numérisé non relu

LES HABITATIONS PRI\'ÉES

C" qu'i-Ues r;ippcll.-nt. — Li-s I-'açaclfS peintt-s.

A Padoue comme dans les autres villes de ITlalie. des Alpes au détroit de 31essine, toutes les constructions privées de quelque importance prennent populairement le nom de Palazzi Palais) et, à Padoue comme ailleurs, quelques-unes méritent ce titre'. Xous citerons parmi les plus intéressants et les mieux conservés:

Pour le moyen âge : les restes de la maison dite d'Eccelino". de style

1. Le mot l'alazzo correspond à la t'ois au mot palais et au mot hôtel dans le sens. d'hôtel privé.

2. Une s'agirait pas en tout cas J ICccelino le féroce, mais d'Eccelino il Balbo (le bègue),

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roman voisin du iiOihi<|uc fl la maison franchement ^otliiqiu' de la rue Dante.

Pour la Renaissance: la (^(is<} al l'oiiU ilcllr 'l'orrit clic avec ses fenêtres dont la fantaisie décorative semble ]ilutntinsi)iri''c d'un ]>eintrc que d'un architecte, comme le remarque ingénieusement Selvatico et se rapproche du gothique flamboyant (début du XVT s.i. puis la Casn clcgli Spccchi ainsi nommée à cause des médaillons cie sa façade rue S. Giovanni .

Pour le style classique : le Palais Giustiniani et le Palais Corinaldi. jadis X'enezze. aujourd'hui Arenberg.

Celui-ci fut élevé pour le célèbre jurisconsulte Benavides mort en 1582. L'autre pour le patricien de Venise Luigi Cornaro qui en confia la construction à Falconetto, plus encore son ami que son protégé. Ce Luigi Cornaro est l'auteur de quatre discours Del la \ 'il a Sobria. A la différence de bien des réformateurs, il avait fait à lui-même l'apijlication de sa théorie, réduisant sa nourriture à douze onces d'aliments solides et à quatorze onces de vin par jour. Son exemple était la meilleure preuve qu'on pût donner en faveur de sa doctrine ; car il vécut jusqu'à j^rès de cent ans (de 1467 à 1566. Et cependant son exjjérience personnelle était faite dans les plus mauvaises conditions. Car ce ne fut qu'après avoir gravement compromis sa santé par les désordres de sa jeunesse qu'il changea tout à cou]) de régime. Ce palais aujourd'hui abandonné commence à tomber en ruine. Mais le pittoresque ne perd encore rien à voir les plantes de son cortile empiéter sur la loggia qui le limite d'un côté et gagner sur les murs du casino que Luigi Cornaro destinait spécialement à des auditions musicales. On aime à se figurer ce fou devenu sage écoutant, tout en prenant sa frugale nourriture, les chants et les symjjlionies exécutées dans s(m élégant pavillon, au milieu des fieurs et des arbres où les oiseaux faisaient aussi entendre leur concert.

Le Palais Cavalli évoque des images bien différentes. Il fut le théâtre d'une des tragédies domesticiues les plus retentissantes de cette fin du xvi° siècle où ces tragédies cependant ne manquaient pas et où les grandes familles avaient bien souvent recours au talent des empoisonneurs de profession comme à lépée des bra\i

Pour une question de succession, une vulgaire question d'argent, Ludovico Orsini. de l'illustre maison romaine, assassina la belle et vertueuse Vittoria Accoramboni, veuve de son parent Paolo-Giordano Orsini. duc

le premier Romano qui jnua un rôle historique. Né à 'Vicence vers iioo, il mourut iii i iSo. Il était Guelfe et entra dans la ligue lombarde contre Frédéric Barberousse ; il avait pris part à la deuxième croisade. Il ressemblait peu, comme on voit, à son homonyme.

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de Bracciano. Un retrouve dans ces événements les passions violentes et contradictoires qui plaisaient à Stendahl et comme un exemple de choix de cette énergie qu'il aimait à olorifier, mais qui, reconnaissons-le, aurait pu être mieux emplo\ée. Ludovico (jrsini u surpris le palais avec une lrou])e (le l)an(lits. Fendant qu(> ses complices attaquent le frère de la

Fenêtres de la maison Valinaraiia près du n Ponte Jelle Torricelle »)

malheureuse et l'empêchent de lui porter secours, l.udovico, pour plus de sûreté, a saisi lui-même \'iltoria. et. lui découvrant la poitrine, cherche posément avec la pointe de son poignard, au-dessous du sein gauche, la place exacte du cœur où doit porter le coup mortel. Vittoria ne veut pas compromettre sa dignité par une résistance inutile ; elle se met en prières et a la force, pendant que le poignard la frappe elle-même, de crier à son frère quelle entend se débattre contre ses bourreaux ; « .^lo^ frère, songe

l'ADOUK

à IJieu; pardonne à nos assassins; » jjuis clic meurl en répétant : <■ Jésus, pardonnez. >■

Ce crime était si hnrriblc f|uc, quel (juc fut le crédit de la famille des Orsini. il ne put rester impuni. Comme l.udn\-. ( )rsini, entouré de ses complices, bravait les magistrats de la République, un memljre du Conseil des Dix, Bratjadino, se rendit en personne à Padouc pour poursuivre l'affaire.

Basilique de Saint-.Vntoine. Chapelle Saint-Félix.

Il dut faire attaquer le palais Barbarigo où l'assassin s'était retiré avec sa bande. Ce fut un siège en règle. Ayant vainement négocié et combattu. Ludovico Orsini, voyant qu'il lui était d'impossible d'échapper, se rendit à discrétion. Il remit ses armes à Bragadino en lui disant : « Prenez-en bien soin : on n'en trou\'e pas de cette trempe. » Orsini était un amateur passionné de belles armes: il en avait formé une collection importante qu'il légua à la Réjuiblique de ^'enise. Le procès s'instruisit aussitôt et Orsini fut condamné à mort avec ses complices. Ces hommes qui avaient défendu leur vie avec tant d'acharnement se résignèrent à la perdre avec une facilité qui étonne. ^Malgré les crimes dont ils étaient chargés, ils

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moururent dans des sentiments chrétiens, reconnaissant hautement que si Dieu leur avait fait la grâce de mourir repentants, ils le devaient uniquement aux prières de leur victime qui a\ait intercédé pour eux dans le ciel '. Le Palais Cavalli est situé sur le » Piazzale Giotto » près de TArena et voisin du lieu dit les Porte Contarine, ])rès d'un bras du Bacchiglione. 11 fut remanié au XYllT siècle. On y ajouta un bel escalier avec des fresques du Bcjlonais Felice l-errari et de (iiacomo Parolini. La grande salle futdécoréede statues et reçut des peintures du T rançais LouisDorigny. Il \- a dix ans il a été de nouveau transformé pour devenir ri'xole royale d'ap])lication des ingénieurs. Ouant au palais Piarbarigo où se réfugia Orsini après son crime, il est difficile d'en établir la topographie ]jar suite des nombreuses démolitions et de la radicale transformation des quartiers voisins de l'église démolie de .Saint-Augustin. ]3rès de laquelle ce palais se trouvait -

Comme le Palais Cavalli, un granil nombre d'hôtels privés de Padoue ont ou avaient leurs appartements ornés de peinture. La peinture débordait même à l'extérieur et les façades étaient souvent couvertes de fresques qu'on n'hésitait pas à demander à des artistes en renom. C est là une preuve remarquable de la passion que les Padouans avaient pour cet art. Car on pouvait bien prévoir que ces peintures exposées en plein air ne tarderaient pas à être complètement dégradées. Ce qui en reste est en général trop effacé pour que les touristes s'y arrêtent, car il faudrait y demeurer troj) longtemps, si l'on \oulait, par l'œil et le raisonnement, arriver à reconstituer ces sujets presque effacés. .Signalons cependant près de la Loggia del Consiglio, à la Casa Danese, une frise d'enfants et de figures couchées de l'école du Titien, exécutée propablement jiar Domenico Campagnola. auquel on attribue aussi la décoration d'une façade près du Pont délie Torricelle ' Ainsi la peinture est pratiquée avec tant d'ardeur à Padoue qu'on lui demande ce qui serait ailleurs le fait des sculpteurs. Contrairement à ce qui se voit dans lajdupart des autres écoles, ses progrès devancent ceux de la sculpture.

1. Ces l'-vt'Ucmi'iits funnt répanJu.s i-n [■ranrc par des (iu\ra;4"es écrits en notre langue. Adry a écrit une /://.s/o/r(' lic Vitltiri<i AiComnilHiiii. 1807. Rosset avait donné une place à se.s malheurs dans ses Histoires tragiques (i''' cdit., 1621, 2''édit., 1700), œuvre plutôt romanesqui' qu'historique. On sera plus sûrement informé dans l'ouvrage italien de Domenico Gnoli : Vitliiriii Acioranihoiii. Florence, Lemonnier, 1870,

2. Renseignements communiqués par M. Mosihctti, le savant conservateur du musée et des archives de Padoue.

3. Pour l'architecture des Palazzi du nord Ai- l'italii', voir t-i-dessous Vérone, cli. v.

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