‹ Padoue [et] VéroneChapitre 24 sur 60 · I.A P K 1 N T U K K A PADOL'F. S i; ( O X I ) F. KPOQL'K · texte numérisé non relu

I.A P K 1 N T U K K A PADOL'F. S i; ( O X I ) F. KPOQL'K

péril tragiquement en pleine jeunesse : on le trou\'a un matin assassiné dans la rue. Cet événement n'étonna personne. C'était un bretteur décidé et on lui savait beaucoup d'ennemis'.

Les peintures de Pizzolo, ainsi que celles dont il nous reste à parler, sont d'un stvle analogue qui manifeste l'autorité admise par tous du

Aiidrca Manlegiia. Saint Jacques marchant au supplice (Chapelle Saint Jacques et Saint-Christophe aux Ercmilani'.

Squarcione. On suppose que Marco Zoppo a peint Siiiii/ Jacques giiérissaiil les estropiés et Saint Jacques devant Je roi. On sait que Bono de Ferrare a représenté Saint Christophe el ï Enfant Jésus, Ansuino da l'"orli /(/ l'rèdicalion de saint Cliristoplic .Mais n'y eùt-il aucune tradition sur ce point la supériorité distingue facilement, malgré ces rivalités redoutaliles, ce qui appartient à Mantegna.

I. Les critiqties tuiident a relever aujourd'hui la renoiiiinée de Pizzolo. Certains lui attribuent aux Eremitani la Tentation et la Vocation de saint Jacques et cette opinion mérite une sérieuse attention.

8, PADOUl':

.Manlfgna commence ces peintures en 1453 à l'àj^e de vingt-deux ans et les poursuivra jusqu'en 1459. Son talent est dans toute sa puissance. Cen'estpasseulement Paolo Ucello, etDonatello, c'estaussi FilippoLippi, Jacopo Bcllini, qui. passant à Padoue pendant sa jeunesse, ont apporté à ce talent si fort, mais qui risquait de rester exclusif, des éléments nouveaux. Ces nouveautés, ces impressions variées sont si bien assimilées par lui qu'il étend son domaine, en surface, sans le diminuer en jjrofondeur, et sans que son originalité y perde ; au contraire.

M. Lafenestre a porté ' sur la chapelle des Eremitani un jugement qui nous paraît définitif et que nous résumons ici : <c .Mantegna avait donc trouvé chez les grands artistes que nous venons de nommer des exemples et des conseils qui avaient achevé de lui ouvrir res])rit et qui. sans affaiblir en lui la passion de toute l'école jiour les études précises, lui donnèrent un goût plus décidé pour les compositions dramatiques et d'autre part un sentiment plus libre du st3'le vivant. Lorsque le -Squarcione vit les épisodes de la vie de saint Jacques peints par lui. Sa/ut Jin qiies baptisant Htrino^î-iic. Saint Jacques devant llèrode, Saint Jacques marchant au supplice. la Décollation de saint Jacques, il déclara tout haut que c'étaient de mauvaises peintures, parce qu'elles imitaient trop les marbres antiques. Le reproche peut sembler étrange dans la bouche de .Squarcione. Sans doute, dans ces peintures d'aspect si rude mais si magnifiquement encadrées, le jeune homme avait avec quelques excès d'audace employé toute sa science de perspectiviste, d'archéologue, de dessinateur, de compositeur. Pour la première fois on vo3'ail agir dans des milieux d'architecture et de paysage merveilleusement adaptés des figures expressives d'une conception si juste et d'une exécution si nette qu'elles pouvaient en effet occuper une place définitive dans l'imagination humaine comme les plus belles statues antiques. Les vieillards en costume oriental, les enfants suspendant leurs jeux qui assistent au baptême, les soldats romains qui repoussent la foule, ceux qui entourent le tribunal d'Hérode, sans parler des acteurs principaux joignent à la précision de leurs attitudes sculpturales un aspect énergique de réalité qui les met hors de pair. »

Cependant Mantegna, sans se demander si ce n'était pas la jalousie qui avait dicté la critique du Squarcione, crut devoir en tenir compte dans son Martyre et ses Funérailles de saint Cliristoplie. Suivant l'habitude des autres peintres de son temps, il sacrifie cette couleur locale qu'il

T. Histoire lie la Peinture itnlienne, p. 2qo-2()2.

LA PI-IN'TLRK A PAUOL'E. SECOND F.

;i'OQUE

aime Uinl ' et doiuu' aux acteurs de son drame les costumes de ses contemporains. Cet anachronisme n'était jias nécessaire, mais il faut reconnaître que leur allure est plus libre, plus aisée, que la couleur est plus brillante, plus harmonieuse, que la lumière se répand plus large et plus éclatante sur les costumes aux couleurs variées, sur les marbres sculptés, sur les colonnes, comme sur les t'cuillag-es, les fleurs et les fruits. C'est en effet

Andréa Mantegna. Martyre de Saint Christophe (Chapelle Saint-Jact.|vies et Saint-Christophe aux Ereniitani'.

un des traits les plus imprévus chez cet exact et jouissant ciseleur de la forme humaine que ce goût pour les magnifiques guirlandes, pour les berceaux de verdure, et les treilles s'accrochant aux édifices. 11 les traite

I. La prcuccupution de la couleur locak-, dans Mantegna, le rapprocherait de notre David. 11 cherche autour de lui, pour ses prophètes des figures de vieux juifs et on sait qu'il n'en manquait pas à Padouc (v. p. 6, note 2). Il s'informe, pour habiller ses rois mages, de ce qu'on peut savoir du plus e.xtrème Orient et les coifle comme des Chinois. Dans son saint Jacques inarcliaiit au supplice il reproduit la porte antique des Gavi à Vérone, sans oublier linscription qui porte le nom de l'architecte.

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avec un soin ])assionnc, en leur donnant une majesté décorative dontplus d'un artiste s'est dejjuis snuvenu. C'est là que, malgré ce que sa manière conserve de sécheresse, se développe le sentiment de l'exubérance de la vie par l'accumulation 'toujours ordonnée d'ailleurs; du détail.

Malheureusement ces p:'inturos sur saint Christophe ont beauc(juj) souffert. J.a chose est doublement regrettable pour le Marlyrc du Saint où Mantegna avait introduit un certain nombre de portraits. < )n y distingue assez nettement encore le Squarcione placé parmi les bourreaux, la tête casquée et rejetée en arrière avec une phj^sionomie dure et renfrognée. Esl-ce une vengeance? On pourrait le croire... Pendant que Mantegna peignait aux Eremitani. il était en ])rocès avec le .S(|uarcione. Il avait osé s'adresser aux tribunaux pour faire rompre le contrat par lequel, tout jeune, il s'était lié à son maître. Il est vraisemblable cj^ue .Squarcione avait abusé de son autorité et exploité outre mesure l'inexpérience du jeune Mantegna. Car les arbitres désignés par la Cour des Quarante à Venise, devant laquelle Mantegna s'était présenté le 2 janvier 1455, donnèrent gain de cause à l'élève contre le maître, considérant que .Mantegna était encore mineur et sous la puissance paternelle lorsqu'il s'était engagé par ce contrat ilans lequel il avait été trompé [dcccpt lis par l'autre partie. Cependant, cette supposition d'une vengeance de 3lantegna perd de sa prol)abilité, si on remarque qu'à côté du Squarcione, .^lantegna avait placé dans cette scène son propre portrait, ainsi que ceux de Palla .Strozzi. Ciirolamo délia Valle, Niccolo, l'orfèvre du pape Innocent \^III, Baldassare da Eecca, et d'autres. Ils sont aujourd'hui peu visibles. (Jn retrouve, en quelque manière, une partie de ce que le salpêtre a détruit aux Eremitani dans un tript^'que reproduisant avec des modifications trois sujets de cette célèbre décoration. Ce tript^^que qui, au dire de l'Anonyme de Morelli se trouvait en 1543 dans la maison de Michel Contarini à Venise, est aujourd'hui dans la collection Edouard André.

Les peintures des Eremitani consacrèrent la renommée de Mantegna. Jacopo Bellini lui donne sa fille Nicolosia 1454) et le voilà le beaufrère des deux plus grands peintres de ^"enise, Giovanni et Gentile Bellini qui re]irésentaient des tendances d'art tout à fait différentes de la sienne. -Mantegna saura leur faire des emprunts, mais sans se laisser asservir. C'est lui au contraire qui fait dominer son autorité partout où il passe. Il règne comme le feront à leur tour Charles Lebrun et Louis David. Squarcione avait donné l'exemple. Le style du maître et de l'élève s'impose aux diverses industries artistiques de Padoue comme aux peintres et aux sculpteurs. On le voit nettement pour les fa'iences.

l.A FKIXTUKE A l'AUOLI-.. S ICC ONDE ÉPOQUE

Il }• avait des faïenciers remarquables à Padoue dès le xV siècle. Mais

ils comprirent qu'ils iiL- pourraient pas lutter pour la céramique d'art contre la vogue d"Urbino, Castel Durante, etc., et ne firent plus guère que de la faïence usuelle. Si quelques pièces plus importantes sortaient de leurs ateliers, elles furent attribuées, consciemment ou non à quelque faïencerie plus célèbre, ce qui en augmentait la valeur. Les céramistes de Padoue avaient cependant du mérite, si on en juge par les rares échantillons authentiques qu'on a pu recueillir.

Au .Musée de Padoue se voit une pièce unique en son genre représentant une Vierge entre deux saints d'après X.

Pizzolo. Le j)rocédé eniplové est celui de l'i^ngobe gravé. C'était probablement l'enseigne d'un faïencier: elle a été trouvée justement dan^ la rue Boccaliere où se réunissaient, comme son nom l'indique, les artisans de ce genre. Llle avait été rec(ju\erte dédaigneusement par un pilastre de bois. C est ce qui l'a sauvée'. Padoue

à partir du XV' s. s'adonna beaucoup à la grax'ure en médaille et les graveurs étendirent même leur activité au delà des bornes que la loyauté ^ leur marquait. Au XVIT siècle ils étaient réputés pour les plus habiles et les plus occupés des faussaires, à ce point que les mots PadoKan ou Pcidoiumc en arrivèrent à signifier couramment une médaille fausse. Les Padouans n'ont pas eu le monopole de cette industrie ; mais il faut avouer qu'on n'a pas dépassé en ce genre le talent de Cavino et de Bassiano. Lorsqu'on se mêle de quelque chose, il faut le bien faire.

I. On ciinnait un plat Je Padoue au Britisli Miiscum in" 1258). Il porte la date de 1564. Un autre plat de même provenance mais plus moderne ^première partie du xvii'-' siècle) est au Louvre ^n" 598). Le Musée de Padoue contient des objets intéressants de céramique étrangère, entre autres une plaque portant un écusson, où l'on voit à la fois le croissant musulman, les fleurs de Ivs de France et l'aicle à deux tètes d'.^Ueraagne.

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