‹ Padoue [et] VéroneChapitre 23 sur 60 · PAO OIT · texte numérisé non relu

PAO OIT

œuvres que par la marque qu'il a imprimée sur celles de ses disciples. Cela suffit pour justifier le nom de « père des peintres » que les contemporains donnèrent à ce professeur exceptionnel qui forma plus de cent trente-sept élèves. Mais vraiment, lorsqu'on a sous les yeux le seul de ses tableaux authentiques qui soit conservé en Italie (on n'en connaît qu'un autre au musée de Berlin), il vaudrait mieux pour lui qu'on sût seulement qu'il fut le maître de -Mantegna '.

Le tableau donné au .Musée de Padoue par le comte Niccolo de Lazzara est divisé en cinq compartiments d'une ornementation de style gothic[ue flambo3-ant. contenant chacun la figure isolée d'un saint se détachant sur fond d'or". On peut y reconnaître avant tout la volonté qu'il devait mettre au service de son enseignement, une insistance dans l'accentuation réaliste des lignes énergiques jusqu'à la violence. iMais c'est sec, étriqué; on dirait presque, avec une science supérieure, un tableau des anciennes écoles allemandes du Rhin et le premier aspect en est franchement archa'ique. On n'y trouve rien qui rappelle l'antiquité classique, surtout la Grèce.

C'est cependant Squarcione qui a donné à ^Mantegna son goût de l'antiquité. Mantegna en est tout imprégné : il le montre, il l'affiche même. Il ne se contente pas de s'en inspirer dans ses tableaux, il est un érudil. un collectionneur; on le consulte sur des questions d'archéologie et P'elice Feliciano lui dédie son recueil d'Inscriptions grecques. Cependant, dans sa manière. Mantegna. non plus que son maître, n'a rien de grec. Ce serait plutôt un Etrusque qui. ainsi que les anciens Etrusques, a pris contact avec les Grecs, a profité de leurs e.xemples, mais a conservé un esprit fort différent. Les Vénèles avaient reçu leur civilisation des Tyrrhéniens et on pourrait voir là une sorte d'atavisme. En tout cas, la

1. Squarcione n'a jamais été mieu.x jugé que dans l'ouvrage latin que Bernardino Scardeone écrivait au .\vi' siècle sur n l'Antiquité de Padoue et ses citoyens illustres ». « C'était, disait-il, un homme de grand jugement dans l'art de la peinture, mais de peu de pratique. 11 avait réuni dans sa maison un grand nombre de statues et de tableaux avec lesquels il forma le talent de Mantegna et de ses condisciples, bien plus que par de nouveaux modèles faits par lui pour les offrir à leur imitation. 11 n'en eut pas moins un grand nom et sa réputation était telle que l'empereur Frédéric III à son passage à Padoue le fit venir et tint à s'entretenir avec lui. Saint Bernardin il s'agit de saint Bernardin de Sienne), plusieurs princes et cardinaux vinrent lui rendre visite. Il était un des rares artistes qui eussent voyagé en Grèce et il en avait rapporté de nombreux souvenirs et de nombreux dessins qu'il faisait servir à son enssignemcnt. » Ce voyage en Grèce devait lui donner, à l'époque de la Renaissance, un prestige exceptionnel. Ajoutons-y une force de volonté peu commune et un caractère très autoritaire.

2. Saint Jérôme au centre, à droite saint Jean-Baptiste et sainte Lucie, à gauche saint Antoine abbé, et sainte Justine.

T.A l'KlXrrKK A PADOL'K. S K C O .\ 1) F. i:PO(JL'''- 79

manière de .Mantegna rappelle davantage YOrcitciir ('/n/sqiic de Morencc, que les Apollons du Vatican.

A la différence de (iioUo qui est heureux lic mettre dans ses figures (1(> la bnnté. les personnages de Mantegna sont le plus souvent soml)res

lîoiio da l'cnaic. Sainl Chi'islopho porl.mt rcnfant Jésus (Chapelle Saint-Jaciiues et Saint-Christophe aux Eremitaiii).

ou de mauvaise humeur, conformes en cela au caractère du ])eintre et de son maître.

Mantegna n'en est pas moins un des fondateurs, une des bases de l'art moderne et peut être mis à cet égard à côté de Léonard de Vinci. 11 représente plus spécialement la tendance savante et archéologique de la Renaissance, tandis que Léonard de Vinci en manifeste la beauté.

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l'A DO ri-:

savante aussi, mais surtout harmonieuse et plus généralement liumainc ; tous deux d'ailleurs souverainement expressifs.

Cette érudition et le caractère sijécialemcnl savant de la peinture (le A\ante<jfna peut suri)rendre si l'on song-e à son humlile origine. Fils de

AiiMiiiio J;i l'orli. l.:i Prc'JicMtioa Je saint C^hristophc (Chapelle Sainl-JaJiiucs el Samt-Chrislophe aux Ereinilani;.

paysans comme (liotli), il nanlail des moutons, lorsque Squarcione le remar(|ua et fut si vivement fra]3pé de ses dispositions (|u'il ne se contenta jjas de le jin-ndre ]iour élève, mais qu'il l'adopta '.

I . n semble aiijiiurd'hui pmuvé que Mantesfna i 1431-150Ô) naquit, non à I-'adoue, mais :i \'icence. Néanmoins, c'est bien à Padouc, où il fut conduit tout jeinie [[n'appartient sa lorniation intellecturlli- ri ninrale et cette \ ille peut le revendiquer pour un de ses c-nfants.

r,A P i; 1 X T L' R K A l'A 1)0 LK. SKCONDE H PO QUE 8i

JNlantegna avaità peine dix ans que Squarcione le faisait inscrire (1441) sur le rôle dcUa Fraglia dci Pittori et coffanori (décorateurs des rassoiii ou coffres de mariage , en lui donnant le titre de fils: Andréa

AuJre.i Maiitogiia. Jugement de saint Jacques iChapelle Saint-Jacques et Saint-Christophe aux Eremitani).

fitdo[figliiiïo) di Mess]cr Francesco Sqiuv{oii. Les règlements de la corporation étaient sévères, l'apprentissage était, au minimum, de trois ans et le contrat devait être passé devant notaire '.

A peine adolescent, .Mantegna était déjà considéré comme un maître.

I. Sur Mantegna. voir les ouvrages spéciaux de Ch. Yriarte, ThoJe, Kristeller, la RenaisSiiiice d'Eiig. Muntz, les études de P. Mantz dans la Ga\elte Jcs Beaux-Arts.

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En 144S il éUiil chargé de peindre pour l'c-s^lise Sainle-Sophie un tableau d'autel où en signant il faisait remarriuer avec un juste orgueil qu'il n'avait que dix-se|)t ans lorsqu'il rex(''(ulait. Ce lalileau. peint sur toile. est aujourd'hui perdu ; mais nous avons d'autres œuvres de peu postérieures : Saint Rcrnardin cl saint Antoine adorant le monogramme du Christ au portail du Santo et surtout un tableau exécuté pour l'église Sainte- Justine de Padoue et qui se trouve aujourd'hui au .Mus(-e l'.rera à Milan. Le premier aspect en est encore archaïque, figures assez raides, isolées dans des compartiments à fond d'or ; mais déjà la maîtrise est grande. On est frapjjé, au joremier coup d'oeil, de la personnalité des txj^pes, de la correction et de l'énergie du dessin, de l'habileté et de la précision prodigieuse du pinceau qui s'affirme aussi \,\c\\ dans les tètes que dans les accessoires. Ces accessoires, l'artiste semble s'être amusé à les peindre rien que pour montrer sa virtuosité (les nèfles ouvertes, le vase que tient S. Prodoscimo et les pierres précieuses de sa mitre et il pourrait rivaliser à cet égard avec les spécialistes hollandais, tels (|ue I)a\iil de Hem. Au milieu de ces figures assez rébarbatives ou du moins fort austères, la grâce apparaît aussi dans la personne de sainte Justine, type que l'on retrouvera dans sa sainte Euphrosyne de Naples. La grâce est rare dans .^lantegna. mais, s'il la néglige généralement, ce n'est pas par impuissance à la rendre.

Il travaillait encore à cette œuvre lorsque Squarcione son maître fut chargé de la décoration de la chapelle Saint-Jacques et Saint-Christojjhe aux Eremitani. Cette chapelle apjjartenait à la famille des Ovetari et un personnage de cette famille avait chargé ;en 1443 son héritic^r de dépenser 700 ducats d'or pour l'orner de peintures. Squarcione aimait mieux et pour cause diriger qu'exécuter. Il rassembla autour de lui ses meilleurs élèves padouans et étrangers et il ne paraît pas qu'il ait mis lui-même la main à ces travaux II eut recours à ."^lario Zoppo. Ansuino da I-orli, Dario da Trevigi (Trévise), Bono de Ferrare, Xicolo Pizzolo, et Andréa jMantegna. Nicolo Pizzolo a peint les figures d'enfant [piitti) soutenant des guirlandes qui ornent la voûte. Il a peint aussi la figure de Dieu le père et des quatre saints de la v(nUe de l'abside (la plus intéressante est saint Augustin regardant si sa plume est bien taillée). La grande peinture de l'autel, La Vierge entourée d'anges, encadrée d'une grande arcade antique, est son œuvre capitale et une des meilleures de l'école. On a même attribué à ^Mantegna le groupe des apôtres, qui d'ailleurs n'éclipse pas, par la comparaison, le reste du tableau. Cette attribution est plausible, car Xicolo Pizzolo laissa probablement s(3n (euvre inachevée. Il

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