I.IC TEMPS DI'.S Din.LA SCALA
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sanl de mettre dans ses souvenirs de vovaqenr que des monuments esthétiquement sii])érieurs.
Si les sculpteurs étaient nombreux à Vérone, à la fin du XI II'' siècle, ils manquaient de talent' et lorsque lesScaligers voulurent élever leurs célèbres tombeaux, ils eurent recours aux .Milanais.
Mais peu importe (jue les auteurs en soient tles
1. liiJii|Lion.s ii'i les principales œuvres de sculpture dr Vérone, antérieures au tumbeau des Scalig'ers. Elles ont leur intérêt pour l'histoire et plusieurs sont fort curieuses. A Saint-Zénon, outre la Chasse de Théodoric (voy. ci-dessus, p. m) nous trouvons plusieurs échantillons toujours rares pour l'art de cette partie du moyen âge. Le plus précieu.K est la série des plaques de bronze repoussé au marteau qui ont été clouées sur les vantaux de bois des portes qu'ils recouvrent entièrement. Ces panneaux, séparés par des bordures qui font corps avec la plaque , représentent des scènes de la Bible, de rÉvangile et de la vie de saint Xénon. A la différence de ce qui' l'nn verra plus tard, mais comme le fera encore Ghiberti pour sa première porte du baptistère de Florence, les artistes cherchent à représenter ces scènes avec le moins grand nombre possible de personnages. Ils tiennent cependant à être compris et à bien constituer le sujet, quoique aux
moindres frais qu'il se pourra. Ils s'efforcent vers le moinement et le geste expressif avec une na'iveté amusante toujours et parfois émue Je Christ en Croix) ; leurs figures font penser à ces piip{7^{i, poupées de formes quelconques, mais dans laquelle passe quelque chose de l'àme de ceux qui les font mouvoir. Ces portes doivent dater du XI" siècle ou du commencement du .xn'', Xicolaus et Guglielmus ont inscrit leur nom sur
Tuiubcm Jo C.ine Gr.mdo JoU,i Sc.il.i. Vue J'ciisomble.
étrangers, s'ils ont su nous conserver comme une vision condensée de la Vérone du xiV siècle et des hommes qui la gouvernaient.
C'est- quelque chose de terrible et de parfois enfantin, un mélange d'élégance artistique et de brutalité, une œuvre à la fois fastueuse et militaire où le luxe raffiné de la vie princière s'unit à la rudesse féodale, où se font sentir la prodigalité facile d'une richesse exubérante et la force impitoyable. Lorsqu'on voit — surtout à la tombée du jour, — ces trois chevaliers avec leurs armures fantastiques et leurs grandes lances verticales se dressant sur cet amoncellement de statues, d'arcades, de colonnes. de pyramides, on dirait crinimen>es épouvantails.
Le plus ancien de ces trois monuments est celui de Cane Grande délia Scala. mort en 1329 et dont le tombeau était achevé en 1335. Ici l'homme était digne de ce beau sépulcre. Car certainement il fut un des meilleurs souverains de son temps. Les contemporains nous le représentent brave, constant dans ses principes, franc dans ses discours, fidèle à ses engagements. Chéri à la fois des soldats et du peuple, il avait su gagner par sa justice ceux qu'il avait domptés par la force.
Un des premiers parmi les princes lombards, il fit de la protection des lettres et des arts une des préoccupations importantes de son gouvernement. Sa cour servit d'asile aux Gibelins et Dante reconnaissant de l'accueil qu'il avait reçu, ne place dans VEnfcr aucun de ceux « qui sur l'échelle (Scala) portent l'oiseau sacré », c'est-à-dire l'aigle impériale '.
le portail de San Zeno. Guglielmus l'a mOme accompagné dun quatrain en vers latins :
Qiii legis esta pie. — Xatum placato Marie
Salvel in œtenium — Qui sculpserit ista Guglielmum.
Nous ne demandons pas mieux que d'espérer pour l'âme de Guglielmus l'éternité bienheureuse ; mais son nom ne méritait pas de traverser les siècles. En présence de ces sculptures barbares où de simples ronds colorés en noir indiquent les j'cux, n'est-ce pas agaçant que ce Guglielmus soit connu et que l'on ignore le nom de nos admirables imagiers français du moyen âge. Comme on fait bien de signer ses œuvres. Nous savons ainsi qu'un certain Adamus a travaillé aux sculptures de la crypte de Saint-Zénon où l'on voit des sujets singuliers, comme un centaure chassant le cerf et des coqs vengeurs portant suspendu à un bâton le cadavre d'un renard. Ce second sujet pourrait être aussi bien que le premier une imitation de l'antique, car on voit des sculptures analogues parmi les bas-reliefs romains du Musée de Vienne en Dauphiné. On trouve encore, parmi les sculpteurs de San Zeno, Briolottus, auteur des Fonts baptismaux et d'une Roue de la Fortune entourant la grande rosace du portail. Les sculptures des Fonts baptismaux de San Giovanni in Fonte sont postérieures et témoignent de quelque progrés. Signalons aussi à San Zeno un assez beau crucifix gothique et sur la clôture du chœur, le Christ et les apôtres (xiii" siècle'i. T,a statue en marbre rouge de saint Zenon (dans le chœur) serait du i.x" siècle.
I. Dante désigne ici PtimJis, 17, 72, les Scaligers ou délia Scala par leur blason. L\'\-Jie/h' que portait leur écu (arme parlante) fut surmontée de l'aigle impériale,
LE TEMPS DES DELLA SCALA i - 1
John Riiskin dans ses Pierres de Venise a donné du tombeau de
Cane I"' une description remarquable qu"il est bon de connaître, ne fût-ce qu'à cause du nom de l'auteur.
lorsque les délia Scala furent devenus les chefs des Gibelins et les vicaires impériaux en Lombardie. — Il v a controverse sur le Scaliger qui reçut le premier Dante à sa cour. Mais Dante a certainement connu Cane Grande.