LK TK.MI'^ DES DELLA SCALA
Remarquons aussi que dans ce tombeau, comme dans toutes les autres sculptures réunies dans ce cimetière, malgré la profusion des figures et des ornements, on ne trouve presque rien de banal, on ne voit presque pas de ces figures et de ces ornements répétés de pratique qui donnent
souvent un caractère de monotonie aux plus magnifiques œuvres des temps modernes. Chaque statue a été faite par inspiration directe en quelque sorte et par un ouvrier qui s'intéressait en particulier à chacun des personnages qu'il créait. On remarquera par exemple, — ce n'est qu'un mince détail, mais il est significatif, — • la variété de coiffure des statuettes de vertus couronnant la "Tille extérieure.
,28 VKRONK
Avant de quitter le cimetière des Scaligers, signalons le tombeau de Giovanni délia Scala. Bonino de Campione l'exécuta en 1359 et c'est ce qui lui mérita la faveur de Cane Signorio, et la commande que celui-ci lui fil de son ])ropre tombeau. Les niches en coquille du tombeau de Giovanni et les statuettes qu'elles abritent, peuvent, ainsi que la figure du mort, compter parmi les œuvres les plus exquises du xiV siècle. Ici c'est la douceur qui domine. La Vierge portant sur ses genoux l'enfant Jésus est d'une grâce parfaite et d'une correction aisée qui à cette époque étaient rares, sinon absolument nouvelles; car la lourdeur ou la surcharge sont le défaut d'un bon nombre des sculptures du temps. Ce tombeau n'était pas destiné au plein air et on aurait dû le laisser sur le mur intérieur de S. Zeno à la place qu'il occupa jusqu'en 1S31 '. Un autre sarcophage plus simple, le plus ancien de ceux qui portent un nom au cimetière de S. Maria Antica, contient la dépouille de ."Wastino I ' délia Scala.
3lastino fut assassiné en 1277 sous une arcade voisine qui porte encore le nom de Volto Barbare. Cette voûte s'ouvre sur la place de la Seigneurie et conduit à la via Mazzanti dont l'aspect général n'a guère varié depuis le crime et qui semble encore fort propre à faciliter un guet-apens.
D'ailleurs toutes les rues qui conduisent à la place de la Seigneurie sont surmontées d'arcades formant autant de portes que l'on pouvait fermer en cas d'alerte. Dans les villes italiennes les principaux édifices du gouvernement, réunis sur un même point, doivent pouvoir au besoin former une forteresse, refuge sujjrème de la résistance contre l'insurrection. Les Piai^c dclla S/'giior/û sont comme autant d'acropoles ou de kremlin.
La place de la Seigneurie de Vérone contient à l'Est la Préfecture. Cette préfecture occupe deux anciens palais des Scaligers, celui de Martine I"' et au Nord-Est celui de Cane Grande. L'extérieur a été complètement modifié, mais des parties importantes des cours intérieures ont été conservées. Au sud de la place une haute tour crénelée domine le tribunal continué par le palais de Justice [PaIû^;o ilcUa Raggionc) fondé en 1 183. C'est dans sa grande cour (Mcrcafo vcccliio) qu'il présente son aspect le plus intéressant. .Ses murs sévères, où alternent les rangées de briques et de moellons, sont percés, de distance en distance, de fenêtres romanes trigéminées qui lui ap]iortent un caractère d'élégance. Ce cachet artistique
X. Vérone possède plusieurs autres tombeaux sur le type déjà connu dailleurs (v. le tombeau d'Anténor à Padouo) du tombeau des Scaligers. Tels sont les quatre tombeaux conservés dans une cour qui sépare Tcglise Sainte- Anastasie de Téglise Saint- Pierre-Martyr. Le plus important est celui du comte de Castelbarco. Il est situé au-dessus de la porte d'entrée. Le comte de Castelbarco contribua pour une grande partie à la construction de S. Anastasia et de San Fermo.
LE ÏKMPS DKS DHLI.A SCAI.A
est augmenté par un bel escalier extérieur du xiv" siècle aboutissant à la grande salle. Ce palais fut remanié par Can Signorio qui y mourut.
En face du Pcilci:;j^o dclln Raggione, se trouve le Pala:i^o del Consiglio ou la Loggiii, un des rares édifices que Fra Giocondo ait élevés dans son jmys et encore son attribution à cet architecte n'est-elle pas absolument certaine. En tf)us cas la construction est bien de son école.
Il a du en donner le ]5lan qui fut exécuté de 1476 à 1493. C'est peut-être le premier palais qui ait été couronné de statues'. La porte d'entrée est décorée par VA II 110 ne /'il fi on en bronzedeGirolamoCampagna. Sur l'arcade qui, s'appuyant à la loggia, passe par-dessus la rue Foglié, se voit la statue du médecin Girolamo Fracastor (1483-1553! par D. Caitaneo (1559). Au centre de la place, une-statue du Dante atteste que la popularité du poète est restée aussi grande en Italie que l'est devenue celle de Victor-Emma-
I. Statues des cinq Véronais célèbres de l'anticiuité, Cornélius Nepos, Catulle, Vitruve, ^milius Maccr et Pline que Vérone dispute à Corne. Posées en 1493.
nuel ou de Cavour. A l'O. le Pala^^o dci Giiiriconsiilti '1267) a perdu complètement son ancien aspect depuis sa reconstruction au xvi" s. Il est situé entre le Volto Barbaro et une autre voûte s'ouvrant sur la courte rue qui conduit ;i la Pia^;a ilcll' Erbc imarché aux légumes). Au delà de cette arcade se prolonge le Palci^o dclla Raggionc qui va rejoindre le Municlpio avec lequel sa cour est commune. Si la Pia\\a dclla Signoria est la place du gouvernement et de l'administration, la Pia:;;a dclV Erbc fut la place du ])eupl('. ("était le forum marché et lieu des assemblées politi(iucs au temps des Romains. Le Municipio du moyen âge y a sa façade que surmonte une tour de 83 m. Une fontaine a été au temps de Bérenger formée de fragments antiques, 3' compris le fragment de statue complété de façon à en faire la personnification de Vérone. En avant de la fontaine, au milieu de la place, une tribune portée sur quatre colonnes, servait, pendant que Vérone était indépendante, à la proclamation des jugements. En arrière de la fontaine une colonne avec le lion de St-Marc affirme la mainmise de Venise sur sa voisine dont elle détruisit la lilierté avec autant de perfidie qu'elle le faisait en même temps pour Padoue (1404-1405), mais avec moins de cruauté; car elle sut faire tourner à son profit les crimes par lesquels Jean Galéas Visconti avait renversé les Scaligers. A l'O. de la place, la Casa Mazzanti occupe le palais d'Alberto II délia Scala et a conservé une partie des fresques de sa façade. Ces fresques furent jusqu'au milieu du xvi° s. le mode habituel de décoration des riches demeures (v. p. 159). De là, la simplicité trop nue de l'architecture et l'absence presque complète de sculptures dans les plus anciens palais et hôtels de Vérone. .Mais la plupart de ces fresques ont disparu et l'extérieur jadis si brillant de ces demeures est devenu insignifiant.
Le palais MafFei (aujourd'hui Trezza; au fond de la place est un des plus luxueux exemples du retour aux façades tirant leur valeur delà décoration purement architecturale. Il date de 1668, et le st^de baroque y est tempéré par l'influence persistante de Palladio. Il est couronné de statues. Un escalier en limaçon d'une construction hardie et noble, s'élève du sol jusqu'au toit sans appui central, de façon qu'on peut saisir d'un seul coup d'œil toute la série de ses spirales*. A l'Est de la place, le moyen âge reparaît avec l'ancienne Casa dei .Mercanti qui n'a guère changé de destination, car c'est aujourd'hui le Tribunal de commerce. La Piazza dell' Erbe nous rappelle donc des souvenirs des diverses époques de la vie véronaise.
Le Castcllo Vecchio et le pont fortifié qui le prolonge au-dessus de