‹ Padoue [et] VéroneChapitre 42 sur 60 · I.K TKMPS DES ORI.l.A SCALA · texte numérisé non relu

I.K TKMPS DES ORI.l.A SCALA

d'une grille en fer forgé et déeouiié <lnnt l'élément décoratif dominant est une échelle '.

Ces monuments sont beaucoup plus amhilieux que celui de Cane (Trande,et, en raison de la vie des personnages comme au nom de la justice, on peut s'indigner d(! voir tant de statues de vertus entourer un Mastino 1 1 c^ui fut traître à tous les partis et qui tua de sa main l'évêque de Vérone son cousin, Barthélémy délia Scala ; — île voir surtout des vertus plus nombreuses encore, et, comme si ce n'était pas suffisant, des figures de héros chrétiens y compris le roi de France saint Louis servir d'escorte' à Cane Signorio qui s'empara du pouvoir en transperçant son frère aîné Cane Grande II d'un coup d'épée pendant qu'il

Tombeau Jt Cane Signorio iCane III). Vue d'enscniMe.

1 . On tiuuvre aussi dans la décoration de ces tombes dr nombreuses tètes de chiens, allusion au nom de Cane.

2. Ces héros chrétiens sont, — outre saint Louis, — saint Georges, saint Martin, saint Quirinus, saint Sigismond, saint X'alentin.

passait à cheval dans la rue et qui, se sentant mourir à trente-cinq ans par suite de ses excès, assura la transmission de sa puissance à ses bâtards en faisant étrangler son frère cadet Paul-Alboin dans la prison de Peschiera où il le retenait depuis dix ans.

Tombeau Je Cane Sigiiorio. Le Sarcophage.

Mais ces monuments ont un caractère plus politique que religieux et sont destinés à affirmer la puissance des maîtres de \'érone.

Quoi qu"il en soit, le tombeau de ^lastino II ;|- 135 1) est un des modèles de ces tombeaux surmontés d'un édicule, type le plus riche de l'architecture funéraire du moyen âge. Dans une grille rectangulaire analogue à celle de l'enceinte générale et s'appuyant aux quatre angles à quatre colonnes portant des statuettes, s'élève le monument tout en marbre. Sur une table soutenue par des colonnes est placé le sarcophage portant la

I,F. TI'MPS DES DKLLA SCALA

statue couchée du mort. Aux angles de la table quatre autres colonnes sont réunies par quatre arcades gothiques trilobées rem^Dlies de sculptures. Au-dessus de ces riches arcades. — cantonnées de petits édifices en forme de lanterne et contenant encore des statuettes — se dresse, tout unie dans un contraste saisissant, une p\-ramide tronquée, composée de grosses pierres comme une forteresse et dont les lignes raides dirigent le regard vers la statue équestre du podestat qui.

avec son casque garni de grandes ailes, son armure en fer battu, son large bouclier et sa longue lance est le plus effraj-ant de ces Scaligers. Il justifie ces mots d'un contemporain :

« Quand le seigneur Mastino chevauchait par les rues, toute la ville de Vérone était dans la terreur; quand il

menaçait, toute la Lonibardie tremblait '. » Le tombeau de .Mastino II a été exécuté par le ^lilanais Pierino dont on ne connaît pas d'autres œuvres. Perkins sionale dans les tombeaux des Scaligers l'influence du Pisan Giovanni Balduccio qui, établi à 31ilan, y sculptait en 1339 le tombeau de saint Pierre martyr à l'église Saint-Kustorge. Mais l'œuvre de Balduccio, surtout dans les bas-reliefs, nous paraît bien inférieure. Le monument de Cane .Signorio ^Cane III, 1359-13751 est beaucoup plus

I. Quando dominus Martinus obequitabat, tota Veronensis urbs pcrtimescebat; qiuim, minabatur, tota Lonibardia contremiscebat.

Tombeau de Cane Signorio. Fragment de la Sîrille.

vi:ron'i-:

luxueux, beaucoup ])his orné. On voit fiu'on nu pas regardé à la dépense. C'est que le titulaire, se sachant atteint d'une maladie incurable, s'était hâté de mettre en réserve dix mille florins d'or et avait fait venir de .Milan lionino de Campione pour que son tombeau lui fût élevé de son \ivant. On n'est jamais mieux servi que ]iar soi-même, surtout lorsqu'il sag^it de s'assurer des lionncurs posihumes.

Tunibc.iu de Giùv.uini Jolla SciLi.

Le tombeau de Cane Signorio annonce l'approche de la Renaissance et le gothique qui y domine se mêle à des souvenirs et à des formes gréco-romaines. Quoique trop compliqué, trop surchargé de détails (et inférieur à cet égard au tombeau de .Alastino II), ce n'en est pas moins un superbe édifice. Il .symbolise bien, comme le dit Perkins. << la vie de splendeur, de prodigalité et de désordre effréné des seigneurs de Vérone ; cette étrange association d'idées païennes et de sentiments chrétiens, de licence et de foi naïve trouve ici sa formule architectonique dans ce mélange d'extravagance de manière, unie à des formes d'une heureuse simplicité. »

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