‹ Padoue [et] VéroneChapitre 5 sur 60 · I.K MOYEN' Atil · texte numérisé non relu

I.K MOYEN' Atil

et les perfidies nnil vi)li)inicrs à nos yeux dans les restes de ces vieilles tours et de ces vieilles murailles, dans ces longues rues aux arceaux favorables aux embuscades, dans ces nombreux canaux qui sillonnent la ville, prêts à faire disjoaraître la victime de quelque guet-apens.

C'est à Padoue que Victor Hugo a placé son drame d'Angclo. Si on néglige la partie romanesque, le personnage d'Angelo n'a rien d'excessif. La réalité de l'histoire nous offre un Kccelin(j de Komano auprès (huiuel, comme le dit Théophile u a u t i e r .

Angelo serait un ange de douceur.

Cet Eccelinii m<''rita entre tous, dans un temps où la concurrence sur ce point ne manquait pas, d'être appelé le « Féroce ».

Il représente, dans un t\pe de choix, cet amour forcené du p o u \' ( li r ( [ u i , s ' a 1^ puyant sur la ruse comme sur la force, s'habitue à tous les crimes et raffine sur la cruauté pour augmenter la terreur et mieux jouir du plaisir

de la vengeance. Ces liommes d'une intelligence subtile savent aussi séduire. Padoue ra])pril à ses dépens. Eccelino parvint s se faire envoyer par elle des députés qui lui demandèrent de venir gouverner la ville au nom des (iibelins et comme vicaire impérial, se contentant de lui faire jurer qu'il respecterait les privilèges de la cité. Ouel sjîectacle ce dut être lorsque ce terriljle guerrier arriva, tout couvert de fer, à la tête des troupes allemandes, devant les murs de la] ville et qu'on le vit tout à coup s'arrêter, se courber sur son cheval, rejeter son casque en arrière et baiser avant d'entrer la porte de la ville dont il allait être le maître.

Maison gotliiquc de la rue Uante.

PADOUR

signe décisif ot im]ir('vu de prise de possession, baiser de proie où l'émotion de l'ambition satisfaite va. dirait-on, juscju'à l'attendrissement, si ce sentiment pouvait trouver place en un pareil homme'.

La porte franchie, il n'avait plus de ménagements à garder et ses serments ne lui pesaient guère. Bientôt les prisons existantes ne suffirent plus à contenir ses ennemis déclarés ou ses ennemis possibles. La haute tour qui sert aujourd'hui à l'observatoire est une des deux qui dominaient lel

^mt

tS

-M^J^'I^Èm 1

*^^S*^yK

lîS^SSEïi -ii,- .'

^,^fe'>':

fP^\ ■'■.' :•

iè^''iii

Èm

FÀhi

fjljl\ ■ i-^ e /

él-

I-îlippo da Verona. HiUrevue de saint .\ntoinc et d'Eccelino de Rùmaiu». Sciiola del Sanlo.

château qu'il s'était hâté de faire élever, et sous lesquelles il fit construire avec un soin particulier les prisons destinées à terroriser ses adversaires. On connaît le nom de l'architecte c[ui se chargea de les construire : il s'appelait Egidio. Perfectionnant les indications de son maître il finit parles rendre, comme le dit un chroniqueur du temps, véritablement infernales. Par un juste retour des choses d'ici-bas, il devait bientôt faire l'épreuve par lui-même « de ce lieu ténébreux, empesté, semblable au Tartare où en proie à la faim, à la soif, aux insectes impurs, haletant après l'air qui lui

I. Cet cvoncniont se passa en 1237. une inscription mmli-nie d.ms la via Ronia. prés du p'int, le rappelle.

Lie MOVKX AGI-:

était refusé, il a péri misérablement dans l'enfer que lui-même avait creusé ' ».

Cependant une croisade est prèché(^ au nom du pape Alexandre T\' contre Eci-elino c ce fils de pertlilinn. cet liommede sang, le plus inhumain

llomenico Camp^ignoUi ?i ]..< mort Je saint Autoiiio. Scuola Jel Saiilo.

des enfants des hcjmmes, qui. i)rofitant du désordre du siècle s'est emparé d un pouvoir tvrannique et qui a brisé tous les liens de la sociét(''

I. Les i^adoLians appolaient ces deux tours /c Ziln\ co qui est sans doute une corrtiption du nom de l'architecte, ligidio transformé en F.vdiu par la prononciation populaire C'est ainsi qu"à Paris la rue de Sainte-Marie-rKgyptienne. devenue par abréviation rue de 1 Ksyptienne, s'est transformée en rue de l'Êgissiennc, puis de la Jissienne pour arriver a la dénoniinatiiin aetuclli-, dép(iurvue de tout sens, de rue de la jussienne.

humaine et toutes les lois de la liberté évangélique ». Malgré ces anathémes. cet homme à qui l'on ne peut refuser une énergie et une habileté supérieures, lutta avec succès ])en(lani quatre ans jusqu'en 125g et nous le retrouverons à A'érone : mais dès 1256 Padoue en était délivrée.

l'ilippo da Verona ^?j Saint Antoine apparaît à son disciple Luca Bclludi et lui prophétise la délivrance de Padoue. Scuola del Santo.

On a rappelé plus haut la fête annuelle qui se célébra tous les ans depuis 1275 à l'anniversaire de cet avènement. Plus de cinquante ans après le départ d'Eccelino, le souvenir de cette terrible époque était encore vivant. Le poète Albert 3lussato, qui eut d'autre part un rôle politique important et s'y montra un vrai patriote, composait en 1314 sa tragédie latine d'IùciTiiius et était couronné solennellement le 25 décembre

Page 1