‹ Padoue [et] VéroneChapitre 53 sur 60 · LA PEIXTLRK A VI'RONK AU TEMPS D K LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

LA PEIXTLRK A VI'RONK AU TEMPS D K LA RENAISSANCE

la N^aisscince du Sauveur au .Museo Civico. Quelle profonde piété, quelle foi partout répandue 1 La Vierge est surtout admirable. L'expression de l'adoration pour le Dieu et de l'attendrissement de la mère à la vue du petit enfant qui, tout Dieu qu'il est, est vraiment sien, l'attitude de cette prière admirative et familière, étonnée et émue, qui s'arrête avant d'avoir joint complètement les mains, la personnalité même du type de jeune fille de la campagne avec se^ bandeaux plats et la précision de son ajustement, tout contribue à faire de cette figure un véritable chef-d'œuvre. Et quelle science , — science spontanée et naïve, qui n'a rien d'actuellement cherché et découle simplement du talent acquis de l'artiste, — dans cette même figure de la Vierge qui se présente de face et dans le corps de l'enfant qui. courbi sur une dalle devant elle, sourit en tournant la tète vers le spectateur! L'amour du détail réel, qui est aussi un trait caractéristique du miniaturiste, se décèle dans la variété des éléments du paj-sage, dans la ligne d'horizon démesurément élevée, dans les plantes

fleuries du premier plan, et dans les deux petits lapins qui, sortant de leur terrier, s'arrêtent encore indécis sur le chemin qu'ils vont prendre. On dirait de Raphaël continuant à peindre dans le sentiment de sa première manière, mais sans oublier la science qu'il dut à l'enseignement florentin. G. dei Libri est vraiment un des maîtres de la grande Renaissance et ce n'est guère qu'à Vérone qu'on peut juger de tout son mérite. -Mallieureusement l'influence de l'école de Raphaël se fit plutôt sentir, sur les bords de l'Adige. par l'intermédiaire de Jules Romain. Grand personnage, architecte, ingénieur, autant que peintre, il était devenu

depuis is-'i. dans le \-oisiinige de X'ért^ne, ccjiiimc l'iiUendanl îles Jîeaux- Arts du duc de .Mantoue, situation (|ue .Mantegna avait déjà occupée avec l'autorit- que l'on sail Jules Koniain n'était certes pas un artiste ordinaire; mais, emporté par sa facilit'-, il risquait de tomber dans une

rhétorique assez vide, délaut qui ne ])ouvait man- ' I lier de s'aggraxer dans ses imitateurs. C'est d'après ^es cartons que l'rancesco I orbido. dit il .Moro mort a|)rès 1546), peiçnit les Sir/irs iii- la \'ic ilc 'a \'iergc dans la ilemi-eou- ]iole et les murs supérieurs de l'entrée du chœur à la cathédrale de \'érone. Ce sont, à tout prendre, des («uvres médiocres. ïorbido est plus heureux lorsqu'il est simplement livré à luimême tableaux à Santa liufemia, à S. Fermo et au .\lusée . L influence vénitienne intervint al(.)rs heureusement pour arrêter le succès des « maniéristes ».

Tout en laissant librement ouvert le champ de la richesse et de la fantaisie, elle maintint les ^■éronais dans la voie de l'étude sin-

Cav.i/.zi-iUi. Descente de ciuix (Mu>

cère de la nature et dans la spontanéité tlu sentiment.

C'est ce que montre Paolo ^loranda, dit Cavazzola 1486-1522} dans sa Descente Je Croix du .Musée 15 17) où la précision des formes de 3lantegna tend à s'unir de plus en plus, comme on l'a vu déjà dans Caroto, à l'aisance brillante des Bellini et des (jiorgione. L'excellent coloriste s'affirme mieux encore dans les figures pleines de vie et de caractère de .S7 Miche/ et St Paul au même musée. Enfin Cavazzola est un des précurseurs du ])aysage moderne. Ce talent de paysagiste se montre

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dans sa Miidonc avec des saints du -Musée 1522) et dans la Descente de Croix déjà citée, oia le fond nous rappelle la vue de l'Adige à Vérone et de la colline San Pietro '.

L'influence vénitienne était déjà très sensible dans un peintre antérieur d'une génération à Cavazzola, Crir. .Moceto 'né vers 1454) qui aimait aussi comme .Mantetina les beaux encadrements formés de oruirlandes de fleurs et de fruits Mûdojie à S. .M. in Organo'. Elle l'est moins dans le peintre plus moderne (iiolfino cjui travaillait de 1486 à 1518 (2"^ et 4' autel de gauche à S. Anastasia : Descente du S. Esprit, jcsits avec S. Erasme et

Dum. 13rusa>orci. Cavalcade Je Cli.irles-Qjaiul ; fragmeiil. Palais Lisca '^Ridolfij.

S. Geori^es ; fresques à S. \l. in (Jrganix chap. à droite du chd'ur : ï Assomption, la Manne. l'Agneau Pascal avec de curieux l\'pes juifs). Elle domine absolument chez les Bonifazio qui se rattachent à l'école du Titien. On distingue aujourd'hui trois Bonifazio appartenant à la même famille dont le véritable nom était Pitati. Le premier (-j- 1540) et

I . Autres œuvres de Cavazzola au musée ■.J,'siis a Gelliscinjui , le Portciiit-iit Je Croixle Clirist et saint Tlioiiiiis, le Baptême Ju C/irist, de disposition encore assez archaïque et provenant de SS. Nazaro e Celso où on aurait du le laisser, comme on aurait dû laisser à S. Bernardino la madone citée plus haut. SS. Nazaro e Celso a conservé s.a première œuvre connue, iiiic Aiinoncicitioii de 15 10. S. Anastasia possède la yiiiJeleine portée par des anges, au-dessus St Paul et d'autres saints. Le Musée contient aussi de lui plusieurs figures de saiTits parmi lesquelles le bienheureux Bernardin presque contemporain est dune impression singulièrement vivante et amusante. On ne peut rendre avec plus de finesse la physionomie d'un homme spirituel et bon qui dans une discussion, pendant que parle son adversaire, le menace du doigt en lui disant : prends garde à toi, attende tihi.

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le second (1494. — Venise 1553), travaillèrent le plus souvent ensemble. Le troisième, dont on a des tableaux compris entre les années 1555 et 1579, est fort inférieur, il était né à Venise. D'ailleurs, aucun des Bonifazio n'a d'œuvres importantes dans son pays d'oris^ine.

Dans le second tiers du xvr siècle, les deux peintres les plus réjjutés de Vérone étaient Domenico Brusasorci et Antonio Badile.

Domenico Ricci, Rizzi ou Riccio (1494-1567), tenait son singulier surnom de Brusasorci ou Brusasorici, c'est-à-dire preneur de souris, de son père sculpteur sur bois qui avait inventé un nouveau piège pour se débarrasser de ces rongeurs, l-'r. Carotto, ayant remarqué les dons naturels du jeune Domenico, le prit avec lui. A Vérone, D. Riccio a exécuté plusieurs peintures religieuses recommandables. Ses fresques d'une partie de la voûte et le grand tableau du chœur de S. Stefano ne valent pas sa Vierge sur lesNiLcs accompagnée de divers personnages à Sainte-Eufemie et surtout son autre Vierge glorieuse de .SS. Nazaro ■et Celso, qu'il n'exécuta certainement qu'après avoir étudié les œuvres du Titien. Mais ce qui nous intéresse le plus, se sont ses peintures historiques. La Surprise à Isola délia Seala de François de Gon^ague vaincu et fait prisonnier par (iirol. Pompeii décorait une salle du rez-de-chaussée dans le palais de cette famille. Cette peinture fut tlétruite lorsqu'on modifia la construction de l'édifice. Heureusement nous avons encore au palais Ridolfi (aujourd'hui Lisca), la grande frise représentant la Cavalcade de Charles-Ouint entrant à Bologne avec le pape Clément VII. Ouoique cette composition, comme on va le voir, ne soit pas complètement originale, elle est le chef-d'œuvre de Brusasorci et, en tous cas, une des peintures les plus importantes du xvi" s. Charles-Quint, vainqueur de François I", ai^bitre de l'Europe, ayant ramené le pape Clément VII (Jules de Médicis) dans son alliance, avait fait une entrée solennelle à Bologne (22 février 1530) pour s'y faire couronner roi d'Italie, puis empereur romain (24 février". La fresque de Brusasorci représente le cortège des cours papale et impériale réunies avec les principaux personnages de l'Italie, cardinaux, guerriers, princes, magistrats. Presque tous sont des portraits. Ant. de Le3'va. un des vainqueurs de Pavie, auquel ses blessures rendaient impossible l'usage du cheval, y a pris place sur une chaise portée par des soldats. On l'a représenté se reposant à l'extrémité du cortège, son siège étant posé près d'un canon. Un des côtés de la salle est occupé par les divertissements accordés au peuple. On y voit, entre autres, quatre hommes déplo}'ant toutes leurs forces à faire tourner au-dessus d'un brasier ardent un treuil servant de broche

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