I.a Cathédrale lil Diiomo) et le Bapti>tcre
'chrétienté rien que i)ar ses dimensions : sa périphérie est de 360 mètres, sa longueur de 115, la hauteur maximum de ses campaniles de 68 mètres.
La cathédrale de Padoue (// Diionio) n'est à côté du Santo qu'une église secondaire. Commencée en 1552 elle est l'onivre d'Andréa délia A'alle et il'Agostino Righetti ; mais c'était toujours vers II .Santo cjue se portaient les sympathies de la ville et la générosité des fidèles. La cathédrale est restée inachevée et sa façade est un simple mur. Le riche l)rojet donné par le comte (Tirolamo Frigimelica en 1730 n'a pas dépassé ])our l'exécution la base des pilastres.
Le baptistère qui est juxtaposé à la cathédrale est une élégante cons-
26 PADOl.'K
truction en briques de l'époque romane. -Mais il est difficile d'en juger: car elle est en partie englobée dans l'édifice principal.
Les églises sont très nombreuses à Padoue, comme dans toutes les villes d'Italie, hes Brfiiii/nii/ (i 276-1306) vus de l'abside ont un aspect qui ne manque pas de grandeur : mais l'intérieur ne consiste qu'en des murs sans voûte et ressemble à un marché couvert. Sainte-.Sophie, monument de st}'le romain comme les Mremitani. est ])lus ancienne Xll" siècle): elle a un caractère vraiment religieux avec sa façade un peu nue et trop sévère, mais d'une noble simplicité. Nous n'en dirons pas autant de la petite église .San Canciano 1617;, à l'alignement de la rue du même nom, (jui à l'air d'un petit palais de Palladio avec ses grandes colonnes portées sur un soubassement, son attique et la balustrade ornée de statues qui la surmonte. La façade a été peinte à fresque ])ar le Français Louis Yernansal ' qui y a représenté une grande Immaculée Conception de la Vierge.
Le peu de sympathie qu'on a pour le style baroque ne doit pas empêcher de signaler l'église de .San lîaetano, œuvre de .Scamoz/.i 1581- 1586), fort vantée autrefois et dont l'intérieur, de proportions correctes, est complètement couvert de dorures, de beaux marbres et de peintures, qui ne sont pas sans valeur, d'artistes vénitiens du xx'ii" siècle. La .^ladonna de l'Arena ne vaut que par ses peintures : il en est de même de San Giorgio. L'église San Agostino, la plus remarquable à tous égards des ésflises du moven âoe à Padoue après II Santo et datant du même temps '1227-12751, a été méthodiquement détruite en i8ig par un acte de vandalisme officiel dont il }• a malheureusement plus d'un exemple en Italie et ailleurs.
Ln somme, au point de vue monumental, l'église de Sainte-Justine peut seule entrer en rivalité avec la basilique de Saint-Antoine.
Comme pour la cathédrale sa façade est à peu près réduite à un muret, malgré ses huit coupoles, l'extérieur n'a rien de bien intéressant: mais l'intérieur 'une croix latine à trois nefs) est une des œuvres les plus complètes de l'architecture de la Renaissance : simple, harmonieuse, grandiose et hardie, d'un sentiment des proportions vraiment antique. JMalheureusement un badigeon blanc très cru lui donne un aspect assez nu malgré toutes les œuvres d'art qu'elle contient.
Le monument actuel est au moins la troisième des églises qui s'élevèrent à la même place. Celle dont la première origine remontait peut-être au VU' siècle fut détruite en 11 17 ] ar un tremblement de terre. Celle
I. On truuvL' à Padoue l)raucoup d'autres œuvres de \'trnan.'-al. A'oy. Sehatico, piissini (t Dussau.x, I.ts Peintres ti\iiiiiiis à l'ilreingcr.
LES KGLISKS
qu'on construisit au XV siècle menaçait ruine par suite du peu de stabilité des fomlations, lorsqu'en 1502 Ton entreprit de la reconstruire dans des dimensions beaucoup plus considérables.
In ini)ini'. il l'adrc < i irolaino da Brescia. en donna les premiers plans. Les commencements de la construction furent difficiles. Les fondations sur un terrain marécag-eu.x exigèrent de grandes dépenses, puis la guerre
EeiUse des ErcmiUiiu. Wie de l'abside.
de la ligue de Cambrai et le siège que Padoue subit alors suspendirent les travaux. D'autre part, le plan de l'édifice fut plus d'une fois modifié. Au plan i>rimitif de Girolamo de Brescia qui avait soulevé plus dune critique, fut substitué celui de Sébastiano de LuganoiiôOj , puis celui du Padouan Andréa Briosco. Alessandro Léopardi. le célèbre architecte et sculpteur vénitien, dirigea les travaux. En 1532. le Bergamasque Andréa ^lorone fut mis à leur tète, acheva l'édifice dans son ensemble et lui donna son caractère définitif. Dans la seconde moitié du siècle, .Scamozzi fut appelé à travailler aux voûtes et aux coupoles.
Ces divers architectes ont respecté, comme annexe latérale, le chifur de l'ancienne église du xv" siècle où l'on a placé d'admirables stalles ornées de ces mosaïques de bois colorés que les Italiens appellent ' tarsie ». l^Ues ont été exécutées par Domenico Vicentino et Francesco
Vue inlérieure de l'église Sainte-Justine.
Parmigiano dans la première moitié du xvT siècle. .Si belles qu'elles
soient, elles sont dépassées par celles que nous trouverons à Vérone'.
Ouant aux stalles, non pas marquetées mais sculptées, du chœur de
I. Vi>v. ci-dessous, Vi'roiw, ch. \'ll. Li-s panneaux que Fni \'inccnzii délie Vacche. moine olivetain de Vérone, avait laits pour les armoires de la sacristie de S. Benedetto novello à Padoiic ont fait partie Je la collection Piot :A. de Cluinipeaux, /,f McitUc, J. p. 26).
Lies Ktil.ISES
l'église nouvelle, elle> n'ont à craindre aucune rivalité. -Vppartenanl à la deuxième moitié du XX'T siècle, elles ont toute la richesse qu'on aimait alors, mais sans ionil)(>r clans reni]ihasp. l-'.lles ont su éviter surtout la mollesse des formes improvisées et conserver dans l'exécution de scènes parfois trop compliquées, de figures trop contournées 'quelques-unes même d'un dessin fort discutable , une franchise et une fermeté rares à cette époque, surtout dans les arts industriels.
Stalles du chœur de Saintc-Juslinc.
Il est vrai C[ue les Italiens n'y ont pas seuls travaillé. .Si les modèles de ces stalles ont été donnés par Andréa C.'ampagnola, elles ont été taillées de 1556 à 1560 par un Français que les Italiens appellent Ricardo Taurino, sous la direction tl'un moine flamand, le père Eutichio Cordes d'Anvers qui prit une part importante aux travaux du Concile de Trente. La facilité exubérante et trop sou\ent banale de l'art italien à cette date a été contenue par la conscience traditionnelle des « \ inagiers >• des pays ultramonlains.
Taurino s'ap])elait Taurin ou plutôt Taurigny. Il était originaire de
:io P A D O V 1-:
Rouen en Normandie et l'on sait d'autre part rjuil fut emplo)-é aux travaux du château de (iaillon. Parlant des sculpteurs en bois, Lomazzo dit' qu'il est le plus rare qui soit au inonde aujourd'hui. Cet artiste éminent avait un caractère violent et fantasque. Pendant qu'il tra\aillait à ses stalles, les moines bénédictins du monastère dont dépendait l'église de Sainte-Justine étaient constamment dans les transes; car il les menaçait sans cesse, sous les plus futiles prétextes, de tout planter là et de s'en aller. .Mais il arriva un événement qui le força, dans un intérêt majeur, à rester tranquille à son poste jusqu'à parfait achèvement de l'œuvre. Irrité un jour contre ses aides, il saisit la première hache qui se trouva sous sa main, la lani,a à la voh'-e sur la tète d'un jjauvre jeune homme avec tant de violence qu'il lui fendit le crâne et le laissa inanimé sur la place. Le malheureux fut sauvé par 3lontagnana, une des célébrités médicales de Padoue ; mais des poursuites n'en furent pas moins dirigées contre le meurtrier. La police vint le chercher à Sainte-Justine même, pour le conduire en prison. Les moines s'interposèrent et obtinrent qu'il accomplît son temps de captivité dans le couvent. Ils purent ainsi le retenir jusqu'à ce que les stalles fussent terminées.
Le magnifique couvent dont l'église faisait partie fut bouleversé lorsque, en 1816, sous la domination autrichienne on en fit un hôpital des invalides. C'est alors que furent perdues presque toutes les célèbres fresques qui le décoraient". On peut encore juger cependant de la beauté du cloître construit, dans le style de Palladio en 1588, par un Battista Lizonio connu seulement par cet ouvrage.
1. JJi\7 Jc-l Tciiipio Jclta Pillitrii, édit. de i;S5. p- 144-
2. Troi^ d"entre elles (deux de Domenico Campagnola, une de Girolamo Padovano) ont été en grande partie sauvi'-i'< gr.-'ici- an ei'limel SnlJati.
iMitiiiiUMiiMAft
Le Pahizzo dclla Raggione.