LES MONUMENTS CIVILS
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Parmi les édifices civils, le I'liIii^^o drllû Rng^ioiif .palais de justice) peut rivaliser d'importance avec la basilique d'il Santo ou l'église de Santa-Giustina. Ce palais est le centre national de la ville, comme II Santo en est le centre religieux. Les Padouans aiment à y voir, avec le signe de leur puissance passée, le témoignage de leur amour de l'art, comme de leur amour de la liberté.
En 1 164, Padoue s'était dégagée de la domination de l'Jimpire d'Allemagne et l'alliance qu'elle avait faite avec Vicence, Trévise, Vérone, avait été le noyau de cette fameuse Ligue Lombarde qui devait briser la puissance de Frédéric Barberousse à la bataille de Legnano (1 ijb). Sans même attendre le succès définitif, les Padouans résolurent d'élever, comme monument de leur fierté municipale, un magnifique palais dans le quartier le plus actif de la ville, entre le marché aux légumes et le marché aux fruits iPia;^ii dcli l'Erbc et Pin^^a dcî Friifti]. Le plan en fut donné
par Pietro Cozzo di Limena et l'édifice fut commencé en 1 172. Les guerres et les luttes politiques, un incendie qui le 11 mars 11 74 dévora plus de deux mille maisons' suspendirent les travaux. Ils furent repris en 1209 et poussés avec une telle activité que le vaste édifice était terminé en moins de dix ans (12 19). Mais il allait être plus d'une fois endommagé par des accidents graves. Le toit fut enlevé en 1306 par une tempête. Il fut rétabli par le moine augustin Giovanni degli Eremitani qui ajouta au monument les deux loggia latérales. En 1420 le toit fut de nouveau détruit : il s'effondra dans un incendie, entraînant dans sa chute la plus grande partie de l'étage qu'il couvrait. Lors de la restauration qu'ordonna aussitôt le Sénat de Venise, les architectes Bartolomeo Rizzo et Piccino supprimèrent les cloisons qui divisaient la salle en trois parties destinées à différents services et en firent une pièce unique. Un nouveau cyclone emporta encore le toit en 1756. Le mal fut réparé par Bartolomeo Ferracina, ingénieur, architecte, mécanicien et astronome originaire de Bassano, qui rétablit l'ancienne salle dans cet aspect hardi et grandiose qui au début du xv" siècle excitait l'enthousiasme patriotique du chroniqueur Michel Savonarole et qui, près de cinq siècles plus tard, faisait naître le même sentiment dans l'esprit, à coup sûr plus méthodique et plus impartial, de Goethe.
Qu'on se figure une place suspendue au-dessus du sol, qui s'étend en un rectangle de 27 mètres sur plus de 80 mètres, sans aucun support pour soutenir une couverture dont le faîte s'élève jusqu'à 15 mètres du plancher'. « On dirait, — écrit le vieux Savonarole, dans un lyrisme descriptif presque romantique, — on dirait d'un immense navire retourné. Les ais de sapin sont décorés d'or et d'azur avec de grandes étoiles rappelant la voûte céleste. De distance en distance des vitraux laissent passer les rayons du soleil qui viennent illuminer ce nouveau firmament. » La salle primitive était ornée de peinture par Giotto et son école. Les peintures actuelles, postérieures à l'incendie de 1420, rappelèrent la première décoration : elles ne C()m])tent pas moins de trois cent dix-neuf sujets. Des artistes qui y ont travaillé on ne connaît que le nom du seul Giovanni Miretto, peintre padouan \ Peut-être s'y mêle-t-il quelque reste des peintures giottesques. Mais, si l'on songe que les peintures de Moretto
1. Cette catastrophe est rappelée par une inscriptitui i^ravée sur la porte voisine de S. Caneiaiio.