‹ Padoue & VéroneChapitre 9 sur 73 · yez ci-dessoUïï chapitre i · texte numérisé non relu

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LES l-Xil.lSKS

la chapelle appelée vulgairement délia Madonna Mo/ut qui est un reste de l'ancienne église de S, .M. Mater domini.

Mais ce que l'on va chercher au Sanlo, ce sont moins les occasions d'études archéologiques que les souvenirs du saint qui a été l'origine de tant d'œuvres d'art éminenles.

La chapelle spécialement dédiée à saint Antoine et contenant ses

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reliques forme comme la transition entre la chapelle Saint-l-'élix et la chapelledu Trésor, et ces trois spécimens d'arts différents ainsi rapprochés donnent une précieuse leçon d'histoire de l'architecture. Dans la chapelle Saint- An toi ne, la Renaissance a voulu faire une œuvre riche, luxueuse même, mais elle a su conserver l'élégance qui est la marque de cette époque privilégiée. Le plan en fut donné par Andréa Hiccio en 1500. L'exécution en fut dirigée par fiiovanni .^linello dei Bardi. du 2 1 juin de cette année jusqu'au (8 juin 1521. A Minello succéda tîîovanni Maria Falconetto jusqu'en 1533. Jacopo Sansovino y travailla comme architecte aussi bien que comme sculpteur. Tout fut achevé en ij;;.

Les bas-reliefs de la chapelle du Santo sont une des œuvres capitales de la sculpture italienne et nous y insisterons (voy. ch. X). Mais il est bon d'indiquer dès à présent une fois pour toutes les sujets de leurs neuf compositions , sujets qui reviennent incessamment sous le pinceau des peintres comme sous le ciseau dos sculpteurs qui ont à s^occuper de Saint-Antoine.

i" A part celui qui représente ^f?//// Antoine entrant dans V ordre des Franciscains^ les huit autres ont pour sujet ce qu*on pourrait appeler les miracles classiques du grand thaumaturge. On remarquera leur caractère bien réaliste, non seulement populaire, mais populaire italien, le rôle qu'y jouent les sentiments les plus violents de la jalousie et de la vengeance, et comment le saint intervient dans les querelles domestiques.

2" Saint Antoine fait parler un enfant âgé de quelques Jours seulement, pour attester le nom de son père et sauver l'honneur de sa mère injustement mis en doute.

3*" L'hérétique Aléardino croit à la sainteté d'Antoine et abjure ses erreurs, lorsqu'il voit qu'un verre lancé de haut par le saint sur une pierre reste intact, tandis que la pierre qu'il a touchée est brisée [Miracle du verre),

4'' Saint Antoine guérit un jeune homme qui s'était coupé le pied pour se punir d'en avoir frappé sa mère (Miracle de la jambe).

5^ Saint Antoine fait ouvrir le cadavre d'un avare et montre que son cœur n'est plus dans sa poitrine mais dans sa cassette qu'il avait gardée auprès de lui jusqu'à son dernier souffle. C'est l'application, prise à la lettre, de la parole de l'écriture : Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur [Miracle de r avare).

6" Le saint rend la vie à Eurilla, jeune fille de Padoue, qui s'était noyée dans un puits.

7"" Saint Antoine ressuscite son neveu (jeune homme de quinze ans) qui avait péri dans un naufrage et était mort depuis trois jours. Les œuvres d'art font le plus souvent de ce jeune homme un petit enfant.

H'' Les parents de saint Antoine ayant été accusés d'un homicide, le saint ressuscite le jeune homme assassiné pour qu'il puisse les disculper par un témoignage décisif en leur faveur.

g"" Saint Antoine guérit une femme que son mari a frappée à coups de poignard dans un accès d'injuste jalousie.

Parmi les épisodes de la vie de saint Antoine reproduits le plus souvent par l'art italien, il faut ajouter à cette liste le Miracle de la mule s'agenouillant devant l'hostie. Mais le sujet préféré par les artistes

modernes, l'Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus au saint, qui a inspiré à MuriUo un de ses chef-d'œuvrcs et a été traité tout récemment par .M, Puech dans un charmant bas-relief, n'apparaît guère, même en Italie, avant le xvu° siècle.

En dehors des œuvres d'art qu'elle contient et des souvenirs quelle conserve, la basilique d'il Santo serait une des églises importantes de la

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chrétienté rien que par ses dimensions : sa périphérie est de 360 mètres, sa longueur de 115, la hauteur maximum de ses campaniles de 68 mètres.

La cathédrale de Padoue (// Diiomo) n'est à côté du Santo qu'une église secondaire. Commencée en 1552 elle est l'œuvre d'Andréa délia Valle et d'Agostino Righetti ; mais c'était toujours vers II Santo que se portaient les sympathies de l<i ville et la générosité des fidèles. La cathédrale est restée inachevée et sa façade est un simple mur. Le riche projet donné par le comte (iirolamo Frigimelica en 1730 n'a pas dépassé pour l'exécution la base des pilastres.

Le baptistère qui est juxtaposé à la cathédrale est une élégante cons-

truction en briques de l'époque romane. Mais il est difficile d'en juger; car elle est en partie englobée dans l'édifice principal.

Les églises sont très nombreuses à Padoue, comme dans toutes les villes d'Italie. Les F rc nu' fû ni (1276-1306; vus de l'abside ont un aspect qui ne manque pas de grandeur ; mais l'intérieur ne consiste qu'en des murs sans voûte et ressemble à un marché couvert. Sainte-Sophie, monument de style romain comme les Eremitani, est plus ancienne (xii"" siècle) : elle a un caractère vraiment religieux avec sa façade un peu nue et trop sévère, mais d'une noble simplicité. Nous n'en dirons pas autant de la petite église San Canciano 1^1617), à l'alignement de la rue du même nom, qui à Tair d'un petit palais de Palladio avec ses grandes colonnes portées sur un soubassement, son attique et la balustrade ornée de statues qui la surmonte. La façade a été peinte à fresque par le Français Louis Vernansal ^ qui va représenté une grande Immaculée Conception de la Vierge.

Le peu de sympathie qu'on a pour le style baroque ne doit pas empêcher de signaler l'église de San (îaetano, œuvre de Scamozzi (1581- 1586), fort vantée autrefois et dont l'intérieur, de proportions correctes, est complètement couvert de dorures, de beaux marbres et de peintures, qui ne sont pas sans valeur, d'artistes vénitiens du xviT* siècle. La Madonna de l'Arena ne vaut que par ses peintures ; il en est de même de San Giorgio. L'église wSan Agostino, la plus remarquable à tous égards des églises du moyen âge à Padoue après II Santo et datant du même temps (i 227-1 275 , a été méthodiquement détruite en 1819 par un acte de vandalisme officiel dont il y a malheureusement plus d'un exemple en Italie et ailleurs.

En somme, au point de vue monumental, l'église de Sainte-Justine peut seule entrer en rivalité avec la basilique de Saint-Antoine.

Comme pour la cathédrale sa façade est à peu près réduite à un muret, malgré ses huit coupoles, l'extérieur n'a rien de bien intéressant; mais l'intérieur (une croix latine à trois nefs) est une des œuvres les plus complètes de l'architecture de la Renaissance : simple, harmonieuse, grandiose et hardie, d'un sentiment des proportions vraiment antique. Malheureusement un badigeon blanc très cru lui donne un aspect assez nu malgré toutes les œuvres d'art qu'elle contient.

Le monument actuel est au moins la troisième des églises qui s'élevèrent à la même place. Celle dont la première origine remontait peut-être au vil*' siècle fut détruite en 11 17 par un tremblement de terre. Celle

I. On trouNf à PadoiK" bcaïuoup d'autres œuvrer d«- Wrnansal. \'(>v. Srlvatico, piissii/i lX l)u>>aux, /.i\s Peintres friiiii,iiis j ritriiiiircr.

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qu'on construisit au XV siècle menaçait ruine par suite du peu de stabilité des fondations, lorsqu'en 1502 l'on entreprit de la reconstruire dans des dimensions beaucoup plus considérables.

Un moine, il Padre (iirolamo da Brescia, en donna les premiers plans. Les commencements de la construction furent difficiles. Les fondations sur un terrain marécageux exigèrent de grandes dépenses, puis la guerre

de la ligue de Cambrai et le siège que Padoue subit alors suspendirent les travaux. D'autre part, le plan de l'édifice fut plus d'une fois modifié. Au plan primitif de Girolamo de Brescia qui avait soulevé plus d'une critique, fut substitué celui de Sébastiano de Lugano (1505;, puis celui du Padouan Andréa Briosco. Alessandro Léopurdi, te célèbre architecte et sculpteur vénitien, dirigea les travaux. En 1532, le Bergamasque Andréa Morone fut mis à leur tête, acheva l'édifice dans son ensemble et lui donna son caractère définitif. Dans la seconde moitié du siècle, Scamoz)!! fut appelé à travailler aux voûtes et aux coupoles

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l'église nouvelle, elles n'ont à craindre aucune rivalité. Appartenant à la deuxième moitié du XVi' siècle, elles ont toute la richesse qu'on aimait alors, mais sans tomber dans l'emphase. Klles ont su éviter surtout la mollesse des formes improvisées et conserver dans l'exécution de scènes parfois trop compliquées, de figures trop contournées (quelques-unes même d'un dessin fort discutable^, une franchise et une fermeté rares à cette époque, surtout dans les arts industriels.

Il est vrai que les Italiens n'y ont pas seuls travaillé. Si les modèles de ces stalles ont été donnés par Andréa Cumpagnola, elles ont été taillées de 1 556 à 1 560 par un Français que les Italiens appellent Kicardo Taurino, sous la direction d'un moine flamand, le père Eutichio Cordes d'Anvers qui prit une part importante aux travaux du Concile de Trente. La facilité exubérante et trop souvent banale de l'art italien à cette date a été contenue par la conscience traditionnelle des « ymagiers " des pays ultramontains.

Taurino s'appelait Taurin ou plutôt Taurîgny. Il était originaire de

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Rouen en Normandie et Ton sait d'autre part qu'il fut employé aux travaux du château de Gaillon. Parlant des sculpteurs en bois, Lomazzo dit^ qu'il est le plus rare qui soit au monde aujourd'hui. Cet artiste éminent avait un caractère violent et fantasque. Pendant qu'il travaillait à ses stalles, les moines bénédictins du monastère dont dépendait l'église de Sainte-Justine étaient constamment dans les transes ; car il les menaçait sans cesse, sous les plus futiles prétextes, de tout planter là et de s'en aller. Mais il arriva un événement qui le força, dans un intérêt majeur, à rester tranquille à son poste jusqu'à parfait achèvement de l'œuvre. Irrité un jour contre ses aides, il saisit la première hache qui se trouva sous sa main, la lança à la volée sur la tête d'un pauvre jeune homme avec tant de violence qu'il lui fendit le crâne et le laissa inanimé sur la place. Le malheureux fut sauvé par Montagnana, une des célébrités médicales de Padoue ; mais des poursuites n'en furent pas moins dirigées contre le meurtrier. La police vint le chercher à Sainte-Justine même, pour le conduire en prison. Les moines s'interposèrent et obtinrent qu'il accomplît son temps de captivité dans le couvent. Ils purent ainsi le retenir jusqu'à ce que les stalles fussent terminées.

Le magnifique couvent dont l'église faisait partie fut bouleversé lorsque, en 1816, sous la domination autrichienne on en fit un hôpital des invalides. C'est alors que furent perdues presque toutes les célèbres fresques qui le décoraient'. On peut encore juger cependant de la beauté du cloître construit, dans le style de Palladio en 1588, par un Battista Fizonio connu seulement par cet ouvrage.

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