‹ Padoue & VéroneChapitre 18 sur 73 · GIOTTO : LA MADONNA DELL ARENA · texte numérisé non relu

GIOTTO : LA MADONNA DELL ARENA

Ce fut uiip singulière lionne fortune pour la ville de l'adoue que Tarrivée de l-iiotto ;ili début du XIV° siècle. 11 y était appelé par la riche famille des Scrovegni qui lui avait demandé de décorer la chapelle élevée à leurs frais sur une partie de l'emplacement des anciennes arènes. Cette chapellt; prit de sa situation le nom de Madonna deîV Arena sous lequel elle est généralement désignée, nom que les peintures de Giotto ont rendu illustre entre tous dans l'histoire de l'art. 11 est possilile que Giotto en ait été aussi l'architecte. Car l'édifice assez insigniBant semble tout disposé pour recevoir sa décoration picturale. Sur trois

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ranjifées superposées se déroulent en trente-huit sujets l'histoire de la Vierge et celle du Christ. La séparation des sujets et même les séparations horizontales des rangées sont simplement indiquées par des nervures tracées au pinceau. Aucune moulure, aucun ornement architectural n'y est introduit: la peinture y règne seule. Au-dessous, séparées par des imitations de plaques de marbre, sont figurées en camaïeu les Vertus et les Vices.

voit le Christ sur son trône, entouré d'anges. En

Sur l'arcade du chœur, face, le mur d'entri'e est complètement couvert par le liigcniciil dernier avec le /'</- Viniis et ÏHnfcr.

l/ensemljle de ces peintures marque une époque dans l'hisLoire de l'art et même dans l'histoire de l'csiirit humain. ■■ Toute la peinture de l'avenir, a-t-on dit, y est pres- .sentie et préparée' .■.

C'est en 1303 que Ciiotto commen(,\i ce travail colossal qu'il termina en i,>ol>. 11

est vrai qu'il se fit Glullo. S.iim J.i.i.liint .Iw/ Ig- ILrg-jr. irnli-L> Je lArcii:.).

aider par ses élèves.

-Mais, comme pour les grandes décorations de Raphaël, sauf quelques parties plus faibles, par exemple l'Knfer du mur d'entrée ou les fresques du chœur, partout l'esprit du maître est présent et il est vraisemblable que le plus grand nombre des scènes de la vie du Christ et de la Vierge sont presque complètement de sa main. On peut remarquer qu'il a choisi de préférence les scènes qui ont un caractère familier et sont souvent de véritables sujets de genre.

Au moment où Giotto va entreprendre sa décoration de la Madoiiiia dflV Anna il est arrivé à la maturité de son talent et il con.serve en même temps tout l'épanouissement et toute la vivacité de la jeunesse. 11 éprouve

■c. Peinture ii.iUctti

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la joie de celui qui crée pour la première fois des types, des expressions, des gestes. Sans effort et sans heurt se dégageant peu à peu des arrangements convenus, secs et hiératiques du passé, il introduit la vie et l'émotion humaine dans les formes. Avant lui on ne savait faire exprimer aux figures que la majesté et la sévérité allant jusqu'à inspirer l'effroi. Le premier comme l'indique Vasari, il a su y mettre la bonté. « Cet homme, a dit Taine. avait le génie, le cœur, les idées, tout, sauf la science qui est l'œuvre des siè(^les et le fini de l'exécution. L'adresse et l'art de la main lui manquaient encore. » Aussi faut-il une certaine étude pour sentir tout ce qui sé})are Giolto de ses prédécesseurs et la véritable révolution qu'il a faite '. Mais certain(^s de ses œuvres sont si expressives et si nobles, le génie, malgré les entraves qui l'arrêtent et les voiles qui l'enveloppent, s'y manifeste d'une façon si certaine, que l'initiation n'est i)as longue et ces (L^uvies ])rivilégiées vous font bientôt comprendre les autres. On voit alors que ce primitif n'a rien d'archaïque, rien de routinier, qu'il est avant tout un novateur: que sa sci(^n(^e. si incomplète qu'elle nous paraisse, est bien supérieure à celle qu'il a })u recueillir de l'enseignement de ses maîtres et qu'à c(n égard même il a })ré})aré l'avenir. Rompant avec les formules antérieures, il a étudié directement et naïvement la nature.

Il a même su i^rotiter d(^ son humble origine ; on sait qu'il était un petit berger, lorscjue le plus célèbre artiste de Florence, Cimabue, reconnut sa vocation. On peut remarqtier que les animaux qu'il introduit dans ses compositions sont toujours traités avec un juste sentiment de leur forme que n'auront pas toujours les artistes de la grande époque, notamment Raphaël et Corrège-. La chose (*st particulièrement sensible, par exemple, dans l'âne de la fuite en I\gypte ou dans la levrette qui accueille, en sautillant de façon aimable, le malheureux saint Joachim se réfugiant chez les bergers après qu'il a été chassé du Temple. Mais ce mérite est mince à côté de (^ettt* création de l'expression morale qu'on retrouve à chaque pas dans ces scènes de TArena, dans ces gestes, dans ces physionomies que l'on voyait ])our la première fois apparaître dans l'art d'une façon parfois même exagérée ou grimaçante, mais sans déclamation et dans une profonde sincérité. Aussi, quelle que soit la div(*rgence de leurs points

1. C'était surtout unr révolution clans lart italien. Gar il avait été précédé dans l'expression vivante des physionomies et l'étude des formes naturelles par nos admirables imai^iers du xiii'- sièele ([ui n'avaient pas d'éi^aux en Italie, sauf Nicolas de Pise, et qui n'ont eu que le tort d'être anonymes.

2. Léonard île \"inci a sis^nalé ce cjue le talent de Giotto devait a son enfance passée dans des montagnes solitaires où pousse? par l'art il commença à dessiner les attitudes lies chè\ Tes confi<'*es à sa c^arde d des autres animaux de la contrée.

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