I.A SCUl.l'TURI': A PADOU
du grand capitaine et la maîtrise du cavalier. 11 ne faut pas cependant exagérer la part créatrice de Donatello à cet égard. Les tombeaux de marbre des Scaligers à Vérone montrent, dans desdimensions plus petites et dans d'autres procédés, que l'on savait déjà dresser des statues équestres et faire sentir l'union intime de la volonté de l'homme avec la force du cheval qu'elle domine.
Donatello resta à Padouc plusieurs années '[444-]454\ La fonte et la ciselure ne furent achevée^ et la statue mise en plan- qu'en J453. -Hais ces occupations ne prenaient pas tout son temps. Un concours ayant été
ouvert pour le maitre-autel du Santo, Donatello n'eut pas de peine à l'emporter sur ses rivaux, Donatello exécuta ce nouveau travail de 1444 à 1449 en se faisant aider de nombreux élèves et praticiens, Niccolo, Giovanni da Pisa, Urbano da Cortona, Antonio di Cellino da Pisa, Francesco del Valenle, etc. Toutes ces sculptures sauf un seul des bas-reliefs, sont en bronze. Cet autel, qui est peut-être le chef-d'œuvre du plus grand sculpteur florentin avec Michel-Ange, parut presque barbare et en tout cas trop pauvre, lorsque la décadence du goût eût amené le triomphe du style baroque et on en commanda un autre à Girolamo Campagna {1576)-
Heureusement, si l'œuvre de Donatello avait été disloquée et dispersée, elle n'avait pas été détruite. M. Camille Boito put, en étudiant les documents, reconstituer l'ancien autel. La reconstitution de M. Boilo a donné prise à plus d'une nbj jction et amené des controverses. M. de Man-
dach ' pense par exemple que les grands bas-reliefs étaient tous les quatre sur la façade de l'autel en deux étages, un peu en retrait l'un de l'autre, lien donne une raison ingénieuse. Dansdeuxdeces bas-reliefs, le Miracle de la mule et le Miracle de l'enfant, le point de vue perspectif est bien
lu centre de la compo-
f^^ ^k sition. Mais dans les
^^^^ ^H^ deux autres que
^^^^k >. ^Pi^l M. Boito a placés au
revers de l'autel, le Miracle de la Jambe et le Miracle de l'Avare, le point de vue se trouve au milieu de la base. On ne peut croire que ce soit un effet du hasard; car on sait combien à cette date les artistes étaient soucieux de la perspective qui avait tout l'attrait d'une nouveauté. Il est donc légitime d'en conclure que ces deux bas-reliefs devaient être vus de bas en haut et placés audessus des deux autres.
Quoi qu'il en soit la disposition adoptée par M Boito l'^t satisfaisante à l'œil, et venge Donatello de ce vandalisme de la mode (le plus dangereux de tous) dont il a été victime.
Ces bas-reliefs comptent parmi les œuvres capitales de la Renaissance et Burchkardt va jusqu'à dire ; « La clarté et la variété des groupes et des caractères, la richesse et la fantaisie de l'invention, la puissance dra-
Doiiatvlio.
1. Vovczl". d^ Mi.ndacli. i\j/i// Aiilviiie Je PaJone ci l'.u Laurens, ùditttur. — C. lîoit... LWII.ire Ji Don.UeUo. . lu-l Padova, in-foliu. Milan 1897. Ilœpli, Oditcur.
LA SCUI.PTrkK A i'ADOl"!
matique des scènes, se trouvent ainsi réunies plus que dans toute autre œuvre du maître, plus que dans toute autre œuvre plastique de la Renaissance, n Ils tombent cependant dans le'défaut (commun à la plupart des bas-reliefs de ce temps", d'être sortis des conditions normales de la sculpture et d"avoir trop voulu rivaliser avec la peinture.
Ces magnifiques compositions ne sont qu'une partie de cet autel qui comprend en outre six statues de saints, une Vicrj,re aver Teiilant Jésus derrière laquelle se dresse un grand crucifix, trois basreliefs représentant leChrist au tombeau (dont l'un en marbre derrière lautel , douze figures d'anges jouant de divers instruments' et les animaux s\mboliques des quatre évangélistes. Ces quatre derniers panneaux, quoique secondaires et exécutés très probablement par des élèves, sont vraiment curieux par leur ca- M.iiirg-.iuid dn s.ityi..i. ractère fantastique
et terrible. L'aigle, de caractère héraldique dont les ailes semblent des bras et les pattes des jambes, a l'air d'une espèce de singe couvert de plumes, aux yeux furibonds et dont le nez serait remplacé par un bec exceptionnellement crochu. Le taureau est une brute féroce aux yeux fixes. Le lion a la figure plissée, la physionomie cruelle, rusée et méfiante d'un vieux tyran. L'ange au contraire, tout petit, tout jeunet, l'air doux, les yeux baissés, parait bien dépaysé en pareille compagnie.
Après le départ de Donatello, son influence continua assez longtemps à prédominer dans la sculpture padouane. Les tombeaux des Gattemelata
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Ces angles
;i 1 di: Florence,
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dont il avait donné les plans n'étaient pas terminés quand il quitta la ville. Le moftument du jeune guerrier Giovanni Antonio de Narni, fils du condottiere, est simple et touchant et, quoique achevé seulement en 1 456, porte bien l'empreinte du maître qui en avait sans doute donné le modèle. Les deux anges du soubassement rappellent de fort près les anges du maître-autel du Santo. On attribue cette œuvre à Bellano ou Vellano, son meilleur élève padouan. Bellano, réduit à ses seules forces, a fait d'ailleurs dans la même église un autre tombeau très remarquable, celui du jurisconsulte Antonio Roselli (f 1468). La figure funèbre est placée sous une arcade à pilastres corinthiens : l'imitation directe de l'antiquité classique a fait des progrès. î Cette arcade est elle-même encadrée de magnifiques guirlandes de feuilles, i de fleurs et de fruits dans le goût de celles que Mantegna mettait vers ce nième temps à la mode dans la peinture. Bellano travailla ensuite à 'la décoration en marbre de la sacristie^ (1469-1472). Enfin il exécuta ; (1484-1488) dix des douze bas-reliefs qui ornent la clôture du chœur et s'y montra très inférieur à André Briosco dit Riccio, Rizzo ou Crispo (le ; frisé, le crépu) qui a représenté sur les deux autres ///rf/7// rt Holophcrne et David dansant devant V Arche, Pour ce dernier sujet, Briosco* semble avoir voulu reconstituer un des bas-reliefs que Dante a vus dans le Purgatoire.
« Là sur le marbre étaient représentés le char et les bœufs traînant l'arche sainte, si redoutée de quiconque veut remplir un office que Dieu ne lui a pas commis. En avant se voyaient quantité de gens et cette troupe divisée en sept chœurs faisait dire à deux de mes sens : « Oui, elle chante. Non, elle ne chante pas. » De même devant la fumée de l'encens si bien représentée mes yeux et mon odorat étaient en désaccord sur le oui et sur le non. La robe relevée et dansant, l'humble psalmite précédait le vase bénit : en ce moment il était plus et moins qu'un roi. Michal le contemplait de l'air d'une femme dédaigneuse et mécontente*. »
iMais ce qu'on va voir surtout d'Andréa Riccio au Santo, c'est son
1. Il y a représenté, entre autres. Le Miracle de la mule et montré à ses dépens le danger qu'il y avait à s attaquer à un sujet déjà traité par Donatello et cela dans la même église, ce qui rend la comparaison trop facile. 11 est vrai que ce bas-relief n'avait pas été fait probablement pour la place qu'il occupe aujourd'hui. D'après M. de Mandach, l'absence de ce miracle populaire dans la décoration de la chapelle du Santo, tandis qu'on y voit les trois autres miracles traités par Donatello, ferait supposer que l'œuvre de Bellano se trouvait primitivement sur l'ancien autel de cette chapelle.
2. 11 faut éviter de confondre notre Andréa I^riosco (1470- 1532) avec les frères Antonio et Pietro I^regro, à peu près ses contemporains, qui reçurent égalt^ment le surnom de Riccio ou de Crispo.