‹ Padoue & VéroneChapitre 4 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOUVliXIKS HT DI:BIUS AXTlQUIiS A FADOUI-

l.e jiiissL- du I'luIuul' renKjiUc Wm cl. >iiii> iiuu^ aiUn:h(;r ;t ht légende qui attribue sa foiulaliDn au I roveii AhIlmiot, i-lk- ùtait très florissante lorsque Kume n'élail encore qu'une ville méiliocre. Kn ,iU2 av;int J.-C. elle mettait en déroule la flotte du chef i>pLiruate Cléonyine et suspendait au lemple de Junon les rostres des navires ennemis '. S'étant donnée librement aux Romains, un siècle plus tard .'20J) elle conserva sous leur gouvernement toute sa prospérité. Strabon, qui comme on sait écrivait au temps d'Auguste, la considère comme la première des villes de l'Italie septentrionale. « On y a récemment recensé, dit-il, cinq cents chevaliers, et autrefois elle pouvait envoyer à la guerre cent vingt mille hommes. La multitude des marchandises qu'elle expédie (principalement des tissus et des vêtements) montre ce que vaut cette ville par ses hommes et par son industrie. .Son commerce se fait par le port de .Médoacus sur le

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fleuve du même nom. » Le régime du Bacchiglione inférieur, comme celui de la côte voisine, était alors bien différent de ce qu'il est aujourd'hui et Padoue jouait au nord de TAdriatiqUe le rôle que depuis a pris Venise. Elle n'avait alors de rivale qu'Aquilée. Colonie en 89, elle devint municipe avec droit de suffrage en 59, avant J.-C, et fut rattachée à la tribu Fabia.

Pendant la période romaine elle avait donné naissance à plusieurs hommes distingués. Sans parler de Tite-Live, né aux environs à Aponus (Abano) et qui, au dire de Quintilien, avait toujours conservé dans son style des traces de patavinité, nous trouvons parmi ses compatriotes les poètes Arruntius Stella Tami de Martial et de Stace, Volusius le continuateur d'Ennius peu ménagé par Catulle, Valérius Flaccus, l'imitateur d'ApoUonios de Rhodes dans ses ArgonaiLtiques^ le rhéteur Asconius Pedianus le maître de Quintilien, le sénateur stoïcien Petus Thraxas, une des plus nobles victimes de Néron et peut-être l'illustre jurisconsulte Panique Ton fait naître plus communément à Tyr ^

Si les vestiges que l'antiquité a laissés à Padoue sont peu importants, cela tient à ce que la ville romaine a été terriblement ravagée presque coup sur coup par Alaric et Attila ; mais aussi à ce qu'elle s'e^t promptement relevée. C'était le moment où l'ancienne civilisation disparaisait et où il n'y avait plus lieu de reconstruire les monuments détruits. iVussi ses ruines n'ont pas tardé à disparaître sous des constructions nouvelles élevées avec les débris mêmes des édifices renversés. Ce sont en général les villes abandonnées ou déchues qui conservent le mieux les vestiges du passé. Cependant on a reconnu les traces d'un théâtre (partie de la scène) sous une maison de la place Victor-Emmanuel et l'on sait que le forum était situé dans la partie de la ville où s'élèvent la Poste et le Café Pedrocchi : les fragments que l'on a découverts lorsqu'on a établi les fondations de ce café ont confirmé cette opinion. Ajoutons que quatre ponts appartiennent, en partie du moins, à l'époque romaine. Quant à V Arène, elle n'a jamais été oubliée, à cause de l'église élevée sur son emplacement et décorée par Giotto. Elle existait encore en grande partie au xiv*" siècle et appartenait au cardinal Scarampi, grand amateur d'art, qui mourut du dépit d'avoir manqué la papauté de quelques voix. Ses héritiers la démolirent pour y construire des maisons. Mais, de même que la place Navone à Rome a dessiné les limites du cirque de Domitien, ces maisons marquent par leur alignement l'ancien contour intérieur de l'Arène.

I. Silius Italicus cite dans son poème sur la seconde guerre punique le Padouan Pedianus pour sa bravoure à la bataille de Cannes.

SOUVENIRS ET DÉBRIS ANTIQUES A PADOUE i

Deux souvenirs de l'antiquité étaient surtout restés chers aux Padouans, même en plein moyen âge : celui de Tite-Live, qui était pour leur ville ce que Virgile était pour Mantoue, et celui du légendaire Anténor. Ils croyaient posséder la dépouille mortelle de ces deux personnages. Une inscription authentique, mais mal interprétée, fit voir le tombeau même du célèbre historien dans le sarcophage qui recouvrait la dépouille d'un de ses parents ou affranchis. Cette fausse attribution valut à ces restes obscurs des honneurs semblables à ceux qu on rendait aux reliques des saints les plus populaires. Ce fut en 1413 que cette découverte fut faite dans Téglise Sainte-Justine. Toute la noblesse de Padoue accourut, cherchant à s'approprier quelque fragment de ces ])récieux débris. L'affluence du peuple fut telle que les moines du couvent d'où dépendait l'église en furent effrayés et songèrent à brûler tous ces ossements, voulant empêcher aussi que la dépouille d'un païen ne fût l'objet d'une vénération qui pouvait devenir scandaleuse. Heureusement on se décida à la donner à la cité et elle fut portée en grande pompe sur les épaules des principaux citoyens jusqu'à la place centrale de la ville. En 1451, Alfonse le Magnanime, le roi de Naples, se faisait livrer, en vertu d'un traité formel, un bras de ce prétendu Tite-Live et attachait à cette conquête autant de ])rix qu'à celle d'un territoire.

C'est depuis beaucoup plus longtemps que les Padouans se croyaient en possession de la sépulture d'Anténor. 1 /erreur était ici moins excusable. On découvrit en 1274 en creusant près de l'hôpital de la CiiSû di Dio un cadavre qui était probablement celui d'un soldat hongrois enterré là, lors des invasions du ix*" siècle. Mais un des savants les plus appréciés du temps, Lovato, jurisconsulte et humaniste de grande autorité, voulut à tout prix y reconnaître celui du fugitif troyen auquel Padoue devait, disait-on, son origine. Cette affirmation fut accueillie avec enthousiasme et le barbare fut placé dans un sarcophage monumental commencé en 1283 et qui porte encore le nom de Scpolcro di Aîitcnorc.

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