I.lî MOYEN AGE
aurait été capable de maintenir l'œuvre du grand empereur, ce fut dans Vérone un deuil général (810). Le souvenir des Carolingiens fut longtemps vivant à Vérone. On veut reconnaître le roi d'Italie Pépin dans une fresque de San Zeno datant du XT siècle : c'est une figure colossale tenant un bâton à la main. Au grand portail de la cathédrale se voient deux statues, bien mauvaises même pour le temps iX" s.), de Roland et d'Olivier.
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Vérone eut plus qu'une autre sa part de violences et de crimes au temps où, comme le dit Dante, « l'Italie était une hôtellerie de douleur, navire sans nocher dans une grande tempête ». Après s'être mise à la tète des villes de la Vénétie contre l'empereur Frédéric Barberousse, elle était tombée sous la domination des Gibelins et nous y retrouvons, au titre d'allié de l'empereur Frédéric II, Fccelino de Romano qui en avait fait sa résidence habituelle et y exerçait des cruautés qui semblent dépasser la perversité humaine, mutilant, aveuglant les petits enfants sous les yeux de leurs mères, coupant le nez et les mamelles des femmes et des jeunes
filles. Qu'on juge par la scène suivante des spectacles qu'on avait alors à Vérone.
Deux frères. Monte et Araldo de .Monselice, conduits à Vérone pour y être jugés et n'aj-ant aucun doute sur le sort qui les attendait, arrivèrent
devant le palais public, où Eccelino habitait, pendant que le tyran était à table. Ils excitèrent tellement sa colère par leurs cris et leurs injures qu'Eccelino se lève brusquement, et, sans penser à prendre ses armes, sort sur la place en criant : « Qu'ils viennent à la malheure, les traîtres ! » Monte se débarrassant de ses gardes, s'élance, le n^nverse et tombe avec lui. Tandis qu'il cherchait, dans les vêtements de son adversaire, le poignard qu'il croyait y trouver, tout en lui déchirant le visage avec les dents.
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un garde lui tranchait la jambe droite d'un coup de sabre et d'autres mettaient en pièces son frère qui voulait le secourir. Mais Monte insensible à son horrible blessure, comme aux autres coups qu'on lui portait
de toutes parts, ne lâchait pas sa proie et faisait tous ses efforts pour l'étrangler. Il périt enfin. Mais, comme le dit un écrivain du temps, " le visage du tyran porta longtemps la marque des dents et des ongles de cet homme hardi et digne de tf)uie louange qui avait fini si noblement
A la mort d'Eccelino J259^ lesScaligersiou dellaScala^ quiluisuccé-
ii6 VÉRONE
dèrent, maintinrent Vérone dans le parti gibelin et surent lui assurer une grande prospérité, en dépit des infortunes et de la tyrannie de la plupart d'entre eux. Vérone fut alors une des premières places industrielles de TEurope. En 1300 elle fabriquait trente mille pièces de drap par an et les délia Scala passaient pour avoir plus de revenus directement disponibles que tous les autres princes de l'Europe, le roi de France excepté. Cette richesse générale, comme cette richesse des souverains, était tout à fait favorable au développement des arts.
D'ailleurs, en dépit de ses discordes politiques, Vérone, pendant les siècles précédents n'avait pas manqué de s'embellir de monuments, surtout de monuments religieux. Elle était un des sièges épiscopaux les plus importants du bassin du Pô; et c'est chez elle que se trouvent les plus belles églises romanes de l'Italie. A cette époque romane, appartiennent au moins par les plus anciennes parties de leur construction, la Cathédrale, San Zeno Maggiore, l'abside et la tour de l'église des SS. Apostoli, S. Giovanni-in- Fonte, S. Giovanni délia Valle qui contient dans sa crypte de vieux sarcophages chrétiens, San Lorenzo, S. Stefano, San Fermo Maggiore, l'église de S. Siro et S. Libero qui remonte au temps de Bérenger I" (888-924).
L'église San Zeno pourrait être comparée aux plus belles églises romanes de France et d'Allemagne avec ses trois nefs où les piliers alternent avec les colonnes, si l'emploi des plafonds au lieu de voûtes n'en avait rendu la construction autrement facile (xr siècle). L'effet est cependant grandiose. Les remaniements qui ont été pratiqués à la grande nef en 1138 doivent être approuvés et s'accordent, par transition, avec le chœur qui est du xiiT siècle. La crypte est d'une noble simplicité et la pureté de ligne de ses colonnes conserve quelque chose de classique. Il en est de même du cloître. La façade avec son porche avançant légèrement au-dessus du grand portail et sa rosace surmontée d'un fronton est le type que Ton retrouve, mais avec des éléments d'une harmonie plus riche, à la cathédrale.
Ici le porche est plus profond et à deux étages, le second encadrant l'horloge : il est aussi plus décoré. L'intérieur, comme à Saint-Zénon, est à trois nefs. La nef centrale est soutenue par huit magnifiques piliers de marbre rouge. Les remaniements postérieurs ont été faits assez habilement pour s'accorder avec l'ancien monument, malgré la différence des styles. Telles sont les deux fenêtres gothiques ouvertes dans la façade ; tel est le jubé ajouté au xvr siècle par San Micheli, dont les lignes, d'une pureté classique, mais d'une grande légèreté, s'harmonisent avec la légèreté plus variée et plus vivante du gothique. Une porte à gauche du chœur,