I.F, TEMPS DES DEI.I.A SCALA
statue couchée du mort. Aux angles de la table quatre autres colonnes sont réunies par quatre arcades gothiques trilobées remplies de sculptures. Au-dessus de ces riches arcades, — cantonnées de petits édifices en forme de lanterne et contenant encore des statuettes — se dresse, tout unie dans un contraste saisissant, une pyramide tronquée, composée de grosses pierres comme une forteresse et dont les lignes raides dirigent le regard vers la statue équestre du podestat qui.
avec son casque garni de grandes ailes, son armure en fer battu, son large bouclier et sa longue lance est le plus effrayant de ces Scaligers. Iljustifie ces mots d'un contemporain :
« Quand le seigneur Mastino chevauchait par les rues, toute la ville de
Vérone était dans Tomhcju Jo Citiu Siji.ujno l-nigmont dt- la grille.
la terreur; quand il
menaçait, toute la Lombardîe tremblait '. <• Le tombeau de Mastino II a été exécuté par le Milanais Pierino dont on ne connaît pas d'autres œuvres. Perkins signale dans les tombeaux des Scaligers l'influence du Pisan Ciiovanni Balduccio qui, établi à Milan, y sculptait en 133g le tombeau de saint Pierre martyr à l'église Saint-lîustorge. Mais l'œuvre de Balduccio, surtout dans les bas-reliefs, nous parait bien inférieure. Le monumentdeCane Signorio [Cane III, 1 359-1375) est beaucoup plus bcquitnbat, totaVeronensis urbs pertimescebat; quum,
VICRONF
luxueux, beaucoup plus orné. On voit qu'on n'a pas regardé à la dépense. C'est que le titulaire, se sachant atteint d'une maladie incurable, s'était hâté de mettre en réserve dix milleflorinsd'oret avait fait venir de Milan lîonino de Campione pour que son tombeau lui fût élevé de son vivant. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, surtout lorsqu'il s'agit de s'assurer des honneurs poslhumes.
Le tombeau de Cane Signorio annonce l'approche de la Renaissance
et le gothique qui y domine se mêle à des souvenirs et à des formes gréco- romain es. Quoique trop compliqué, trop surchargé de détails (et inférieur à cet égard au tombeau de Mastino II), ce n'en est pas moins un superbe édifice. Il symbolise bien, comme le dit Perkins. m la vie de splendeur, de prodigalité et de désordre effréné des seigneurs de Vérone ; cette étrunge association d'idées païennes et de sentiments chrétiens, de licence et de foi naïve trouve ici sa formule archi tectonique dans ce mélange d'extravagance de manière, unie à des formes d'une heureuse simplicité, n