LE TEMPS DES DELLA SCALA
John Ruskin dans ses Pierres de Venise a donné du tombeau de
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Cane I" une description remarquable qu'il est bon de connaître, ne fût-c qu'à cause du nom de l'auteur.
lorsque les délia Scala furent devenus les chefs des Gibelins et les vicaires impéri: en Lombardie. — Il y a controverse sur le Scaliger qui reçut le premier Dante ± sa ce Mais Dante a certainement connu Cane Grande.
« Le sarcophage, dit-il, est couvert de bas-reliefs peu accentués représentant (ce qui est rare en Italie excepté pour les tombeaux des saints) les principaux épisodes de la vie du guerrier. Ils forment un fond sommaire et fuyant devant lequel les statues en plein relief représentant TAnnonciation, sortent hardiment de la façade du sarcophage où dort dans la longue robe de sa dignité civile, le seigneur de Vérone, ayant pour coiffure une simple bandelette nouée au-dessus des sourcils et retombant sur l'épaule. Il semble endormi, les bras croisés et Tépée au côté... Sur cette image du sommeil se lit l'espoir profond d'une autre vie. Au-dessus de lui s'élève un 'dais arqué soutenu par deux colonnes saillantes. Sur son pinacle est la statue du chevalier monté sur son coursier de bataille, son casque aux ailes de dragon ayant pour cimier une tête de chien (rejetée en arrière) et qui tombe sur les épaules. Une large draperie armoriée flotte sur le poitrail du cheval, draperie si bien copiée sur nature par le sculpteur ancien qu'elle semble gonflée par le vent tandis que la lance du chevalier paraît trembler et son cheval presser le pas suivi par les nuages qui courent dans le ciel ».
Cette habileté à rendre l'homme-équestre suffirait à assurer une place éminente dans l'histoire de la sculpture italienne aux tombeaux des Scaligers. Comme la remarque en a été faite plus haut, la célèbre statue de Gattamelata par Donatello à Padoue, n'était pas une aussi grande nouveauté qu'on l'a dit. Une partie de la gloire que le grand Florentin acquit à cette occasion doit être reportée aux anciens sculpteurs anonymes ou obscurs du cimetière de S. iM. Antica^
Le tombeau de Cane Grande, dans lequel Ruskin n'hésite pas à reconnaître, avec l'exagération de son enthousiasme, la perfection du sentiment et de la vérité, est placé au-dessus de la porte d'entrée de S. Maria Antica. Les deux autres sont isolés et placés, avec d'autres sarcophages, dans une enceinte formée d'un soubassement de pierre surmonté
I . Nous ajouterons quelques mots à cette description que nous n'avons pas voulu interrompre. Entre les cleu.x tij^ures de l'Annonciation, un peu plus en avant, est sculpté un Christ à mi-corps, couronné d'épines; au-dessous du sarcophai^e, entre deux écussons armoriés, une pierre plate porte l'inscription suivante :
Si Canis hic grandis ingenlia facla pcrcgit Marchia testis adcst quam sevo Marte subegit Scaligcram qui laudc donium super astra tulisset Majores in lucc nioras si parca dedissct.
Cane n'avait que trente-huit ans lorsqu'il mourut. Ces hexamètres sont d'une correction classique ; mais on a eu soin de les faire rimer. La draperie i^onflée par le vent et rejetée en arrière par le mouvement de la marche du cheval, rappelle la robe de l'Apollon Musaixète du Vatican.
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d'une grille en fer forgé et découpé dont l'élément décoratif dominant est une échelle '.
Ces monuments sont beaucoup plus ambitieux que celui de Cane (irande.et, en raison de la vie des personnages comme au nom de la justice, on peut s'indigner de voir tant de statues de vertus entourer un .Mastino II qui fut traître à tous les partis et qui tua de sa main révê(|ue de Vérone son cousin, Barthélémy délia Scala ; — de voir surtout des vertus plus nombreuses encore, et, comme si ce n'était pas suffisant, des figures de héros chrétiens y compris le roi de France saint Louis servir d'escorte' à Cane Signorio qui s'empara du pouvoir en transperçatit son frère aine Cane (irande Ild'uncoup d'épée pendant qu'il
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passait à cheval dans la rue et qui, se sentant mourir à trente-cinq ans par suite de ses excès, assura la transmission de sa puissance à ses bâtards en faisant étrangler son frère cadet Paul-Alboin dans la prison de Peschiera où il le retenait depuis dix ans.
Mais ces monuments ont un caractère plus politique que religieux et sont destinés à affirmer la puissance des maîtres de Vérone.
Quoi qu'il en soit, le tombeau de Mastino II (f 1351) est un des modèles de ces tombeaux surmontés d'un édicule, type le plus riche de l'architecture funéraire du moyen âge. Dans une grille rectangulaire analogue à celle de l'enceinte générale et s'appuyant aux quatre angles à quatre colonnes portant des statuettes, s'élève le monument tout en marbre. Sur une table soutenue par des colonnes est placé le sarcophage portant la