‹ Paganisme des hébreuxChapitre 111 sur 137 · C. Jérémie, VII, XIX, XXXII. Holocaustes d'enfants à Molok · texte numérisé non relu

C. Jérémie, VII, XIX, XXXII. Holocaustes d'enfants à Molok

D. Ëzéchiel, XV, XXIII. Holocaustes d'enfants à Molok.

E. Ézéchiel, XX, 25-26. Holocaustes d'enfants à l'Éternel.

F. Psaume GVI des Hébreux, 35-37. Holocaustes d'enfants à Molok<

IP Les deux genres de sacrllioes humains ohez rÉglise romaine. — L'Église romaine a restauré les deux catégories de sacrifices humains, les sacrifices en punition d'offenses à la Divinité ou sacrifices par anathème, et les sacrifices en actions de grâces ou en appel à ses bénédictions.

1** Sacrifices humains m punition d'offenses à la Divinité'. — Gomme l'avaient fait Moïse, Josué et Samuel, elle a détruit par le fer et par le feu les nations en masse, telles que les Albigeois, les Vaudois, etc. ; et les hommes isolément, tels que Jean Huss, Savonarole, Oiordano Bruno, Vanini, etc.; pour ne citer que les plus célèbres.

Sur ce point, les théologiens panégyristes arguent que ces sacrifices humains étant l'expiation d'un crime envers la religion, l'Église a le droit de punir aussi bien que la société laïque *. Quelle que soit la valeur du raisonnement des théologiens catholiques aux yeux d'un philosophe, il n'en est pas moins vrai que ce raisonnement est semblable à celui des chefs hébreux : ceux-ci punissaient les crimes commis envers Dieu ainsi que les crimes commis envers la société civile. Il y a donc, au point de vue du sens et de l'esprit, identité entre les sacrifices humains par anathème

1. Bastide, Guerres de religion^ tomel, 101. « La ville de Béziers fut entièrement brûlée ; tous ses habitants sans distinction d'âge, de sexe, de religion, furent égorgés. Quelques massacreurs cependant^ éprouvant une sorte de scrupule, demandèrent au légat Arnoiild à quel signe ils pourraient rt^connditrë Ifes catholiques afin de lès épargner : « Tuez, tuez toujours; Is'écria le lëgdt ; lé Seigneur saura bien rdconnaitre les siens, itf

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qu'accomplissaient les Sémites et ceux qu'a ordonnés l'Église catholique.

i!^ Sacrifices humains en actions de grâces à la Divinité. — En est-il de même pour les sacrifices humains en actions de grâces à la Divinité ou en appel à ses bénédictions?

Au commencement du xm* siècle, vers 1204, le pape Innocent III avait fondé l'Inquisition générale avec saint Dominique pour directeur. Mais ce fut au XV* siècle, en Espagne, sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, que l'Inquisition dirigée par Torquemada atteignit l'apogée de sa puissance. C'est alors qu'elle donna aux sacrifices humains un caractère net d'actions de grâces à Dieu et d'invocations à ses faveurs. Le nom môme qu'elle donna aux holocaustes humains est significatif. Uauto-da-fé ou acte de foi est, en effet, une manifestation concrète de la piété, une preuve tangible, odorante et visible de la vénération envers Dieu; au lieu de la chair et de la graisse des agneaux ou des génisses que les Juifs, après la captivité de Babylone, brûlaient sur l'autel, ce fut la graisse et la chair d'hommes, de femmes et d'enfants que l'Inquisition consuma sur ses bûchers et offrit en acte de foi à l'Éternel. •

Il y eut des holocaustes à époques fixes, chaque année, de môme qu'on immolait l'agneau chez les Juifs à Pâques et à certains jours solennels; de môme qu'aujourd'hui il y a des jeûnes la veille des grandes fôtes ou aux Quatre-Temps, c'est-à-dire aux équinoxes et nux solstices, vestiges survivants du culte solairei Cefi

locaustes annuellement périodiques s'appelaient les autO'da-fé particuliers. Par exemple, le vendredi du carême qui précède le vendredi saint était célébré par un auto-da-fé : on brûlait des créatures humaines en l'honneur du Dieu-roi, ainsi que faisaient les Sémites cananéens en Thonnenr de Baal-Molok (Baal-Molok signifie le Dieu-roi).

Il y avait des auto-ia-fé générattx à l'avènement des rois, à leur mariage, à la naissance de chacun de leurs enfants. En une seule cérémonie, on brûlait des centaines de victimes humaines pour appeler les bénédictions du Baal catholique sur la tête des augustes personnages. Ces holocaustes en grand avaient également lieu en commémoration des événements remarquables. Aujourd'hui la philosophie, victorieuse en ce point, a contraint l'Église à se contenter de Te Deum; l'Église romaine chante, il lui est défendu de brûler *. Ainsi, au sujet des sacrifices humains en actions de grâces et en appel aux bénédictions divines, l'identité entre les holocaustes catholiques et les holocaustes sémitiques est complète.

Abolie en 1808 par Napoléon P'', puis rétablie en 1814 par le féroce Ferdinand VII, l'Inquisition fut définitivement supprimée en U820, à la suite d'un soulèvement général des provinces. En ne tenant compte

1. A SéviUe, pour les holocaustes humains, on avait établi hors de la ville un échafaud permanent en pierre sur lequel se dressaient quatre statues en plâtre. Ces statues étaient creuses à l'intérieur; c'est là qu'on enfermait les victimes humaines pour les brûler vives à petit feu. Pieuse imitation de la statue deMoiok à Garthage ou du taureau d'airain de PhalarisI

que de l'Inquisition moderne, laquelle date de 1480, sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, on voit que cette institution avait duré trois siècles (1480-1820); le dénombrement suivant des victimes humaines sera donc fait dans un esprit de modération à l'égard de rÉglise puisque dans l'addition seront omises les victimes des trois siècles précédents (1204-1480).

1" Nombre des victimes humaines brûlées vives (de 1480 à 1808) : 34,638;

2** Nombre des personnes brûlées en effigie (mortes dans les tortures ou ayant pris la fuite) : 18,049;

3** Nombre des personnes condamnées aux galères ou à la prison : 288,214.

Le total des victimes de l'Inquisition moderne s'élève donc à 340,921 pour l'Espagne seulement.

Il» - LE RACHAT

Le rachat commença, dans l'Église romaine, à s'établir nettement en loi vers le x° siècle. Au concile de Reims, tenu en 923, le coupable fut autorisé à choisir lui-môme entre la punition encourue et le payement d'une somme d'argent (rachat des jours de jeûne).

Au xi° siècle, le cardinal évoque d'Ostie, Pierre Damien, écrivait : c Quand nous recevons des terres de nos pénitents, nous leur remettons une partie de leur pénitence, proportionnée à leurs dons ; car il est dit : Les richesses de l'homme sont sa rédemption. » Quoiqu'il n'ait pas été canonisé, Pierre Damien est

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honoré comme patron à Faenza ; il était l'interprète autorisé de l'Église ^ En effet, huit ans après sa mort, le concile de Lillebonne, tenu en 1080, dressa la liste des crimes que les coupables pouvaient expier en payant une amende (du canon 16^ au 36<> inclusivement). Le canon 5* est fameux : il donne la preuve officielle, irréfragable, que les évêques se faisaient des rentes avec la lubricité de leurs prêtres. Non seulement les saints prélats permirent aux prêtres, moyennant une redevance, de vivre en concubinage, mais encore ils obligèrent ceux qui par hasard se trouvaient continents à payer également le rachat du concubinat, c conçubinatûs census '. » Ce revenu infâme fut prélevé par les évêques pendant plus de quatre siècles^ ainsi qu'en a laissé le témoignage historique Nicolas de Glémangis, mort en 1435. « De corrupto ecclesiœ statu^ chap. XV, 2. Dans la plupart des diocèses, les évêques vendent aux recteurs de paroisses, moyennant une redevance déterminée, le droit d'avoir publiquement chez eux des concubines. »

L'usage établi dès le x® siècle de transformer la pénitence en amende reçut enfin, au xiv® siècle, la consécration du pape Jean XXII (1316-1334). « Jean XXII

1. Pierre Damien est compris dans le catalogue des saints, saintes, martyrs, confesseurs bienheureux, vénérables, etc., honorés par les chrétiens sur toute la surface de la terre. Sa fête se célèbre le 22 et le 23 février. {Dictionnaire des cérémonies et des rites sacrés, tome lïl, p. 1069, collection de Tabbé Migne.)

2. DupiN D? SAmT-ANpi\É, Taxes de la Pénitencerie, p. XIU, m>te \^

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a dressé la liste de toutes les turpitudes possibles et réglé la vente en détail des dispenses et des absolutions. C'est à lui que le monde doit ce recueil de taxes, qui est une honte; ce livre, qui offre à tous ceux qui ont de l'argent, l'absolution des crimes les plus odieux ^ » Jean XXII est le pieux pontife qui fonda la fête de la Sainte Trinité et ajouta aux prières des chrétiens VAve Maria; c'était un fervent adorateur de la Vierge, comme le fut plus tard Alexandre VI Borgia. Rien ne manqua donc à la piété du vicaire du Christ pour donner à la Taxe de la Pénitencerie une importance et une gravité significatives.

Enfin, au xvi® siècle, le pape Léon X, gloire de l'Église et illustration la plus éclatante de la chaire de saint Pierre, donna sous le nom de Summarium litterarum une nouvelle édition des taxes de Jean XXII, revue et augmentée, ainsi qu'on va le voir par le tableau comparatif suivant ^.

A. Crimes vulgaires. — Taxes de Jean XXII :

1** Page 27 ^ L'absolution des voleurs et des incendiaires coûte 7 gros = 28 sous.

2** Page 25. L'absolution de pillages, incendies, vols et meurtres de laïques avec dispenses coûte 8 gros = 32 sous.

1. Ddpin de Saint- André, Taxes de la Pénitencerie apostolique, d'après l'édition publiée à Paris en 1520, chez Fischbacher, ù Paris.

2. J'omets les dispenses et les taxes concernant les jeûnes, l'usage des œufs, du beurre, etc., les degrés prohibés de conganguinité ou d'alliance dans les mariages, etc., encore en vigueur aujourd'hui.

3. Renvois à la page de l'édition de M. Dnpin de Saint-André.

B. Atortement. — Taxes de Jean XXII : 1® Page 18. L'absolution pour un mari qui a frappé sa femme enceinte et l'a fait avorter coûte 6 gros = 24 sous.

2** Page 20. L'absolution pour une femme qui s'est fait avorter, soit par des potions, soit par d'autres pratiques, coûte 5 gros = 20 sous.

Taxe de Léon X. Page 38. L'absolution pour la femme qui s'est fait avorter par des potions coûte 1 ducat 6 carlins = 48 sous environ.

C. Homicides. — Taxes de Jean XXII : 1*» Page 17. L'absolution du meurtre d'un laïque par un laïque coûte 5 gros = 20 sous.

2^ Page 19. L'absolution pour celui qui a tué son père, sa mère, sa sœur, sa femme ou un parent laïque coûte, pour chaque meurtre, 5 ou 7 gros = 20 ou 28 sous.

Taxe de Léon X : 1** Page 53. L'absolution pour le meurtre d'un laïque par un laïque coûte 4 ducats, et la bulle expédiée en forme *, 8 ou 9 gros = en tout 8 francs 36 sous environ.

2** Page 37. L'absolution pour un laïque qui a tué son père, sa mère, son frère, sa sœur ou sa femme, coûte 1 ducat 5 carlins, pour chaque meurtre = 40 sous environ.

D. Fornication. — Taxes de Jean XXII : V page 8. L'absolution, pour celui qui a défloré une vierge, coûte 6 gros = 24 sous.

2° Page 6. L'absolution, pour le prêtre qui a forni-

1 . Le pape signait quelquefois : Fiat in foi^mà, d*où le nom de bulle signée en forme.

que avec une femme dans Téglise, coûte 6 gros = 24 sous.

3** Page 8. L'absolution pour celui qui a connu charnellement sa mère, sa sœur, ou toute autre parente par le sang ou l'alliance, ou sa commère, coûte 5 gros = 20 sous.

Dans la Taxe de la chancellerie, c ouvrage peu connu, mais qui mériterait de l'être * », on lit cette phrase célèbre : « Nota diligenter quod hujusmodi gratifie et dispensationes non conceduntur pauperibus, quia non sunt et ideo non possunt consolari — Traduction : Remarque importante : ces grâces ne peuvent être accordées aux pauvres, parce que les pauvres n'existent pas : ils ne peuvent donc être consolés. » Ainsi la pauvreté est une négation d'existence; logiquement l'Église conclut que les soulagements ne peuvent être accordés à ce qui n'existe pas.

D'autre part, grâce à l'ingénieux tarif des Saints Pères, il n'est pas de crime odieux qui ne puisse être absous pour une somme d'argent. Il s'ensuit que le salut dépend des sous qu'on a dans son escarcelle; être riche équivaut à être sauvé. C'est précisément l'expression du cardinal Pierre Damien : « La richesse est la rédemption de l'homme. »

OrJésus avait dit : « Bienheureux les pauvres, carie royaume des cieux esta eux (Matthieu, V, 2, 6 | Luc,Yl, 20, 21). » Être pauvre équivaut donc à être sauvé.

Il avait dit aussi (Matthieu, XIX, 24) : t II est

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