l'esclavage a ROME
64. — L'esclave n'avait à Rome aucune personnalité, aucune existence civile : ce qu'il acquérait appartenait à son maître ; il était comme une chose, entre les mains du propriétaire : celui-ci pouvait le céder, le prêter, le louer, l'échanger suivant son caprice. L'esclave ne se mariait pas: son union, qui n'avait aucun des effets civils du mariage, était un simple concubinage : le maître pouvait à son gré, le mutiler ou le tuer, sans que personne eut le droit de l'en empêcher ou de lui en demander compte. Nombreux et cruels étaient les châtiments et les tortures infligés aux esclaves: le supplice le plus ordinaire était la croix: contre eux d'ailleurs tout est permis, de par la loi. Le droit du
(1) De benef. 3. 16.
ET JUDAISMB. 67
maître était absolu ; celui de tout homme libre même si peu restreint, que s*il lui arrivait de maltraiter, de frapper ou de blesser Tesclave d'autrui, le maître de la victime ne pouvait exercer aucune action civile contre l'auteur de ces violences.
65. — Les nombreuses esclaves préposées à la garde et à la toilette de leurs maîtresses, étaient contraintes de remplir leur office la poitrine et les épaules nues, afin que rien n'empéchàt les verges ou le fouet de leur déchirer les chairs, au moindre signe (i). Un supplice affreux, mais rarement employé, consistait à enchaîner Tesclave à un billot qui lui servait de siège et qu'elle devait nuit et jour traîner avec elle. On le reservait d'ordinaire à celles qui avaient provoqué la jalousie de leurs maîtresses (t).
66. — Les esclaves de la campagne, chargés de la culture des champs, étaient enchaînés aux pieds, et gardés la nuit dans des Ergastules ou prisons souterraines (3). Malheur à ceux qui cherchaient à se soustraire par la fuite aux mauvais traitements: ils ne tardaient pas à tomber entre les mains des Fugitivarii (4), qui faisaient profession de traquer et d'arrêter ces malheureux: l'esclave qu'on reprenait était marqué au front avec un fer rouge et on redoublait pour lui de rigueur et de cruauté: quand le maître n'y attachait pas grand prix, on le jetait aux bêtes de l'amphithéâtre. Pour éviter leur misérable sort, beaucoup d'entr'eux poussés par le désespoir, venaient s'offrir
(1) Juv. 6, 475. ss Martial. 2-60. Ovid. de Art. Am. 235-243 — Amores. 1, 14,13, 18.
(2) Sur. 2, 57.
(3) Colum. 1, 8. 10. Senec. de ira 3, 32 — Plin. H. N. 18. 3
(4) L'asile où Tesclave eût pu se réfïigier, comme à Athènes, n'existait pas pour lui à Rome : de sorte, qu'il devait, tôt ou tard, retomber entre les mains de son maître.
68 PAGAXISME
spontanément à combattre dans le cirque, soit comme belluaires, soit comme gladiateurs (i). Mais ils étaient alors remis à leurs maîtres (t).
Les paroles de Caton Tancien, cet illustre modèle de la vertu romaine, sont bien propres à nous donner une idée de Timpitoyable dureté avec laquelle on traitait ces outils animés. Pour ce grand penseur, il n*existe pas assez de différence entre la brute et resclave, pour qu'on puisse classer celui-ci parmi les créatures raisonnables et tenir compte de Tintervalle qui les sépare: appréciation bien digne du reste de Tesprit de cette législation qui punissait de mort le meurtre d*un bœuf de labour (5), et qui justifiait sans procédure l'assassin d*un esclave! Celui-ci devenait-il impropre au travail par son âge ou ses infirmités? Ce même Caton les vendait à vil prix; ou les chassait de sa maison : bien portants, il les faisait dresser comme des chiens ou des chevaux, et leur permettait de s'accoupler jusqu'à un certain âge: afin de prévenir les mutineries et les séditions, il avait soin de semer entr'eux la défiance et la haine: chez lui, la moindre faute s'expiait crueK lement, et ses esclaves connaissaient si bien son inflexible sévérité, que l'un d'eux se pendit, pour n'avoir pas exécuté un de ses ordres (4). Ce grand philosophe faisait aussi la traite des hommes, sous un nom déguisé: il chargeait ses esclaves de lui acheter et de dresser des jeunes gens qu'il revendait ensuite avec bénéfice.
68. — Tant d'esclaves,* tant d'ennemis, disait un proverbe vulgaire; mais, ajoute Scnèque, ils ne sont tels que parce que nous les forçons à le devenir : et il
(1) Gell. 5. U.
(2)Dig. H,4,5.
(5) Colum. 6. pnef. 7.
(4) Plut Cat m. 10, !21. Plin U. N. 18, 8. 3.
explique comment: le malheureux esclave admis en présence du maître n*est pas libre de remuer les lèvres, ni d*ouvrir la bouche; les verges sont là pour arrêter le moindre chuchotement: les actes les plus involontaires, la toux, Tëternuement, le hoquet n^échappent pas au bâton: le moindre bruit qui rompt le silence est exemplairement châtié: toute la nuit ils doivent veiller en silence et à jeun ; nous les traitons non comme des hommes, mais comme des bétesde somme (i).
69. — Il était rare que les maîtres n'eussent pas des es<rlaves pour complices ou pour instruments de leurs crimes : il devenait alors urgent de se débarrasser de ces témoins dangereux, ou de les mettre hors d'état de nuire. Cicéron cite un cas odieux de ce genre: un esclave ayant trempé dans le crime de sa maîtresse eut d'abord la langue coupée, et fut ensuite crucifié, de peur qu'il ne trahît l'auteur du crime (2) : Martial rapporte un fait analogue à propos d'un esclave, à qui son maître fit arracher la langue : et les exemples sont loin d'être isolés (3). Si le maître de la maison périssait de la main d'un de ses esclaves, tous ceux qui habitaient sous le même toit, devaient mourir comme le coupable. Quatre cents esclaves furent ainsi égorgés du temps de Néron pour n'avoir pas empêché l'assassinat de Pedanius Secundus (4) : pour une maladresse, pour un vase brisé, le maître leur faisait couper les poignets, où les jetait en pâture aux murènes de ses étangs (5). Le même Auguste qui avait sauvé l'esclave de Védeus Pollio, condamné à périr de cette manière, lit crucifier au grand mât de son vaisseau, l'intendant
(l)Seuec. Ep. 47.
(â) Cicér. pro Clucnt. 6(>.
(3) Epigr. 2, 82.
(4) Tac. Ann. 14,42-4u.
(3)SeD deirÂ3-40.
Eros (i), dont le crime était d'avoir servi sur la table du prince, une caille privée dont celui-ci faisait grand cas.
70. — Le marchand d'esclaves, après s'être approvisionné soit dans les guerres, soit auprès des pirates, ou même dans sa patrie, venait exposer sa marchandise humaine dans les villes: les esclaves rangés sur des échafauds de bois portaient au cou un écriteau, attestant leur santé et leurs aptitudes : les plus beaux des deux sexes restaient dans la boutique du marchand où les acheteurs pouvaient aller les visiter et les faire déshabiller complètement (â) : TÂsie en fournissait le plus grand nombre: les Syriens, les Lydiens, les Cariens, les Hysiens, les Phrygiens et surtout les flegmatiques et robustes Cappadociens affluaient sur le marché de Rome. Un trait historique qui nous est parvenu par hasard, montre comment ces hommes devenaient esclaves : 'Marins, ayant sur l'ordre du Sénat, invité le roi Nicomède à lui fournir un contingent de troupes auxiliaires, il lui fut répondu, que le roi n'avait plus de sujets qui fussent propres au service, tous les hommes valides ayant été vendus aux spéculateurs Romains et dispersés en diverses contrées (5). Les esclaves Gaulois et Germains étaient souvent employés aux travaux agricoles ; tout homme issu d'une esclave, était lui-même esclave né : quelque pût être son père il appartenait au maître de sa mère : le hasard faisait ainsi que parfois un frère avait son propre frère pour esclave.
74. — Chez les riches, chaque esclave avait son emploi spécial, et souvent plusieurs exerçaient le même oflice : il y avait des atrieurs pour l'atrium de la mai- Ci; Plut, apoph. VI. 778. Reisk.
(2) Suel. Octav. 69. Pers. 6. 77. sq. Mari 0, 60. (3)DiO(i fragm. 36. 3, 1.
ET judaïsme. 71
son, des cubiculaires, pour le service des salles de re* pos, des secrétaires, pour les lettres, des lecteurs, des introducteurs, des nomenclateurs, des distributeurs ou intendants, des valets de bains, des cuisiniers, des dégustateurs, des messagers ou tabellaires, des porteurs de litières, des palefreniers, etc. Les januaires étaient à l'attache, comme des chiens de garde: les matrones avaient leur suite particulière d'esclaves des deux sexes ; à la ville seulement elle ne comportait' pas moins de 120 personnes, chargées de fonctions diverses : un grand nombre d'esclaves ne voyaient pas leur maître et ne le connaissaient jamais (i) : très-souvent celui-ci avait un esclave dont l'unique besogne était de lui rappeler à l'occasion le nom de ses serviteurs : il y avait jusqu'à des silentiaires, chargés de maintenir l'ordre et le silence dans les troupeaux humains (â). Quelques riches possédaient jusqu'à 10 et même 20 mille esclaves, dont la majeure partie étaient employés comme cultivateurs (s): Crassus en avait un si grand nombre, que ses architectes et ses charpentiers seulement formaient un corps de plus de 500 têtes. Scaurus possédait 4000 esclaves urbains et autant de campagnards : sous Auguste, un affranchi mourut en laissant 4116 esclaves, et encore après avoir subi de grandes pertes dans les guerres civiles. La femme d'Apulée légua à son fils la plus petite partie de ses biens-fonds : il s'y trouvait 400 esclaves: le grand nombre de ceux-ci était du reste un indice d'opulence, et ils formaient une partie de la dot des fiancées : une loi d'Auguste pour la répression de l'affranchissement testamentaire interdisait au maître d'appliquer ce bénéfice à plus du cinquième de ses esclaves, en fixant d'ailleurs le maxi-
(l)Petron 37.
(2) Senec. ep. 47. Fabretti inscr. p. 206. Salvian. de gab. 4, 3.
(3) Sencc. de vit- beat. 17. Plin. H- N. 33, 1.
7i PAGANISME
nium des affranchissements à cent. Cinq cents esclaves ne devaient donc pas paraître un chiffre bien extraordinaire. Suivant Horace, un homme aisé ne peut se dispenser d*en avoir au moins dix : c'est le chiffre le plus bas et il taxe d'inconvenance et de ladrerie, le préteur Tullius, entrant à Rome accompagné seulement de cinq esclaves (i). Certains esclaves d'un ordre plus élevé, avaient eux-mêmes des serviteurs en sous-ordres, ou des vice-esclaves, des Vicarii.
72. — De même qu'en Grèce, leur témoignage n'avait de valeur en justice que s'il s'appuyait de la torture : seulement à Rome, l'esclave ne pouvait ni déposer, ni porter plainte contre son maître, excepté dans quelques cas particuliers: en revanche on le mettait à la torture pour lui arracher un aveu favorable au maître incriminé: on appliquait même à la question des esclaves étrangers, de qui l'on espérait tirer un témoignage contre un accusé, dont ils n'étaient pas la propriété (2). S'il s'agissait d'un crime commis par l'esclave lui-même on recourait toujours à ce mode d'instruction (3) : sous l'empire cependant on vit souvent des esclaves torturés pour déposer contre leurs maîtres (4).
73. — C'est en vain qu'on chercherait dans le droit servile de la République ou du commencement de l'Empire, quelques dispositions humaines; la dispersion de la famille même était abandonnée au caprice des marchands ou des maîtres: l'époux pouvait être séparé de son épouse, la mère de ses enfants, et les uns et les autres vendus à divers particuliers et en divers
(l)Sat. 1,3-12. 1,6, 107. sq.
(2) Tacit. Ann. 3, 67. Paul. 5-16 2. sq. (3)Paull. 3,16, 1. Cod. b. t. 15.
(4) Vois a ce propos Wasserscbleben : de quxst per tonnent ap. Rom. Berlin 1837. p. 18. sq. p. 35. p. 78, sq.
ET judaïsme. 73
endroits. La servitude est civilement assimilée à la mort (i): les esclaves, suivant le droit civil, sont considérés comme n'ayant pas d'existence («) : — aucune obligation n'engage le maître vis à vis de l'esclave (3) : — aucun esclave ne peut se plaindre de son maître en justice (4) : — l'adultère n'existe pas entre esclaves ni avec esclaves (s) — ce que l'esclave acquiert, appartient au maître: leurs femmes peuvent être contraintes, même contre leur gré à se livrer à la débauche (6). Tels étaient les points capitaux du droit servilc de Rome : sous l'empire même, on vit des esclaves que leurs infirmités et leur décrépitude, rendaient désormais inutiles, jetés par leurs maîtres dans une île du Tibre, pour y mourir abandonnés de tous: on défendit plus tard cet abus : l'empereur Claude donna la liberté à l'esclave infirme. que son maître eût chassé (7): mais dans la plupart des cas, c'était un bienfait très-illusoire: quel parti ce malheureux pouvait-il en tirer dans son isolement et sa faiblesse ! il n'existait pas d'hôpitaux : aussi Végèce remarque que ces esclaves usés, dont les maîtres avaient hâte de se débarrasser, étaient ordinairement vendus pour un prix dérisoire, bien inférieur à celui d'une bête de somme. L'unique vestige d'une protection légale accordée à l'esclave, dans les temps anciens, remonte à l'époque, od la censure investie d'attributions judiciaires plus étendues, condamnait le maître qui maltraitait trop cruellement son esclave ou le faisait mourir de faim (s)^
(1) Dig. 55. 1.50.
(2) Dig. 50. 17. 32.
(3) Cod. 2. 14. 13.
(i) Dig. 5. 1. 53.
(5) Dig. 48. 5. 6.
(6) Senec. Gontrov. 5. 33.
(7) Suet Claud. 25.
(8) Dionys. firagm. 201 . Ed. Mai.
74. — Sous le régime impérial, le sort des esclaves subit quelque aggravation en ce que la torture doublement fréquente, devint un moyen d*extorquer à Tesclave des aveux compromettants pour le maître: d'un autre côté cependant il reçut plusieurs adoucissements. Aussi longtemps que les Romains firent eux-mêmes leurs lois, ils ne songèrent pas à restreindre Fomnipotence des maîtres sur les esclaves (t). Ce n'est que lorsqu'elles leur furent imposées par le pouvoir impérial, qu'on vit paraître la loi Pétronia, qui interdisait la vente, sans l'assentiment des magistrats compétents, d'esclaves destinés à combattre les animaux féroces (2): la même loi défendit de les tuer volontairement ou de les mutiler (5). Le préfet de la ville put alors intervenir entre l'esclave et le maître qui le maltraitait ou le laissait mourir de faim par avarice (4). On créa des asiles : celui qui s'était soustrait à la cruauté d'un maître, put être adjugé à un autre, par l'autorité: Auguste et Tibère avaient déjà prescrit la surveillance des Ergastules (5), ob l'on entraînait quelquefois des citoyens libres pour les contraindre au travail. Adrien travailla plus que personne à l'adoucissement de l'esclavage : il prononça la suppression complète de ces prisons souterraines (s) qui ne continuèrent pas moins de subsister en beaucoup d'endroits.
75. — L'esclavage était répandu dans tout le monde païen: on le retrouvait en Gaule et en Germanie comme à Rome ; mais les gladiateurs étai^t une institution toute particulière à cette dernière ville, et dont on ne
(1)Dig. 30. 17. 32.
(2) Dig. 48. 8. 11.
(3) Spart. Hadr. 18. Suet. Domit. 7.
(4) Scnec. de bencf 3. 22.
r5)Suel.0ct.32.Tib.8.
(6) Spart. Hadr. 18.
ET JUDAÏSME. 7i>
rencontre nulle trace ailleurs. Ces jeux, institués d'abord pour apaiser les mânes des particuliers dans leurs funérailles, devinrent, dans les derniers siècles de la république, des réjouissances populaires qui rentraient dans le domaine public : les Ediles eurent à s*en occuper et bientôt la célébration en devint périodique et constante. Quelques riches continuèrent à faire célébrer ces jeux à leurs frais, tantôt en Thonneurd'un mort remarquable, tantôt et plus souvent en vue de se concilier la faveur du peuple: le nombre des combattants s*accrut : former des esclaves au métier des gladiateurs et les revendre bien dressés, devint Tindustrie des lanistes. Les plus grands personnages de Rome entretenaient des troupes de gl$idiateurs qui leur servaient en même temps de gardes de corps : Texemplede Kome gagna bientôt les provinces; nombre de villes eurent leurs écoles de gladiateura, Ludi, et la passion de ces spectacles sanguinaires, stimula toutes les grandes cités; déjà Persée les avait introduits en Macédoine (i), en Judée. Hérode fit combattre le même jour 700 paires d'athlètes (s). À PoUentia en Ligurie, le peuple ne laissa célébrer les funérailles d'un centurion qu'après que ses héritiers eurent déposé le prix d'un combat de gladiateurs (5). La Grèce elle-même, Athènes, Corinthe, Tarse (4), accueillirent ces jeux : partout on vit surgir des amphithéâtres: les empereurs s'ingénièrent à se procurer à eux-mêmes et aux peuples des plaisirs nouveaux: le jour ne suffisant plus, on les prolongea durant la nuit, à la lueur des torches. César avait fait combattre un jour 320 paires d'hommes (r>): Trajan en une
(0Liv.4i. 21.
(2) Joseph. Ant. Jud. 15 8. 19. 5.
(3)Suel.Tib. 27.
(4) Luc. Démon. 57,Orelii. Inscrip. 2364.
(5) Suet. Dom. 4.
seule circonstance fit paraître dix mille esclaves dans Tarène: le massacre dura cent vingt-trois jours (i). Pour varier ses plaisirs, le peuple se ruait soit aux chasses d*animaux sauvages, où les bestiaires, pour la plupart condamnés, étaient jetés nus et sans armes, quelque fois même enchaînés aux lions, aux tigres, aux léopards (s), ou soit aux naumachies, pour lesquelles on creusait d'immenses bassins où Ton simulait des combats navals dans lesquels des milliers de victimes périssaient submergés. Les gladiateurs étaient choisis avec soin parmi les prisonniers ou les esclaves les plus robustes, Thraces, Gaulois, Germains, Sarmates : il y avait à Ravenne et dans la Campanie, des écoles où on les exerçait aux diver^s espèces de combats, afin que la diversité des luttes et des armes rompît un peu la monotonie du carnage. Pourvu que le Laniste leur garantit une nourriture abondante, ils juraient de se laisser brûler, battre, tuer par le fer (3), et après avoir ainsi vécu en commun pendant plusieurs mois et plusieurs années, après s'être liés dans une longue intimité (4), ils devaient, pour le plaisir des spectateurs, déployer tout Tacharnement de la haine et s'entretuer avec ra^e.
76. — Les conspirations, les séditions, les massacres en masse organisés parles esclaves, ont laissé dans les annales de Rome une longue trace de sang. Eunus en SicilCj Spartacus dans la basse-Italie soulevèrent des légions formidables. Eunus et Cléon eurent sous leur ordre jusqu'à 200 mille combattants. Ils succombèrent jusqu'au dernier : ce n'était plus un combat
(l)DioCass. 68. 15.
(2) Cic. pro Sest. 61. Epist. ad Quiot fr. 2. 6.
(3) Senec Ep. sq.
(4)Seu. deirft2.8.
ET judaïsme. 77
mais une horrible tuerie animée de toute la fureur qu'on pouvait attendre des Romains. Grassus, vainqueur de Spartacus fit dresser des croix tout le long de la route de Capoue à Rome, et il y fit clouer dix mille gladiateurs (i). Dans les guerres civiles, chaque parti se renforçait par Tarmement des esclaves et l'on voit Auguste se vanter, dans les inscriptions d'Ancyre, d'avoir, contre sa parole, livré à leurs maîtres, pour être égorgés, trente mille esclaves qui avaient pris les armes en faveur de Sextus Pompée.
77. — On ne peut naturellement formuler que des approximations très-vagues sur le rapport numérique des hommes libres aux esclaves : les Provinces offraient entre elles de notables différences : ainsi il est vraisemblable que l'Egypte comptait moins d'esclaves que les Gaules; mais il y en avait un nombre immense dans les colonies Romaines. A Rome même, toute proportion gardée, ce nombre était très-grand. Aussi les calculs varient considérablement entre eux. Blair. admet qu'entre l'expulsion des rois et la chute de Garthage, le nombre des esclaves et des hommes libres fut à peu près égal ; mais qu'après la chute de Gorinthe jusqu'à Alexandre Sévère (146 av. Jésus-Ghrist — 221 ap. Jésus-Ghrist.) (s), le rapport des uns aux autres était de 5 à 1. Bureau de la Malle au contraire affirme que vers l'an 476 av. Jésus-Ghrist ce rapport était comme 1 à 28, et en 225 av. Jésus-Ghrist, par suite de l'affluence des Pérégrini comme 22 à 27 (s). Zumpt regarde comme trop faible le chiffreadmis par Bunsen, qui porte à 680 mille âmes la population esclave de Rome, en l'an 8 av. Jésus-Ghrist, chiffre à peu près égal à celui de la popu-
(U Plin Kp. 10. 38. 39.
(2)Inquiry intotheRate ofslavere amongtho Roman. Edinb. 1830 p. 10, 15.
(3) Economie poUUquedcs Romaias. 1. 270. sq.
lation libre (i) : suivant Zampt il faudrait eompter 2 esclaves pour 1 homme libre. On peut fixer avec plus de certitude, le chiffre des esclaves mâles, au quadruple de celui des femmes : or l'esclave ne pouvant se marier avec une femme libre il est évident que les 4/5 au moins des esclaves se trouvaient dans Timpossibilitë de trouver une compagne dans leur caste. Il n'est pas besoin de plus amples développements pour faire entrevoir quel abime de désordres cette disproportion découvre à nos conjectures.
4, — INFLUENCE DE l'BSCLAVAGE SUR LA POPULATION LIBRE. — INDIGENCE. — EXPOSITION ET PETIT NOMBRE DES ENFANTS. — PÉDÉRASTIE. — COURTISANES. — CORRUPTION DE LA FEMME.
78. — A Rome comme en Grèce, l'esclavage était un des agents les plus actifs de la corruption des mœurs et d'une décadence imminente. L'influence que la servitude étendait sur lesesclaveseux-mémes, ressort amplement de la distinction établie par le droit Romain entre les novices et les vétérans: l'esclave qui avait une année de service au moins devenait vétéran : c'était un homme usé, dont la valeur baissait de plus en plus; car, dit la loi, il est bien difficile de le redresser et de le former au service d'un nouveau maître. Aussi les marchands d'esclaves ne se faisaient-ils pas faute de vendre parfois un vétéran pour novice: une année de servitude était comme pour la marchandise usée ou avariée, un motif de dépréciation et une cause de baisse (2).
(1) Sur rEtat de la population, p. 00. m Sq. 30, 4, 16, 83.
ET judaïsme. 79
79. — Si les maitfes corrompaient leurs esclaves, ceux-ci, à leur tour, exerçaient sur leurs mattres et sur les hommes libres une réaction morale des plus pernicieuses. La servitude avait rempli Rome et toutes les villes de troupeaux humains, qui n'avaient aucun motif de moralité, aucun devoir que Tobéissance passive aux ordres du maître: aucun sentiment que la crainte, la crainte des châtiments corporels. Ils étaient accoutumés à se voir Tobjet des abus les plus avilissants et les plus humiliants pour la condition humaine: d*un autre côté, ils se trouvaient sans cesse en contact avec les matrones et les enfants à Tintérieur, avec les hommes libres au dehors. Recueillis chez les nations les plus diverses de Torient et de Toccident, ils formaient une société à part, dont chaque membre apportait son contingent de défiiuts personnels avec les vices de son pays et de sa race, dans cette immense sentinede la corruption humaine: ils se révélaient les unes aux autres par des vices nouveaux et par des désordres encore inconnus : mêlés par de nombreux affranchissements à la société des hommes libres, ces hommes blanchis dans les immondes repaires de l'esclavage venaient grossir les rangs d'une bourgeoisie en décadence, à laquelle ils apportaient en dot tous les vices de leur première condition : l'instinct de la ruse et du mensonge, les habitudes les plus honteuses, devenues chez eux une seconde nature, un servilisme rampant toujours prêt à se courber devant la volonté d'autrui: une absence complète de tout instinct moral ; un aveugle entraînement à satisfaire les passions les plus déréglées. Parasites éhontés de leurs orgueilleux patrons, ils ne savaient que vivre aux dépens du trésor public: toute leur ambition était de s'enrichir dans l'espoir de supplanter les familles patriciennes ruinées par leur propres vices ou décimées par les guerres civiles. Tacite met dans la
bouche d*un de ses orateurs cet aveu, que sous le règne de Claude un grand nombre de chevaliers et de sénateurs doivent le jour à des affranchis, et du temps de Néron la masse des tribus, des curies et des cohortes se composait presqu*en totalité de c^tte classe d'hommes (i).
80. — Dès l'époque des Gracques on voit l'esclavage exercer une pernicieuse influence sur la partie libre de la population et sur les hommes en état de porter les armes, tant à Rome que dans le reste de l'Italie. Les grands, avec leurs légions d'esclaves agriculteurs, exempts du service militaire faisaient peser une cruelle oppression sur les petits propriétaires et sur les artisans. A mesure que la propriété morcelée se concentre en d'immenses domaines, où tout ce qui respire est esclave, la population libre fond à vue d'œil : le plébéien se voit, propriétaire expulsé de son patrimoine, fermier, chassé du champ qu'il engraissait de ses sueurs (%): on lui interdit jusqu'aux travaux champêtres, car on a trouvé plus commode et plus lucratif de convertir les terres arables en prairies: ces riches campagnes où s'agitait naguères une population libre, active, laborieuse, au sein de laquelle grandissaient des héros pour les légions romaines, n'offraient plus aujourd'hui qu'une vaste solitude que troublait à peine le pâtre esclave chargé d'y mener les troupeaux du maître. Ainsi tomba la clef de voûte de c^t édifice gigantesque, le paysan italique, le plus ferme étai de la puissance romaine : dans ces champs que Ci ncinnatus avait labouré de ses nobles mains, on voyait errer aujourd'hui des esclaves courbés squs le fouet, portant
(t)Tac. ami. 13, 27
(2)Hor. od. 2. 18. 25 SalL Jugarth. 41. Scn. Ep. 90. 58. Quinlil. declaœ. 15.
ET judaïsme. 81
au front les douleureux stigmates de la servitude: sur remplacement de ces villages si florissants jadis s*éten* daient desËrgastules: le sol, suivant Texpression de Columelle, fut abandonné à Fincuriedes esclaves comme une victime au bourreau (i). Lltalie devint stérile et dépendit de Fétranger : TAfrique et la Sicile l'approvisionnèrent de leurs blés : Cos et Chio, TEspagne et les Gaules lui fournirent leurs vins (2).
81. — Cependant les populations refoulées de la campagne vinrent affluer dans les villes, à Rome surtout, où les attirait l'appât des distributions publiques de vivres et d'argent (3) et où Ton pouvait trafiquer de son suffrage: puis l'oligarchie continuant de se rétrécir de plus en plus, un jour vint où le consul L. Philippe put dire au peuple : il n'y a plus à Rome 2000 propriétaires (4). En effet il n'y avait pas d'artisans libres, qui jouissent de quelqu'aisance, car bien que larépugnance qu'inspirait le travail manuel fût moins prononcée ici qu'en Grèce, l'industrie n'en était pas moins l'objet d'une flétrissure générale : l'agriculture était le seul art que les Romains jugeassent digne d'eux. Cicéron déclare honteux et sordide tout métier mercenaire, où le travail est rétribué et non l'art. D'après lui encore les professions manuelles sont une tache dont ne se souille pas un homme libre: on doit ranger au nombre des plus viles industries tout commerce de détail: l'architecture, la médecine, le haut commerce, l'enseignement sont les seules professions que puissent décemment exercer certaines classes d'hommes (5).
(l)Colum. l.proef. 5
(2; Varr d* R. U. 2. proef. 3. Colum. 1. proef. 20. Tacil. ann 3, 5i. (3) App. Bell. liv. 2, 120.
{4)Cic. dcoff. 2,21.
(5) De ûfT. U2. La distinction porte sur les arts sordides et les arts libéraux : sordidi qnxstus, sorJidx artes et iiigenuae.
82. — La concurrence des esclaves était pour les citoyens libres un nouveau motif de répugnance pour le travail manuel : les riches, en possession d'une foule d'esclaves attachés aux travaux domestiques, pouvaient sans inconvénient se passer des hommes libres et de leurs produits: les entrepreneurs trouvaient un large bénéfice à acheter des jeunesesclaveset à lesdres* ser à un métier que ceux-ci exerçaient ensuite, soit pour le compte du maître, soit pour un tiers auquel ils étaient loués. Ce fut le coup suprême porté à la classe moyenne de Rome, dernier asile de la sobriété et du travail. La population libre ne se composa bientôt plus que de prolétaires qui vécurent, sous la république de la vénalité de leurs suffrages, sous l'empire des distributions de blé et d'argent que leur jetait le prince: race avilie, démoralisée, méprisée des riches, retombant de jour en jour dans un esclavage plus humiliant que celui d'où ils sortaient. Les empereurs voulurent remédier au mal : César força 20 mille familles à quitter la ville pour se vouera l'agriculture: il envoya 80 mille citoyens de Rome dans les colonies d'outre-mer, et réduisit de 320 mille à 150 mille le nombre de ceux qui participaient aux largesses du trésor (i): Auguste et le meilleur des empereurs après lui, firent tous, leurs efforts pour ramener à l'amour du travail, les hommes libres de la ville et de la campagne: vains essais! Auguste lui-même se vit forcé de rendre la sportule-à 200 mille citoyens (2). Le peuple Romain n'était plus qu'une ombre: elle n'était plus cette antique et noble race plébéienne qui avait fait sa gloire! 150 ans avant J.-C. Scipion Emilien opposait déjà aux murmures du peuple ce fier langage : Je ne tremblerai point devant
(1) Suet. Caes. 41, 42. DioCass. 43, 21.
(2) Dio Cass. 55, 10.
ceux que j'ai emmenés ici dans les fers (t). Ce ne sont pas les Latifonds, comme le dit Pline, qui hâtèrent la ruine de l'Italie, mais ce fut l'esclavage : supposez ces immenses domaines peuplés de fermiers libres, la face des événements eût complètement changé. Les esclaves de la campagne refoulaient dans les villes la population libre: celle-ci au lieu d'y fonder des familles y périssait en peu de temps, grâce â son amour toujours croissant du célibat: sous le règne d'Auguste le chiffre des célibataires surpassait de beaucoup celui des individus mariés (2). Les chances du reste n'étaient pas plus favorables aux esclaves plus rapidement épuisés encore par les mauvais traitements, une chétive nourriture, des demeures malsaines et un travail pénible: seulement on les remplaçait plus facilement: toutes les contrées du globe pourvoyaient largement aux demandes de cette marchandise.
63. — La marche ascendante de la population déjà entravée par le dégoût du mariage, se trouvait complètement arrêtée par la fréquente exposition des nouveaux-nés : le père était absolument libre d'élever son enfant ou de le rejeter et de le faire périr après sa naissance : les antiques lois de Romulus autorisaient l'exposition ou le meurtre du nouveau-né, mais seulement pour des vices de conformation et après l'inspection des proches, au moins pour les garçons et pour l'aînée des filles (s). On ignore si cette loi fut longtemps eu vigueur, mais dans la suite elle était tout à fait tombée en désuétude ; sous l'empire, le jurisconsulte Paulus reconnut au père le droit de faire mourir son nouveau-né, et cela sans la moindre restriction (4). Aussi
(l)Val. Max. 611.
(2) Dio Cass 56, 1.
(3) Diooys. 2. 15.
(4)Dig.28.2.11.
à cette époque, Texposition était devenue un fait quotidien. C'est ainsi que Suétone rapporte qu'à la mort de Germanicus» Rome, en signe de deuil public, exposa en masse tous les enfants venus au monde le jour du fatal événement (i). Tacite flétrit la conduite immorale des Romains et la comparant à celle des Juifs et des Germains, il ajoute que c'est un crime chez ceuxci que de ne pas élever ses enfants. Auguste lui-même, si ardent à combattre les causes du dépeuplement, loin de s'opposer à un excès aussi honteux que préjudiciable, l'approuva lui-même par son exemple ; il fit exposer l'enfant que sa nièce Julie avait eu après son bannissement.
84. — Tertullien s'élève avec énergie contre cet usage: combien d'entre vous, dit-il, combien même de vos magistrats les plus intègres je pourrais confondre par le reproche trop fondé d'avoir eux-mêmes ôté la vie à leurs enfants: aussitôt après leur naissance, vous les noyez, vous les faites mourir de faim, de froid, vous les jetez aux chiens ! Et dans un autre ouvrage : vos lois, dit-il, vous défendent d'ôter la vie aux nouveaux-nés; maison est-il aucune qui soit violée avec plus d'impudence et d'audace (s)? Souvent même, comme le remarque Tertullien, on avait recours à ce moyen dans l'espoir qu'un passant élèverait l'enfant trouvé. Les Lanistes en effet avaient le droit de s'emparer des jeunes garçons exposés, qu'ils formaient ensuite au métier de gladiateurs : l'exposition des filles était plus fréquente, et partout il existait des femmes qui recueillaient ces petites créatures pour les vouer un jour à la plus honteuse prostitution. Justin remarque que c'était le sort ordinaire, non-seulement des
(t) Calig. 5.
(2) Tcrtul. apol. 0. ad nationcs. 15. 11 fait allusion ici k la loi des XII tables, citée plus haut. Comp. Lactance, A. 20.
ET judaïsme. 85
filles, mais aussi des garçons, que des hommes cupides recueillaient en vue de les faire servir plus tard aux infâmes plaisirs des riches: les choses en vinrent à ce point, selon Hinucius que les pères et les mères commettaient sans s'en douter, de véritables incestes sur la personne de leurs propres enfants (i). Souvent ces malheureuses créatures tombaient entre les mains d'une autre catégorie de spéculateurs, les mendiants qui les mutilaient et les défiguraient pour les faire servir à leur hideuse industrie (2).
85. — L'exposition était moins fréquente chez les riches: ceux-ci, à l'exemple des Grecs, se débarrassaient de leur progéniture par l'avortement prématuré, obtenu tantôt par la compression du corps, tantôt par l'injection de certains médicaments: il y avait, comme dit Juvénal, des femmes qui entreprenaient ce genre d'opération, c'est-à-dire, qui faisaient métier de pratiquer l'avortement. Et ce crime était si commun que le même poète affirme, qu'il serait difficile de constater des accouchements dans les rangs élevés de la société (3). Presque toujours il avait pour mobile la mollesse et la coquetterie des femmes qui craignaient que les douleurs de l'enfantement ne déformassent leur taille et n'altérassent la fraîcheur de leur teint: il était facile du reste de suppléera cette privation volontaire : on se procurait si aisément des enfants (a) ! Sénèque lui-même croit relever beaucoup la mémoire de sa mère Helvia, en disant qu'elle n'avait pas cédé à l'exemple des femmes à la mode qui anéantissaient dans leur sein l'espoir de la maternité (5). II est
(1) OcUv. 30^1.
(2) Sènec. conv. 10. 4.
(3) Sat. 6. S9â. sq.
(A) Juv. 6. 602.
(5) Cons. ad. Helv. 16.
juste cependant de reconnaître que ia loi punis* sait de ¥ex\l la femme qui détruisait le fruit de ses entrailles (i) sans l'assentiment du mari ! Mais qu'il leur était facile de tromper ces derniers, et quel rôle encore les esclaves n'étaient-ils pas propres à remplir dans cette occurrence! Le chiffre moyen des familles est un indice de l'esprit qui y régnait et des remèdes qu'il eût fallu employer : tandis que les unions chrétiennes comptent en moyenne 4 ou cinq enfants, la loi romaine créait des privilèges exceptionnels en faveur du père qui avait trois enfants en vie : les six enfants de Germanicus étaient cités comme un exemple extraordinaire de fécondité : il était excessivement rare dans les hautes régions de la société d'en avoir cinq : aucun des empereurs romains ne laissa une nombreuse postérité et beaucoup d'entr'eux moururent sans enfants : nous avons déjà remarqué que les auteurs du premier empire (2) Ovide, Lucain, Stace, Silius Itaii- CU8, Sénèque, les deux Pline, Suétone, Tacite, bien que mariés en vertu de la loi Papia-Poppéa, n'eurent cependant pas d'enfants : Martial dans un de ses écrits réclame à Domitien, les droits attachés à la triple paternité : dans l'épigramme suivante il congédie sa femme qui lui est devenue inutile (s).
86. — C'est ici le lieu de rappeler l'influence de la Pédérastie ; car bien que son action fut moins développée et moins ostensiblement funeste chez les Romains que chez les Grecs, elle ne contribua pas médiocrement à la rapide dissolution de la société et elle introduisit dans les relations sociales de Rome un puissant élément de désorganisation.