‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 33 sur 75 · Rome dans les premiers siècles de la Républi · texte numérisé non relu

Rome dans les premiers siècles de la Républi

(l)Dfgest.48. 8. 8.

(2) Zumpt. Sur rétat de la pop. 67.

(5)Mart.2.91.02.

ET judaïsme. 87

que, ne vit que des exemples très-rares de cette sorte d*andromanie:au5^siècleT.Veturius9 filsd'un chevalier romain, qui avait engagé temporairement sa liberté à G. Plotius, son créancier, subit un châtiment servile pour n*avoir pas voulu se prêter à sa propre flétrissure (i).C*est un argument de plus à ajouter, en passant, aux funestes conséquences du Nexum, l'opprobre du Patrieiat romain : à dater de cette époque et malgré les lois qui sévissaient avec rigueur contre Tabus des personnes libres, les exemples acquirent toujours plus de fréquence : le centurion Laetorius Mergus n'échappe au supplice qu'il avait encouru, que par le suicide: à la fin du &^ siècle le torrent avait franchi toutes ses digues. Polybe affirme que nombre de Romains n'hésitaient pas à donner un talent d'un beau garçon (2): il fut toujours permis d'ailleurs d'abuser des esclaves et des affranchis: Caïus Gracchus, pour donner au peuple une haute idée de sa continence, se vantait devant lui, de n'avoir jamais convoité pour ses plaisirs l'esclave d'autrui (s). La loi scatinia qui punissait d'une forte amende l'attentat commis sur un homme libre tomba bientôt en désuétude (4):ellene.fut jamais remise en vigueur sous l'empire: Domilien seul en fit un jour l'application à quelques sénateurs (5) : mais que pouvaient les lois quand les meilleurs princes, les Antonin et les Trajan, donnaient eux-mêmes, par leur exemple, le signal de la transgression ! Dans la dernière période de l'indépendance romaine cet excès monstrueux atteignit d'effrayantes proportions: on vit dans un procès politique, de beaux jeunes hommes, fils de sénateurs

(i)Val.llaz.6.1.9.

(2)Pol.32. 11.

(3) GeU. 15. 12.

(4) Cbristii hi&t. legis Scatioix. Halae. 1727. p. 97.

(5) Snet. Domit. 8.

el des premières familles de Rome, offerts aux juges, pour gagner ainsi le suffrage de ceux qu'on ne pouvait suborner à prix d*or (t).

88. — Ovide excepté, tous les poètes du siècle d'Auguste ont laissé dans leurs vers des traces nombreuses de ce renversement moral et physique, et ils aflSchent leur passion avec un cynisme qui dépasse toute croyance. Quant à Ovide, s'il se (X>ntenta des femmes, c'est pour un motif parfaitement digne de l'homme et de son époque : en général le dévergondage se montre sous des dehors plus grossiers et plus choquants chez les Romains que chez les Grecs : ceux-ci y mêlaient presque toujours un élément spiritualiste : ils couronnaient le vice de fleurs, ils le paraient des grâces d'une imagination brillante, ils lui prêtaient une délicatesse de sentiment qui s'élevait parfois jusqu'au sacrifice. Les Romains, au contraire, l'étaient dans toute sa nudité : la corruption chez eux marche le front levé; elle règne dans sa hideuse grandeur. La multiplicité des exemples autorise à conclure que cette lubricité qui prenait alternativement ses victimes dans l'un et l'autre sexe, était passée dans les mœurs publiques ; le honteux commerce de César avec le roi de Bythinie Nicomède, fournit aux soldats du triomphateur des Gaules, le thème de leurs chansons satyriques (2).

89. — Il était réservé à l'esclavage de réaliser des horreurs telles que n'oserait en rêver l'imagination la plus dépravée : les Romains avaient des Harems d'hommes, décorés par euphémisme du titre dePédagogies: les malheureuses créatures, vouées aux plaisirs du maître, les Exoleti, subissaient une mutilation cruelle qui avait pour but de les conserver plus longtemps

(1) ac. ad. Att. 1, 16.

(i) Suet. Caes. 49.

propres à leur odieux office (i) : pour qu'ils allumSissent mieux les désirs, on leur donnait une instruction et une éducation, très-superficielles du reste. On apportait le plus grand soin à retarder leur croissance, et surtout le passage de l'adolescence et de la puberté à la virilité : attifé comme une femme, dit Sénèque en faisant le portrait de l'un d'eux, il lutte avec les années : on l'empêche dépassera l'adolescence: robuste comme un soldat, il a le menton lisse : on le rase, on l'épile avec le plus grand soin (â). Ces espèces d'androgynes étaient en outre parquées suivant leurs couleurs et leurs nationalités, en tribus uniformes de teinte et de chevelure (s). S'ils accompagnaient le maître en voyage ils devaient se couvrir d'un masque destiné à protéger la délicate fraîcheur du visage (4). Outre ses courtisanes, Clodius emmenait dans ses courses un certain nombre d'Exoleti (5). Tibère à Caprée et le vertueux Trajan lui-même avaient des troupes de mignons : la même époque vit se consommer à Rome de véritables mariages d'hommes, accompagnés de toutes les cérémonies des noces ordinaires (s). Néron, en pareille circonstance, donna des réjouissances publiques et fit rendjre à Sporus, le favori de son choix, tous les honneurs dus à l'impératrice (7).

90. — Ce débordement effroyable qui gagnait toutes les classes et qui sapait toutes les bases de l'Etat, découlait moins peut-être de ces relations contre nature

(1) Exoletos sues nt ad longiorem patientiam impudicitix idonci sint, amputant. Sen. exe. controv. 10. 4.

(2) Ep. 46.

(3) Sen. Ep. 93.

(4) Seo. Ep. 127.

(5) Cic. pro MU. 21. Julian. bes. éd. 1706. p. 6. Sport. Hod. 4, (6)Juv. 2. 117. Spart 12.42.

{7} Siiet. Ner 28-29. DioCass. 62-73. 63. 13. Tac. ann. 15. 37.

que de Timmense attraction qu'inspiraient les counisanes. Le choix était grand dans ces troupes innombrables d'esclaves et de filles affranchies : les lois d'Auguste contre l'adultère et le commerce illégitime avec les filles de condition libre étaient bien illusoires et encore devaient*elles le peu d'efficacité qu'elles conservaient à la préférence que les Romains goûtaient pour les femmes étrangères ou affranchies rompues à tous les raffinements du luxe et de la volupté. Sous Tibère, on vit des épouses d'illustre naissance, abjurant, pour satisfaire à leur passion criminelle, tout sentiment de retenue et d'honneur, éluder les lois Juliennes en se faisant inscrire comme filles de joie sur le rôle des Ediles. Toute femme libre pouvait agir de même et quand Tibère voulut retirer cette faculté à celles dont les pères ou les frères étaient sénateurs ou chevaliers, il rencontra de vives résistances (i).

91. — Ces relations offraient d'autant plus de danger pour la jeunesse et pour Tàge mûr qu'aucune appréhension de blâme public, aucun sentiment de honte ou de dégoût n'en troublaient le paisible exer* cice : on citait aux jeunes gens l'exemple de Caton, ce rigide censeur, qui voyant un jeune homme sortir d'une maison de débauche, lui en témoigna toute sa satisfaction. Cicéron, dans un discours public, déclare qu'en aucun temps l'on n'a défendu ni même repris la familiarité avec les courtisanes (â), dans* cette Rome où s'élevaient plus de vingt temples dédiés à Vénus, et surtout à Vénus Volupta ou Lubertina.

92. — On a vu parfois, à des époques et dans des pays oix la religion avait conservé son ascendant salutaire sur le sexe, les hommes infectés d'une profonde

(1) Tac. an. 8. 85 — Suet. Tib. 35.

(2) Pro bello c. 15.

ET JUDAÏSME. 9i

immoralité, sans que la femme cédât à ce torrent de corruption, sans qu'elle perdit même cette vertu délicate qui est le plus beau fleuron de sa couronne. Cette idée des principes soutenus par la religion ne peut s'appliquer à Rome : là point d'appui moral, point de salut possible : les deux sexes s'entraînaient mutuellement dans un immense désastre : le mariage devint un engagement à temps, avec la convention tacite et virtuelle de briser le lien, du moment qu'il deviendrait à charge à l'un ou à l'autre des époux. Il n'est point de femme si méprisable et si infirme , dit Sénèque, qui se contente d'une couple d'amants, qui ne passe pas tout son temps à folâtrer de l'un à l'autre, et pour qui la journéene soit encore trop courte pour les voir tous(i). Tant la législation d'Auguste s'était trouvé impuissante à combattre l'adultère, même dans les dix dernières années ! Ses successeurs mieux inspirés, crurent attaquer le mal dans sa racine en abolissant l'usage immoral des bains communs aux deux sexes: Trajan, Adrien, Marc Aurèle firent des édits contre cet abus : vains efforts ! Alexandre Sévère dut les renouveler un peu plus tard (â). Dé la mode des vêtements fins et transparents, il résultait, suivant l'expression de Sénèque, qu'il ne restait plus de quoi voiler le corps ni cacher l'indécence, et qu'une femme vêtue des pieds à la tête, n'eût osé jurer en conscience qu'elle n'était pas nue (s). 93. — Aucun peuple ne s'était encore adonné à l'intempérance, comme les Romains: les femmes ne voulurent pas le céder aux hommes sous ce rapport: aussi le moraliste que je viens de citer, remarque qu'elles

(1) De benef. 3. 16.

(2) Plin. H. N. 33. 54. 3. Spart Hadr. iS CapitoUn. M. Ant. pbil. 23. Lamprid- Alex. Sev. 24.

(3) De benef. 79. Cf ad Herr. 16.

avaient perdu Tantique privilège qui exemptait leur sexe de certaines infirmités, et que la calvitie et la goutte étaient devenues très-fréquentes parmi elles (t). Lfô femmes des gouverneurs et des préfets devenaient le fléau des provinces entières; dans toutes les accusations de déprédations, de concussions, d'exactions, c'étaient toujours elles qui remplissaient le rôle principal et contre lesquelles s'élevaient les charges les plus graves : elles se faisaient des partisans dans la plus vile populace. Aussi du temps de Tibère, Coecina proposa d'interdire aux fonctionnaires d'emmener leurs femmes dans les provinces ; mais sa motion ne fut point accueillie.

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