‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 7 sur 75 · RITES ET FÊTES · texte numérisé non relu

RITES ET FÊTES

m. — Le caractère magique, formaliste, de la religion romaine, où il ne s'agissait point d'instruire, de relever et de purifier les hommes, mais de se créer les moyens les plus efficaces pour faire servir les dieux au profit des hommes, se manifeste particulièrement dans remploi de la prière et dans le contenu des formules déprécatoires. Tout dépendait des mots dont on se servait en priant; une faute pouvait rendre toutes leurs supplications inutiles, mais, si Fun disait la formule exactement, sans se tromper, sans rien omettre ni ajouter, et qu on éloignait en même temps tout ce qui pouvait apporter du trouble ou avoir une mauvaise signification, le succès en était assuré, quelle que fût la pureté de cœur de celui qui priait. Selon Pline (3), les hauts fonctionnaires publics, lors d'actes religieux, répétaient la formule qu'un prêtre lisait dans un rituel en appuyant soigneusement sur tous les mots de la manière qu'il fallait les prononcer; un autre imposait silence aux assistants et, en outre, on se servait de l'accompagnement de la flûte afin qu'on n'entendît point d'autres paroles que celles de la prière. L'expérience, selon cet auteur, avait prouvé que» toutes

(i) Uy.31, 8;36. 3.

(2) H. N. 28, 2. Cf. Cic. do Div. 1, 29.

ET judaïsme. 111

les fois qu'un son ou un mot de mauvais présage avait été entendu ou qu'on avait fait une faute dans la prière, il s'était présenté, dans les entrailles des victimes, un défaut annonçant un malheur ou une monstruosité.

112. — Pendant la prière, le Romain avait l'habitude de se couvrir la tête ou plutôt les oreilles, afin de n'entendre aucun mot ni aucun son de mauvais augure (i). On adorait alors les divinités en imprimant un baiser sur sa main droite, en se retournant en cercle, à commencer à droite, et en s'asseyant ensuite sur le sol (â).On prétendait que cette cérémonie avait été instituée parNuma; on se tournait en cercle pour imiter le mouvement circulaire du monde, et on s'asseyait et se reposait en signe de la confiance avec laquelle on s'attendait à un bon accueil de la prière. Si l'on se trouvait à proximité d'un autel, appartenant à la divinité à laquelle on adressait la prière, il fallait le toucher de la main, seul moyen d'attendrir le dieu (s). On s'imaginait qu'il était particulièrement bon de toucher ou d'embrasser les pieds des images divines. Dans les temples, dont les statues étaient cachées, on suppliait le portier de donner accès à l'image, afin d'y pouvoir prier (4). Dans les grands malheurs ou dangers menaçants, les femmes romaines avaient l'habitude de se jeter à terre et de nettoyer les pierresdu parquet avec leurs cheveux (5). Cependant quand les prières et autres moyens employés pour gagner les dieux, étaient restés sans effet, il arriva aussi, comme à la mort deGermanicus, décédé en dépit

(l)Pli]t. Qnaest. Rora. 10.

(2) Snel. Vitell. 2. Plut. Num. U. Plin. H. N. 28, 2.

(3) Macrob. Sat. 3, 2.

(4)SGa. ep. Ai.

(5) Liv. 3, 7 ; 26, 9. Lucan. 2, 30.

il2 PAGANISME

de toutes les prières et de tous les sacrifices, qu'on lançait des pierres contre les temples et qu'on renversait les autels ; plusieurs même jetèrent les images de leurs Lares hors de la maison (i).

113. — Il fallait naturellement observer dans les prières une certaine hiérarchie des dieux. Janus, dieu de tout bon commencement, était fréquemment nommé le premier. Lors de prières plus générales, surtout ordonnées par l'Etat, Jupiter Capitolins, occupait habituellement la première place, qui lui était duc. Quand on invoquait plusieurs dieux à la fois, on finissait par Vesta. On ne sait guère, d'après quelles règles, à des occasions particulières, Rome offrait des supplications tantôt à une seule divinité, tantôt à plusieurs ensemble. Parfois on prescrivait des prières générales pour tous les dieux à la fois. Comme on ignorait souvent si c'était un dieu ou une déesse, à laquelle il fallait adresser les sacrifices, et qu'on n'en savait, par conséquent, pas le nom, on ajoutait par prudence: c que ce soit un dieu ou une déesse. » Quelquefois aussi on s'abstenait de prononcer le nom de la divinité, afin de ne point s'exposer à une méprise. En efiet, les Romains avaient une telle quantité de prières et en répétaient si souvent les formules, toute leur vie était tellement absorbée par des invocations, des expiations et des purifications, que sous ce rapport, ils n'étaient surpassés par aucun autre peuple; quand il s'agissait de la plus insignifiante affaire, il fallait ofi'rir des prières et des sacrifices à toute une suite de dieux, et on aurait cru commettre une faute en oubliant un seul des ayant-droit.

Page 1