‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 9 sur 75 · DES DIEUX · texte numérisé non relu

DES DIEUX

149. — La nature et la divinité étant inséparablement liées et presque identiques dans le système de rc-

(i)Arrian. £pict.4, 1,68.

(2) Macrob Sat. i, 7. Dio Cass. 60, i9. Hor. Sat. 2 , 7, 4.

(3) Aman. EpicL1,S9. Mart. 14, 70.

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Kgion romaine, riiomme s'imaginait devoir considérer aussitôt, comme une révélation de la divinité, ce que la nature semblait lui dire ou ce qu'il croyait y découvrir. Les dieux, qui remplissent la nature dans toutes ses parties, l'animent et la font mouvoir, manifestent à liiomme leur volonté et lui révèlent l'avenir, pan certains signes, par des phénomènes et des événements qui se produisent en partie dans le monde animal, en partie dans d'autres sphères delà création. Il ne s'agissait que d'observer exactement et d'interpréter justement ce langage de signes : voilà l'idée qui prédominait chez les Romains. Rien ne se faisait, ni dans l'Etat, ni dans la vie privée, sans Auspices préalables (i). c S'il y a des dieux » telle fut la conclusion des Stoïciens « ils doivent avoir soin des hommes et leur manifester leur volonté et l'avenir (2). » Hais un choix était nécessaire et ce ne pouvaient être les événements naturels ordinaires, entièrement réguliers qu'on consultait sans distinction sur la volonté des puissances suprêmes: tous les animaux ne pouvaient passer pour organes de révélations divines. On se servait de certaines autres espèces d'animaux et de phénomènes extraordinaires, inexplicables par les raisons connues ; la conformation physique du pays et l'ancienne tradition étaient décisives. Dans les temps reculés on ne songeait à des tromperies préméditées, ni à des combinaisons politiques, destinées à transformer la crédulité de la foule en un instrument de politique, quoique plus tard, beaucoup de Romains et de Grecs aient été d'avis que de semblables calculs avaient, dès le principe, formé la base de tout le système. Les

(1) Val. Max. 2, 1, I. Liv. C, 40.

(2)Cic. deDiv. 1,38;2, 40.

peuples orientaux cherchaient à lire dans les étoiles les décisions de la divinité et la destinée.des hommes, mais c*était là un art suspect et étranger aux Romains ; pendant longtemps, ils ne voulurent tolérer, ni les Chaldéens, ni les Astrologues, et provoquèrent des décrets de bannissement contre eux et contre d'autres devins étrangers. Il n'y avait point d'oracles Romains, cependant on consultait quelquefois celui de Delphes, par ordre de l'Etat. Dans les malheurs et les grands dangers, on faisait attention aux devins et aux prophètes, et on acceptait les prédictions, comme celles d'un certain Harcius, et celles de Cornélius Culleotus, pendant la guerre d'Octave (i).

150. — Les Romains naturalisèrent, chez eux, l'institution étrusque des Âruspices avec ses deux branches, la divination au moyen des entrailles des victimes et l'interprétation et i'exàmen des éclairs et des prodiges. Cependant, ils faisaient toujours venir leurs Aruspices d'Etrurie et se trouvaient ainsi dans une onéreu'^e dépendance de ce pays, jusqu'au moment où ils s'en emparèrent. L'action de ces devins indispensables à l'Etat, s'étendait surtout sur la vaste sphère des prodiges. L'ignorance de la nature, le penchant et le désir de reconnaître des merveilles dans les choses les plusMnsignifiantes, une crédulité sans bornes multiplièrent ces signes d'avertissement, au point que nous devons admirer la sollicitude infatigable du Sénat à tenir compte de toutes ces choses. On comptait au nombre des prodiges,' nonseulement des éclipses de soleil et de lune, ou tout autre phénomène dans ces deux astres; des arcs-enciel d'une couleur extraordinaire, des étoiles filantes»

(l)Cic deDiv. I,2;1, 40.

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mais encore des monstres d*hommes et d'animaux. Il pleuvait là des pierres, de la terre, de la craie ou des cendres; des images divines versaient des larmes ou suaient du sang, des bœufs parlaient, des hommes se changeaient en femmes, des coqs en poules ; du sang ou du lait coulait dans des lacs ou dans des ruisseaux, des souris rongeaient les vases d'or des temples, un essaim d'abeilles s'établit dans un temple ou sur une place publique, ou — ce qui était particuHèrement épouvantable — la foudre tombait sur un temple ou sur un autre édifice public. Pour tous ces prodiges qui effrayaient le peuple et le Sénat, il fallait une procuration, c'est-à-dire, qu'il fallait les détourner au moyen des prières et d'expiations et reconquérir la faveur de la divinité menaçante ou en colère. Sous le roi Tullus, une pluie de pierres donna lieu à une fête publique de sacrifices de neuf jours, et, depuis cette époque, on institua, à la suite de semblables événements, des supplications coûteuses, ayant la même durée. C'étaient ordinairement des sacrifices d'animaux qui composaient la procuration organisée d'après les livres sibyllins, qu'on consultait à cet effet, ou d'après les sentences des Aruspices et des Augures.

151. — L'examen des entrailles, (extispicina), était un art tusque et plus tard même, sous l'empire, c'étaient des Etrusques qui s'y connaissaient le mieux. Des Aruspices Tusques accompagnaient en conséquence les armées et des Romains puissants, comme plus tard les Empereurs, entretenaient des inspecteurs particuliers. La langue, les poumons, le cœur, le foie, le fiel, la rate, les rognons et le diaphragme étaient les parties qu'ils examinaient avec la plus grande minutie, en se servant d'un petit couteau ou d'uneaiguille.Uyavaitdes sacrifices d'animaux et des sacrifices de consultation et

Tacte principal de ces derniers était l'eiamen des entrailles afin d*y lire Tavenir et la volonté des dieux. Or, les parties soumises à Tinspection étaient propices ou hostiles quand une de ces dernières était très-forte, qu'elle avait, par exemple, des veines épaisses, on était menacé de malheurs ; des fentes ou des incisions qu'on y rencontrait, annonçaient tantôt des dangers, tantôt des avantages; quelquefois il en manquait, quelquefois il y en avait beaucoup trop. L'absence de la tête du foie, c'est-à-dire d'une protubérance de l'aile gauche de cet oi^ane, était un signe particulièrement funeste (i). Un autre indice, tout aussi défavorable, était la diminution du foie, quand il avait été bouilli dans un pot, avec d'autres entrailles de l'animal (2). Cependant les Romains étaient bien loin de renoncer à une entreprise, à cause de mauvais signes découverts dans les entrailles ; ils employaient alors des Litamina, c'est-à-dire, ils voulaient amener de force des indices heureux. En effet, ils y réussissaient presque toujours ; car on offrait des sacrifices à plusieurs dieux à la fois, et à cette occasion , il arrivait souvent qu'un dieu offrait des indices fôcheux, tandis qu'un autre en révélait de très-favorables on répétait aussi les sacrifices jusqu'à ce qu'on eût trouvé ce. qu'on voulait avoir. Il n'est pas rare, dit Gicéron, en parlant de cette dernière manière de procéder, que la première victime n*a point de tête dans les entrailles, ce qui passe pour un épouvantable présage, et que la suivante donne les indices les plus favorables (5).

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