‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 2 sur 28 · VI AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AYANT-PROPOS

lent la route et faciliterent ou häterent son developpement? Quels obstacles, quels prejuges, quels sophismes eut-il ä vaincre? quels adversaires a combattre? qiielles plaies ä guerir? comment le Paganisme reagit-il sur leChristianisme? — Ca sont Ja des questions de rimportance desquelles ii serait siiperflu de discuter ici, et qui ne peuvent se resoiidre d'une maniere satisfaisante, qiie par un examen plus ample et plus approfondi des circonstances historiques auxquelles elles ont trait. — Ce sont les circonstanees qui determinent les limites tant chronologiques que geographiques du ])i'esent ouvrage. A ee dernier point de vue, le Paganisme de l'Asie Orientale, le brahmanisme et le bouddhisme eussent du rester hors de cause, puisque tous deux sont encore, apres plusieurs siecles d'existence, si completement etrangers ä TEglise chretienne qu'il n'y a pas lieu de rechercher s'ils ont pu laisser des traces de leur action sur l'epoque chretienne. — Quant au temps, il m'a paru non-seulement conforme au sujet, mais necessaire mcme pour arriver a une Solution satisfaisante de la question, de ne pas m'arreter ä la periode d'Auguste et du fondateur de la religion chretienne, mais d'etendre jusqu'ä l'epoque d'Antonin (env. 150-160 ap. J.-C.) le tableau du paganisme Greco- Komain, dont nulle pression exterieure n'avait entrave jusqu'alors le developpement. Ce n'est qu'au

AVANT-PROPOS. Vll

niilieii du deuxieme siecleap. J.-C.queles influences chretiennes commencerent a devenir perceptibles : a dater de cette epoque le paganisme grec n'enfanta plus qii'un Systeme digne de remarque, celui de Plotin, dont les modifications formerent l'ecoie des modernes Neoplatoniciens; mais deja cette ecole et ses doctrines ne furent plus un produit du paganisme pur, et le christianisme auquel eile emprunta ses Clements älteres, fut loin d'etre completement etranger ä ses progres. II est a remarquer en eflet, que l'extension du Neoplatonisme eut en grande partie pour cause l'antagonisme que suscitait de toutes parts le Christianisme naissant. Si je cite ce fait, c'est qu'il vient parfaitement ä l'appui de mon assertion que la ün de l'histoire intime du paganisme antique, jüsqu'au jour oü parurent les symptömes palpables dela complete desorganisation, coincide precisement avec l'epoqueque je viens de rappeler. 11 nie semble qu'on ne peut m^connaitre une sorte de legitimite dans cette supreine agitation de l'esprit paien, force dans ses derniers retranchements, et qu'il est permis de considerer la plupart des grands evenements qui se succederent depuis le commencement du siecie qui preceda la naissance du Messie, jüsqu'au milieu du deuxieme siecie ap. J.-C, comine la manifestation non douteuse de ces derniers efforts de plusen plus comprimes dans leur action.

VIII AVANi-I'ROPOS.

A cette epoque, legenie de rantiquite essaietous les systemes, fait arme de tout, epiiise pour ainsi dire toutes les combinaisons possibles et consiime tüute la force plastique qui reside en lui, pour raffermir ses bases ebranlees de toutes parts et qui lui manquent toutes ä la fois. Et ce n'est enfm, qu'apres s'etrecompletement assimile avec le corps social, apres avoir eprouve et assure la vitalite de chacune des doctrines de ses formes et de ses institutions, que la grande revolution pressentie seuleinent par le petit nombre, et qui echappait ä la coiiscience des masses contemporaines, se revele au grand jour, ouvrant sur l'ere des Antonius, une des plus glorieuses pages des annales de l'esprit huniain.

Teile est la pereeption vive et claire qui s'offre ä uion ame comnie la recompense de mes longues investigations: conviction sineere et profonde que j'espere faire partager au lecteur, si je ne suis pas reste trop au-dessous des hauteurs de ma thege et trop en arriere de ses mille exigences.

Munich, 6 avril 1857.

J. DÖLLINGER.

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