‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 21 sur 28 · La Pythie, qui, dans les premiers temps, etait · texte numérisé non relu

La Pythie, qui, dans les premiers temps, etait

(1) Paus. 1,56, 1.

(2) Xeiioph. Meni. 1, 1 6-9.

une jeune fille et qui, plus tard, devait avoir plus de cinquante ans, ctait le plus souvent de hasse extraction et Sans education, mais de moeurs irreprochables. Elle se preparait ä l'exercice de ses fonctions en mächant des feuilles de laurier et en buvantdel'eau de la source sacree de Castalis, puls eile montait sur le trepied place au-dessus du goufre, en sorte que la vapeur qui en sortait penetrait dans son corps (i) et que, pour ainsi dire enceinte du dieu (ü), eile etait mise dans un etat d'extase qui l'agitait violemment et lui faisait prononcer des paroles incoherentes avec une bouche ecumante. L'eftet produit sur la femme etait d'une puissance teile qu'un jour la Pythie, qui ne montait qu'ä regret sur le trepied, fut prise d'une espece de furie, dit Plutarque, qu'elle toniba par terre en poussant de grands cris et mourut peu de jours apres (3). Ses paroles etaient interpretees par le « prophete » assiste des cinq saints, lequel leur donnait la forme d'une sentence d'oracle reguliere. Dans les premiers temps cette forme etait poetique; mais ti l'epoque dejä oü vivait Theopompe, la prose l'avait empörte sur la poesie, et dans le siecle de Plutarque on ne rendait que rarement des Oracles en vers.

45. — II est evident que le premier pretre ou prophete et les a saints » etaient maitres de donner la forme qui leur convenait aux paroles que la Pythie criait plutot qu'elle ne les prononfait, et qu'ils mettaient un sens dans ce qui n'en avait pas. On a essaye de corrompre la Pythie; on y a meme reussi et la Pythie a ete destituee pour ce fait, ce qui prouve

(l)Orig. adv. Geis. 7, p. 155. Ohrysosf. liom. 20. ad. 1 Cor. 22, T. X. p. 260.

(2) Longin. c. 15, p. 5^2, Wcisk.

(3) Plut. orac. def. opp. vii, 7:24,Keisk.

ET .lUDAISME. 293

que beaucoup dependait d'elle. Beaucoup de choses, cependant,.sont restöes inexplicables.Engenäral,tousceux qui croyaient aux dieux helleniques, etaient convaincus aussi de la veracite, de la direction et de Tinspiration divines de l'oracle de Delphes, ou bien ils acceptaient, conformement ä leur maniere de penser, une influence demoniaque predominante, comme Piaton et Plutarque l'ont fait (i). Des auteurs modernes supposent, en cherchant ä expliquer cette enigme, que les pretres de Delphes ont pratique, pendant des siecles, un « Systeme d'espionnage secret, » qu'ils ont entretenu dans les principales places du monde civilise une foule d'espions et d'obscrvateurs, par lesquels ils furent exactement instruits, au fond de leurs cellules, de tous les changements qui avaient eu lieu, de la bonne ou mauvaise fortune de maisons rögnantes ou de familles no- . tables, de leurs secrets, de leurs projets, de leurs intentions et des questions qu'on se proposait d'adresser aux Oracles (2). On explique donc un phenomene enigmatique par un autre plus merveilleux encore qui serait unique dans toute l'histoire; un tel reseau d'espionnage etendu sur toute la terre connue aurait exige un nombre enorme d'instruments aveugles et devouös et une depense ä laquelle toutes les richesses materielles de Delphes n'auraient pas suffi, II n'aurait pu

(1) Plat. Conviv. p. 20-2. E. Plut. Orac. def. vii, 642 Keisk.

(2) Ainsi Goette : L'oracle de Delphes, 1839, p. 74. Hullmann a choi.si un autre moyen tout aussi faux : Appröciation de l'oracle de Delphes 1837. II döclare pour apocryphes et pour une invention postärieure toutes les sewtences qui renferment « des passages ampoulös, recherches, figur^s, obscurs, ou qui denotent un grossier arbitraire, une cruelle obstination, des contraditions evidentes, ou dont 011 raconte la röalisation surprenante. » (p. 178.) Sur vingt oraclcs, il lui reste donc ä peineune r^ponse \(5rital)le.

longtemps rester secret; des adversaires des oracles, un OEnomaus et autres, en auraient parle avec satisfaction, et des auteurs chretiens, comme Eusebe, auraient publie les extraits de leurs ouvrages. Mais ce qui est vrai, c' est que Delphes, ä l'epoque oü la Gr^ce etait dans toute sa splendeur, exer^a par ses oracles une influence politique tellement predominante, qu'on croyait generalement que la fondation d'une colonie entreprise sans l'assentiment de l'oracle de Delphes ne pouvait reussir, que Tinimitie des pretres, comme le prouve l'exemple des Crisseens, pouvait etre pernicieuse et que les sacrifices et les dons affluaient chez eux en abondance. « Le sanctuaire, le dieu de Pythie, l'oracle, voilä nos chanips de ble, nos revenus, nos richesses. Nous ne semons pas, nous ne labourons pas, et pourtant le dieu nous nourrit, » — c'est ainsi que Lucien fait parier un pretre de Delphes.

16. — Les nombreux oracles renfermant de^ avertissements ou annon^ant ä des villes entieres des coups terribles ou meme la ruine complete, etaient rovetus d'une forme obscure, symbolique et laissant le champ libre ä une Interpretation opposee. Si l'on inventa des oracles ä double sens et qu'on les attribua au dieu de Delphes, on put y reussir precisement parce que l'illusion etait trop facile ä produire et que la Pythie donnait, en effet, frequemment des reponses amphibologiques. Aussi longtemps que la foi predominait chez la nation, le Grec, avec son esprit et sa sagacite connus, savait inventer, aprfes coup, une Interpretation qui mettait la veracite de l'oracle ä couvert. C'est ainsi que la Pythie avait predit aux Atheniens qu'ils feraient prisonniers tous les Syracusains ; or, il ne tomba entre leurs mains qu'une liste nominale des individus comj)0sant l'armee de Syracuse, mais la prediction de

ET JÜDAISME. 295

l'oracle s'etait accomplio (i). Les Phocöens, lorsque leur migration en Corse, entreprisc par suite d'une reponse de l'oracle, eut echouc, firent preuve de beaucoup de bonhomie ; ils s'attribuerent la faute ä eux-memes au Heu d'en accuser le dieu, et se reprocherent d'avoir pris le nom d'un heros (Gyrnos) pour celui d'une ile. Souvent la Pythie se mettait k l'aise : quand Erginus voulut savoir comment il parviendrait ä etre pere, eile Uli conseilla d'epouser une femme jeune ; eile promit un jour la victoire aux Spartiates aucasqu'ils feraient la guerre de toutes leurs forces. Quelle que put etre l'issue de cette guerre, l'oracle restait inattaquable (2). 17. — L'Asie-Mineure hellenique possedait trois Oracles d'Äpollon renommes : celui des Branchides k Didyme pres de Milet, oü la pretresse entre ä pieds nus dans une source pareille k celle de Castalis et re^ut la vapeur sortant de l'eau (3) ; un autre k Glaros pres de Colophon, oü le pretre buvait de l'eau d'une source cachee, et le troisieme en Lycie, dont la pretresse, renfermee la nuit dans le temple, recevait les commu- , nications du dieu (4). Ceux des oraclesqui n'appartenaient pas ä Apollon etaient generalement des oracles ä signes. Les plus celebres d'entre eux furent le sanctuaire de Jupiter k Dodone et celui d'Ammon en Lybie. Le premier avait un ebene « parlant » qui, au moyen du bruissement de son feuillage, du chant des oiseaux nichant dans ses branches auquel se melait le murmure d'une source coulant au pied de l'arbre, et le son de bassins d'airain, faisait des revelations prophetiques. Ces signes devaient cependant etre inter-

(1) Plut. Nie. 13. U.

(2)H6rod. i, 165—167.

(5) Jamblich, de niyst. \>. 74.

li) Herod. 1, 18'2-

l'!)(> I'AGAMSME

pretes par les pretresses du lieu, les Peliades, deux ou ti'ois femmes ägees qui, comme Ja Pythie de Delphes, se mettaient d'abord dans un etat extatique on nc sait par quel moyen, et transformaient ensuite en senteiicesd'oracles lessons qu'ellesavaient entendus(i). Dans leö plus anciens temps de la Grece, cet oracle de Jupiter etait le plus renomme de tous, et on le consultait pour toutcs les entreprises de quelque importance. Eii vain Lysandre essaya de le corrompre; la destruction des lieux'saints par les Etoliens rapaces en "2^0 avant Jesus-Christ ne detruisit pas, parait-il, l'oracle, mais en diminua la frequentation ; du temps de Strabon il etait desert, mais il se releva plus tard.

18. — C'est un fait tout particulier quel'oracle d'Ammon de Lybie, oracle etranger, fort eloigne et appartenant ä des barbares, a ete en grande faveuraupres des Grecs et en a ete beaucoup consulte. Les Cyreneens en apporterent la premiere nouvelle en Grece, et les Eleens pretendaient avoir ete les premiers qui y eussent envoye des ambassadeurs. Les predictions etaient faites par un prophete, qui puisait la matiere de ses reponses dans les mouvements qu'imprimaient ä l'iniage du dieu les pretres qui la portaient i-i). Un etablissement comme celui-ci etait donc parfaitement propre ä repondre aux desirs de questionneurs riches et puissants; c'est ainsiqu'il accorda volontiers au conquerant macedonien l'assurance demandee par lui, qu'il etait reellement dieu et que la domination du giobe lui etait devolue.

19. — A Olympie, les Jamides tiraient leurs predictions des signes de feu produits par la combustion des victimes ; l'oracle de Demeter ä Patree faisait voir dans

(J) Arislid ii, 13 Philostr. !mag. 2, 55, il 103. Plat. Pliaedr. p 36. (2) l>iod 17,50, 51. Strab. 529. 814.

ET JCDAISME. 1297

un miroir plonge dans la soiirce du sanctuaire si uii malade mourrait ou serait gueri (i). Parmi les oracles de heros, la grotte de Trophonius ä Lebadee en B^tie etait le plus celebre ; mais il tomba parce, qu'oii le soupconna d'etre un etablissement institue pour tromper les riches et les puissants par les machinations et les simagries des pretres. Les longs et nombreux preparatifs accompagnes d'innombrables sacrifices, onctions et ablutions, l'obligation de boire d'une source de ce Heu et de se couvrir de plusieurs echarpes, la maniere dont on etait entraine dans l'Adyton, tout cela parait avoir eu pour but de mettre l'homme dans un etat d'exaltation ou de surexcitation qui, dans une grotte, composee de nombreuses chambres et sorties, leur faisait voir des apparitions et entendre des sons qui etaient ensuite interpretes par les pretres (2). Souvent ces revelations se rapportaient a l'existence apres la mortet les impressions qu'ellesproduisaient etaient si terribles quel'on soutenait que ceux qui avaientete dans la grotte ne riaientplusjamais (5).En depit des railleries des eomiques grecs et d'un ouvrage publie contre cette grotte par Dicearque, connu comme adversaire des oracles, la foi qu'on avait en la vertu de cetoracle se maintint jusqu'ä lachutedu paganisme.

20. — L'influence de l'etat magnetique sur les oracles se manifeste de lafac'on laplus clairedans les oracles desreves, qui, de meme que les sanctuaires d'Esculape, u Epidaure, ä Cos, a Tricca et ä Pergame, procuraient la guerison des maladies par le moyen de l'incubation

. (IjPaus 7,21, 12.

(2) Paus. 9. 59. 40. Max. Tyr. U, 2. Philostr, Vit. Apoll 8, 19. Schol. Aristoph. Aub. 508. Comp. Van Dale, de orac. gent- p. 192. sq Une gravurep- 19.5. explique les tuurs que d'aprcs son opinion, le.s pretres nicttaient en pratique.

(5) Alben 14, 2 Zenol). 5, 5!.

ou du sommeil dans les temples et des m<idicaments reveles en songe. Les malades, prepares par le jeüne, les bains, les frictions, les sacrifices et les prieres, et mis ainsi dans un etat de surexcitation, — se couchaient dans le temple ou dans ses environs sur la peau d'un belier qui avait ete immole, et ils s'endormaient dans l'assurance la plus complete que le dieu les honorerait d'une revelation. Ils revaient aussitot de remedes le plus souvent fort simples, qui leur apparaissaient sous leur forme naturelle ou sous l'apparence de symboles et d'images, et quand cela etait necessaire, rexplication des pretres venait en aide ä leur intelligence. La description que fait le rheteur Aristide de l'etat oü le mettait l'incubation, prouve rentiere similitude de celle-ci avec le somnambulisme. « Je croyais, dit-il, etre reellement en contact avec le dieu, sentir son voisinage; je me trouvais entre la veille et le sommeil et mon esprit etait si leger que quiconque n'est pas initie ne saurait le dire ni le compren.dre (i). »

21. — Les Oracles des morts, qui se rendaient dans des temples particuliers, (Psychomanteia,) desservis par des pretres qui evoquaient les morts, sont tresprobablement venus de l'Orient en Grece — ils sont cites dans l'Ancien Testament comme une coutume horrible de la Phenicie et de la terre de Chanaan (2). Cet art etait pratique en Thesprotie sur le fleuve Acheron, k Heracleo sur la Propontide, et l'on croyait que les morts, forces d'apparaitre ä la voix de ceux qui les evoquaient, donnaient des rf^ponses (3). Cependant cette Institution semble etre tombee en desuetude dans

(l)Aiistid. p. 63 etsuiv. i4oet suiv cf. Junibl.Mvsl. 5,3 Strab.p.77o. Aiistopli. Pliit. 6i22 et suiv.

(2) Deut. 18, 10. 11. Levit. 20, 27. i Reg. 28,-7.Isaie. 8, 19.

(3) Herodot. 5, 95. Plut Ciin. 6.

les contrces dela Grecevers l'epoquedelaguerreduPeloponese, peut-etre par la raison que les oracles Apolloniens satisfaisaient mieux au besoin du moment, et que cette violente perturbation du repos des morts froissait les sentiments des Grecs et frisait de trop pres l'impiete; car lorsque les Lacedemoniens voulurent apaiser les mänes de Pausanias tue par eux, ils firent venir d'Italie les Psychagogues ou pretres des ämes necessaires ä cet objet (i). Dans ce dernier pays il y avait en effet, pres du lac Aorne, une caverne oü des Psychagogues, apres avoir procede ä des sacrifices faisaient apparaitre en presence du postulant, sous des traits obscurs et confus, Täme de son pere ou d'un ami, laquelle repondait ä ses questions (2).

22. — Nombre de lieux oü se rendaient les oracles n'eurent qu'une existence ephemere et transitoire ; ils furent delaisses, soit que la reputation et la faveur dont ils avaient joui d'abord, ne pussent se maintenir ä cause des tromperies frequentes ou en suitc de la concurrence d'autres etablissements analogues; soit que la Constitution physique de l'endroit qui servait de base ä l'oracle se füt modifiee, que sa source minerale se füt tarie, par exemple. Meme au sujet de celui de Delphes, Ciceron ou son fröre Quintus qu'il fait parier en son nom, attribuait sa decadence üi ce que la force terrestre qui inspirait la Pythie s'etait evanouie (r>). Quant ä plusieurs autres, il suftit de ratfaiblissemcnfc general de la foi religieuse Joint au depeuplement croissant de la Grece depuis l'epoque des Macedoniens, pour amener leur ruine. D-u temps de Ciceron et de Strabon, au dire de ces dcux ecrivains, la depreciation

(1) Hörodot. ser. mim. vind. p. o(J0. viii, :220.

(2) Max. Tyr. 14, 2.

(3) Cic. de Div:n. !, !9.

des Oracles, meme de celui de Delphes, fut presque generale (i), mais plus tard leur consideration se releva de nouveau. Cette Variation dans les idees devait se regier principalement sur l'etat du sentiment religieux, car bon nombre de questions posees n'avait trait qu'ä des particularitös du culte. Les oracles enjoignaient de rapporter au sein de la patrie les restes d'un individu mort äl'etranger; ils prescrivaient une ceremonie religieuse, l'offrande d'un ex-voto, raccomplissement d'un sacrifice, ou ils attachaient le salut d'une ville ä la conservation d'un objet antique consacre (2). La froideur croissante envers les dieux, le progres de l'incredulite, firent disparaitre les causes qui entretenaient la vogue des oracles.

23. — On ne peut juger avec certitude jusqu'ä quel point la non realisation de l'evenement annonce k l'avance detruisit la confiance dans les oracles. Le croyant de bonne foi pouvait toujours s'appuyer sur une quantite de predictions qui s'etaient accomplies ; car, ainsi que Aristote le remarque en parlant de la signification des songes : celui qui tire souvent, doit toucher parfois (3) ; et ce que Diodore disait des proph(ities d'un Syrien, peut egalement s'appliquer aux oracles. On ne faisait nulle mention de Celles qui echouaient, mais on faisait grand bruit au contraire de Celles qui se realisaient. Et combicn etait facile le succes de la prediction, lorsque ceux qui interrogeaient l'oracle etaient convaincus et resolus d'avance ä tout Interpreter dans le sens le plus favorable, comme le rheteur Aristide ! L'oracle lui avait annonce que le dieu et les jeunes fiUes blanches prendiaient soin de lui. Un peu apres il

(1) Cic. I.e. 2, 57.Strab. p. 419.

(2) Paus. 4, "20. -2. Theophr. hist. plant o, 5.

(3) Aristo;, de div, persomn. 1, 539 !).

ET JUDAfSME. 501

refut des leltres de rempereur qui le tiraient de sa pt'nible position, et des lors il fut evident pour lui qu'en parlant de jeunes filles hlanches l'oracle avait eu les lettres en vue (i).

;24. — Souvent par suite de la qiiantite d'oraclescoiisultes et de la discordance de leurs reponses, il devait naitre de l'incertitude. A Thebes, quand il s'agit de la guerre contre Sparte, on obtint, comme autrefois ä Athenes lors des affaires de la Sicile, des oracles pour et contre. Alors Epaminondas fit placer les oracles propices ä la droite de la tribune, les oracles defavorables ä la gauche, et engagea ses concitoyens ci se prononcer pour les uns ou pour les autres, selon qu'ils se sentiraient courageux ou läches (2). Il arrivait aussi que les horoscopes tires des entrailles des victimes contredisaient les oracles, comme lors de l'expedition d'Agesipolis contre l'Argolide (0), mais en pareil cas c'etaient ces horoscopes et non les oracles qui indiquaient le resultat. Au surplus les hommes d'etat et les capitaines ne se genaient pas pour inventer aussi dans l'occasion des predictions d'oracles pour le besoin du moment, ainsi que le prouvent les exemples d'Alcibiade, de Ducetius et d'autres (4), Lorsque les oracles, meme celui de Delphes, reconnurent si obligeamment les pretentions d'Alexandre ä la dignite divine, et qu'ils accorderent meme les honneurs divins ä son Hephestion (0), cela dut ouvrir les yeux ä beaucoup de gens et provoquer toujours de plus en plus depuis cette epoque Ic mepris de ces institutions,

2o. — Heraclite disait du dieu de Delphes qu'il ne

(i) Aristid. or. 2(>. I, 524,

(2) Plut. apoplUhegm. VI, 728 7£9.

(3) Xenoph. HelJ. 4, 7.

(4) Plut Alcib. 14. Diüd. 12, 8. 29.

(5) Justin. 11, 11. Hut Alex.-27.Diod. 17, 113

parlaitni ouvertemeiu ni clairement, mais qu'il ne cachaitpasnon plussapensee, qu'il rexpliquait(i).Toutefois ces explications, en fait d'oracles, ötaient souvent si obscures et si enigmatiques, qu'on pouvait attacher trois, quatre, meme dix sens dift'erents ä la meme prophetie, et que cette fächeuse incertitude sur sa signification precise plongeait le questionneur dans un embarras plus grand qu'avant d'avoir re(?u sa reponse. Aussi y avait-il des individus qui se chargeaient d'expliquer les oracles ambigus ou incomprehensibles. Ils s'appelaient Chresmologues, nom qui designait noii-seulement ceux qui interpretaient les predictions de l'oracle de Delphes et des autres, mais encore ceux qui se livraient ä la divination. Dans les temps plus recules ces Chresmologues appartenaient ä certaines familles sacerdotales, dans lesquelles cet art etait hereditaire, teile que la famille des Melampodes, descendants du fameux M^Iampe (2). Plus tard le Bachis de la Beotie, qui, sous l'inspiration des Nymphes de la grotte de Corycus, avait predit la guerre des Perses contre la Grece, jouit d'une grande reputation, de sorte que ce nom, ä en conclure par l'emploi qu'en fait Aristophane (3), devint une especede denomlnationcollective de cette categorie d'hommes. D'autres Chresmologues, comme Stilbide et Hierocles (4) dont Aristophane se moquait pareillement, s'occupaient surtout de predictions anciennes, mais vivant encore dans la bouche du peuple, et de leur explication pour le present ou un avenir prochain. Gräce au grand nombre des oracles et des Chresmologues, la multitude des predictions mises

(11 Ap. Plut. de PyUiag. orac. c 2t : ovn Xiyn, oun xpuTrni,

(-2) Herod.2,49.

(3) Avistopli. Pac. 1052—54, 1102. Avcs. 965 Equitt. I"i3.

(4) Schol ad Aristoph, Pac. 1029. lOU.

ET JUDAiS.ME. 303^

en circulationfi) etait si varieeet si considcrable, qu'on n'etaitpas embarrasse, lorsqu'il s'agissaitd'avoir sous la main un oracle et son explication pour un cas donne ou pour un but quelconque.

Page 1