‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 20 sur 28 · En prenant pour base ce qui existait ä Athenes · texte numérisé non relu

En prenant pour base ce qui existait ä Athenes

(l)Tertull. Apol. 13. P/«/. Rep. 2, p. 381 D.

Oll doit croire que le nombre des pretres et des personnes employees au Service des dieux a etö extremement grand. II y avait lä une pretresse chargee uniquement d'orner le siege d' Athene, un « cataniptes » qui, lors des panathenees, lavait le peplos (voile) de la deesse, tandis qu'une autre pretresse etait preposee ä la table d'Athene, A Olympie, les descendants de Phidias jouissaient seuls du droit de conserver la statue de Jupiter en etat de proprete. En general, la garde, le nettoyage et l'ornementation des temples et des statues des dieux occupaient beaueoup de mains; il y avait des neocores, des cleduches (porteurs de clefs) avec Icurs adjoints et leurs valets ; l'Etat avait cree des fonctionnaires publics particuliers portant le titre de hieromnemones ou epimeletes, charges d'administrer les edifices sacres et les revenus des temples, de regier la pompe des ceremonies du culte, de choisir et d'acheter les animaux destines aux sacrifices et de rendre d'autres Services semblables. II est probable qu'en instituant de nombreux fonctionnaires, on s'etait propose pour but de soumettre les pretres h une surveillance exacte et ä diverses restrictions.

7. — La divinalion accordait aux hommes, chargös de cette brauche importante de la religion, un pouvoir plus grand et une position plus independante que ne pouvait leur donner le sacerdoce circonscrit dans des limites assez etroites. Les devins avaient pour mission de s'enquerir de la volonte des dieux, de la reveler et de predire l'avenir. Souvent cependant, le sacerdoce et la divination etaient exerces par la meme personne ; mais le plus souvent celle-ci etait pratiquee de diff^rentes manieres et comme une vocation particuliere. Dans une religion reposant sur la deification de la nature, toute la vie naturelle doit reellement paraitre ä Thonime une manifestation de la volonte divine, l'or-

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gane, par lequel la divinite lui adresse des admonitions, des encouragements, des terreurs ; mais on cherche de preference la revelation de la volonte divine et des clioscs futures dans les phenomeiies etonnants et rares, qui s'ecartent du cours ordinaire de la nature. La divination etait donc im art qui reposait sur la Iradition ; dans les premiers temps il se conservalt hereditairement au sein de certaines familles de devins, dont quelques-unes, comme les Jamides d'Olympie, les Clytiades et lesTelliades d'Elide, parvinrent ä une grande extension et a une haute autorite. Apres les guerres des Perses et plus tard, il y eut partout des devins qui jouissaient d'une grande autorite et qu'on consultait pour toutes les entreprises importantes. Les devins acarnaniens qu'Hesiode (i), dit-on, eut pour maitres d'art de divination, etaient celebres avant tous les autres. De tels devins ou explicateurs de signes accompagnaient l'armee dans la guerre et, par la confiance que les generaux et les troupes avaient dans leurs conseils, exercaient une influence souvent decisive, quelquefois pernicieuse; c'est ainsi que l'entreprise des AthenienscontrelaSicile echoua enpartieparceque, d'apres le conseil du devin Nicias, l'armee resta a cause d'une eclipsede lune, trois fois neuf jours dans une position militaire desavantageuse (-2). C'est pourquoi Xenophon proposa d'ordonner que le general se familiarisät luimeme avec la^ divination, afin de pouvoir surveiller les devins et les empecher de le tromper par la production de faux signes (0). A Athenes, on entretenait, dans le prytanee, et aux frais de l'etat (4), de semblables devins,

(ij Paus. 9 ;3!,4.

{-2) Thucid. 7, oü.

(ö) Cyrop. 16, 2 ; cf. Aen. Tat. c. 10.

(4) Aristoph. Pax. 1084 ; cf. Schol. ad li. 1.

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auxquels on preposait un fonctionnaire particulier Charge de les surveiller pendant le sacrifice (i). On les consultait beaucoup sur les affaires privees et leur art etait hautement respecte; plusieurs particuliers avaient chez eux un devin (2) qui devait, jour par jour, examiner les entrailles des animaux immoles ou expliquer des songes ; on aimait ä les consulter sur les malad ies, et l'on soumettait generalement ä leur Interpretation tout signe extraordinaire qu'on croyait avoir remarque. 8. — L'inspection des entrailles, dont Homere ne fait pas encore mention et qui probablement est venue d'Orient en Grece, etait un art exerce d'apres des regies fixes ; la couleur et la forme des parties interieures, surtout du foie et de la bile, y jouaient un grand role. C'etait l'espece de divination la plus recherchöe, et on lui attribuait le plus d'influence sur les affaires publiques ; la vertu et la valeur du sacrifice en dependaient au point que, si le resultat des extispices etait defavorable, on interrompait ou ajournait toute la ceremonie (0). Mais la marche du sacrifice, la maniere dont se comportait la victime, ses cris, les figures qu'on croyait voir dans les cendres de l'animal brüle et qui, souvent, etaient en partie le resultat de l'imagination, oft'raient d'abondantes matieres pour explorerl'avenir. L'une des formesles plus anciennes de ladivination etait l'augure du vol et du chant des oiseaux defendue meme par Socrate,quila regardait comme unemanifestationfaitepar lesdieux pour reveler leur volonte (i); on fit de l'observation minutieuse des oiseaux un art qui n'obtint cependant pas en Grece la haute signification et l'influence sur les affaires publiqucs qu'on lui accordait k Rome.

(1) Qui s'appehiit npsTroio?. Scliol. Demoslh. Mid. § 115.

(2) Pliit. Nie. i.

(5) Thucyd. 5. SA. Hi^rod. 9, 58.

(iJ)Xenoph Mcmor. 1,-10.

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9. — En dehors de certaines voix reputees divines ou demoniaques, on attribuait une vertu presageante aux ph^nomeiies de la nature, aux eclairs et ä d'autres signes Celestes. C'est ainsi que les ephores de Sparte devaient proceder, tous les neuf ans, ä une inspection du ciel, les pythaistes d'Athenes devaient se livrer au meme acte avant le depart de la deputation solennelle de Delos(i) ; du reste, ce genre de divination n'etait pas fortrepandu cliez les Grecs. Aussi l'astrologie n'appartient qu'ä la periode romaine, et etait, pour la plupart, exercee par des etrangers, par des Chaldeens et des Egyptiens; mais eile parvint äacquerir une plusgrande vogue, lorsque tous les autres genres de divination etaient tombes en decadence et livres au mepris (2).

40 — Souvent, les predictions de victoires, faites par les explicateurs de signes, se realiserent par le courage et par l'assurance que les devinsinspirerent ä leurscompatriotes ; cependant, des hommes d'etat et des generaux grecs ne se faisaient pas scrupule d'inventer les prodiges dont ils avaient besoin ; les devins le faisaient meme plus frequemment ou arrangeaient les signes conformement ä leurs vues. Ils parvenaient quelquefois ä leur but malgre les princes ou les generaux. C'est ainsi que l'augure Theodote reussit ä empecher la conclusion d'une paix entne Lysimaque et le roi Pyrrhus(ö) ; mais lorsque le devin Diopithe voulut exclure Agesilaus de la dignite royale en lui appliquant un oracle suivant lequel les Spartiates avaient ä se premunir contre une royautö boiteuse, il vit son plan dejoue par les representations de Lysandre. On savait bien se tirer d'embarras quand les interpretations des devins contrariaient trop ouvertement les desirs des grands

(1) Pliit. Agis. 11. Steph. byz s. v. Pytlio. [~2) ürig- apiid. Eus. Praep. 0, II.

(ö) Xenopli. Hell. 5,5.

ou du peuple ; on gagnait d'autres devins qui opposaient des signes heureux et encourageantsaux augures defavorables. Cela arriva, par exemple, lors de l'expedition que les Atheniens projeterent contre la Sicile ; en vain les augures et beaucoup d'autres personnages chercherent-ils ä en detourner la natlon par des prodiges et par des signes effrayants ; Alcibiade avait des augures qui luietaient devoues, et des oracles auxquels le peuple d'Athenes ajoutait foi (i). Lorsqu'un semblable contre-poids n'existait pas, les devins etaient assez puissants pour pousser les Grecs ä des actes qui repugnaient ä leurs sentiments ; ce fut d'apres les conseils de l'augure Euphrantide que Themistocle sacritia des Perses prisonniers ä Bacchus Omestes. On rencontre certainement aussi des exemples que leur influence, employee en sens contraire, sauvalavie d'unhomme(2) : lorsque Pelopidas etait sur le point de sacrifier une jeune fiUe conformement aux interpretations des augures, Tun des devins, Tlieocrite, sut lui persuader que le sacrifice devait se composer d'une jument blonde au lieu d'une vierge blonde (ö).

II, — ORACLKS.

14. — De tous les peupfes paiens, ce furent les Grecs qui avaient le plus fort penchant d'explorer l'avenir ; aucune autre nation ne s'est montree aussi ingenieuse ä multiplier les moyens d'arracher, pour ainsi dire, leurs secrets aux dieux. G'est ainsi que l'etendue et le caractere des oracles grecs constituent un phönomene unique dans l'histoire. Le Grec, qui honorait une foule

(1) Plut. Nie. 13.

(H) Plut. Th^raist. 13.

(5) Plut. Pelop.21.

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de dieux dont le pouvoir plus ou moins limitc occupait continuellcment son Imagination, craignait l'arbitraire et les caprices de ces etres,qiron gagnait avccautant de facilite qu'on les irritait, et l'avenir lui paraissait plus incertain, plus sombrc et plus menagant qu'ä aucun pcuple chrctien ou a, tendance chretienne. La volonte des dieux, par rapport meme a ses actes et ä sa «onduite, lui semblait, dans des cas innombrables, cnveloppee de tenebres et echapper a tout calcul ordinaire; il ne possedait aucune doctrine revelee par laquelle il aurait pu Interpreter leur volonte; ä mesure que, pour le plus pieux adorateur des dieux, se retrecissait le cercle des devoirs connus et que la spbere de l'arbitraire s'elargissait, Tincertitude, le doute poignant, la crai.nte de l'avenir devaient prendre de grandes proportions. Voila pourquoi, en dehors des autres moyens de decouvrir la volonte des dieux, les oracles etaient le pain quotidien des Grecs. II faut y ajouter encore que la nature du Systeme religieux, a cause du grand nombre de dieux, de sacrifices et de ceremonies, donnait souvent Heu k des embarras dans le rite, ä des doutes sur la veritable forme de teile ou teile ceremonie, a la crainte d'avoir oftense une divinite par une fausse mesure ou par une negligence involontaire dans le culte. La divinite seule pouvait, en cette oceurence, eclairer les liommes et dissiper leurs doutes penibles. 12. — Parmi tous les oracles de l'antiquite, celui de Delphes se distinguait le plus par son prestige et par la confiance qu'on avaitgeneralementdansses decisions. La ville de Delphes etait le centre non-seulement de la Grece, mais, selon les Grecs, de toute la terre. L'oracle de cette cite etait le sanctuaire primitif et national des Doriens ; il avait, de tout temps, favorise la Constitution et les entreprises de Sparte et puissamment contribue a la puissance et u la grandeur de cet etat; neanmoins,

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cescirconstances n'exer^aient aucune fächeuseinfluence sur Tautorite, dont l'oracle jouissait aupres des autres etats helleniques. En fait de religion et de droit international, l'oracle de Delphes etait l'autorite supreme pour toute la Grece; la fondation de colonies, la guerre et la paix, les affaires d'etat de toute espece y furent decidees; car, selon les poetes (i), Jupiter avait envoye Apollon ä Delphes pour enseigner aux Grecs le droit et les lois. Les Grecs ne possedaient point de livres de droit sacre, leurs pretres n'etaient revetus d'aucune autorite d'enseigner; l'oracle de Delphes devait donc leur servir d'autoritö superieure religieuse dont les decisions et les ordres, inspires directement par la divinite elle-meme, passaient pour infaillible. Voilä pourquoi Piaton demanda que toutes les lois concernant le culte fussent cherchees ä Delphes et que les interpretes charges de les expliquer fussent elus avec la Cooperation de la Pythie (2). Par la meme raison, Xenophon, dans la defense de Socrate, fit valoir cette circonstance, que le sage, en reverant les dieux et les heros, s'etait toujours regle sur l'opinion de la Pythie, c'est-ä-dire d'apres le principe etabli par eile, qu'il fallait, en ces choses, agir suivant les lois de la ville dont on etait citoyen (0).

43. — L'oracle de Delphes decidait donc des constructions de temples, des ceremonies funebres, des sacrifices et de tous les autres actes religieux jusque dans les moindres details ; il decida la question de savoir s'il fallait honorer Heracles comme Dieu ou comme heros (4) ; il ordonna le retablissement de

(1) Alaceifragm. 17, p. 23. Matlliiae.

(2) PlaL Legg 6, p. 759.

(3) Memorab. 1, 3. I.

('1) Schol. Piiid. Neni. 5, 58. Arrian. Exp. Alex. 4, p. 266.

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cultes tombes en desuetude ou l'etablissement de cultes nouveaux. C'est ainsi que les Atheniens apprirent que le serpent d'eau qu'ils avaient vu ä Salamine, etait un heros du nom do Cychreus, et qu'ils devaient lui eriger un temple (i). Certaines sentences de l'oracle de Delphes etaient cependant tellenient obscures qu'on devait inventer les interpretations les plus singulieres et les plus etranges, afin d'y decouvrii' une idee digne de la divin ite. Si, par exemple, le dieu ordonna de doubler l'autel de Delos, il ne voulait pas qu'on prit cela ä la lettre, mais il voulait, par lä, encourager les Grecs ä etudier les mathematiques. Ce fut lä au moins l'interpretation dont Plutarque se contenta. La Pythie donnait volontiers aussi des avis sur les affaires privees ; on la consultait sur des affaires de famille, sur des heritages, sur l'opportunite de contracter des mariages defendus; et c'est ici que l'opinion de Socrate est fort remarquable: il etait d'avis- qu'on pouvait consulter l'oracle sur des choses qui ne se trouvaient pas dans la sphere de la prevoyance humaine, telles que l'issue de la construction d'une maison, le defrichement d'une terre, le choix d'une femme, mais qu'il etait absurde et meme criminel d'importuner ladivinite pour des choses qu'on pouvait tout aussi bien connaitre soi-meme (2). Donc, de son temps dej^, des affaires privees furent traitees devant l'oracle. Plus tard, du temps de Plutarque, les affaires privees furent les seules, sur lesquelles on consultait Apollon ; les questions d'embarras et d'interet politiques n'existaient plus depuis que la Grece avait perdu son independance.

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