‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 24 sur 28 · V. — SACRIFICES · texte numérisé non relu

V. — SACRIFICES

34. — Parmi toutes les manifestations du sentiment religieux les sacrifices constituent le rite le plus important et le plus significatif ; chez les Grecs aussi ils formaient le centre de tout le Systeme religieux ; le sacerdoce, les autels, les tempies n'existaient d'abord et primitivement que pour les sacrifices et ceux-ci jusqu'au delä de l'histoire averee et jusqu'aux c^römonies religieuses remontant au commencement de la vie populaire hellenique — composent un heritage que les Grecs possedaient depuis le temps primitif prec^dant la Separation des nations ; ils Tavaient apporte

(1) Les pieces justificatives chez Lasaulx: Les iniprecations chez les Grecs et le« Romains dans les eludes, p. 164 et siiivante. {■2) Lys. adv. Audoc. ol.

(5) Isoer. Paneg. 156. 157.

de la patrie Asiatique, quels que soient les changements et l'obscurite qui s'y soient meles dans le cours des siecles. De meme que chez les autres peuples, les Grecs ne choisirent pas les sacrifices dans la libre nature ; le produit de la nature croissant par lui-meme ne devait pas servir de victime, mais bien ce que l'homme s'etait approprie ä force de peine et de soins et qu'il avait fait entrer dans la sphere humaine.

35. — D'apresl'opinion generalement repandue dans la haute antiquite, le sang est siege de l'äme et de la vie, et par cette raison agreable ä la divinite, puisqu'il constitue l'essence de tout le monde animal et qu'il forme ce qu'il y a de sublime et de meilleur dans la nature; le sang est donc particulierement propre ä etre otfert ä la divinite comme un don et un temöignage de reconnaissance pour des bienfaits obtenus. Par contre le sang, par ses rapports etroits avec les passions humaines, passe pour la racine et le siege du peche, dont l'expiation doit en consequence se faire par le sang et dont la faute et la fache doivent etre laves dans le sang. La divinite permettait quelquefois de substituer un sang etranger ä son propre sang, ce qu'on regardait comme une gräce particuliere. Voilci la signification des sacrifices d'animaux qu'on tuait avec les couteaux meme quand on les consacrait ä la divinite comme holocauste et sans en manger; ou bien quand on les assommait aveclamassue (i)onleur coupait pourtant la gorge afm de recueillir le sang et pouvoir le consacrer ä la divinite, en aspergeant l'autel ou en le repandant autour de celui-ci.

36. — Puisque les animaux etaient particulierement propres a celte Substitution, et surtout les animaux qui avaient des rapports et des Communications plus etroits

(I) Odyss. J i, 425. Dioiiys. Halic. 7, 72.

KT .IIDAISMF. olo

avec l'homme et qui etaient d'une certaine valeur reelle pour lui, la partie la plus essentielle des sacrifices etait aecomplie quand on avait recueilli et repandu le sang de la victime. La combustion sur Kautel de certaines parties reservees ii la divinite ä laquelle on procedait ensuite, ne faisait plus partie de la veritable ceremonie du sacrifice et ne constituait qu'une communion qui s'y rattachait; les hommes en signe de reconciliationet de l'etablissement d'une liaison plus etroite voulaient s'attablerchez la divinite et la partie qu'on brülait constituait la part durepas echuäladivinitöqui abandonnaitle reste aux convives du sacrifice. La fable de la tromperie que Promethee avait essaye de mettre en oeuvre au detriment de Zeus lors du partage d'une victime, en lui faisant choisir les es couverts de graisse a ete evidemment imaginee pour expliquer un usage enigmatique pour les Grecs eux-memes ; car lorsque la signification serieuse et profonde du sacrifice de sang avait cesse d'etre clair pour eux,parce que le veritable remords du peche leur etait devenu inconnu et que le sentiment de leur propre culpabilitc et d'un etat continuel de fautes vis-ä-vis de la divinite s'etait affaibli, l'usage de consacrer, par la combustion, a la divinite precisement ce qui n'etait pas mangeable, devait leur paraitre un mepris des dieux. C'est cette idee que ce mythe exprimait.

37. — En attendant, le fait que les sacrifices humains etaient nombreux et communs dans les temps anciens et qu'ils se conserverent meme tres-longtemps par ci et par lä, semble prouver qu'on connaissait la signification des sacrifices, laquelle signification, dans les temps historiques, etait dejä en grande partie effacee du Souvenir des Grecs. Or, d'apres l'idee de Substitution (jui servait de base aux sacrifices, surtout quand il s'agissait de la faute ou de l'expiation de toute une

race et de tout un peuple, le sang ou la vie d'un homme appartenant ä cette race ou ä ce peuple devait etre regarde comme le sacrifice le plus noble et le plus digne, et quand le sang d'animaux semblait trop minime ou trop insuflisant ä l'homme, on mit sa confiance dans l'abandon d'une vie humaine, surtout lorsque la victime s'otfrait volontairement et qu'on pouvait au moins donner aux sacrifices l'apparence d'un devouement volontaire. Du reste, dans ces sacrifices humains nous voyons la folie et la verite se confondre dans un melange peu conforme ä la nature. La verite est, que l'abandon volontaire que l'homme fait de sa personne ä la divinite est le sacrifice le plus noble et le plus sublime et couronne tout le culte qu'on lui a consacre ; l'illusion paienne consiste en ce que l'abandon volontaire doit etre execute non par la sanctification mais par la destruction de la vie. La verite en est encoreque de toutes les creatures l'homme est la meilleure, celle qui plait le plus ä la divinite, Celle qui est la quintessence de la creation ; l'erreur paienne y rattache l'idee que l'homme differe de l'animal par degres seulement, que sa personnalite n'a point de valeur absolue, mais une valeur relative comme toute autre chose que l'on possede, que la famille, au profit du bien general, jouit d'un droit illimite sur la vie et la mort de ses membres, l'Etat sur le citoyen, absolument comme le maitre sur son esclave. Si les Grecs ont conserve ce sacrifice longtemps et jusqu'ä des epoques fort avancees, en plusieurs endroits; il roulait sur cette idee vague que ces sacrifices avaient ete institues par la volonte manifestee, soit par la divinite olle-mt-me, soit par des Oracles, et qu'on ne pouvait les abolir sans danger. Zeus, Dionysos, Artemis, Apollon et Poseidon etaient les divinites auxquelles on sacrifiait le plus souvenl

ET JIDAISME. 31o

des victimes humaines. La plus ancienne histoire mythique rapporte plusieurs exemples de sacrifices volontaires subis pour le bien public. Quant aux temps historiques, le cas de Cratinus d'Athenes est presque le seul ; il s'etait oftert en victime volontaire lors de la purification de la ville par Epimenides (i). Et c'est precisement ici, dans le berceau de toute civilisation j>aiienne, dans cette ville dont les habitants jouissaient avant tous les Grecs de la reputation d'avoir les moeurs les plus douces et l'äme la plus compatissante, qu'on executait tous les ans la tragedie d'un sacrifice humain. A l'occasion de la fete de Thargelies, celebree en memoire de la naissance d'Apollon, on parait deux personnes en « Pharmakoi » avec des colliers de figues, ou les conduisait liors de la ville et elles devaient se tuer elles-memes en sautant du haut d'un rocher, ou on les brülait et on en jetait les cendres dans la mer (2). Üans cette meme ville d'Athenes on avait l'habitude d'entretenir, aux frais de l'Etat, certains individus reputes sans valeur, et impropres ä n'importe quel travail, afin de pouvoir les sacrifier en guise d'expiation (5), au cas oü la ville serait frappee d'un malheur, par exemple, d'une maladie pestilentielle. Aussi dans l'ile de Leukas pendant la fete d'Apollon on precipitaitun homme dans la mer,pour l'expiation des fautes du peuple, mais on cherchait a le repecher et on lui faisait ensuite passer la frontiere (4). Chez les Phoceens c'etait a Artemis Tauropolos qu'on offrait tous les ans un homme en holocauste (o).

(1) Athen, iö, 78.

(2) Hellad. ap. Phot. Bibl. c. 279, p. o34. Harpocr. p. 291. Suidas s.v. Tzetz. Chil. 5, 23, 75o.

(3) Schol. Aristoph. Equit. 36.

(i) Strab. 10, p. 4-0-2.

(3) Pylhocl. ap. Clem. Alex. Protrept, p, 12.

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38. — Si l'on sacrifiait des hommes a Kronos (1} dans Tile de Rhodes, k Dionysos dans l'ile de Chios et ailleurs, c'etaient lä, dans l'origine, des coutumes pheniciennes se rattachant au vieux culte de Thalos en Crete, et les deux divin ites n'etaient que des imitations hellenisees de l'asiatique Baal-Moloch. Parcontre le sacrifice humain qu'on offrait au Zeus lyceen ä Lycosyra pendant fort longtemps, etait veritablement hellenique (2). On possede meme des temoignages certains qui confirment cette coutume generale des Grecs de sacrifier un homme avant le commencement de la guerre ou d'une bataille. On rapporte que les Lacedemoniens oflraient des hommes ä Ares (3) ; cette habitude parait cependant avoir cesse vers les temps de la guerre du Peloponese. Un autre genre de sacrifices humains, qui contirme en meme temps l'ancienne signiücation sacramentelle du sangverse, est plus doux et a probablement remplace l'ancienne occision des victimes: il consistait en ce qu'on versait seulement du sang humain en l'honneur de la divinite; on executait de semblables sacrifices, offerts ä Artemis. Orthia de Sparte, en y fouettant des gar^ons et on en oifrait a Dionysos d'Alea en tlagellant des femmes (4). En d'autres endroits on choisissait pour victimes des criminels qui avaient merite la mort. A Orchomenesla jeune lille destinee ä etre immolee ä Dionysos pouvait se sauver par la fuite quand eile etait arrivee ä l'autel (5). Dans quelques endroits on croyait pouvoir determiner t;ncore le temps oü les sacrifices humains usit^s jus-

(1) Porphyr. Abstin 2, b4.

(^2) Thöophrast.. ap. Porphyr, de abst- 2, 27.

(o) Phylarch. ap. Porph 1. c. ö5. Apollodor. ih. 5(>.

(i) Paus. 5, IG, G;8, 23, 1.

(o) Phit. quaest. gr 38.

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qu'alors avaient ete remplaces par des saerifices d'aniniaux, on allait meme jusqu'ä nommer la personne ä laquelle on avait substitue un animal (i).

59. — II est absurde de considerer le sacrifice expiatoire comme le seul sacrifice primitif des Grecs et d'en faire deriver toutes les autres formes de cet acte religieux. Des le commencement beaucoup de saerifices etaient destines k constater par un acte la souverainete et la puissance de la divinite, de lui ofl'rir pour ainsi dire une marque d'hommage et de soumission a sa volonte et de la remercier des dons qu'on en avait regus et de la protection qu'elle avait accordee aux hommes. En offrant les premices des fruits de la campagne, on voulait reconnaitre qu'on devait la moisson ik Zeus, le dieu du temps, et ä Demeter, la deesse du ble, et quo la moisson aurait pu manquer par suite du mecontentement de ces divinites. II y avait meme au fond de beaucoup de saerifices l'idee, repandue parmi les Grecs, de la Jalousie des dieux et de la necessite de la calmer par la cession volontaire d'une partie de ce que l'on possedait.

4U. — G'est ainsi que se forma toute une serie graduee de saerifices, depuis les clioses les plus insignifiantes et les plus minimes jusques aux objets les plus precieux que l'homme puisse posseder; tout ce qui n'etait pas digne ou capable d'etre possede, employö ou mange par l'homme ne pouvait etre ofifert en sacrifice. Parmi les animauxon choisissait le plus souvent de jeunes boeufs, des moutons, des chevres, des porcs, parfois des chiens; on offrait du gibier ä Artemis; on sacrifiait de preference des porcs ci Demeter; des boucs ä Dionysos, des boeufs noirs et quelquefois aussi des chevaux ä Poseidon, et des beliers noirs ü Heraclös.

(1) Paus. 9, 8, 1. Suid. v. E^/Sä/xs?.

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Ell general on ne choissait pas pour victime un animal qui passait pour etre sacre ä la divinite, Aristote (i) pense que l'oflfrande des premicesdes fruitsaeteleplus aiicien genre de sacrifices; par consequent, Timmolation d'animaux n'appartiendrait qu'ä une epoque posterieure ; ensuite on n'aurait d'abord sacrifie que des porcs — mais ce ne sont la evidemment que des suppositions qui, basees sur un examen superficiel des sacrifices posterieurs, ne sont point contirmees par les faits; l'existencc de frequents sacrifices humains dans les plus anciens temps fabuleux et historiques de la (Irece contredit cette assertion.

41 . — L'oifrande d'un seul animal etait dans beaucoup de cas insuffisante; quand on en avait les moyens ou qu'on voulait adresser ä la divinite une priere particulierement pressante, ou qu'un grand nombre de personnes devaient manger de la chair de la victime, on tuait un plus grand nombre d'animaux de la meme espece : c'est ce que faisaient non-seulement les villes mais encore les particuliers. Cent boeufs constituaient une hecatombe, quelquefois il y en avait plus ou moins, ou bien on completait la centaine par des animaux appartenantä d'autres especes. On connait meme des sacrifices composes de 450 boeufs otferts a Zeus et de 500 chevres sacrifiees ä Artemis Agrotera (2). Les animaux devaient etre purs, saints, bien constitues et ne devaient pas encore avoir servi ; les Atheniens ne pouvaient pas s'expliquer que les dieux accordassent si souvent la victoire aux Lacödemoniens, qui traitaient la divinite avec dedain en lui offrant des animaux es-

(l)Etliic. Nicom. 8, iL De meme quePlat. Legg. 6, p. 471 et PorliTiyr. de abst. 5, S, 6;", 27. Cela s'accorde aiissi avec l'opinion de Plalon , d'aprös laqiielle les premieres divinites des Hellönes onti^t^les iistres.

(-2) Diod. n, 72 Pliit- Maligii. Herod. c. 26.

ET .»UnAlSME. 31!)

tropies, tandis que de tous les Grecs, les habitants d'Athenes etaient ceux qui oftVaient aux dieux les plus nombreux et les plus beaux sacrifices (i). En effet le luxe qu'on deployait dans les sacrifices grecs degenerait : on prodiguait la vie des animaux. Par contre les pauvres qui trouvaient rimmolation de leurs animaux domestiques trop chere, offraient des gäteaux representant des animaux; il arriva qu'on donna des pommes au Heu de moutons ä cause de la ressemblance du nom (2).

42. — Les premices et autres fruits etaient quelquefois exposes ou suspendus dans les rues ou en plein air; on exposait aussi des peaux remplies de fruits ä cosse cuits. Le plus souvent, les sacrifices d'animaux etaient accompagnes de libations composees de vin, de miel, de lait et d'huile; mais celles-ci existaient aussi d'une mani^re independante et consistaient ä verser tout simplement le liquide. II y avait cependant des divinites qui n'acceptaient point de libations et d'autres encore auxquelles on pouvait en ofFrir de sobres, c'est-ä-dire, sans vin. La plupart de ces ceremonies n'etaient pas fondees sur la meme pratique et sur la meme maniere de voir ; au contraire les ditferentes races se reglaient d'apres leurs propres traditions. Teiles furent les oblations pour lesquelles on se servait autrefois de bois desenteur et ensuite d'encens: on les rencontrait tantöt separees, tantot connexes avec d'autres sacrifices ; c'est ainsi que lors de la fete de Diasie on offrait des parfums ä Zeus Meilichios.

43. — Le feu etait l'organe d'appropriation , pour ainsi dire la bouche de la divinite : il recevait les sacrifices en guise d'aliment ou en faisaitparvenirä ladi-

(1) Plat. Alcib. H, p, i49.

(2) Pollux. 9,39,31.

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vinite la substance sous forme de fumee. Cependant les holocaustes, oü on livrait la victime tout entiere aux flammes, n'etaient point frequents chez les Grecs; Homere n'en fait pas mention et ce n'est que plus tard qu'on en rencontre des exemples isoles (i). L'opinion d'Hygin que tous les sacrifices avaient ete dans l'origine des holocaustes (2), n'est probablement pas fondee. On ott'rait ces sacrifices exclusivement aux morts, aux heros et aux divinites des enfers; ils ne partageaient rien avec les vivants, mais ils demandaient tout pour eux-memes. Si ^ I'occasion des sacrifices expiatoires, ce qui avait lieu quandoü immolait des victimes en Thonneur de Zeus Meilichios, on brülait entierement la victime qui etait un porc, on le faisait sans doute parce que la faute qu'on venait de transfercr sur l'animal, rendait celui-ci impur et par consequent impropre aux repas de sacrifices, ou bien parce que Zeus expiatoire etait dans l'origine le meme que Zeus chthonique ou Haes (ö).Onne brülait ordinairement que les os des cuisses entoures de graisse ; plus tard aussi (dans les temps posterieurs ä Homere.) le foie, le coeur et d'autres parties qu'on n'aimait pas ä manger, Les poetes comiques ont beaucoup persiffle le calcul par lequel on voulait se reconcilier ou gagner les dieux, tout en leur abandonnant les plus mauvaises partiesde la victime (i), Mais cette idöe basse, egoiste, que l'on avait de la ceremonie, et que souvent on fit valoir plus tard, n'etait fondee ni dans la chose meme, ni dans la cou-

(1) Xenoph. Anab. 7, 8. Apol. Rhod. Arg. 5, 1035.

(2) Astron. Poet. 2, 15.

(5) Eschyl. Euniönides de Muller, page 159.

(4) Les passages d'Eubuliis, Phördcrates et a«tres, chez Clem. Alex. Strom. 7, 716.

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turne primitive: ranimal tout entier etait consacrc ä la divinite, et par l'acte du sacritice eii etait devenu la propriete: ce n'est que dans le festin que rhommc devenait le convive du dieu.

44. — ün caractere particulier du Systeme grec d'expiation et de sacrifices consistait en ce que dans certaines saisons, oü les Grecs desiraient obtenir une temperature favorable, on ottrait des victimes ä Zeus, dieu du temps, afin de detourner d'avance la colere que le dieu manifestait par une temperature nuisible. Lors du sacrifice expiatoire qu'on oft'rait ä Zeus Maimactes (c'est-ä-dire l'orageux), au mois de Novembre, la peau memo du belier immole etait sacree , et constituait un moyen eftlcace d'expiation : ceux qui ötaient conciliös dans d'autres fetes posaient le pied gauche sur cette peau pendant la ceremonie (i). Le fait suivant est un exemple remarquable d'un autre sacritice expiatoire dostine au meme Zeus: il s'agissait d'un crime fabuleux de sang verse se transmettant dans la famille de pere en fils comme un pecbe originel. L'aine de la famille des Athamantides, toutes les fois qu'il mettait le pied dans le prytanee ou maison commune, etait voue ä l'immolation; s'il se soustrayait ä ce sort par la fuite en pays etranger, on sacrifiait un belier ä sa place, mais s'il revenait et qu'il se laissait prendre dans le prytanee, on l'enveloppait dans des ecbarpes de laine et au milieu d'un cortegepompeux onle conduisait a la mort comme victime expiatoire (2).

43. — Pour les sacrifices , on exigeait des participants la purete, mais seulement la purete physique ; de lä le lavement des mains, l'aspersion de

(1) Polem. Fragm. ed. FroUer, p 1^0.

(2J Herodot. 7, 197.

l'eau et la coutume de mettre prealablement des habits propres. On attachait un grand prix k la contenance de L'animal destine ä etre immole; en cela on reconnait encore un reste de la signification primitive des sacrifices d'animaux qui rempla^aient les hommes, et Ton croit y voir que la vie de l'animal n'etait sacrifiee que pour celle de l'homme. On se gardait bien de le trainer de force ä l'autel : s'il y allait de bonne volonte, c'etait un signe particulierement favorable, et alors memele pretre ne letuait que quand il semblait avoir donne son consentement par un mouvement de tete. II est vrai qu'il fallait provoquer ce mouvement en versant de l'eau dans l'oreille de la victime (i); on allait plus loin ä Delphes: Toracle demande n'etait pas rendu avant que, dans le sacrifiee preparatoire, les membres de l'animal n'eussent ete saisis d'un tremblement, qu'on regardait comme un effet du dieu {-2). Le sang qu'on avait recueilli etait repandu autour de l'autel, ou bien, quand il s'agissait de sacrifices expiatoires ou mortuaires, il etait versa dans une fosse (5). On ne peut cependant pas demontrer que les Grecs, avant l'ere chretienne, aient attribue une vertu purifieative au sang de la victime. On ne mangeait pas de la chair des animaux des holocaustes ni de sacrifices expiatoires ou mortuaires, et bien moins encore de ceux qui en confirmation d'un serment ou d'un traite avaient ete charges d'une malediction. Les participants mangeaient la viande rotie de l'animal ; ils buvaient en meme temps le vin sacre par la libation et etaient ainsi les convives de la divinite dont ils entouraient la table : cette nourriture

(t) Plut. ^quaest. symp. 8,8, 3 Scliol Apoll. Arg. I, ilo.

(•2) Plut. dedef orac c. -i6,

(ö) Athen. 9, 410. a. Paus 9, 39,4.

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commune, consacree par la divinite elle-meme, etait un lien etroit qui les unissait. C'est pourquoi lebut principal et le moyen d'union le plus efticace pour des corporations religieuses, se composaient de semblables festins sacres. Le repas et le sacrifice avaient par consequent des rapports tellement intimes qu'on confondait meme les noms des deux actes (i).

46. — Les Grecs savaient donner ä leurs fetes de sacrifices un caractere gai — destine ä contenter les sens; les sacrifiants avaient des couronnes sur la tete et dans la main : on provoquait la gaite par des danses executees avec des mouvements mimiques de tous les membres autour de l'autel et de la flamme sacree (2). Des hymnes chantees en l'honneur des dieux faisaient egalement partie des sacrifices, ou bien remplissaient l'intervalle entre la mort de l'animal et le repas. Meme des sarcasmes, des taquinerieset des paroles insultantes, adressees ä tous ceux qui s'approchaient des acteurs, etaient non-seulement permis mais legalement prescrits pour le culte de certaines divinites, surtout pour celui de Demeter (3), Toutes ces circonstances prouvent que la signifieation serieuse du sacrifice, tel au moins qu'elle se manifestait dans divers traits, etait tombee en oubli chez les Grecs, Et en effet, il n'y a pas de doute, qu'ä cette epoque qui nous est connue, tout le Systeme de sacrifices etaitconsidere par la massedu peuplegrec comme un tribut ou un don qu'on etait oblige de rendre ä la divinite. C'etait une idee göneralement regue qu'il fallait offrir un don k la divinite pour en obtenlc quelque chose : « Les presents gagnent les dieux comme les

(1) Diphil ap Athen- 7,39.

(2) Etynidl. .Mnirn. p. GS)0.

(3) Ai'istot l'ulit. 7, lo.

rois (i), » disait un vieux proverbe. Chez Homere deja, ceux qui se vantent de la protection particulierc ou de la faveur d'une divinite, alleguent ordinairement pour cause qu'ils ne s'epargnaient pas les frais et qu'ilschargent frequemment les aiitels du dieu des dons les plus agreables. « Les dieux, » pensait-oii, « ne fontrien pour rien. » Les biens qu'ils abandonnent aux hommes, sont des marchandises, desquelles ils trafiquent contre paiement au comptant, Tout chez eux est venal et marque ä prix fixe. On peut acheter chez eux la sante pour un veau, les richesses pour quatre brrufs, un royaume pour une hecatombe. Cependant il y a aussi beaucoupdechoses qu'ils vendent,parait-il, pouruncoq ou une couronne de lleurs, voire meme pour quelques grains d'encens. » Et Lucien, qui est l'auteur de ce tableau, fait en meme temps allusion a la fable de Meleagre, oü tout le mal, qui desolait la maison d'ÜEnee, avait ete attire sur eile, parce qu'OEnee ä l'occasion des vendanges avait offert des hecatombes ä tous les dieux, excepte ä Artemis (2).

47. — En dehors des sacrifices on offVait aussi aux dieux des ex-voto, qui etaient conserves ensuite dans les temples ou dans d'autres endroits publics. Ils etaient generalement otterts en action de gräces pour une victoire, pour la delivrance d'un danger de mort, pour un bienfait obtenu, ou par suite d'un va^u. Souvent ils n'avaient qu'une valeur tres-minime: souvent aussi quand ils etaient ofi'erts par des riches, par des princes ou par des villes entieres, ils etaient d'un grand prix, augmcnte encore par l'execution artistique de l'objet. On donnait frequemment des eflets enleves ä l'ennemi et des trepieds: Delphes et Olympie etaient le

(\) Plut. Repiibl. p 599. F.

{-2) Luc. de sacrif. c. 2. II F. CH, Bipont.

ET JÜDAISME. 5:2o

plus richemcnt dotees de semblables presents. Les jeunes gens avaient l'habitude de couper leur chevcluic en riionneur d'unc diviniteou d'uii lieros: les jeunes tillos le faisaient surtout avdnt leurs noces. C'est ainsi que l'image d'Hygieia de Titane pres de Sicyone etait entierement recouverte de chevelures consacrees (i). Dans beaucoup devilles on voyait des figures de membres gueris, suspendus dans les temples, comnie dans le temple d'Amphiaree (2) ä Orope, ou des tables d'ex-voto oflertes par los navigateurs sauves d'un naufrage.

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