‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 27 sur 28 · VII. — TEMPLES ET IMAGES · texte numérisé non relu

VII. — TEMPLES ET IMAGES

oo. — En considerant la forme des solennellites, nous reconnaissons que les* temples des Grecs n'etaient pas particulierement destines ä servir de lieu de reunion pour Ja devotion en commun ; ils ne devaient offrir qu'un abri pour l'image de dieu, une demeure j)Our le dieu qu'on se figurait habitant dans sa statue. La plupart des temples etaient etroits, et par l'absence de toute fenetre, ne presentaient ä l'interieur qu'un espace presque obscur. On n'avait pas besoin d'un jour plus clair puisque les actes religieux n'avaient ordinairement pas lieu dans les temples. Les petits temples recevaient le jour par la porte, les plus grands, ou temples ouverts par le plafond, qui avait une Ouvertüre dans son milieu. Quelquefois aussi le temple etait ferme

ou il avait un adyton, c'est-ä-dire un sanctuaire accessible aux pretres seuls, destine au culte secret et renfermant une Image divine qu'on tenait cachee. Lors meme que l'image se trouvait dans un espace ouvert, 011 la cachait par un rideau qu'on ne tirait qu'aux jours de fetes. Les murs Interieurs du tcmple etalent ornes de tableaux, sur lesquels on avait representc le caractere, les falls et les aventuresde la divinite; des ex-voto souvent tres-brillants comblalent l'espace Interieur ou (^taientconserves dans des arrlere-cellules. Desconstructions profanes ne pouvaient du rcste etrc rapprocbees du terrltolre consacre au temple, et Pausanias exaltait les Tanagreens, parce que seuls parmi les Grecs ils eloignaient le plus leur sanctuaire de toute autre habltatlon (i). Personne ne pouvait entrer dans le temple avant de s'etre consacre, c'est-a-dire, de s'etre baigne dans l'eau courante et d'avoir mis des hablts neufs ou laves ; ony ajoutait encore l'asperslon particuliere avec l'eau lustrale qui se trouvait dans le « Pronaos»et qu'on prenait de sa propre main ou que dans des occasions solennelles on recevait de la main du pretre qui se Icnait ä l'entree (:2). Des couronnes tissees avec le feuillage de l'arbre cheri de la divinite etaient egalement ä la disposition de celui ({ui entrait (5).

06. — Nous avons dejä parle des anciennes Images, Informes, consistant en pierres brutes, en planches, en pieux ; au temps d'Homere, 11 n'y avait probablement pas encore de belies Images divines. Celles qui, provenant d'une epoque reculee, etaient particulierement venerees, etaient en bois cisele, grossierement faites et avalent les pleds d'une seule piece, les yeux

(1) Paus. 9, 22, 2.

(2) Corp. Iiiscr. P. 11. n 38. Pollux.l, 1, 8.' Ilerodot. 1, äl.

(3) Paus. iO, 32,9 Lyes. c. Agovacr. p oöO.

ET Ji:n.\ISME. ooo

etaicnt marques par une seule ligne, et la face etait pointe en rouge ou en blanc, ou bien doree. Plus tard seulement le bois a ete souvent recouvert d'ivoire ou defeuilles d'or. De tolles Images etaient rcgulierement lavees, habillees et parees : elles representaient les dieux assis ou debout. Dans les temps posterieurs, oü regnait dejc\ uu goüt plus raffine, on conservait partout soigneusement dans quelques localites, les idoles, vieilles, grossieres et laides, ou on les reproduisait quand elles etaient tombees en pieces. 3Iais lorsque l'art plastique fut delivre des entraves du style suranne et religieux, les Images colossales faites par Phidias, passaient pour les produits les plus inimitablcs : on crut que, sans Inspiration et revelation divine, d'atteindre dans la representation la dignite divine et impassible. On regardait comme une merveille du monde son Zeus Olympien, dont la vue delivrait le spectateur du chagrin et de la douleur, et l'on pretendait que c'etaitun grand malheur que de ne point l'avoir vu avant de mourir. Dans les temps suivants, la decadence des mreurs et des sentiments des Grecs se manifestait aussi dans le caractere des images divines : Praxitele et d'autres artistes apres lui pouvaient meme prendre des courtisanes i'enommees pour modeles des statues destinees au culte d'Aphrodite : celle-ci n'etait plustoujours babillee comme auparavant, mais fort souvent toute nue (i).

57. — Piaton indiquc l'idee suivante comme motif de la veneration qu'on vouait aux images divines: « L'adoration, dit-il, qu'on rend ä ces choses, quoiqu'elles soient inanimees, est recompensee des dieux vivants et invisibles par beaucoup de bienveillance et de gräcc » (2). Mais le culte des images n'etait point

(1) Paus. 9, 27, i. — Athen. 13. p. 591. Tlut. de PyUi orac 15. (2)Legg. I!.p. 951.

base sur cet espoir seul ; aux yeux des Grecs comme d'autres peuples paiens, les idoles n'etaient point de simples marques de souvenir ou des symboles des divinites invisibles: on pensait, au contraire, servir la divinite qu'on supposait etre presente dans l'image. C'est a la consecration, par laquelle on vouait au culte l'image qui venait d'etre achevee, qu'on attribuait la vertu d'attirer la divinite elle-meme, afin qu eile demeurät dans l'image comme l'äme dans le corps (i). « Quand nait le Dieu? » dit Minucius, en emettant une opinion commune aux Grecs et auxRomains, — « voyez, on le coule, on le travaille, on le cisele — il n'est pas encore dieu. Voyez, on le soude, on en monte les pieces, on l'erige et il n'est pas encore dieu. Voyez, il est pare, consacre, adore: alors enfm il est dieu, si un homme le veut et l'a vouc ä sa destination (2). » La consecration d'une image etait par consequent regardee comme l'acte par lequel on faisait entrer la divinite dans la statue et qu'on lui y assignait un domicile determine (3). Cependant beaucoup d'images divines qui ne devaient servir que de souvenir ou d'ornement restaient meme sans consecration.

58. — En considerant le nombre infini d'idol^ grandes et petites, de metal, de terre et de bois, que possedaient les Grecs posterieurs, on pouvait bien soutenir qu'en certaines contrees il y avait plus de dieux que d'hommes ; car le Grec ne pouvait se contenter des images et des cultes publics, il voulait avoir ses dieux aupres de lui (4) ; sa maison etait, par consequent, un magasin d'objets sacres, oü se trouvaient la plupart

(I) Aristoph ap. Poll. 1, 12. Marelho Apotel.4, 543, 569.

r2) Octav. c. 25.

(5) Quae Deiim iiidncit Qiiiiitil Decl öii.

(4) Le diseours de Lysias contra Andocides, lo--46, deniontrc particu-

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des dieux du culte public. Dans la cour, precedant l'habitation des hommes, se trouvait habituellement un autel consacre ä Jupiter Herkeios, protecteur de la maison et quelquefois aussi une image de ce dieu auquel on sacrifiait habituellement un pot rempli de fruits ä cosses (i). Ensuite, les dieux particuliers des races et des familles etaient placös dans la galerie entourant la cour anterieure oü on les honofait en offrant de l'encens, du flau et des gäteaux. A cöte de la chambre k provisions etait le sanctuaire des dieux industriels auxquels la famille devait sa fortune ou sa Position. On distinguait surtout Jupiter Ctesios dont on conservait l'image dans une capouliere (2); c'est en son honneur qu'on celebrait des fetes composees de prieres, de sacrifices et de repas, et c'est k lui qu'on demandait la sante et les richesses. Hermes, le bon genie et la Deesse de la fortune avaient egalement dans beaucoup de maisons leur culte et leurs images. Au milieu de la salle des hommes se trouvait Kautel d'Hestia entoure d'une balustrade. II est vrai que les images de ces dieux etaient pour la plupart petites, d'argile cuite ou de bois, quelquefois aussi elles n'etaient que peintes; on les placait dans des armoires adossees contre le mur et ressemblant k des niches en forme de temples. 59. — Chaque pere de famille exergait le sacerdoce dans sa maison pour lui et pour les siens: le culte domestique celebrait surtout les anniversaires de naissance, de mariage et de dec^s, ainsi que certains jours du calendrier, tels que l'epoque de la nouvelle lune ainsi que le quatrieme et le septieme jour des

liörenient combien 6tait profondöment grav^e dans l'esprit des Grecs, l'idee que la divinitö ( au moyen de leurs images) habitait dans leur ville.

(l)Cratiii. ap. Athen. 11. p. 4G(). Cf. Meinecke. Fragni. Com. HI, ö"7.

(2) Suidas. v. Menander ap. Harpocr. s. v. Pausan. 1,31, 4.

mois, dont celui-ci etait consacre ä Äpollon, celuilä ci Hermes. La presence de ces sanctuaires et de ces cultes dans les maisons, devait exposer la religion a l'arbitraire et ä Tabus des individus ä un plus haut degre que cela n'avait lieu pour les cultes publics;ou, comme dit Piaton (i), les hommes qui avaient des sanctuaires et des autels dans les maisons s'imaginaient qu'ils pouvaient secretement se reconcilier avec les dieux par les sacrifices et les prieres, tandis qu'ils s'ehdurcissaient de plus en plus dans l'iniquite et dans tous les vices. En consequence lephilosophe conseilla de publier une loi, portant que personne ne pouvait avoir le sanctuaire d'un dieu dans sa maison particuliere ; mais cela ne fut jamais plus qu'un pieux desir.

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