‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 1 sur 37 · I. — jusqu'a alexandre-le-grand · texte numérisé non relu

I. — jusqu'a alexandre-le-grand

1. — Les traditions des ancetres qu'on croyait avoir joui de la familiarite des dieux — les pompes du culte et les institutions politiques qui les reglaient — les decisions de Toracle de Delphes; les recits que faisaient les Exegetes ä la porte des temples, enfin les chants inspires, oü Homere et Hesiode faisaient connaitre la nature des dieux — telles furent les sources oü les Grecs puiserent leurs connaissances religieuses. N'ayant ni Systeme ni livre doctrinal, il leur fallait recourir ä l'une de cos autorites, pour eclaircir les doutes et terminer les discussions qui s elevaient sur l'ensemble des croyances. Quand fmit Tage qui crea les mythes, les recits merveilleux des temps h^roiques s'immobiliserent dans la tradition et l'intelligence des mythes se perdit. Durant plusieurs siecles,

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ilb restt'rent cependant l'objet d'une a'dhesion respectueuse ; les masses, invariablement attachees aux vieilles croyances, n'eurent jamais l'idee d'en soumettre l'origine et la valeur a uiie analyse critique ; au 2*^ siede de l'ere chretienne, Pausanias trouva chez les populationsrurales delaGreceunefoi simple que n'avaient troublee ni ledoute ni la retlexion; les traditions «l'un äge oü « les dieux venaient s'asseoir ä la table des mortels (i), » etaient dans tous les Souvenirs.

2. — La nature entiere etait peuplee de dieux, nes des elements, ayant tous une origine commune quoique superieurs les uns aux autres par Tage, le sexe et la puissance — l'homme se croyait dans le domaine de la creation entoure d'etres superieurs — il voyait dans le cours de la nature et dans la vicissitude des phenomenes l'histoire de ces dieux et les manifestations de leurs volontes — il se les representaitavecles faiblesses et les passionsde l'humanite, mais eleves au-dessus des autres hommes par certaines perfections et une plus grande puissance. — Yoila Tetat de la conscience religieuse des Hellenes jusqu'aux temps des guerres Persi- «jues. Mais conserver toujours cette position n'etait pas egalement facile a toutes les classes de la societe ; les habitants des villes se trouvaient au milieu des courants de l'opinion, et la mobilite, l'elasticite du geiiie grec les poussaient irresistiblement a rechercher la clef des contradictions signalees dans les croyances populaires.

o. — La theogonie cosmogonique, exposee par les poetes et surtout par Hesiode, differait dejä de celle d'Homere, et offrait un aliment ä l'activite critique et creatrice de l'esprit grec a son reveil. Le probleme cosmogoniquß demandait une Solution; il fallait re-

(1) Arat.Pha'ii, 91.

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chercher comment, du sein d'un elre unique primordial, etaient sortis le nionde et l'immense variete des etres finis qu'il renferme. Et la philosophie greeque, eette noble efflorescence de l'esprit hellenique naquit. 31ais cette philosophie qu'un docteur de l'Eglise (i) exalta plus tard comme un don excellent accorde par la Providence aux meilleurs des Hellenes, et comme le type du christianisme, — se trouva, des le principe dans une Opposition plus ou moins directe, dans une lutte plus ou moins ouverte avec le culte officiel et les idees religieuses du peuple.

4. — Pherecide de Scyros, auteur du plus ancien monument de la prose greeque, presenta sous un volle mythologique une veritable cosmogonie. Contemporain de Thaies et, selon quelques-uns, maitre de Pythagore, il semble s'etre forme par l'etude des ecrits pheniciens et les lepons des savants de l'Egypte et de la Chaldee. Avant tout, il y a un principe bon, parfait, producteur. A cote de ce principe qui est Zeus ou l'Ether, il pla^ait le temps ou Chronos, {le Baal des Pheniciens) comme co-eternel et co-agissant, et la matiere passive, informe qu'il nommait Chthon. Sous l'influence creatrice de Zeus, le solide, le liquide, la terre et l'ocean se degagerent du sein de Chthon ou du Chaos. Chronos produisit les trois elements : feu, air et eau ; de sorte qu'avec la terre et « l'Ogenos » il y avait cinq substances distinctes, isolees les unes des autres et dont chacune est cachee dans un antre profond (2).

(1) Clem. Alex. Strom. 6, 594-595.

(2j Preller (Encyclop. hellen, part. 5 Tora. 2:2. p. 242) compterEther ou Zeuspoiirla ciiiquieme .siibstance ; niais ce qui, conime Zeus, forme el organise tout Ic reste, ue sauiait etre une des substances dontla r6ünion constilue le Cosmos ; c'est donc plulöt « l'Ogenos » qu'on ne peut cependant, comme on le fait, confondre avec l'Ocean. Jaoobi, s'aiipuyant sur des passages iniportants de Clcmeut d'Alex. (Strom. G, 2.) et d'Orisene

Meier, iinir ces substances elementaires et en former un tout organique ou le Grand Cosmos, devait etre l'ffiuvre de l'amour unitif : Zeus se changeant donc en Eros, feconda les cinq substances et engendra d'elles cinq generations de dieux, dieuxdes astres, de l'air, de la terre, de la mer, et Ophionee ou dieu des serpents qui produisit les Ophionides, (nes probablement de la substance de l'Ogenos ou Tartare.) Ces dieux en vinrent a une guerre ouverte ; Chronos et Ophionee etaient ä la tete des deux armees rivales, qui se disputaient la possession duciel,convoite par les Ophionides: de part et d'autre, on resolut de regarder commc vaincus ceux qui seraient precipites dans l'Ogenos (i). Des lors celui-ci est devenu le royaume du desordre, de l'agitation ; les Ouragans, les Harpies, les Tourbillons en fönt eternellement la garde, et Zeus y jette les dieux qui veulent troubler l'ordonnance des mondes. Evidemment, Ophionee et les Ophionides ne sont ici que l'Ähriman des Perses, qui apres avoir envahi le ciei avec ses Dews et ses Darudis tomba sous les coups (i'Ormuz et de ses Amschaspands et roula dans les sombres profondeurs du Duzaks. II y a cependant une dift'erence; car Ahriman personnifie le mal physique et le mal moral, tandis que l'Ophionee de Pherecide ne represente qu'une force brüte, sauvage, semblable k Celle des Titans et des Geants. Ce qui nous fait croire encore ä l'origine Orientale de la Cosmogonie de Pherecide, c'est qu'elle eut pour Symbole le ebene aile (ou plutöt ombrage d'ailes) ; cet arbre qui etend ses immenses rameaux sur la terre entiere, rappelle l'Ydrasill

(;ulv. Gels. 6, 42.) nie semble l'avoir prouvö jusqu'a l'^vidence dans ses Irafjmenis de Pherecide chez les P^res de TEglise 1850. Le niot Ogenos a Selon liii iine origiiie semitique et signifie cehä qui retient, qui resserre, Hades.

(1) Orig. adv. Geis. 6, 42.

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des Scandinaves, et on lerencontre freqiiemment dans les Indes, dans la Perse et sur les monuments de Ninive (i).

5. — Thaies de Milet (600 av. J.-C) fit le premier lui pas pour sortir des bornes etroites des speculations mythologiques et entrer dans le vaste champ de la Philosophie et de la pensee libre. II depouilla de leur personnalite Oeean et Tethis, qu'Homere avait places au sommet de l'arbre genealogique des dieux. L'eau ou la substance liquide est le principe d'oü tout sort et oü tout retourne; eile remplace le chaos d'oü Hesiode avait fait naitre le monde, les dieux et les hommes. 11 affirma que tout etait plein de dieux (2), et cette assertion se comprend, quand on considereles dieux comme des personnifications, des forces actives de la nature. En general la philosophie ionienne pretend expliquer l'origine des choses par une cause unique, simple, par une substance cosmique qui, immuable en elle-meme, se diversifie dans les vicissitudcs des phenomenes. Cette tendance ne permettait pas ä ces philosophes d'admettre des dieux distincts du monde, dominant et dirigeant la marche des choses par la puissance de. leur volonte. Aussi, comme le remarque Aristote (3), les anciens naturalistes ne distinguaient pas la forcc motrice de la matiere et, s'ils parlaient comme le peuple, ils etaient dejä en Opposition avec les idees religieuses du grand nombre.

6. — Cequ'Anaximandre, compatriote etpresque con- . temporain de Thaies, posait comme principe universei des etres, ressemblait assez au chaos d'Hesiode. CVtait unesubstance d'ötendue et deforme indefinies, une ma-

(1) Giern. Alex. Strom. 6, 6; p. 767. Pott, i ü^roTrrepc? SpZ;. (•2) Arist.deanini. 1, 5,411. Diog- Laert. 1, 27. (5) Metaph. 1,5. 985..

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