‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 2 sur 37 · PAG AN IS ME · texte numérisé non relu

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tiere doueo de la force motrice et embrassant dans son immensite tout ce qui est. Au commencement de la formation du monde, les elements contraires,renfermes dans son sein se separerent, et la chaleur et le froid, l'humidite etlasecheresseainsi demelees, constituerent les individualitesqui, d'apreslesmemes lois, rentreront un jour dans le cliaos pour se developper de nowveau et former un au tre univers (i). Cette substance indefinie, « immortelle et imperissable, » n'est autre que la divinite.

7. — Anaximene de Milet suit dans la serie des naturalistes loniens et mourut vcrs 502 av. J.-C. En admettant un element primordial il se repla^a au point de vue de Thaies. Ce principe infini, divin, insaisissable en lui-meme, perceptible seulement danssesmodifications, n'est autre que I'air; toujours en mouvement, se condensant et se rarefiant tour ä tour, il produit les formes infmies que la nature nous offre; les dieux memes n'eurent pas d'autre origine et sont par consequent des etres materiels, finis, contingents et condamnes k perir (2). Comme Anaximandre, il admettait un monde, s'edifiant pour crouler et croulant pour renaitre sans cesse.

8. — A Anaximene succede Diogene d'Apolionie, contemporain d'Anaxagore et le dernier representant de l'ecole lonienne. Pour lui, l'element aerien, principe des etres est intelligent; comme vie, äme et intelligence, il penetre (0) le grand tout et produit Tharmonie qu'on y admire; la vie et la pensee sont, par consequent, le produit de Fair que les etres ont aspire. On

(IjArist. Pliys. 1, 4 - Simp!- in Pliys- f. G. — Plut, de prim. frig ix,733-, de plac Phil, ix, 472. Rsk.

(2) Hippolyt Phil. c. 7. p. 12. lö. — Simpl in Phys.f. ö'2. de plac. Phil. IX, Alö. Reisk. de prim. frig. 734.

(3) Simpl. in- Thys. — Arist de anini I, 2.

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se demande si, comme on l'a pretendu dcpuis (i), ce n'est pas lä l'idee d'Aiiaximene; quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'en essayant d'allier une in teil igence organisatrice au materialisme et a Thylozoisme des loniens, Diogöne s'est jete dans des contradictions inextricables.

9. — Heraclite d'Ephese, (vers l'an oOO av. J.-C), surnomme l'obscur, jeta im regard profond et hardi dans la vie de la nature. Le feu etait pour liii ce que l'air avait ete pourAnaximene, Cette substanceetheree, elementaire, est Fäme du monde, penetrant et vivifiant tout; cette matiere non-seulement ignee mais calorique, est la force unique, creatrice ; eile produit et detruit tout et est, par consequent, le seul etre veritable. Rien n'existe que par Feternelle modification de ce feu primordial ; le monde est un feu qui s'eteint et se rallume successivement; les autres Clements ne sont que des formes plus ou moins condensees ou rarefiees de cette substance ignee. L'idee d'une existonce permanente n'est qu'illusion ; tout est dans un mouvement incessant, dans une naissance eternelle ; les corps etles esprits sont empörtes, absorbes et reproduits dans ce courant rapide ; Heraclite, disait l'antiquite, a ote au monde jusqu'ä l'ombre du repos. Les mondes, d'apres cette doctrine, se developpent sans cesse; mais le commencement de tout est la lutte, ou, comme disait le philosophe d'Ephese, la transformation du premier etre s'opere par une eternelle desunion, par une lutte contre lui-meme, et cette lutte exclut tout accord, toute Union entre les elements contraires. La loi inexorable d'un tiraillemcnt sans fin, d'un mouvement qui va de la paix ä la gucrre, dela guerre a la paix, domine toute

(1) Simpl. 1. cit — Philipen, in Arist. de aiiim 1,-2.

autre loi ; rimmuable nccessite ou « le fatalisme » plane au-dessus de tout (i).

10, — Pantheiste declare, Heraclite donnait le nom de Zeus ä l'äme universelle du monde, au feu qui dans son immensite embrasse tout ; les changements que subit la substance immuable n'est qu'un jeu de Zeus avec lui-meme. L'äme du monde ou Zeus se diversifie dans les ämes des dieux, des hommes, des animaux; « entre les plus sages des hommes et les dieux il y a la distance qui separe les singes des hommes. » Les dieux sont des hommes immortels; les hommes sont des dieux mortels. L'äme humaine, descendue ä un degre inferieur de l'echelle des etres, est comme emprisonnee dans le corps. Ce qu'on appelle mort brise ses liens et la rend ä la liberte; si eile s'en estmontree digne, eile remonte ä son premier sejour; sinon eile est precipitee dans le Tartare (2).

11, — Dans ce Systeme, il n'yavait pas de place pour la liberte humaine; le sage se contente d'une soumission volontaire aux lois inexorables du Fatum. La religion populaire, ou au moinsles pratiques essentielles etaient l'objet des sarcasmes d'Heraclite, « Ils prient devant les statues, disait-il de ^es compatriotes ; ils pourraient tout aussi bien s'adresser aux murailles de leursmaisons(3).» Sonhostilite k l'egard des mythes que le peuple avait re^us des poetes, se manifestait partout : Homere (les rapsodes qui redisent ses chants) devaient, Selon lui, etre honteusement chasses des fetes publiques, puisqu'ils ne servaient qu'ä entretenir le peuple dans une ignoble superstition. — Du temps de Piaton

(1) Les fragments d'Heraclite et les tenioignages qui se rapportent ä lui se trouvent dans Zeller, philosophietdes Grecs- 1856 i, 450-490.

(2) Diog Laert. 9, 1 15. — Sext. Enip. adv." Matt- 7, 126-155. Hypotyp. 25Ü. Hippolyt. Philos. 9, 10 Plut. fac. hin. e. 28.

(ö)Clem. Alex. Cohort. p. 35. —Elias Cret. ad Greg Naz. p, 856.

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les sectateurs d'Heraclite etaient fort repandus daiis rionie, dans l'Asie-JIineure et ailleurs; quelques-uns, et entr'autrcs Protagore et Cratyle, pousserent jiisqu'aux dernieres consequences la doctrine du maitre. Exagerant les principes du mouvemeiit perpetuel, ils aboutirent ä un idealisme absolu, ä la iiegation dt; toute realite, enseignaient que les sens sont l'unique source de nos connaissances comme la seule regle de nos actions — et ce sensualisme grossier leur avait, au temps de Socrate, concilie les sympathies du grand iiombre. Un seul trait suffit ä Platoii, pour les peindre (i) : la mobilite, dit-il, qu'ils voyaient partout dans le monde s'etait communiquee ä leurs doctrines; rien ne resta debout dans un Systeme battu en breche par ses propres defenseurs.

12. — II ne sauraitetre question des doctrines personnellesde Pythagore de Samos(52oav.J.-C.);cen'estque plus tard qu'elles furent reduites en Systeme par Philolaus etArchytas, et il est impossible de faire la part du maitre et celle des disciples. La vie de Pythagore est tres-peu connue; on sait toutefois qu'invinciblement porte vers les etudes mathematiques et les idees religieuses, il reussit ä former dans les cites grecques de ritalie inferieure une societe qui, k des doctrines philosophico-religieuses, alliait un ascetisme pratique, fonde en partie sur la metempsycose. Le fondateur assista lui-meme ä la ruine de cette association et la vit tomber pour ne plus serelever. Les Pythagoriciens, ne formant plus desormais qu'une secte religioso-philosophique, furent accueillis dans les villes de la Grande-Grece, ä Thebes et dans d'autres cites de l'Hellade. Vers l'an 300 av. J.-G. leurs doctrines refoulees

(1) Plat. Theffit. 180.

par des systemcs nouvellement eclos, s'eteignirent avec leurs adherents.

13. — Lesmathematiques, dit Aristote, constituerent la Philosophie des Pythagoriciens. Leur maitrc semble etre parti de l'idee qu'une regularite mathematique et reduisible en nombres s'otfre au regard, sur qiielque partie de l'univers qu'il sc porte. Getto idee devint le fondement, le centre du Systeme. On la developpa, et comme tout peut se reduire eii nombre, on pretendit que ie uonibre est ressence, le fondement vivant des choses; l'univers apparut comme un monde de nombres harmoniques, doiit la connaissance est indispensable pour connaitre quelque chose. II fallait ensuite opposer au principe igne ou liquide des loniens un antra Clement, immateriel, simple, mais inherent a tout. 'On le trouva dans un nombre forme d'unites et enfin dans l'unite seule. Cc qui constitue le fond des etres harmoniques etait nombre pour les Pythagoriciens; par consequent, l'unite simple, indivisiblc fut regardee comme Telement primordial, "divin, comme le fondement de tout, et la source dont les choses et les nombres tirent leur origine. Le monde n'est que le developpement decette unitö quirenfermait enelle-meme l'universalite des nombres et des choses considerees comme nombres. Le monde des esprits etait, comme la nature physique, rcduit en formules ; toutes choses etaient regardees comme les copies des nombres; elles en representent la nature generale : les choses, considerees dans. leur essence et comme quantites mathemati(|uessontdes nombres; considerees physiquement, elles cn sont des copies, des imitations. L'unite, en tant que formee d'clements contraires (droit et oblique, fini et infmi), est aussi harmonie; l'univers entier n'est qu'une vaste harmonie resultant de l'accord de nombre et de mesure. On le voit, ni efforts, ni subtilite

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n'ont manque pour faire un element materiel de l'unite, racine des nombres, qui est un- principe purement formel. Mais comme un nombre ne saurait jamais devenir une force agissantc, l'unite primordiale resta toujours une idee mathematique, quoique Philolaus l'appelat Dieu et cnseignät que le fini et l'infini lui devaient l'existence (i).

14. — La cosmologie pythagoricienne regarde ie monde comme une sphere fermee, dont le centre est occupe par le feu, l'Hestia du grand tout ou la garde de Zeus, le lien et la mesure de la nature entiere. Tout autour s'etendent trois regions avec les dix globes divins ; le ciel occupe l'espace qu'il y a cntre la lune et la terre qui est de forme spherique ; le Cosmos va de la lune jusqu'au ciel des etoiles fixes, et la ^commence l'Olympe, sejour desdieux (2). C'etaitlaunpas de geant: les anciennes idees d'un globe terrestre flottant sur l'ocean et d'un ciel enfermant le monde comme une cloche de cristal, s'evanouirent quand on enseigna que les Corps spheriques, le soleil, la lune, les planstes tournent autour du globe immobile de la terre, que le soleil est un corps vitreux, recevant sa lumiere du feu central, et qu'une autre terre, fAntichthon) correspond ä Celle que nous habitons. Une doctrinequt se mettait ainsi en Opposition avec les idees astronomiques, consacrees par les dieux, ne pouvait evidemment se produire au dehors.

lo. — La divinite ou monade absolue ne se trouve pas eternellement en dehors del'ordonnance des mondes: eile y est, mais indivisible, immuable et exempte de toute modification (0) ; eile est l'esprit, la force vi-

(I) Syrian. in Arist. Melaph. 15. p. 102.

(-2) Stob. Ecl. phys. p.2I, 8 -39. 360. 488 .\rist. de Coelo'S, lö.

(Z) Mcom. Arithm. p. 109.

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tale et le principe moteur de tout (i). Sa puissance est bornee, en ce sens que rimperfection de la matiere (Dyas) Tempeche deproduirele meilleur des mondes possibles (2). Cependant cette divinite n'est autre chose que Täme universelle, sortie de l'Hestia et penetrant, embrassant, comme force vitale, toutes les parties du monde (3) ; de sorte que, d'apres l'expressien de Philolaus, Dieu tient, pour ainsi dire, l'univers en caplivite. Ciceron entendait les doctrines pythagoriciennes de la meme maniere (4). II y avait donc dualisme, puisqu'ä cöte de l'äme universelle, se trouvait un monde Sans commencement et sans fin; mais ce dualisme aboutissait k un principe unique: la Dyade (la matiere et le monde qui en est forme) loin de s'allier äla monade, naissait d'elle; et c'est en se distinguant d'elle-meme que celle-ci devient Dyade.

46. — Les ämes etaient d'une nature lumineuse et comme des parcelles de l'äme universelle ; les ämes des dieux sortaient immediatement du foyer central ; les ämes humaines de la lumiere solaire, qui n'est que le reflet du feu primordial. Le ßni, ce qui limite, est le principe qui donne la forme; Vindefini est quelque chose de chaotique : il manque de forme et de mesure. D'apres cette idee, appliquee ä la morale, le bien est la mesure qui limite, qui definit; le mal est ce qui n'a ni bornes, ni proportions. L'äme humaine etait donc l'image de l'univers : Tun et l'autre etaient soumis ä une loi identique. Si dejä Pythagore avait, d'apres Aristote, ramene la vertu au nombre, Philolaus le fit

(1) Clem. Alex.Cohort. p. il. — Cyrill. contr. Jul. p. 30

(2) Theophr. Metaph. 9. p. 522. 14.

(3j Philol. ap. Philon. de mundi op. p. 24. 10. Mangey, apud Athenag. Leg. pro Chr. — Böckh's Philolaos. p. 151. (4)Cic. N. D. 1, 11.

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encore d'une maniere plus claire : il traitait le mensonge d'inharmonique et d'indefini (i).

17. — Apres comme avant sa dispersion, l'association, formee par les Pythagoriciens dans l'Italie inferieure, conserva toujours une tendance essentiellement religieuse; Ic rule politique qu'elle joua ä Crotone et dans quelques autres villes, fut tres-court; il etait moins la consequence d'un calcul ou de l'esprit de la societe, que de sa forte Organisation et de la position de ses membres qui appartenaient pour la plupart ä l'aristocratie (2). Dans l'Hellade, eile ne pretendit ä aucune influence politique; eile continua d'y exister comme une secte religieuse, avec des mysteres bacchico-orphiques et une maniere de vivre particuliere. Ce furent surtout des Pythagoriciens qui compo^erent les chants orphiques et developperent les doctrines connues sous cette denomination.

18. — Le point capital de leur Systeme etait l'immortalite de l'äme, proposee sous la forme de la transmigration. Le culte de Dionysos-Zagreus se rattachait ä cette idee, qui etait d'ailleurseminemment propre ä les reunir aux orphiques. Cette union.dejä accomplie du temps d'Herodote, fut probablement l'ceuvre de Pythagore lui-meme, qu'Ion de Chios accuse d'avoir fait passer un de ses chants sous le nom d'Orphee. Aucune doctrine ne convenait mieux ä une association religieuse qui tendait ä l'isolement. Comme d'apres Pythagore, les ämes passaient jusque dans les corps des animaux, lametempsycose eut une grande influence sur la maniere de vivre de ses disciples: eile determina les nombreuses abstinences observees par eux et leur inspira une horreur profonde contre les sacrifices

(1) Cic. de Senect. c. 21. Diog. Laert. 8, 7. Plut. Plac. 4, 7.

(2) Teile est aussi Topinion de Groto : History of Greece, iv, 544.

sanglants. De pareilles idees durent necessairement paraitre etranges aux Grecs : leur mythologie ne s'en accommodait guere ; le peuple, fidele aux traditions d'Homere, conti nua de croire au royaume des onibres et ä l'cxistence semi-corporelle des morts qui y entrent. Thaies et les autres philosophes de l'Ecole lonienne avaient regarde les ämes humaines comme des parcelles detachees de l'äme universelle, douees de mouvement et par consequent imperissables, mais devant cependant s'absorber dans l'element primitif : Thaies avait meme attribue une äme ä Faimant qui attire le fer (i). Le premier ecrit oü Ton trouve rimmortalite, c'est-ä-dire, « la transmigration » de l'äme est de Pherecide de Scyros (2). Pythagore que la tradition nous represente comme ayant ete en relations personnelles avec ce philosophe, lui emprunta probablement cette doctrine; ses disciples la celebrerent comme une revelation de leur grand prophete, ä qui ils attribuaient une merveilleuse memoire pourtoutes les phasesdesesexistences anterieures. Herodote,qui pretend que cedogme venait originairement de l'Egypte et qu'en l'adoptant, les Grecs n'avaient fait que s'approprier une Philosophie etrangere, ne nomme pas Pythagore, probablement pour ne pas froisser ses sectateurs,au milieudesquels il composa son histoire (0).

id. — La metempsycose etait cependant un dogme religieux plutut que le fruit de speculations psychologiques. Quand Philolaus (i) appelait l'äme une harmo-

(1) Arist. de aniiu. 1, 2, 22. Nemes. de nat. hom. 2. — Stob. Eclogpbys. l,p. 2.

(2) Cic. Tiisc. 1, 16. Div. 1, 50. Augustin. epist. 157. Tatian. p. 14. 103. Otto.Cedernier designeici Pythagore comme \eX'X>;fiovof^osr<iZ <pip(xv^oui (^oyf^ctTo?. — Voyez Pherecyd. fragm. ed. Struzz. p. 13. 14.

(3) Herod. 2, 123.

(4)Macrob. Somm. Scip. !, 14. Plaud. Maraert. de Stat. anim. 2, 7.

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nie du corps et consequemmeiU un nombre (riiarmonie etant le rapport des nombres), il ne pouvait, ce semble, conclure logiquement ä rimmortalite de Täme. II aiirait du regarder plutot comme perissable, ce qui n'etait qu'un etre compose ou quelque chose de simplement attache au corps. D'un autre cute, si d'apres renseignement de Pythagore et de ses disciples (i), l'äme de l'individu n'etait qu' une etincelle de Täme divine et universelle ou de la force qui domine et favonne la matiere, il etait naturel qu'au moment de la mort, cette äme retournät dans le feu central, c'est-ädire, dans le sein de la divinite. On se garda bien de l'enseigner: au contraire, l'ecolc pythagoricienne, au moins en partie, doit avoir admis la preexistence des ämes humaines et les fautes commises par elles dans une vie anterieure, plus relevee que l'etat oü elles se trouvent maintenant. Avant d'entrer dans les corps et apres en etre sorties, les ämes voltigent dans les airs et sont appelees demons ou heros (2). La divinite enfermait dans les corps, comme dans un sepulcre ou dans une prison, Celles qu'elle voulait chätier; d'apres l'usage qu'elles faisaient de cet etat d'expiation et de puritication, elles s'elevaient apres la mort ä un etat extra-corporel dans le Gosmos, etaient livrees aux supplices du Tartarc ou passaient, par des migrations successives, dans les corps des hommes et des animaux. Pythagore attestait avoir vu lui-meme dans les enfers les ,supplices d'IIesiode et d'Homere: Fäme du premier attachee ä une colonne, celle du second liee aux branches d'un arbe et entouree de serpents, expiaientles injures que ces poetes ont proferees contre les dieux (5).

(1) Cicer. N. D. 3, 11.

(2) Diog. Laert. 8, 5-2.

(ö^Ibid 8, öi. — Arist. de aiiiiii. \. ö.

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20. — Pythagore (et c'estlä un point acquis ä l'histoire), croyait et enseignait qu'apres la mort, les ämes des liommes passaient dans les corps des animaux. Xenophane, son contemporain, raconte de lui qu'entendant un jour un chien gemir sous le bäton de son maitre, il supplia celui-ci de ne plus frapper, parce que dans les gemissements de la bete il avait reconnu l'äme d'un ami (i). II aflirmait avoir paruplusieurs fois sur la terre ; apres avoir ete ^thalide, il devint Euphorbe lors la guerre deTroie; plus tard il fut Hermotime, et passa ensuite sous l'habit de Pyrrhus, pecheur de l'ile de Delos {'■2). Aristote traite cette doctrine de « mythe, » et en fait ressortir l'absurdite, en disant qu'elle fait passer toutes les ämes indistinctement dans des corps, qui ont tous une forme et une: nature differentes,

21. — Pendant que cette secte peu sympathique ä lä religion des Hellenes, s'en rapprochait exterieurement, une autre tendance se faisait jour dans l'ecole d'Elee. Contemporaine de celle de Pythagore, eile partait du point de vue pantheistique, oü Heraclites'etait place et se montra ouvertement hostile au culte, aux croyances qui dominaient alors, Xenophane, ne ä Colophon l'an 617 av. J.-C. avait longtemps sejourne en Sicile, et viht s'etablir, vers l'an 556 dans la nouvelle colonie d'Elee. Une lutte hardie contre la religion du peuple fut le trait caracteristique de sa vie et la cause probable de l'exil dont le frappa sa ville natale. La guerre qu'il entreprit contre les dieux etait si fameuse dans l'antiquite, qu'Aristote le regarde comme l'adversaire classique du culte: « il se peut bien,dit-il, que la maniere ordinaire de representer les dieux ne soit ni bonne ni

(1) Xenophan. fragni. 7. edit. Schneidevin. Diog. Laert. 8, 3G. (-2) Heracl. Pont. ap. Diog. Laert 1. c. Tertull. de anim. c. 28.

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juste et que Xenophanc n'ait pas eii precisement tort ; mais la multitude en juge tout autrement (i). » La violence avec laquelle le philosophe de Colophon attaquait Homere et Hesiode, ces docteurs du peuple, lui valut de la part du sceptique Timon, le nom de « Gontempteur de la fourbe d'Homere(2). » S'elevant contre ranthropomorphromepaien, Xenophane s'indignait de voir ces poetes attribuer aux dieux le vol, l'adultere, l'imposture et tout ce que les hommes commettent de plus ignoble (ö). Si les boeufs et les lions, disait-il en ricanant, avaient des mains pour peindre, ils representeraient leurs dieux sous la forme de boeufs et de lions, tout comme les Ethiopiens ont sur leurs autels des figures noires et camardes, et les Thraces des divinites aux yeux bleus.

22. — Indigne de la multiplicite, de la grossiere imperfection des dieux helleniques, le philosophe d'Elee posait en principe qu'il n'y a, qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu et qu'il ne peut ni commencerni finir. Ce Dieu simple et immuable est intelligence et sagesse; c'est par son essence qu'il voit, entend, pense tout : son intelligence domine sans peine l'univers entier, Toutes ces affirmations semblent ne pouvoir venir que d'un vrai monotheiste; cependant Xenophane etait pantheiste, et comme l'atteste l'antiquite, pantheiste materialiste (4). II avait l'idee d'un etre unique, spirituel et renfermant en son sein toute plenitude de l'etre et de l'intelligence ; mais cet etre n'^tait pour lui que la force universelle de la nature; l'unite de Dieu etait la meme chose que l'unite du monde; celui-ci n'etait que la

(1) Poet. 1460, G, 36.

(2) Ap. Sext. Emp. Hypot. 1, 224.

(3) Ap. Sext. Emp. adv. Math. 9, 195.

(4) Cicer. Acad. 4, 37. 118. Plut. ap. Eus. Prcep. ev. 1, 8, 4. Sext. Emp. Hypot. 1,225.

manifestation de l'etre invisible, nomme Dieu , et n'avait par consequent ni commencement ni fin.

23. — Si le Systeme tont physiqiie de Xenophane se rapprochait des tendances de Tecole lonienne, Parmenide d'Elee (vers Fan 500 av. J.-C), donna un cachet particulier, une forme plus nette aux speculations des Eleatiques. Piaton donne a ce philosophe le nom de grand, l'appelle un esprit d'une profondeur extraordinaire et lui applique le mot d'Homere: venerable et redoutable ä la fois (i). S'ecartant de la reute suivie par les anciens naturalistes, et rejetant le mouvement perpetuel reve par Heraclite, il etait arrive ä l'idee de l'elre essentiellement simple. Jusqu'alors la Philosophie avait recherche la substance primordiale, la matiere ou la force, qui, avant la formation du monde, renferme en elle-meme les divers elements qui se developperont sous l'empire d'une necessite naturelle. Parmenide, au contraire, comprit quel'esprit estpousse ä l'idee d'un etre qui embrasse tout ce qui existe et qu'on peut imaginer. Cet etre, simple et parfaitement identique avec lui-meme, ne peut avoir aucun attribut sensible et accidentel; immuable et toujours le meme, il existe sans etre present dans le temps; on ne peut dire de lui qu'il fut ou qu'il sera. Les attributs personnels dont Xenophane avait revetul'Etre, commeintelligence souveraine, furent ccart(5s par son disciple. II s'abstint egalement de pretendre que son Etre füt la divinite, et de le confondre avec le monde. Ceci lui etait defendu sous peine d'inconsequence. Apres avoir nie toutemultiplicite, tout changemcnt, il ne pouvait donner k l'etre absolu, immuable, qu'il comparait d'ailleurs k une sphere en tout semblable ä elle-meme, le nom de monde, mot qui suppose une ordonnance har-

(1) Soph.p.2ö7. Thcat. p. 184.

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monique d'elements multiples. Cet etre cependant n'etait pas une idee purement metaphysique; les expressioiis employees par le philosopho somblönt indiquer qu'il se le representait dune part comme corporel et etendu et d'autre part comme intelligent. « La pensee et robjet de la pensee sont identiques, » tel fut son grand principe, qui provoqua l'admiration de Zenon etdeMelissus, deux philosophes de la meme ecole. L'intelligence etait donc un des attributs de « I'Etre » des Eleatiques; eile lui convenait meme exclusive-

ment.

24, — 11 etait impossible a Parmenide de passer de cet etre simple et pur au monde des phenomenes, de la diversite et du mouvement; il niait donc la realite de tout ce que nous voyons; le monde sensible ne doit son existence qua l'illusion et aux opinions des mortels, qui s'appuient sur cette base fragile (i). Neanmoins, dans la deuxieme partie de son poeme philosophique, il montra de quelle maniere on peut considerer et expliquer le monde des apparences, quand on s'obstine a lui attribuer une realite quelconque. II y parle d'une divinite qui etablit son trone au milieu de l'univers, engendre les dieux et toutes cboses, introduit les ämes dans le monde et les en fait sortir — idees qui se rapprochaient beaucoup du Systeme de Pythagore ou y etaient directement empruntees {ij.

2o. — Zenon et Melissus, disciplcs de Parmenide, furent les derniers representants de l'ecole d'Elee. Nous savons que, tout en maintenant les principes du maitre,ils cherchaieniä lesappuyer sur une dialectique inconnue aux premiers äges. lls demontraient l'unite,

(i) Parra. Fragm. dans-MuUacli. Edit. d'Arist. de Melisso, Xenophane et Gorgia. Berlin. 184ö. p. n\-'.-2\.

(2) Sirapl. Phys 8. a. 9, a. Jarabl. Thcol. arith. p. 8.

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l'eternite, rimmutabilite, rinfinite de ce qui est: Zenon surtout, qui decouvrit lÄ preuves subtiles contre la diversite et le mouvement des choses, poussa cette doctrine jusqu'a ses dernieres consequences. Melissus renchörit sur Parmenide et detruisit I'etendue indefinie de l'infinite temporelle de l'Etre auquel il refusait cependant la divisüjilite et la densite corporelle. II affirmait « que les dieux, n'etant pas sufFisamment connus, il ne faut en parier qu'avec une extreme reserve; » ce qui montre assez qu'il craignait de marquer trop nettement les rapports qu'avait sa doctrine avec la religion de son temps (i).

26. — En dehors de ces ecoles sc tenait Empedocle d'Agrigente. (492-432, av. J.-C.) Cet homme extraordinaire, pretre, prophete, medecin, jouit a ces titres divers d'une grande veneration et se crut doue d'un pouvoir magique. II marcha sur les traces dePythagore et devint comme lui, un heros entoure d'une aureole de legendes mysterieuses. II a evidemment subi l'influence, accepte meme quelques doctrines de chacune des trois ecoles philosophiques qui l'avaient precede; mais procedanten eclectique, il sut, encombinant ces trois tendances, conserver toujours ses allures propres. Le vaste poeme didactique, oü il deposa les resultats de ses speculations physiologiques sur la nature et l'origine du monde, etait calque sur celui de Parmenide et servit lui-meme de modele ä Lucrece. Les idees que cet enthousiaste y exposait dans un style nerveux et riebe d'images, plurent aux pretres belleniques (2) ; plus tard elles provoquerent l'admiration de l'epicurien Lucrece, qui y trouva une sagesse toute divine(3). Cependant la finesse, la precisiou de la pensee

(1) Diog. Laert. 9, 24-.

(2) Theodoret. car. Gr. äff. lom. i. p. 95:2. (ö) Lucret. i, 717, seqq.

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philosophique y etaient souvent alterees par une imagination trop plastique, et Piaton, comparant Empedocle et Tenerg-ique Heraclite, l'appelle « la flasque muse de Sicile (i). » Aussi, dans la pensee d'Empedocle, son Systeme cosmique devait servir d'initiation k des purifications et ä des abstinences assez semblables ä Celles de Pythagore, et longuement exposees dans les Catliarmes ou chants d'expiation, qui se liaient intimement ä son grand poeme.

:27. — Des le principe, le pbilosophe-poete y declara qu'il y a une loi eternelle, divine, necessaire. D'apres cette loi, les demons qui, en jouissant d'une existence heureuse dans les splieres superieures, s'etaient souilles du sang d'un etre anime, sont condamnes ä errer durant trois myriades d'annees loin du sejour de l'Imniortel. Lui-meme n'etait sur la terre qu'un miserable exile — tombe du faite de la grandeur et du sein de la fölicite pure, il avait jete des regards eplores sur son nouveau sejour — et trainait maintenantunedeplorable existence sur une terre desolee, oü le meurtre, l'envie, les infirmites, la corruption et des maux innombrables accablent les infortunes mortels (2}.

28. — Le Systeme d'Empedocle n'est qu'un vaste pantheisme. De toute eternite il existe un monde dont la tranquillite Interieure n'est jamais troublee. Tout s'y trouve encore dans un etat parfait; les quatre elements, le feu, l'eau, l'air et la terre y sont dans un melange harmonique. Ce monde spherique, (comme l'indique le nom de Spheros que lui donne Empedocle), est un etre anime, pensant, divin, ayant conscience de sa felicite et tournant autour de lui-meme. Le philosophe d'Agrigente le designe comme une volonte sainte, par-

(1) Soph. p. 242. c.

(2) Eraped. Carm. v. 1-13.— Edit. Karst. p.8o.

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coiirant le monde siir les alles rapides de la pensee (i). A Cüte du principe de l'amour, le Spheros porte en lui-meme la Haine, puissance opposee, dont l'activite est la condition d'existence de tout ce qui tombe sous l'idee de naissance, de changement, de developpement individuels. La Haine se propageant suecessivemcnt au sein du Spheros, commence sur les elements unis dans un melange harmonique, son travail de division et de Separation (2). Mais l'Amour qui tend toujours ä l'union, s'oppose ä cette oeuvre: c'est ainsi que ce monde visible oü tout change, nait et perit, se forma a l'exterieur du Spheros qui continua a jouir d'une tranquillite parfaite. La Haine est donc pour Empedocle l'Auteur du monde, comme la guerre avait ete pour Heraclite le Pere de toutes choses ; eile est le principe dominant dans la periode actuelle de l'univers (ö). L'amour, personnifie sous le nom de Cypris ou d'Aphrodite, et la haine sous celui d'Ares, sont les principes du hien et du mal. Le monde sensible apparait comme une imperfection,unavorton.Si l'influence funeste de la Haine y predomine, il y a aussi, gräce a l'activite de l'amour, une tendance h rentrer dans le Spheros. C'est sur cela qu'Aristote se fonde pour dire que dans le Systeme d'Empedocle, la Haine unit et forme aussi bien que l'Amour, et que Celui-ci accomplit comme la Haine, une oeuvre de destruction (4). Sans la haine, rien ne se formerait au dehors du Spheros et par le desir d'y rentrer, l'Amour desunit et detruit les etres du monde sensible. Aussi quand tout sera rentre

(1) Emped. 1. c. v. Ö59-363.

{■2) Ibid. V. 1ö9. seqq.

(5) Arist. de Ca'lo, 3, 2, ÖO! a. — Simpl. Scliol. in Arist. 507, a.

(4) Metaph. 1,5; i!, i.

ET JUDAISME. 2/

(lans Tetat primitif, ces memes causcs determineront la (lestructiüii du monde (i). Alors recommencera le meme mouvement : la Haine arrachant les elements du sein du Spheros, fa(:'onnera les etres varies quo nous avons sous les yeux et l'amour les ramenera ensuite a l'unite primitive (2).

:29. — De toute eternile, le Spheros est le sejour d'esprits bienheureux, de dieux et de genies. Quand ils permettent a la haine de les dominer, ils se souillent de fautes, sont expulses du monde des esprits, entraines dans les evolutions du monde sensible et condamnes a de longues migrations ä travers les corps terrestres. « Dans les dieux de la terre, qui jouissent d'unelongue vie, » dans les hommes, dans lesanimaux et jusque dans les planlos — vivent des dieux ou des demons echappes ou tombes du Spheros. Empedocle decrit eloquemment et d'apres ses Souvenirs personnels, la misere de ces esprits dechus; il nous les montre pousses violemment d'un element dans un autre, precipites au milieu des flots par l'Ether courrouce, revomis sur la terre qui les lance dans le soleil, d'oü ils retombent dans les tourbillons des airs: « Chaque element les regoit successivement, mais ils sont l'objet de la haine de tous (5). » Lui-meme avait ete oiseau, arbuste et poisson, gai'Qon et fille. Les ämes distinguees entrent, apres la mort, dans les corps de nobles creatures, du Hon, par exemple ou du laurier. Les meilleures de toutes deviennent prophetes, poetes, medecins, princes, dans leurs dernieres migrations terrestres, et s'elevent a la dignite de dieux, pour passer ensuite ä une eternelle et bienheureuse jeunesse au

(1) Empe(i.v.lö8-lo5.Karsten.I'lat.Sop!i.242 Arist. Phys.8, !,2a0b. (2j Hipp. aclv. hier. p. 247-25!.

(5) Eniped. v 16. Edit. Karsten.

sein du Spheros (i). Les esprits, emprisonnes dans les Corps etraiigers, ne connaissant pas le lien sacre qui les Unit entr'eux, il s'ensuit qu'en tuant les animaux, en se nourrissant de leur chair, les enfants portent quelquefois sur leurs parents une main, une dent parricides. Respecter lavie des animaux, s'abstenir de viande est donc un imperieux devoir (2). Si le Philosophe n'a pas etendu cette interdiction au regne vegetal, il a ete arrete d'abord par l'impossibilite presque absolue de la faire observer, et puis par-la pensee qu'en detruisant une vie vegetale, on ouvre ä l'esprit qui y est renferm^ l'entree dans un organisme plus releve. Empedocle prescrivit aussi ä ses disciples de s'abstenir des femmes et de l'acte generateur, de peur de partieiper aux Oeuvres de la Haine et d'entraver, par de nouvelles separations, le travail unitif de l'Amour (5).

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