‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 19 sur 37 · I'Ar.ANlSMK · texte numérisé non relu

I'Ar.ANlSMK

veillant contre !es attaquos du mauvais genic : ils dosccndent sur la terre, exaucent Ics priores des ca^urs ])urs et les portcnt aux pieds d'Ormuzd (i). Dans le moiulo dont Dien a regle, la marche, tout, dit-on, a })Our hut de faire briller d'un vif eelat les Fer^vers (des honinu^s) — les ames separees des corps par le trepas.' Ouaiid donc le fidele se voit meiiaee par le genie du mal, il dira : « J'exalte, j'aime les Ferwers si purs, si puissants, si exeellents : » alors les saints ([ui viveut, ceux qui onteesse de vivre et eeux tpii vivront, leferont sortir vietorieux de la lutte ; ils vivifieront et eoiiserveront tout. Et eii ett'el, on invoquait aussi lesFerwers des generations futures, « les Fervvers de tous ceux qui mourront avanl ravenement de Sosioscli. »

^9. — 11 est probable (|ue Zoroastre trouva le culle des elements etabli ehez les Erieus. Ormuzd, le dieu libre, personuel, ereateur etait certes le centre de la religio!) Parse ; niais quand celle-ci se fut confonduc avec le niagisme, le culte des elements en devint le caractere principal ; les cliretiens furent plus tard persecutes, pour avoir refuse les honneurs divins au leu, ;\ l'eau et au soleil. Mais Ormuzd n'ayant rien cree, qui ne fut pur, bon et bienfaisant, le Parse honorait dans les elements ce qu'ils avaient de bienfaisant et d'utile et non leurs edets redoutables et desastreux. Le feu et l'eau, disent les livres Zends, saints et soumis a Tenipire d'Ormuzd, ne tuent p.ersonne, ne detruisent aucune des ueuvres (ju'Ormuzd a creees : ils attirent a eux lesparties de la ereationqui appartiennent a ee dieu {-2). l^'etranger qui visitait la Perse devait regarder le culte du feu et du soleil comme le trait caracteristique de la religio!! de cette contree. « Avant les sacrilices qu'ils

(1) Z.A.ii, ^2Ü9, '2m.. .

(-2) Vendid o, -24-31, p lOJ, SpiP^'ol.

i;r JinusME. 495

ofiVciit alt'urs (livinites, lesPerses, (lit Straboii, adorent le k'U perpetuel qu'ils entrctiennent sur leurs aii- It'ls (i). » Le fou, disaient Ics Parses, est relemcnt le plus pur, le plus brillant: rempli de cc qu'il y a de plus divin dans la nature de la lumiere ; il est beaucoup plus noble que l'air, la terre, l'eau (2). Le feu est dans rhomme comme Tetincelle de vie : il est le conducteur de la lumiere : c'^est la force naturelle purifiant tout.

50. — Dans le Zend-Avesta, le feu est appele tils (fOrniuzd, et le plus rapide des saints immortels. Le culte du feu etait le culte de la vie, de la purete, de la lumiere. « x\fin que ta priere soit exaucec, il faut, dit (h'muzd,radresser au feu qui est legrand roi. » D'apres iine tradition un peu plus recente, e'est du ciel que Zoroastre reeut le feu (|u'on devait adorer desormais ; il brüla sansetre alimente; la main qu'il touchait,resta entit^re (r>). Ormuzd lui dit que e'est une produetion de la gloire divine. L'anciennc doctrine distinguait cinq especes de feux sacres ; les trois premieres ont leur auguste sejour dans des Dadgahs. Les trois rois que la mythologie perse regarde comme les fondateurs de la civilisation et du gouvernement Erien, ont venere le l'eu, propage son culte et büti des pyrees. Dans les livres Zends les invocations, les louanges du feu abondent : les anciens Parses s'absorbaient avec delicesdans la medilation de cet element et de ses proprietes. Ceux (jui dans tout le cours de la nature voyaient la lutte de deux puissances rivales ; ceux qui avaient continuellement sous les yeux, le contraste de la purete et de l'im- IRirete pliysi([ue, admirerent dans le feu la force (\u\

(1) Strab p. 73-2- 735.

(2) Voyez les pass. che?. Wilson. The Parsi religion, Bonibav. I8i3. p. 199.

[Zj Wilson, p. -204.

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absorbe tout, qui triomplie de tout : ils y virent l'arme ]a plus puissante d'Ormiizd, un element a l'energie brillante et calorique auquel se ratlachenttoute beaute, toute impulsion, enfin tout ce qui nourrit dans la nature ; c'etait l'etre qui se rapprochait le plus de la divinite.

51. — Eiitretenir le feu, y jeter du bois et des parfams est un acte des plus meritoires(i) : la benediction des troupeaux, des champs, une nondjreuse posterite lui est promise. « En m'apportant le bois sec qui me fait jeter un vif eclat, on se sanctifie, dit le feu, et Ton ote la rouille de ses aclions. » Le Parse avait donc un incessant devoir a remplir ci l'egard du feu sacre : tous les instants du jour,et de la nuit lui rappelaient, pour ainsi dire, ce devoir. La nuitetait divisee en trois parties. Au commencement de cha(jue veille le feu dit : « Je soupirc apres du secours : que l'on m'apporte du bois(2). » Lenombre des delits (ju'onpouvait commeltre contre le feu etait considerable. Etait criminel quicon- (jue s'en approchait sans s'etre prealablement lave les mains, qui y jetait du bois vert ou humide, Teteignai^, y versait de l'eau. L'attiser de la bouche, y jeter quelque chose de mort ou d'impur, etait au rapport d'Herodote, un crime puni de mort, commo les precedents. l'ne grande recompense attendait celui qui transportait un feu employe aux besoins de la vie ou de I'industrie dans un Üadgah, ou foyer sacre, oü il put se defaire des souillures contractees, dans le premier.etat. Le feu est d'une delicatesse extreme : l'approche d'un etre impur, par exemple d'une femme soumise aux menstrues, sutlit pour le souiller, C'etait une profanation que d'y jeter le bois d'un arbre, oü s'etait perche un oiseau

(1) Vendid. I'J, löi, p i'52, Spiegel.

(2) Veiulid. 18,43 ff. p. 251. Spiegel.

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apres s\Hre repu siir un cadavre. Do [»areilles vexatiuns aboiidaient dans le Zend-Avesta.

32. — Le culte des autres elements n'etait pas ä beaucoup pres aussi fatiguant, vexatoire. La terre et l'eau devaient cependant etre aussi preservees de toute souillure. Selon des ecrivains grees, les Perses ne permettaient k personne de se laver les mains ou la figiire dans un fleuve, d'y cracher ou d'y jeter quelque chose d'impur (i). L'eau salee de la mer parait toutefois avoir ete consideree d'une autre maniere. L'eau, indispensable aux ceremonies de la purification subissait une preparation j)articuliere. l^a terre, de son cote, vuulail etre honoree et invoquee; sa purete devait etre respectee. On se rendait coupable a son egard, en devastant un champ fertile ou en ne l'ensemencant pas. C'etait un crime que de fouler la terre d'un pied nu, d'y enterrer un cadavre et de ne pas detruire les trous, oü s'abritent les animaux d'Ahriman {->).

o5. — Le culte rendu au soleil par lesEriens remonte incontestablement ä la plus haute antiquite : le soleil, foyer de lumiere, etait pour le Parse le plus noble etre du monde visible « l'aMl d'Ormuzd. » Quand, entoure de mille Izeds Celestes, il verse ses rayons brillants et repand une bienfaisante chaleur, il purifie l'eau, la terre et lepeuple des saints: les Dcws bouleverseraient tout, s'il ne paraissait pas au ürmament. Trois fois par jour, on Uli adressait des prieres. On attribuait aussi ä la lune, aux astres une vertu purifiante: celui qui a contractu' quelque impurete restait durant neuf nuits expose aux clartes des etoiles (ö). Un culte particulier ne leur etait cependant pas rendu, quoiqu'on les

(1) Herod. 1, lö8. Strab. 7r>5.

(2) Vend. ö, 22 ff. p. 80, Spietrcl.

(ö) Veiid 19, 78, p. 218. Spiegel.

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invoquät avec d'autres elres, par exemple, les animaiix mondes. La constellation du chien, Tistrya ou Taschter, dispensatrice de la pluie faisaii seule exception. IMus tard, et probabloment par suito de rinvasion de doctrines Chaldeo-Babyloniennes, on attribua aux astres une Influence magique ou fatale sur le cüurs des destinees de Tbomme. « Le bien, le mal, est-il dit dans le Minokliered (i), que rhomme et les autres etres rencontrent ici-bas, sont l'oeuvre des sept et des döuze. » Ceux-ci sout les constellations du Zodiaque, ou les « douze cliefs d'armee; » Ormuzd les a conjointemenl avec le soleilet la lune rendus depositaires de toutes les faveurs: les sept au contraire, sont les astres qu'Ahriman leur a opposes pour detruire ce qu'ils elevent de bou et de sage.

54. — Le cours des cboses terrestres enibrasse, d'apres la doetrine de l'Iran, une aunee cosniique de douze mois, cbacun de mille ans. Cette duree est divisee en quatre periodes ; d'une periode ä l'autre se deroule en un eycle exactement mesure, la lulte des deux principes ennemis. Abrinian y parait comme rivalite etenvie: il halt les creatures de son rival; il deteste jusqu'au bien nienie, parce que c'est Ormuzd (jui le produit et le protege. JVous I'avons dejii dit : originairement Abriman ne se nu)ntre pas comme maitre d'un royaunu! iiulependant. Plus tard, on l'a represente comme le roi des tenebres; avec les escadrons de ses esprits, il occupe uu empire (ju'ürmuzd ne peut ni subjuguer, ni meme atteindre: de cet abri si sür il s'elance pour envabir l'empire de son rival et y exercer ses ravages. Dans la premiere periode du munde, quand k lumiere et les tenebres existaient

(1) .Spiegel: Eludcs siir lo. Zoiid-Avestn, Zoilsclirift, f. die ü. M. Gesollsch. VF. 80.

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seules, il etait, dit le Bundehesch, enchaine et comme mort dans son sombre royaume. II sc releva, menaca d'eiigloutir la lumiere, mais ne put en supporter l't^clat et la }3eaute. Alors il donna naissance ä ses mauvais genies, aux Dews, aux Darvands, aux Daroudis, et ä la tete de ces hordes devastatrices, il envahit l'empire d'Ormuzd. C'est de ces esprits malfaisants que vient tout ce qui est moralement et physiquement nuisible et impur : ils ne travaillent qu'ä amonceler les ruines, empechent la generation et la propagation dans le monde d'Ormuzd, pour diminuer le nombre de ses sujets. Ils empechent la pluie de tomber, enchainent l'eau, repandentia sechcresse et la sterilite, multiplient les animaux nuisibles et les plantes veneneuses, döchainent les vents arides et les ouragans devastateurs. Ils se complaisent dans tout ce qui corrompt et putrefie.

35. — Dans toute la nature,. le mal et le bien, le nuisible et l'utile, la purete et l'impurete se trouvent meles : toute creature porte en sei un defaut, un vice, qui est comme le stigmate d'Ahriman et de ses Dews. Si le feu si pur est defigure et souille par une fumee äcre et desagreable, si k cote des animaux utiles et bons grouillent d'innombrablcs « Kharfesters, » la vermine et les animaux immondes, tout cela est l'oeuvre des esprits du sombre abime. L'homme cependant, ä quelque nationalite qu'il appartienne, est la creature du Dieu bon : nulle part les livres Zends ne parlent d'hommes crees par Ahriman. A plus forte raison ne font-ils jamais mention des serviteurs des Dews, denomination qui semble comprendre tous ceux qui abandonnent le culte d'Ormuzd et la loi Parse, pour offrirleurs hommages ä d'autres divinites.

36. Ahriman, qui a introduit dans le monde les animaux carnassiers, la vermine, les maladies, l'hiver,

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les üuragans, la secheresse, est aussi l'auteur du mal moral, des exces qui epuisent etenervent, de la paresse, du mensonge et de l'incredulite. Parmi ses Dews se distinguent le mechant Buschiankta qui porte les hommes au sommeil et k la faineantise : Eschem, genie de la colere et de l'envie ; Buiti, esprit du mensonge et de la faussete; Aschmoph, demon de l'hypocrisie; Dawesch, Dew de Terreur et de la seduction. Mais incomparablement plus que de tout autre, la loi de Zoroastre s'occupe de Daroudi Nesosch ; sous la forme d'une mouche, il penetre dans le corps dont la vie s'est retiree et s'empare de tous ceux qui viennent en contact avec le cadavre. Quand des lotions le chassent d'un membre, il se refugie dans un autre et ne cede que devant des efforts obstines.

57. — Durant trois milleans, laterre resta inhabitee et fut ä l'abri detoute calamite ; dans les trois milleans qui suivirent, eile fut peuplee ; Ahriman avait essaye, mais en vain, d'infecter de son poison la virginale beaute de la creation. II n'y reussit qu'apres l'expiration de ces 600Ü ans. Le Systeme de Zoroastre, tel qu'il se montre sous sa derniere forme dans le livreBundehesch compose du temps des Sassanides, jette sur l'origine des etres vivants un volle mythique. Goschurun, taureau primordial, fut tue par Ahriman; de son flanc droit naquit Kaiomorts, le premier homme: de la queue s'eleverent les tiges des bles et les arbres : le sang' produisitle cep de vigne: de l'humeur seminale sortirent les differentes especes d'animaux. La mort de ce taureau fut donc une source feconde de biens pour la terre, pour les hommes et pour le meurtrier lui-meme. Le taureau etant entre dans le ciel, c'est-ä-dire la semence ayant ete transportee dans le ciel lunaire, tout ce qui se trouve sur la terre seraconserve; bien plus, i\ la fin du monde, le plus malfaisant des Darvands, le

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menteur par essence, Ahriman deviendra saint et tout Celeste et oflirira b. Ormuzd un long sacrifice de louange (i). Kaiomorts fut, ä laverite, tue parles Dews, niais de sa semence surgit un arbre ä double tronc: son fruit devint par la force creatrice d'Ormuzd, le premier couple humain Meschia et Meschiane.

38. — L'homme fut place sur la terre, pour etre le Roi de ce temps et lutter contre les Dews (2). Son äme a une origine Celeste: eile descend du ciel pour s'unir au Corps qui se forme dans le sein maternel (ö). Cette äme descendue du ciel, est-elle le Ferwer de l'homme? est-elle distincte de ce Ferwer? ou bien ce Ferwer se trouve-t-il en dehors de l'homme, en qualite de protecteur externe? Les livres Zends ne fournissent pas des donnees süffisantes pour resoudre cesquestions-lä. La derniere hypothese une fois admise, les Perses auraient du admettre que l'äme de l'homme rentree dans le ciel, continue d'exister, avec le Ferwer, comme deux etres distincts Tun de l'autre. Mais alors aussi, cette theorie aurait du laisser aumoins une legere trace dans les livres Zends. En outre, le Parse adresse journellement des prieres ä tous les Ferwers de ceux qui ont existe, qui existent et seront un jour: il croit que ces Ferwers accourent par troupes au secours de ceux qui les implorent. Ils ne sont donc pas distincts des ämes humaines.

39. — Le ciel etait destine ä l'homme, ä condition que ses pensees, ses discours et sa conduite restassent purs.Mais dejä les commencements de son histoire sont souilles par la chute et le peche. Celui-ci, commence par l'orgueil et l'egarement de la pensee, mürit, fut

(3)Z. A. T. i,P. II, p. xxxYii et 220.

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consomme dans l'actioii. D'abord Meschia et Meschiane disaient: « C'est d'Ormuzd que tout bien descend. » Mais peu ä peu Ahriman s'empara de leur intelligence, defigura leur äme et osa leur dire que lui seul avait cree l'eau, la terre, les arbres et produit tout ce qu'il y a de bon. Ils ajouterent foi aux paroies de l'imposteur et devinrent par lä des Darvands — ils prevariquerent en mangeant des aliments defendus. Ils burerit le lait d'une chevre et accepterent de la main du Dew des fruits crees par Ahriman. Les biens dont ils avaient joui jusqu'alors leur furent ravis : ils ne conserverent que la centieme partie des avantages qui leur avaient ete primitivement accordes (i).

40. — On a affirme recemment {"i) qu'aux yeux des Parses, le corps liumain etait encore dans sa purete primitive et qu'ils n'avaient pas l'idee d'une souillure hereditaire.Maiscommel'empreinted'un piednu souillait la terre, que la salive et le souffle de l'homme profanaientle feu, on peut dire que son corps etait regarde comme impur. L'äme humaine a depuis la chute perdu rinnocence et la perfection. Le Daroudi murmure la parole mauditeaToreille de l'enfant et l'enfant seduit repete : le Ahriman est le vrai dieu (ö).

41. — L'antique tradition parle d'un äge d'or. Yima tils de Vivanghvat, qui cependant avait decline l'insigne honneur d'annoncer la doctrine d'Ormuzd, gouvernait alors la terre, encore exempte de toute calamite. Les vents glaces, les ardeurs de la canicule, les tenebres et la mort etaient inconnus. Les hommes toujours unis ignoraient les douleurs de la Separation.

(2) Rhode \). 099. et Dimker p. 391, coiitre Anquetil, Kleuker et untres.

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Quand ils commencerent ä soufFrir des intemperies de l'air, Yima crea sur l'ordre de Ormuzd, im Eden oü il introduisit les germes des choses et les meilleurs d'entre les hommes (i); les vents froids et brülants n'y soufflaient pas: la mort et la corruption en etaient bannies(2), une lumierepure l'eclairait perpeluellement de ses rayons; les hommes y coulaient une existence fortunee. Ce qui distingue ce paradis Erien de l'Eden de l'Ancien-Testament, avec lequel il a d'ailleurs une si grande ressemblance, c'est qu'il n'est pas place au commencement de l'histoire; il est occupe par un groupe d'elus sortis du genre humain dejä multiplie sur la terre. Ensuite on ne voit pas pour quel motif il a cesse d'exister.

42. — Lareligion des Parses lespoussait ä une incessante activite, ä un emploi constant des forces corporelles, ä une continuelle vigilance; aucune autre forme du paganisme ne l'a egalee en cela. La terre est le champ de bataille oü les deux rivaux, Ormuzd et Ahriman, mesurent leurs forces: l'homme est appele aupres d'Ormuzd pour combattre Ahriman et ses Dews qui, de leur cote dirigent leurs coups principalement contre l'homme. Le Perse soutenait cette grande lutte, en tuant le plus grand nombre possible d'etres de la creation d'Ahriman, en detruisant les animaux carnassiers, les tortues, les lezards, les grenouilles, les serpents, les fourmis, la vermine. Toujours les Athravas ou pretres etaient armes d'un bäton dans ce but d'extermination : tuer un certain nombre de ces animaux et les apporter aux mages comme une preuve irrecusable de piete, etait, au dire d'Agathias, un important detail de la plus grande solenn ite des

(1) Roth : K'gende de Dschemschid (Zeitscli. de D. .^!. (i. iv. 418 (F.

(2) Vend. 2, 40-U9 p. 75. ff- Spiegel.

Perses (i). On l'imposait aussi en expiation de certaines fautes. Fermer les trous, detruire les antres oü ces animaux se refugient etait un devoir de religion.

43. — Le chien jouissait au contraire de la plus haute consideration: il etait, sous certains rapports, egale ä l'homme ; il lui etait meme prefere quelquefois. Ces honneurs etaient la recompense de l'ardeur avec laquelle il aide l'homme ä combattre les Kharfesters et veille sur les troupeaux, enfin de la ressemblance qu'a sa maniere de vivre avec celle du pretre. Nourrir mal un chien etait un crime qu'on devait expier sous le bäton. Qui bat un chien, mourra miserablement. Si c'est ä un chien canard qu'on fait subir cel outrage, on commet un des plus grands forfaits connus en Perse. Le code regle les rapportsdes hommes avec ces animaux avec bien plus de soin que les devoirs de l'homme envers ses semblables. Cet animal venere n'echappe cependant aux severites du code penal : des peines tres-severes, par exemple, la mutilation sont comminees contre le chien qui blesse un individu de sa race.

44. — Cette religion qui attachait une importance si grande aux fonctions animaJes, ä tout ce qui se rapporte au corps, prescrivit encore de frequentes prieres. Le Parse priait en eternuant, en se coupant les ongles ou les cheveux, en preparant les aliments, en allumant les lampes, etc. Ormuzd etait le plus souvent invoquö: on s'adressait cependant aussi au ciel, ä la terre, aux elements, aux astres et jusqu'aux arbres, et aux animaux. On priait meme devant sa propre äme (consideree comme Ferwer.) Les formules prescrites contiennent avant tout l'enumt'ration e*logieuse de tous les noms et attributs d'Ormuzd et d'autres divinites. Le nombre de fois que chaque formule devait etre re-

(I) Agatli.2, 24.

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petee etait exactomcnt determine. Dans certaines circonstances, on repötait vingt et jusqu'a douze cents fois la mOme invocatiou (i). Pour conjurer l'intluence maligne de Timpur Aschmog, il fallail, durant trois jours et trois nuits, reciter sans interruption le Jescht en l'honneur de Serosch le saint (2). La position que devait occuper celui qui prie, le cöte de la terre vers lequel il doit se tourner et autres prescriptions etaient niarquces avec une precision minutieuse. II fallait eiicore adresser des prieres au genie tutelaire de chaque jour, ä l'eau et au feu, dont on s'approchait. Certaines formales jouissaient, croyait-on, d'une puissancemagique et detournaient des maux corporels. II y avait une priere qu'on attachait au bras de I'enfant que la peur avait rendu malade o*u qui souffrait des yeux : une autre etait dite sur l'eau qu'on presentait ä une femine sterile ou prise des douleurs de l'enfantement.

45. — Les sacrifices des Perses ditteraient de ceux des autres cultes : jamais la victime n'etait consumee par les flammes ; l'y jeter eüt ete une profanation (iu feu. Rien n'etait reserve ä la divinite: le progrietaire recevait des mains du pretre l'animal tombe sous ie couteau sacre. On croyait, au moins a ce que disent les Grecs, que la divinite ne demandait que la Psuche (l'äme) qui reside dans le sang de la victime : aussi la main du pretre reposait-elle dans le sacrifice sur l'animal egorge, jusqu'au moment oü le souflle vital s'y eteignait et le sang cessait de couler (3). Cependant les livres Zends disent quelque part que la tete, la langue, I'oreille et l'oeil gauche soni particulierement agreables ä la divinite (4) : on ne donne pas le motif de cette prell) Z. A. u, 7, 129.

(5) Strab. io, p. 752. Herod 1, 132.

(/») Z A. T. I. P. II. p. WH T. II p. 128.

dilection, La loi exigeant pour Texpiation de certains crimes le sacrifice de mille jeunes animaux, il faut bien croire que la chair des victimes etait, au moins en partie, cedee aux pretres (i). On offrait des fleurs, des parfums, du lait, de Fhuile et des pains de petite dimenslon: ces derniers etaient abandonnes aux pretres. S'il faut en croire Herodote, les Perses sacrifiaient sur les cimes des plus hautes montagnes (2). La lecture de la loi formait une partie essentielle du culte : c'etait lä un sacrifice en l'honneur de la parole primordiale Honover, sortie de la bouche d'Ormuzd et maintenant incorporee dans la loi : c'etait en meme temps une nourriture journaliere pour la divinite qui se mettait ainsi en contact avec Honover et par son intermediaire avec Ormuzd. Les Perses avaient encore un sacrifice, le plus frequent et sous certains rapports le plus caracteristique et le plus important de tous, c'etait le Homa que chacun pouvait oft'rir dans sa maison. Ce breuvage, identique avec le Soma dont les Vedas celebrent les salutaires etfets avec des eloges fastidieusement repetes, etait preparee avec le suc laiteux de l'Asclepias. Cette plante etait broyee avec beaucoup de solennite: on en melait le suc avec du petit-lait, de la farine de froment ou autre. On laissait fermenter le tout; on le repandait sur le foyer en guise de libation, puis on le versait dans une coupe qui circulait parmi ceux qui offraient le sacrifice. ün effet narcotique se faisait immediatement sentir. Dans cette ivresse extatique lesan-

(1) Vend. 18, 137. 158. 145. II y est dit:« Avec puretö etbonte apportezaufeu les jeunes des animaux en victimes » (Spiegel, p. 239). Mais cela veut dire seulement que ces animaux Etaient offerts au dieu du feu. Natureliement ils n'6taient pas consumi^s par les flamnies. De la raeme maniöre doit s'entendre ce qui est dit un pfeu plusloin(v. 14.3) de la chair Offerte ä l'eau.

(2) H6rod. 7, 43.

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ciensParsesavaientdesvisionsquifaisaientsurleur iniagination une impression profunde et durable;parsiiite de la deification de la nature, propagee par Zoroastre, ils acceptaient comnie une preuve et un eomplement de leur foi religieuse tont ce qu'ils voyaient et sentaient dans cet etat d'exaltation. Le suc qui produisait res admirabies effets etait a leurs yeux le plus noble des agents vitaux de la nature: c'ötait ce qu'il y a de plus divin au fond des etres: Homa, le breuvage, Foft'rande devint un genie, un dieu.

46. — Les anciens Thraces, les anciens Hellenes trouvaient aussi, par la faveur de Dionysos, la felicite, l'enthousiasme prophetique dans les fumees du vin. Ainsi plus tard les assassins (Haschisch in), enivres par le suc de THyoscyamus, tombaient dans un demi-sommeil, oü les images les plus attrayantes se presentaient ä eux et leur donnaient un avant-goüt des jouissances du Paradis: quand ils sortaient de cet ötat, ils meprisaient la mort et executaient aveuglement les ordres sanglants du Vieux de la montagne (i). Les effets produits par le breuvage Homa constituaient dans la religion Parse, le cote orgiastique toujours saillant dans les cultes bases sur la deification de la nature. Le Homa etait le sacrement de leur religion: bien plus, c'etaitparluique la Divinitesemanifestaitauxhommes: une grande partie de Zend-Avesta n'a pas eu d'autre origine. Aussi, quand sous Ardeschir Babekan la dynastie des Sassanides fut fondee et qu'il s'agissait de retablir dans sa purete primitive la doctrine de Zoroastre, defiguree depuis la conquete des 3Iacedoniens, ce fut au Homa qu'on eut recours. Un mage, Ardai- Virasp, ayant bu dans la coupe sacree, fut ravi dans une extase qui dura plusieurs jours; ä son reveil il ra-

(1) Hammer, bist, des Assassins p. 212. ff.

conta ce qu'Ormuzd lui avait revele, ce qu'ilavaitvu dans im autre monde. II n'en fallut pas davantage: la secte des Magusees, jusqu'alors assez intluente ä la cour, fut desormais regardee ettraitee comme herötique (1).

47. — Aux yeux de ceux qui lui devaient des moments si fortunes, desrevelations si importantes, Homa etait doncunDieu, l'esprit vital de la nature. Ilapparut ä Zoroastre comme l'etre le plus parfait, revetu d'un Corps lumineux et se donna pour celui qui eloigne la mort. « Invoque-moi, lui disait-il, exprime mon suc, pour jouir de moi. » On lui attribue les plus nobles dons : il est le germe de la vie, et annonga, avant Zoroastre, la loi sainte (2). Zoroastre lui avait demande six dons: l'immortalite, la fermete, la sante du corps, une longue vie, le triomphe sur ses ennemis et la protection contre les calamites imprevues. Les Aieux, les anciens Heros lui avaient rendu leurs hommages: sa gracieuse Intervention leur avait donne pour fils les fondateurs de Tage d'or et les exterminateurs de la vermine d'Ahriman. Zoroastre lui-meme avait ete accorde ä Purusaspa, son pere par la gräce de Homa ; « car, est-il dit dans le Bundehesch, Homa ne donne pas seulement la sante, mais aussi la force generatrice ; lors de la resurrection il rendra la vie (ö). »

48. — Le Parse allait jusqu'ä celebrer les nuages, l'humidite qui fönt croitre le corps de Homa (la plante

(1) Faucher, dans lesmem. de l'Acad. des Inscript. T.xxxi. p. ioö et T. XXXIX, p. I'-Ib. Arda-Virasp est compte au nombre des änies choisies ou dessainls, enqualitede « Ferwer tres-pur. »ZA. ii, 55.

(2j Comparez le Dabistan,edit. Troyer, T. i. p. 555. Note.

(5) Burnouf, ^tudes sur la larigue et sur les textes Zends. Jouni. Asiat. 1840 ff. Quatremöre, Meinoires sur la divinite Vc'dique Soma. M6m. del'aead. des Inscript. 1851. T. xix, p. 5:26. ff. Fr. Windischmann (Abhandl. d. piiil. el. der Bayer. Akad. 1847, iv. p. 4"28.)

Asclepias) sur la cime des montagnes : il exalte la terre qui porte le Homa, le sol d'oü il surgit avec ses parfums. Ahriman ayantdemande ä Zoroastre avec quelles armes lui et les etres purs comptaient combattre les creatures de l'adversaire d'Ormuzd, le prophete repondit: le mortier (oü la plante du Homa est pilee), l'ecorce (d'oü le suo est exprime), Homa et les paroles prononcees par Ormuzd, xoUk mes armes (i). Plutarque qui donne ä la plante le nom d'Omomi et qui connaissait l'usage auquel les Perses la faisaient servir, nous apprend qu'ils la pilaient dans un mortier en accompagnant l'operation d'invocations adressees k Hades et aux tenebres : ils y melaient le sang d'un loup recemment abattu, le portaient ensuite dans un lieu oü les rayons du soleil ne savaient penetrer et lä ils l'epanchaient. C'est dans ce rite que «Satan et Ormuzd melaient leur sang; » car le loup appartenait ä la creation d'Ahriman. Ce rite dont Theodore de Mopsuest-e faisait dejä mention (2), ne s'appuie nullement sur les livres Zends : les ancienset austeres disciples de Zoroastre y auront vu probable ment une profanation, un horrible forfait. C'etait une consequence naturelle du dualisme cosmique qui se developpa plus tard. Ainsi dans ce sacrifice se consommait l'union des deuxprincipesqu'ontrouve meles dans toute la nature: enmeme temps le desir d'apaiserou au moins de calmer le courroux d'un etre aussi puissant qu'Ahriman y aura peut-etre contribue. Ormuzd luimeme avait, dans le principe, offert le breuvage Homa ä son implacable adversaire (3).

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