‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 16 sur 60 · Le troisième acte des petits mystères paraît · texte numérisé non relu

Le troisième acte des petits mystères paraît

avec Démétrius à Athènes pour les célébrer, comme il est dit dans le chant ithyphallique d'Athéné (6. p, 253, 11, 471, Schwgh.) Si Nonnus, (27, 305) bien au courant des affaires de Dionysos dit qu'Athènes après Bacchus 4e Lena entonnait le rhytme phrygien en Thonneur de Dionysos d^Eleusis, il a exactement indiqué Tordre des temps; ces Lénées, la fête de Dionysos cv Aifcitais étaient célébrés au mois Gamélion, par conséquentdans le mois précédent ; ensuite venaient \t^ petits mystères qui suivant ce témoignage se célébraient en Thonneur de Dionysos.

(I; Talian. p. 38, Otto.

(2) Comp. le passage précité de Lucien sur le déchirement de Jacchos et le passage susmentionné de Stéph. de Byzance.

(3) Clém. Alex. Protrept. p. 6.

avoir eu pour objet le rappel à la vie par Déméter de Zagrée tué, duquel les restes avaient été inhumés par Apollon. Car Diodore qui rapporte que la déesse avait rasseçiblé les membres épars, ajoute que l'événement était représenté ainsi dans les cérémonies des mystères qu'il ne- pouvait cependant pas révéler aux profanes (i). Mais Déméter accomplit le réveil de lacchos, non-seulement en rassemblant ses membres, mais encore en donnant le sein à l'enfant et en lui infusant I)ar le lait divin une nouvelle force vitale; les passages de Suidas, de Lucrèce, et d'Arnobe ne laissent aucun doute à cet égard (a).

98. — Six mois après, au mois de Bœdromion, c'est-à-dire, à la fin de Septembre ou au commencement d'Octobre on célébrait les grands mystères ou ceux de Déméter, les véritables Eleusinies dans un sens plus étroit ; mais ceux-ci étaient encore divisés en deux consécrations, séparées^ pour les initiés par un espace de temps plus long. D'après une opinion controversée de TertuUien (s), il faudrait supposer que les initiés qui avaient déjà participé aux petits mystères et à la première partie des grands mystères, n'étaient admis que cinq années après à la dernière consécration finale, l'Epoptie. Si telle était la règle (4), on faisait assurément beaucoup d'exceptions

(l)Diodor.3,61.

(2) Chez Suidas *'l«»;(s«f est expliqué ainsi : AtcwTùç fxr<« fcttrr», \\ résulte du passage de Lucrèce, 4, 1161 : Agetmina et mammosa. Gères est ipsa ab laccho,— que Déméter à cause de lacehot est représentée a^ec les seins forts et pleins (cf. Arnob. 3, lO, p. 133. Ochler), et lacchos par la même raison est appelé dans les hymnes orphéiques, 53, 9, v*** »ixin9f,

(3) Adv Valent. 1

(4) Schol. Arist. Ran. 741 ne donne que le terme d*une année jusqtfà PEpoptie. Comp Leneraqucst nat. 7. 31.

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en faveur d*étrangers notables ou puissants. LAgyranus^ l'assemblée des initiés qui avait lieu le premier jour, formait l'introduction aux grands mystères ; le lendemain à la suite du cri : iniiih à la mer! on se rendait au bord de deux lacs salés consacrés aux deux déesses et situés près de la mer^ pour faire une ablution. Après des cérémonies de sacrifices assez longues, avait lieu la procession de jubilation qui suivait la route sacrée, longue de quatre lieues, et transportait lacchos ressuscité d'Athènes à Eleusis; par cet acte la fête passait de la première de ces villes dans la dernière. En chemin, au passage des rivières on procédait à de nouvelles ablutions ; sur le pont de Céphise on se livrait à ce qu'on appelle les Géphyrismes, c'est-à-dire à des forces extravagantes^ à des taquineries et à des railleries.

99. — L'acte mystérieux d'Eleusis avait pour objet l'histoire de Déméter et de sa fille ; lacchos devenu adolescent, était maintenant Paredros (i) (participant) et compagnon de la déesse, à laquelle il devait sa vio nouvelle, comnie Attes ou Adonis ressuscité, et était regardé et représenté comme Paredros et favori de Cybèle ou d'Aphrodite. La première représentation dramatique était l'enlèvement de la jeune déesse. Kora en cueillant des fleurs dans la prairie est enlevée par Pluton ou Hadès qui sort subitement de terre et la conduit dans son royaume. C'était là probablement le moment mentionné, par un auteur chrétien postérieur, où le sombre précipice, par lequel on les conduit dans le monde souterrain, s'ouvrant devant les spectateurs effrayés, où l'Hiérophant (représentant Pluton) se trouvait seul avec la prétresse (représentant Perséphone) dans l'obscurité et où toute l'assemblée attendait son

(1) Pindare» Isth. 7, 3, appelait déjà ainsi Dionysos.

salut de ce que ces deux personnages faisaient ensemble dans cette nuit artificielle (i).

Ensuite on jouait la pérégrination de Déméter à la recherche de sa fille; la douleur et les lamentations de la mère désolée. Des initiés eux-mêmes prirent une part active à cet acte en brandissant les flambeaux et encourant toute la nuit dans la plaine Thriasienne sur la côte du golfe d'Eleusis, comme s*ils cherchaient la déesse Cora (^.

100. — Déméter revient tristement à Eleusis, se repose ici au bord d'une fontaine dont l'approche est,*^ par conséquent, défendue aux initiés et trouve une distraction en regardant la conduite ébontée de Baubo et de lacchos. Clément rapporte que ceci avait réellement été représenté ; nous avons de bonnes raisons de prendre cet auteur pour un initié, puisque son ouvrage n'était point écrit pour des chrétiens, mais pour des païens et cela à une époque où le danger qui environnait les chrétiens devait rendre ceux-ci doublement prudents dans leurs assertions (3). Peut-être que c'était une ancienne coutume particulière et religieuse de montrer une femme à l'état naturel sans le moindre vêtement destinée, selon la doctrine d'Orphée, àdistraire la déesse affligée. On rencontrait aussi cet usage chez les femmes égyptiennes lors de la fête de Bubastis, fille d'Isis qui a par conséquent des rapports très-intimes avec la Déniéter grecque (4). Les autres circonstances,

(1) Aster. Encom. Meart. dans Auctar. Bibl. P. P. 11, 193.

(2) Laclant. Instit. i, 21, 24. Stat. Silv. 4, 8, 50.

(3) Clem. Al. Protrept p. 6. Frtrtc/ie (de carm. Aristoph. myst. p. 31.) a déjà expliqué comment Amobe (5, 25) qui copie ici Clément avait pu commettre Terreur relative à lacchos.

(4) Hérodot. 2, 60. Les femmes de la Lycie paraissent avoir eu la même coutume, car Plutarque (de mul. virt. vu, 18. Rok.) raconte d'elles, qu'elles ont calmé la colère de Poséidon otuuo-u^u/tttvui tm xt'rmio-»ovs et préservé ainsi leur pays d*une inondation.

concernant les gestes de laccUos et de la fable qui s*y rattache étaient probablement inventées de la même manière et après coup, comme cette, tradition obscène deProsimusde Lerna qu'on avait imaginée pour expliquer le symbole de Phallus. Du reste les initiés, qui jusqu'alors, et d'après l'exemple de la déesse, avaient jeûné pendant neuf jours, buvaient maintenant aussi comme elle, la boisson mélangée (Kykeon), ce qui leur donnait en même temps le droit d'être admis à la consécration finale.

iOi. — Mais un autre acte semblable représenté dans les mystères se rattachait à l'apparition de la déesse à Eleusis: c'était cette tradition de Crète et de Samothrace que Déméter s'était prostituée à Jàsion, et. que la naissance de Pluton en avait été la conséquence ; les Eleusiniens s'étaient appropriés cette tradition en ce sens qu'ils avaient remplacé Jasion par le vieux héros local Kéleus, dont la maison avait servi de refuge à la déesse. Afin de le remercier, dit-on, pour les renseignements qu'il lui avait donnés sur l'enlèvement de sa fille, elle s'était prostituée à lui en répétant les gestes de Baubo. Cette circonstance était également écrite dans les' vers orphiques (i), et un homme qui devait le savoir pour l'avoir vu afiirme dans deux passages de ses œuvres que de son temps encore (vers 331 eprèsJ.-C.) cet acte fut représenté à Eleusis (s).

(1) Comp. le vers de Gregor. Naz. Or. 4, opp. Paris n79, i, 141. — Ceci explique les bienfaits mentionnés par Socrate (Paneg. 6, p. 59), et accordés par Déméter aux ancêtres, bienfaits dont on informait d'autres personnes que les initiés. Socrate les distingue expressément de la remise du blé.

(2) L. c. p. 679. Lobeck, Âglaoph. p. 824, a les deux passages mais dans le dernier il a omis les mots: *«/ vùtuf m aa-x» ftorwtiv ficorrtipto'i. Il faut dire wo/c7, en sorte que l'orateur coupe sa phrase en faisant remarquer qu'il est honteux de donner une description plus

102. — La réunion de la mère et de lafillé n'avait pas lieu dans les mystères comme dans Thymne homérique oft Pluton, par ordre de Jupiter, donne à son épouse la permission de remonter dans le monde supérieur ; au contraire, dans les Eleusinies, Déméter, conduite par le saint enfant^ descendit dans les enl(ers et lacchos lui fît voir la cattche nuptiale consacrée de Jupiter sous-ter* reslre (i): Clément fait mention de cette descente de Déméter en ajoutant l'observation que lors de la représentation on avait fait descendre des porcs en même temps que la déesse (%) ; voilà la raison pour laquelle Hérodote confond Isis et Déméter, laquelle, en Egypte, était reine des enfers conjointement avec Osiris et pourquoi Eschyle, partant du même point de vue, prétendait qu'Ârtémis qui passait pour la Bu* bastis égyptienne, la fille de Isis, était la fille de Déméter.

103. — Cette descente de Déméter dans le Hadès et la réunion de la mère et de la fille qui s'y rattache, paraît avoir été un des objets de la troisième partie principale des mystères attîques ou du deuxième drame Eleusinien, l'époptie. Par cet acte l'enfer et ses habitants constituaient dans la dernière et sans doute la plus brillante représentation scénique qu'on offrait

exacte du mystère nocturne. — Probablement, ce passage de Thymne orphique à la mère Antéa (Déméter) où il est dit que succombant à un désir mortel, elle avait mis au monde Eubulus, se rapporte à sa liaison avec Kélius.

(t) Orph. hymn. 40. v. 6. mais où le nom Ava-ttuXpZ est ajouté seulement par le nouvel éditeur. Le texte de Genner est celui-ci ^v0-«yir0f {cvTiyifti'!) ^tiii* «yyôi» '^i'fiynrnfUi A«;^«ur«. Le garçon qui sert de garde dans les enfers est évidemment Jacchos et n*est pas frère de Dysaules. Il s*appelle «v'«^9 probablement parce qu*il reste pur de Tœuvre d*Aptarodite.

(2) Protrept. p. 14.

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aux spectateurs pour couronner Tensemble. Athènes artistique^ parait avoir mis à contribution, ici surtout, toute la richesse de ses ressources théâtrales et artis*' tiques, en sorte que l'impression que cette vue laissa dans Tâme des spectateurs était profonde et ineffaçable. Maintenant on comprendra la description de Plutarque (i) : U abord pérégrinations e$ eourêes pénibUê el voya^ §es pleins it angoisse et sans succès aumilieu de F obscurité ; puis avant la fin même toutes sortes de terreurs, de frissons et de tremblements, de sueurs et é^angoisse ; ensuite éclate une lumière miraculeuse; des contrées riantes et des prai' ries nous accueillent; nous entendons des voix, nousvoyons des danses et nous recevons ^impression de paroles et dap* paritions sacrées, C est pourquoi Himérius parle du désir de jouir du feu Eleusinien, qui avait attiré Anacharsis le Scythe vers les mystères. La circonstance qu'on montrait d'abord aux spectateurs les terreurs des Tartares rehaussait encore l'effet que devait produire la vue des joies et des jouissances destinées aux déesses et aux initiés.

i04. — Deux faits de la dernière partie principale des mystères attiques, de l'époptie, sont parvenus jus* qu'ànous, mais il est incertain qu'ils aient été intercalés dans l'ensemble. Le premier e»i cette proclamation de l'Hiérophante: la sublime Brimo a mis Briméus au monde, c'esl-â-dire la femme forte a fait naUre Vhomme fort {%). La version, tirée d'une ancienne source (s), que Brimo était un nom de Perséphone, est ainsi constatée, car il ne peut être question ici que de la naissance de Zagrée lacchos ; on peut penser que dans l'époptie seulement, lors de la rencontre du fils et de la mère, on

(1) Plut, de anima, fragm, 6, 2, v. liH. Wyttenb.

(2) Hippolyt. adT. baer. 1 15.

(3; Etymol. 111 p. 213,49.

ait encore une fois solennellement mentionné cette circonstance qui s'était déjà produite dans les petits mystères.

108. — Le deuxième fait provenant de la même source est celui-ci : comme objet grand, admirable et parfait de contemplation mystique, on montrait aux assistants un épi coupé en silence. Ce symbole, comme le témoin en fait aussitôt Tobservation, était emprunté au culte phrygien des dieux. Les Phrygiens appelèrent leur Attes (i) Vépi jaune coupéy comme ils rappelaient aussi k mort ou le stérile^ et Adonis également portait le nom d'Abuba, Tépi (2). On le montrait donc comme le symbole du dieu prématurément tué, mais portant en luimême le germe d'une vie semblable à Fépi renfermant la semence, et c'était là sans doute aussi le symbole de l'immortalité assurée aux Epoptes.

106. — Les objets sacrés, qui se rapportaient aux trois divinités et à leur histoire, qu'on montrait dans les caisses mystiques et qu'on touchait à tour de rôle, étaient d'une haute importance dans les mystères attiques ; plusieurs de ces objets furent donnés aux initiés, soit pour en jouir de suite, — une espèce de communion — soit pour les conserver comme souvenir ou comme amulette. C'était là l'acte d'initiation. Dans les grands mystères c'étaient diverses espèces de gâteaux, de pâtisseries de différentes formes, du sésame, de grains de sel, de pommes de grenade, de petits bâtons, de lierre et de pavot (s) — ce dernier probablement en mémoire de la guérison que Déméter avait opérée par ce moyen sur Triptolème malade ; la grenade parce qu'en en mangeant Perséphone s'était liée

(1) XAd6p/)<ïir a-TctX^v ci/uitBtVTet Hippolyt. p. HH.

(2) Hesych. \. v. Conip. Jablonsky, opusc. IIÏ, 108.

(3) Clem. Alex. Protrepl.'p. 6.

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au monde sousterrain; le lierre comme attribut de Dionysos ; les grains de sel et la pâtisserie comme signe de la meilleure manière de vivre et de la plus douce nourriture que Déméter avait introduite.

107. — Les formules citées par Clément devaient être prononcées par chaque initié ; elles servaient, paraît-il, de dernière épreuve décisive par laquelle les initiés furent reconnus comme tels et admis à l'épopsie. Elles étaient composées ainsi: j*ai jeûné ; fat bu la boUson (le kykéon) ;fai pris dans la caisse ;jfai filé ;j'ai mis dans le panier et transporté du panier dans la caisse (i). Aussi la cérémonie de filer la laine parait avoir été une imitation de ce que Déméter avait fait durant le temps de son deuil (2) et avoir eu certains rapports à la civilisation de la vie et du travail domestique, se rattachant au nom de la déesse.

108. — On montrait aussi le Phallus dans les mystères attiques ; Tertullien le dit positivement (3), et Diodore confirmant son assertion assure que ce symbole était vénéré non-seulement dans les fêtes de Dio-

(t) *EfytiartLfcf9eÇj que Lobeck et tous les modenies après Ini ainsi que 0. MûUer et Preller veulent remplacer par lyyiurufAtvofy mais je croîs qae ce mot est nn«7«| Aiyo^eyof, chez Polybe 7, 13, 7, il s'applique an sang; aorait-on employé dans la formule permanente des mystères no mot dont on ne se servait que fort rarement parmi les sain& symboles des Eleusinies? II y avait selon Epipbanius (opp. 1, 1092) ffui i^u fyttTfttfnt à laine travaillée on filée; ifyemftu^ est donc expliqué ; car dans les petits mystères il y avait de la laine de monton brute (vmf ) que certainement Lobeck aurait également vouln mettre de côté en cbangeant de texte. Or, si dans les derniers mystères on époptiques, la laine filée était un des symboles, il est clair que dans la consécration précédente, les initiés avaient pris delà laine brute dans le panier, qu'ils avaient imité le filage et ensuite placé la laine dans la caisse.

(2) Elle avait enseiguéles travaux manuels aux femmes de la maison. Hymn. in Cer. 144.

(3) Tert. adv. Valent, i.

nysos, mais encore dans tous les autres mystères (i). C'était probablement dans les petits mystères que Ton découvrait le Phallus, le seul membre de Zagrée mutilé qui ait échappé à la fureur des Titans et que Ton conservait dans la caisse mystique sous un nom symbolique, absolument comme le membre d'Osiris et celui du Cabire tué par ses frères. La grande masse des païens n'avait, à aucuiie époque, l'habitude de se sentir .choquée de cette figure ; habituée dès leur jeunesse à la vue des statues de Mercure et autres images semblables, l'imagination des Grecs n'en était pas facilement excitée. On n'y voyait que le symbole de la nature procréatrice, et pourquoi, ce qui frappait les yeux partout et tous les jours aurait-il du paraître choquant dans les mystères ?

109. — A la fin, quand les mystères époptiques étaient terminés, les fêtes des Eleusiniens redevinrent publiques et panégyriques, comme elles avaient commencé; il y eut des festins de sacrifices, des combats de taureaux et d'autres jeux publics; le vainqueur gagnait un vase d'orge sacrée. L'ensemble des fôtes fut clos par les Plémochoées; ce jour là on remplissait deux vases de terre et d'eau, et on les vidait l'un vers l'Est l'autre vers l'Ouest (2). La formule mystique qu'on y employait (3), était probablement celle que Proclus et Hippolytès (4) ont rapportée: Fais pleuvoir^ fais naître. On prononce les premiers mots en regardant le ciel, et les autres en baissant le regard vers la terre.

110. — Si nous jetons un dernier regard sur le triple drame des mystères attiques, nous nous expliquons facilement pourquoi les premiers étaient appe-

(1) DIod. 4, 6.

(2) Aristid. i, 417. Artemid. Oneirocht. i, 8. Plut. Quxst. sympos. 2, 2.

(3)Athen.ii,496.

(4) Prod Gomm. in Tom. p. 303. Hippol. adv. haer.

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Jës tantôt petits mystères tantôt mystères de Persépbone et tantôt mystères de Dionysos; pourquoi ensuite les anciens s'exprimaient souvent sur ces mystères comme s'ils avaient été ceux de Dionysos, lesquels, comme nous l'avons déjà démontré, n'existaient pas comme institution indépendante, à moins qu'on né les prenn^at pour les Sabazies célébrés çà et là en Grèce, comme entreprise privée et dont le dieu était confondu avec Dionysos. Dans le sens propre et plus étroit, les mystères de Dionysos à Agrée ne pouvaient certainement pas être comptés au nombre des Eleusinies; ils n'étaient pas célébrés dans cette ville, mais à quatre lieues de là et qu'il y avait un intervalle de six mois entre la célébration de ces mystères et celle des Eleusinies. Mais elle servait de préparation à cette dernière; la fable de l'une comme de l'autre avait des rapports intimes et on n'admettait à Eleusis que ceux qui avaient été admis à Agrée. Or, on voit maintenant que Clément, dans sa description des mystères, où certainement la distinction et la suite des divers services secrets sont obscures à la première vue, et ont donné lieu à beaucoup de malentendus, a pu mentionner d'abord l'enlèvement de Cora et y rattacher immédiatement les mystères de Dionysos-Zagrée. Ceux-ci à leur tour lui fournirent l'occasion de s'emparer du culte de l^mnos qui présente beaucoup d'analogies avec ce dernier, après quoi il retourne aux Eleusinies et à la recherche de Déméter. En dehors du culte des Cabires de Lemnos, que cet auteur a intercalé dans sa narration, tout le reste ne forme qu'un ensemble et constitue la description de tout le cycle des mystères athéniens d'Eleusis, m. — Si, d'après cela Proclus (i) et Hermiasdistin-

(I) Procl. ia Tim. 4, 96. — n appelle rinitiation /u«>«0-<^.

guent trois divisions : Texpiation, Tinitiation etTépoptie, cela est conforme à rinstitution des Eleusinies ; mais, si Théo de Smyrne (i) parle de cinq degrés d'initiation, il en ajoute deux qui ne Tétaient pas en réalité; car outre la purification, la remise de TéUté et Vèpopti^ il ajoute encore la consécration ou la toilette d*un Hiérophant ou Daduche lequel, comme on le supposait au moins, en savait plus sur les mystères que ce qu'on en avait communiqué aux autres ; lors de cette consécration il y eut une espèce d'intronisation où Ton mettait sur sa tête un diadème ou une couronne. Théo désigne enfin comme cinquième degré le sentiment de félicité, né de la conviction qu'on était le favori de la divinité et qu'on était appelé à vivre un jour au milieu des plaisirs avec les dieux (dans le Hadès).

112. — L'exclusion des grands mystères d'Eleusis de tous ceux qui n'étaient pas suffisamment préparés et qui n'avaient pas passé par les mystères, "était maintenue avec tant de sévérité, que les gardiens du temple de cette ville, firent un jour exécuter deux Acarnaniens, parce qu'ils avaient, par mégarde, pénétré avec la foule dans l'intérieur du lieu sacré (â). Mais si l'on demandait la pureté aux initiés, on n'entendait, par ce mot, nullement la pureté morale de l'âme, idée qui était généralement étrangère au paganisme, pour autant que nous le connaissons comme institution religieuse. Celui qui avait touché un cadavre était aussi impur que celui qui avait commis le meurtre, et on ne faisait aucune différence entre le meurtre involontaire et l'assassinat prémédité. Voilà pourquoi on admettait, sans hésitation , des courtisanes aux mystères (s) ; les

(1) Théo. p. 21. Gelder, et ses notes p. 126. ^

(2)Liv.51, 14.

(3) Par exemple les courtisanes de Lysias. Deraosth. c. Neaer. I3S2. •

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moyens de purification étaient extérieurs et mécaniques : ils consistaient en partie en ablution avec de l'eau de mer et de Teau de rivière, en partie et principalement en fumigations avec du souffre et en frictions avec le sang d'une truie pleine. En Samothrace c'était l'usage de demander au postulant s'il avait commis un crime très-grave, et il y avait là un prêtre particulier (Choès) préposé à l'expiation préalable de pareils délits et surtout du sang versé. Mais on a eu récemment tort d'avoir voulu en faire une confession formelle. Dans les Eleusinies un pareil interrogatoire n'avait pas lieu; tous ceux qui, au su de tout le monde, n'étaient pas coupables de meurtre et qui l'avaient expié, étaient libres de se regarder comme purs.

113. — C'est à ces idées de pureté et d'impureté que se rattache la défense faite aux initiés d'Eleusis démanger de certains fruits et de la chair de certains animaux. Les fèves particulièrement passaient pour impures, voilà pourquoi les prêtres, Phénéatiques de Déméter Eleusinien racontaient que la déesse en accordant d'autres légumes à ses amis, avait excepté les fèves (i). Il fallait aussi s'abstenir des oiseaux domestiques, de certains poissons et de pommes de grenade (s). Les raisons qu'on alléguait à cet égard dans les mystères, étaient d'une nature purement accidentelle, comme au sujet de la grenade, la fable que l'on connaît relativement 'aux suites que la jouissance de ce fruit avait eues pour Cora. On attribuait une vertu particulière à l'habit qu'on avait porté pendant l'initiation ; on s'en servait le plus longtemps possible et on en attachait des morceaux en guise de talisman, sous les vêtements des enfants (3).

(l)Psius.8,75.

(3) Porpbyr* àe abst. 4, 16, p. 353. Rbœr.

(3) Arisloph. Plut. 840. Scbol. b. i.

114. — L*Hiérophant seul était astreint à une abstinence continuelle et, comme en général danVle paganisme, on n'attribuait pas à l'homme la force morale et l'énergie nécessaire à cet effet, il devait se rendre impuissant en se frictionnant avec la cigûe (i). C'était probablement par rapport aux divinités des enfers qu'on exigeait cette abstinence, ou cette mutilation ; sous ce rapport, le prêtre devait ressembler aux divinités dont il révélait les mystères et dont il était le serviteur; il devait paraître stérile comme Perséphone et Hermaphrodite comme lacchos. L'usage qu'on faisait des noms des Hiérophantes et des autres prêtres et prêtresses employés dans les mystères démontre suffisamment l'idée qu'on se faisait de la sainteté toute particulière de ces personnages ; ils portaient des noms sacrés qu'on ne pouvait prononcer, on évitait même de citer les noms profanes dans les documents officiels (s). Mais l'opinion de Porphyre (5), que l'Hiérophante, au moyen de ses ornements, avait représenté le Demargos, le Daduche, le dieu Hélios, l'Epibomius, la déesse Séléné et le Hiérokeryx, le dieu Hermès, est une interprétation postérieure et arbitraire et inventée par les Néo-Pythagoriciens.

ilK. — Dans l'origine, les mystères attiques n'étaient destinés que pour les indigènes de cette contrée ; en règle générale chacun d'entr'eux se faisait initier; beaucoup avaient déjà reçu l'initiation dans leur enfance, et c'était une exception bien rare à Athènes, que de rencontrer un homme qui se tint éloignés des Eleu-

(1) Serv. ad Aen 0, 061. Scbol ad Pers. Sat. 5, U5. HieroD. adv. Jov. 0pp. IV, 102 ; Epist. ad Ageruch. iv, 745. Hippol. adv. haer. p. 115.

(2) Lucian. Lexiph. 10 Eunap. Vit Soph p. 00.

(3) Ap. Euseb. Praep. evg. 3, 1â.

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sinies, d'autant plus rare qu'on s'exposait ainsi aux soupçons d'irréligion. L'opinion, qu'après samort l'ini-tié jouissait des honneurs divins, (du rapprochement mystique des divinités infernales,) fut la cause, dit-on, que tous les Athéniens accouraient pour se faire recevoir (I). Les autres Grecs furent également admis à rinitiation, et un passage des lettres de Platon nous fait croire que beaucoup d'amitiés étaient fondées sur les liens qui rattachaient l'étranger à son mystagogue athénien,

446. — Sans doute parmi les classes élevées et riches, qui pouvaient supporter les frais de voyage et d'initiation, le nombre de non initiés était beaucoup plus grand que celui des initiés. Ce n'est pas qu'il y en aurait eu généralement beaucoup qui fussent restés étrangers aux mystères; on voit dans un passage de Théophraste que cela n'était pas. Cet auteur fait le tableau d'un superstitieux qui en montant sur un vaisseau demande d'abord timidement à chaque passager s'il est initié, s'imaginant que la présence d'un seul profane pourrait mettre en danger tous ceux qui se trouvaient sur le vaisseau (â). 11 n'y avait donc que peu de personnes qui n'étaient pas initiées. Hais la plupart des Grecs avaient leurs mystères dans leur patrie, ou bien comme les Phliasiens (s), ils avaient reçu d'Eleusis leur culte de Déméter, ou bien comme cela était arrivé à ceux deMéssène,des Athéniens étaient immigrés chez eux et avaient réformé et rendu leurs m3ftères de Déméter plus solennels, d'après le modèle Attique (4). On peut déjà conclure d'un passage de

(1) Schol Aristopb. Ran. 158

(2) Theopbr. Charact 16.

(3) Paus. 2, U, 2.

(4) Paus. 7, 18, 2.

Diogène le cynique, qu'au moins dans les états habituellement ennemis d*Athènes, personne ne briguait volontiers Tinitiation aux Eleusinies. Lorsqu'on demandait à cet homme de se faire initier à Athènes et qu'on lui vantait les avantages dont l'initié jouissait dans le monde sousterrain, il répondit qu'il était ridicule qu'Agésilaiis et Epaminondas fussent relégués dans la boue, tandis qu'un fameux voleur, comme Patékion , jouissait de la félicité éternelle (i) . Il nomma évidemment ces deux hommes parce qu'il supposait, comme tout le monde, qu'ils n'avaientpas été initiés: l'un était Spartiate et l'autre Thébain. En effet le nombre de célébrités grecques qui, à notre connaissance, se sont fait initier, sans être d'Athènes, était petit. Nous ne pouvons nommer que Pythagore, Philippe de Macédoine, Démétrius Poliorcète, Philippe, fils de Démétrius, et Apollonius de Tyane. Pindare l'était probablement; quant à Plutarque, la chose est certaine.

117. — Tous les barbares en étaient exclus. Anacharsis le Scythe fut, dit-on, le premier qui obtint l'initiation, mais seulement après qu'on lui eut accordé l'indigénat à Athènes (2). II est vrai qu'on ne put refuser l'initiation aux Romains vainqueurs et maîtres; mais il parait qu'on étendit bientôt cette faveur aux habitants de l'empire romain; car Cicéron mentionne déjà un vers dans lequel il s'agit (3) de l'admission même des peuples les plus éloignés. Cependant nous ne connaissons que peu de Romains qui aient fait usage de ce droit; ce sont d'abord Sylla, VaiTon, Crassus, Atticus et probablement Cicéron avec lui; ensuite Octave et Marc Aurèle et enfin Julien.

(1) Plut, dcaud. poet. VI. 76. Reisk. I)iog. Laert. p. 201. Steph. (i; Lucian. Scytb. 8. 1,868. Bip.

(3; De nat Deor. 1,42.

ET judaïsme. 269

118. — II semble surprenant qu*on exigeât sévèrement de garder le secret sur des actes religieux auxquels on admettait dès enfants, des femmes et des esclaves (ces derniers peut-être par exception) ; mais en vérité les mystères ne pouvaient conserver leur caractère et leur prestige que par cette obligation de garder un silence absolu qu'on imposait aux initiés, probablement par serment. En attendant il ne faut pas se faire un idée trop large de cette obligation. Car d*un côté le secret fut souvent violé et il ne pouvait en être autrementyvu le grand nombre d'initiés et les diverses classes auxquelles elles appartenaient. — Cela fut violé si souvent que la langue renfermait même un mot particulier désignant ce délit (i) ; et quoique cette faute fut punie de mort à Athènes, quoiqu'un crime commis contre les mystères fut regardé comme le plus grand de tous les blasphèmes (s), le bras de la justice d'Athènes ne pouvait dépasser les limites de l'Attique, et dans d'autres parties du monde où l'on parlait la langue grecque de telles violations du secret se commettaient, pour la plupart, impunément. D'autre part le secret exigé ne concernait que les formules, les symboles qu'on avait vus et les scènes qui avaient été représentées (s) ; mais les dogmes ou les opinions religieuses, les explications sur la nature et sur l'histoire des diverses divinités que, dans les mystères, on abandonnait plutôt aux pressentiments et aux conclusions des individus, qu'on ne les leur communiquait, sortaient certainement souvent du cercle des initiés. Le secret dévoilé tomba entre les

(1) Eiôp^^to-Btu, achever la danse, parce qu^une grande partie des re« présentations consistaient en danses mimiques et groupes plastiques.

(2) Isocr. or. de bigis, opp. III, 138. Auger.

(3) Ltto-r^fUTfk K%T0t fcifuç ris riAfr^f^ comme s'exprimoDiodore 3, 65 et 5,49.—

PAGANISME, ETC. T. I. It

mains d'autres personnes qui s*en servaient dans Tintérét de leurs affaires personnelles, ce qui avait lieu chez les poètes tragiques grecs, parmi lesquels Eschyle n'était pas même initié.

119. — Certaines parties des mystères restèrent cachées aux initiés ou au moins incertaines pour eux ; ils voyaient bien les événements fabuleux qu*on représentait, mais ils ne savaient pas comment les interpréter. Ici une vaste sphère restait ouverte à l'imagination ; car les explications symbolico-physiques que les chefs des mystères donnaient de diverses cérémonies surtout des plus choquantes, n'étaient pas communiquées à tous les initiés, mais seulement par une faveur particulière à l'un ou à l'autre et avaient été inventés plus tard comme le dit Philon de Byblus (i). Varron, pour prouver que beaucoup de choses en fait de religion étaient vraies, mais qu'il n'était pas utile de faire savoir au peuple et qu'il valait mieux le tromper à cet égard (s), invoqua le secret qu'on gardait sur les initiations et les mystères grecs. La vérité pourrait bien avoir été celle-ci : que la discussion libre de la théologie mystérieuse aurait fait sentir trop fortement et ressortir la contradiction qui existait entre les mystères et la religion populaire dont les représentants étaient les poètes et qui formaient la base des cultes poblics. Le monde des dieux de l'Olympe ne pouvait admettre des divinités souffrantes et mourantes. Il en fut autrement en Crète ; dans cette île où Ton montrait même le tombeau de Jupiter au grand scandale de beaucoup de Grecs, on ne se souciait pas de la religion du reste de la Grèce et*on ne croyait donc pas avoir de motifs pour cacher mystérieusement des fables,*qui du reste avaient leur origine dans le pays.

(1) Ap. Aug. CD. 4, "51.

ET judaïsme. 371

120. — En général les mystères étaient en haute faveur auprès des Grecs et leur vogue semble être restée la même plus tard au temps des Romains. Plutarque les met avec les fêtes, les festins de sacrifices, et les orgies (fêtes de Bacchus), au nombre des choses qui étaient les plus agréables aux hommes (i). Le charme en résidait dans le voile très-transparent du secret, dans cette variété de sensations produites par la représentation vraie et dramatique, la transition subite d'angoisses et d*attentes à la séVérité et à la joie ; dans le concours de tous les arts et de toutes les jouissances artistiques de la musique et du chant, des danses pantomimiques, du brillant éclairage et d'une décoration à grand effet. En vérité tout cela ne produisait que des délices momentanées et des impressions passagères ; mais l'assurance d'un avenir plein de félicités après la mort, assurance qu'offraient seuls les mystères et surtout ceux de l'Attique, laissait des impressions plus profondes et plus significatives pour toute la vie; les cultes publics ne concernant que le monde terrestre et les biens de cette terre, ne pouvaient produire de semblables sensations. Sur quoi étaient fondées ces espérances certaines de félicité qu'on donnait aux initiés et comment cette félicité leur fut-elle représentée ?

121. — Il est certain qu'on n'enseignait guère dans les mystères le doctrine philosophico-théologique de l'immortalité de l'âme, c'est-à-dire que l'homme ne périssait pas tout à fait à sa mort et qu'il ne tombait pas dans le néant. Aussi longtemps qu'il y avait un peuple grec on avait d'ailleurs la conviction générale que l'homme continuait à vivre d'une façon quelconque, quand même ce serait de la triste vie des ombres. Mais le plus grand bienfait promis dans les mystè-

(1) Plut, de superst. VI ; 647. Reisk.

27î2 PAGANISME ,

l'es, raimaiitqui cxercail la plus puissante attraction, c'est que l'existence après la mort était autre et beaucoup meilleure pour les initiés que pour la foule et surtout pour les barbares — quoique en vérité les Egyptiens eussent aussi leurs mystères de l'autre monde. Leurs initiés jouissent de la faveur particulière et de la protection de Perséphone, déesse des enfers; par le fait de l'initiation ils sont entrés à son service spécial, ils ont pour ainsi dire oijtenu des droits préliminaires d'être ses commensaux dans l'autre monde et de prendre leur part de ses biens et de ses avantages. Et de même que Dionysos, rappelé à la vie par Déméter, qui rassemble ses membres, qui le mit sur son sein et lui communiqua la chaleur divine de la vie, de même les serviteurs de la déesse pouvaient nourrir l'espoir d'échapper, grâce à elje, à la vie d'ombre, nulle et peu recréative, pour recevoir une vie parfaite physique vi vigoureuse. Les initiés se rendaient agréables ^ ces puissances en imitant ce qu'avaient fait autrefois lep divinités sous-terraines^ en partageant leurs peines et leurs joies ; on y rattachait encore cette autre idée que la célébration de ces mystères, que Déméter avait, disuit-on, ordonnée elle-même, serait continuée aux en-? i'oYs et constituerait perpétuellement l'jigréable occupation des serviteurs initiés des dieux (i). L'idée la plus étonnante qui ait été émise à cet égard par les anciens, se trouve dans un passage de Diodore et paraît d'autant plus étrange que cet auteur est un Euhémériste: au moyen de l'initiation, dit-il, les dieux accordent aux hommes une vie éternelle remplie uniquement d'une douce dévotion (2). Ce n'était probablement * qu'une idée isolée, assez étrange en comparaison des

(1) Ainsi Simon. Socr. p. 122, éd. Docckh. 12) Exe Vatic. en Mail Coll. ii, 8.

ET judaïsme. âlo

idées qui dominaient en Grèce et dépassant celles-ci de beaucoup; selon Platon c'étaient plutôt des jouissances des sens et une ivresse sans fin que Ton promettait aux initiés (i); pour fwus seulsy c'est ainsi qu Aristide les fait chanter, Imt dans Vautre monde, un soleil serein. Par contre — et ceci est Topinion générale — tous les non initiés seront plongés dans la bouc et dansles'ténèbres ; ils seront condamnés à apporter de Teau dans un panier en forme de gril pour remplir un tonneau troué (2).

122. — Au fait Platon, Plutarque, Denis et d'autres ont déjà répondu à la question : si les mystères ont exercé en général une influence bienfaisante et civilisatrice sur les Grecs ; en attendait on rencontre même encore des témoignages des anciens qui reconnaissent une telle influence ou peuvent être cités coîhme l'avoir reconnu. Quant aux mystères des Cabires de Sa mothrace, on dit que ceux qui y avaient été initiés passaient pour justes (5), ce qui en effet veutdire seulement que par les moyens efficaces d'expiation qu'on y employait, ils étaient purifiés de tout péché. Mais Diodore va plus loin: on dit que ceux qui y ont été initiés deviennent plus pieux, plusjusteset meilleurs sous tous les ra[)ports qu'ils ne l'avaient été auparavant (4). Quant aux EleusinieSyOùl'on devrait s'attendre à rencontrer un témoignage grec de quelque importance, on n'en trouve pas; Juvénal, le romain, seul semble avoir pensé que l'hiérophante s'attendait en général à ce que l'homme demandant à être initié fût bon et pieux (5) . En conséquence.

(I) Plat, de rep. S, p. 365.

(â) Plat. Gorg. p. 3(H, Aristid. Or. 19, I, 42r.

(5) Schol. Aristopb. Pai. 278.

(4) Diod. 5, 49.

(5) Juven. 15, 140.

il parait qu'une semblable exhortation avait lieu lors de Tadmission. Mais elle ne peut pas avoir été sérieuse, puisqu'on admettait sans distinction tous les individus de la population athénienne, dont on connaissait pourtant plus particulièrement les membres, les porte-faix et les rameurs, voire même les filles publiques aussi bien que les eupatrides et les philosophes. Le passage de l'orateur Andocide, que Ton a souvent cité, ne veut pas dire que ses juges, en leur qualité d'initiés, avaient assumé l'obligation toute particulière d'être justes, mais seulement que, dans le cas donné où il s'agissait d'un délit commis contre les mystères, ils étaient obligés, comme initiés, à punir les coupables et à absoudre les innocents (i). Quant à Aristophane (2), il pense seulement que les deux qualités sur lesquelles ses concitoyens fondaient l'espoir d'obtenir des distinctions particulières dans l'autre monde, étaient l'initiation dans les mystères et la douceur envers les étrangers et les concitoyens ; mais il n'est nullement dit que cette dernière qualité était l'efTet de la première.

123. — Les mystères exerçaient une influence diverse sur les hommes, selon le degré d'éducation, la disposition ou la susceptibilité de ces derniers. Le commun du peuple se réjouissait de la variété des scènes et du luxe qu'on y déployait, et s'attendait à une félicité certaine dans l'autre monde ; mais les philosophes et les penseurs y pensaient souvent à tout autre chose et en tiraient souvent des conclusions qui, reçues généralement, auraient dû conduire logiquement à l'abolition des religions de nation ou d'état. Les Stoïciens et les Hylozoïstes crurent pouvoir déduire de l'ensemble des mystères que les dieux étaient tout simplement les

(1) Andoc. Or. demyst. p. 94.

(2) Aristoph. Kan. 457. Comp la note de Spanheim à'Ia pièce.

ET JUDAISME. ^73

différentes parties de l'univers matériel. Les Péripatéticiens voulaient reconnaître dans les Euleusinies que la divinité, en accordant aux hommes Tagriculture, leur avait donné les fondements et -le commencement de toute civilisation. Les euphéméristes trouvaient dans la destinée et dans les actions humaines des dieux de mystères, dans leurs souffrances et dans leur mort, la confirmation de l'opinion qu'ils avaient que ces êtres n'étaient parvenus à jouir véritablement de la magnificence divine, que par une espèce d'apothéose. Les Néopythagoriciens ou plus tard les Platoniciens s'efforçaient de faire croire que les symboles et les cérémonies des mystères cachaient les dogmes d'une ancienne théologie et d'une vieille philosophie venues de l'Egypte et de la Chaldée.

124. — Rien de plus naturel que de donner une interprétation physico-philosophique au mythe de Zagrée.Plutarche prétend queZagrée est tout simplement l'âme divine du monde, se revêtant de formés^toujours nouvelles ; pour cacher la vérité à la foule, on représente par des déchirements et par des morcellements et d'une manière figurée la transformation de ce dieu de la nature en vents, en eau, en terre et en étoiles, en plantes et en animaux, et on soutient qu'il se réveille périodiquement pour recommencer de nouveau la même révolution (i). Plus tard on expliqua que la destinée de l'âme huniaine était représentée dans la fable de Zagrée d'une manière symbolique et mythologique ; on prétendait que la vie humaine produisait un déchirement continuel sur l'âme attachée au corps et entraînée au milieu des diverses affections sensuelles, comme cela avait lieu à l'égard deDionyso8;maisque, par

(I) Flut. de VA ap Deiph. p. 58J. vu, 528. Keisk.

lamori, elle rentrait dans runitédelasubstancedivine(f).

125. — On a prétendu que le désir de ne point perdre la pureté et la communauté avec le dieu, avantages qu*on avait obtenus au moment et par le fait de Tinitiation, avait dû amener Thomme à porter sur sa conduite morale une attention d*un effet bienfaisant. Mais on n*a jamais ni cru ni enseigné que Tinitié, par un crime commis plus tard, perdait les avantages acquis par les mystères. Si cela avait eu lieu, on aurait jugé à propos, à Toccasion de la crainte qu'on éprouvait d'en perdre les fruits par sa propre faute, de se faire initier de nouveau, ce qu'on ne faisait pas ; celui qui était une fois initié le restait pour toujours, et la crainte de perdre les frilits de cet acte pouvait se réveiller d'autant moins que les purifications lors des mystères n'étaient indispensables que pour le moment de l'initiation et qu'elles n'étaient pas regardées comme des moyens de salut permanents (comme les sacrements chrétiens) ; quand plus tard on se sentait disposé à employer de semblables moyens d'expiation, on pouvait sans difficulté trouver un prêtre qui aurait consenti à appliquer des ablutions, des fumigations avec du soufre, ou des frictions avec du sang de porc accompagnées de formules non moins efficaces. Platon, en faisant des allusions assez transparentes aux Eleusinies, en jugeait tout autrement; il pensait que les initiations ne servaient qu'à confirmer et à rassurer les hommes dans l'iniquité (â).

126. — Considérées dans un sens plus large, les Thésmophories peuvent être comptées au nombre des mystères attiques, parce qu'elles formaient également un culte secret consacré à Déméter. La déesse y était vé-

(1) Damasc. vit. Isid. ap. Pbot. cod. 24?, 526.

(2) Plat. Kap. % 363.

ET judaïsme. !Z/ i

nérée avec des cérémonies secrètes comme ordonnatrice de la vie sociale et morale, et surtout comme fondatrice du mariage. Le labourage et l'ensemencement de la terre par Tagriculture devinrent un symbole pour représenter les rapports physiques d'époux à épouse ; la grossesse et l'enfantement des femmes passaient pour des états consacrés à Déméter. Plusieurs jours avant la célébration, les femmes devaient se tenir éloignées de leurs maris et jeûner en restant assises sur le sol ; puis elles s'assemblaient dans un édifice particulier où l'on vénérait formellement la « cteis, » image des parties génitales de la femme (i). Cette fête, rappelant la séparation et la réunion de la mère et de la fille, était donc en même temps une fête de deuil et de joie. Le culte de Thémis doit avoir été joint à celui de Déméter; comme déesse de la terre, comme fondatrice de villes et des mystères de Dionysos, Thémis avait tant d'analogie avec Déméter, qu'on n'a jamais biçn su si l'image de Thelpusa représentait Thémis ou Déméter Erinnys (2). D'après la doctrine d'Orphée, laquelle est ici certainement connexe avec le culte se* cret (3), le nom de Thémis était un nom de Géa, et celle-ci identique avec Déméter; la première de ces deux versions avait été annoncée sur le théâtre athénien par Eschyle, la dernière par Euripide (4). Clément cite par conséquent comme symboles secrets des mystères de Thémis l'herbe amer Origanum, la lampe, le glaive et la « cteis » (3) de la femme; mais c'étaient précisément les objets qu'on montrait et qu'on vénérait dans les Thesmophories,

(1) Atben. 14, 56. Tfaéodoret. Gr. aff. car. 3, p. 784. (û) Paus. 8, 25, 4.

(3) Orph. hymn. 78, v. 8.

(4) iEschyl. Pronieth. i8, 209, 10C0 Eurip. Bacch. 275. (5)Cl<iikPvotrept.p. 19.

127. — A côté des mystères reconnus comme culte de l'état se maintinrent les institutions privées importées de l'étranger. Les plus importantes et les plus recherchées d'entre elles étaient les Sabazies, dont les fables de Jupiter, de Déméter et de Perséphone formaient l'essence. Déo succombe à Jupiter, qui engendre avec elle Perséphone ; pour calmer la colère de sa victime, il coupe les testicules d'un bélier et les jette à ses pieds, lui faisant accroire que ce sont les siens. Les formules mystiques qui s'y rapportent: « J'ai mangé dans le tambour, j'ai bu dans la cymbale ; j'ai porté le plat de sacrifice et je me suis introduit dans le thalamus (chambre nuptiale) » avaient un sens obscène (i), comme on peut le reconnaître dans ce qu'ajoute Clément. On représentait ensuite que Jupiter, sous la figure d'un serpent, s'était approché de sa propre fille et avait engendré avec elle Dionysos Sabazius; en souvenir de cet événement, on passait un serpent d'or sur le sein des initiées. Il y eut donc une énigpe expliquée dans ces mystères : le taureau est le père du serpent, et le serpent est le père du taureau. Or, Déméter avait succombé à Jupiter qui avait pris la figure d'un taureau, et le fils de ce dieu et de Perséphone fut Dionysos, le « taureau » (2). Hais il faut bien que ces choses là aient été représentées d'une manière fort peu voilée, puisque Diodore dilt qu'on choisissait la nuit pour célébrer les Sabazies, parce que « la pudeur accompagnait le Vapprochement des sexes (3). »

428. — Firmicus décrit une espèce de culte secret qu'il faut sans doute compter aussi au nombre des mystères privés. La nuit, une image couchée sur un lit

(1) Clem. Protrept. p. 44. Cf. Firmic. p. 9:>, Oehler. (!2) Arnob. 5. 20. Clem. Protrept. p. 14. (3) Diod. 4, 4.

ET judaïsme. 279

portatif, était pleurée d'après un certain rhythme; puis, on apportait de la lumière, le prêtre oignait la gorge de chaque pleureur en murmurant ces paroles : < Rassurez-vous, initiés du dieu sauvé, car la douleur sera pour vous une source de salut. » Ce dieu mort qu'on pleurait et qui était rappelé à la vie, était donc Osiris ou Zagrée, et il faut conclure de ces paroles de l'auteur : « tu délivres ton dieu, tu rassembles les membres épars de la statue » — qu'on représentait la destruction du dieu en brisant l'image, et sa résurrection, en rassemblant les membres dispersés (i).

(1) Firmic. p. 100, Oehler.

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