I. — SACERDOCE ET DIVINATION
1. — La classe des prêtres n'avait une doctrine religieuse ni à conserver^ ni à enseigner ; chez les Grecs, on n'enseignait généralement rien en fait de religion et les fables des dieux se propageaient autant de vive voix que par les œuvres des poètes lues ou récitées partout; leurs fonctions se bcMrnaient donc avant tout à Tacconiplissement du service des sacrifices, à la surveillance des temples et à l'administration des biens sacrés,, les téménès. On n'exigeait donc nullement du prêtre une capacité quelconque résultant de connaissances acquises» d'une éducation particulière et d'études préparatoires. C'est un trait caractéristique que Plutarque,. en énumérant les classes d'individus auprès desquelles on pouvait se renseigner sur les choses religieuses, ne nomme pas les prêtres, mais les poètes, les législateurs et les philosophes (t); DionChry-
Cl) Plut. Amalor. p. -iÔO,.!!,»» Reisk.
sostome (i) est du même avis en mentionnant, comme sources de la religion, d*abord le sentiment naturel de rhomme, et ensuite les poètes, les législateurs, les sculpteurs, les peintres et enfin les philosophes; il n'eut pas même Tidée qu'on pourrait consulter les prêtres sur des questions de religion ; il ne faut donc pas s'étonner que Platon^ dans sa république idéale n'ait pas songé à exiger des prêtres une capacité intellectuelle quelconque; selon lui, on soumettait leur nomination à la décision du sort et il ne fallait tenir compte que de l'absence de défauts corporels et de leur naissance légitime; ils devaient descendre d'une bonne famille et n'avoir jamais commis de grands crimes (2). Les Athéniens, en élisant leur roi des sacrifices, no prenaient en considération que l'absence de défauts corporels. Delà, par conséquent^ l'opinion d'Isocrate: que la dignité de prêtre était l'affaire de tout le monde (3).
2. — En attendant, l'accès du sacerdoce ne fut pas ouvert à chacun : car, d'un côté, beaucoup de ces fonctions étaient héréditaires et la propriété de certaines familles; c'est d'après les droits de la primogéniture, ou par le sort, qu'on donnait alors Tinvestilure. Ces fonctions étaient le plus souvent héréditaires dans les vieilles métropoles, elles l'étaient bien plus rarement dans les colonies, puisque les familles de prêtres ne s'expatriaient pas volontiers. Ensuite les étrangers ne furent jamais admis au sacerdoce, quand même ils auraient acquis le droit de bourgeoisie ; et enfin on ne confiait guère ces fonctions qu'à des personnes de familles distinguées; les pauvres, du reste, ne pouvaient y prétendre à cause des dépenses inhérentes à ces digpijtés.
(i) Or. i^r p. 301-397.
(2) Legg. p. 759.
(S) Ad Nicocl. p. 19.
3. — La beauté du corps était, conformément au génie de la religion hellénique, une qualité extrêmement recommandable pour un prêtre; à i£gion on choisissait le plus beau garçon pour prêtre de Jupiter, et à Fanagra, le plus bel adolescent était chargé du service de Hermès (i). Souvent la virginité et la chasteté étaient une condition absolue pour le service des dieux; en semblable cas, on ne confiait le sacerdoce aux garçons et aux jeunes filles que jusqu'à Tâge de puberté. Rarement on imposait l'observation du célibat aux personnes nommées à vie aux fonctions de prêtre ; on raconte cependant que la prêtresse de Géa à Achée devait vivre dans la chasteté, et que celles de Héraclès à Thespieet d'Aphrodite devaient rester vierges (2). Quand on imposait de telles conditions aux hommes, ce qui avait lieu à l'égard de l'Hiérophante à Eleusis et, selon Galène (3), à l'égard des prêtres d'Artémis et d'Athéné, il fallait recourir à des moyens physiques d'extinction, parce qu'en ce point le Grec n'avait aucune foi en l'énergie d'une Volonté religieuse déterminée. A l'occasion d'abstinences temporaires exigées par le rite on usait de procédés analogues. Le prêtre et la prêtresse d'Artémis Hymnia en Arcadie devaient se soumettre aux restrictions les plus sévères ; on les forçait de vivre dans le célibat et dans une retraite absolue; ils ne pouvaient mettre le pied dans aucune maison (4).
4. — Le sexe du prêtre ne fut pas toujours celui de la divinité : Héraclès et Poséidon avaient des prêtresses en quelques endroits, et Dionysos en avait presque partout, tandis qu'Artémis et Athéné avaient même
(l)Paus. 7,24,2;9, 22,2.
(2) Ibid. 7, 25, 8.
(3) Galen. ad Epid 3, i, 524.
(4) Paus. 8, 13, i.
des prêtres; à Elateia, cette dernière déesse n'était servie que par des garçons. Eu général, le nombre des prétresses paraît avoir été plus grand que celui des prêtres, puisque les prétresses d'une seule divinité formaient fréquemment des collèges entiers, comme les quatorze géraires (prétresses) de Dionysos à Athènes. En Grèce, les prêtres et les prêtresses ne purent, nulle part, s'organiser de façon à former un corps important ; la division résultant du polythéisme s'y opposait, parce que les prêtres d'une divinité n'avaient rien de commun avec ceux d'une autre, ce qui les empêchait de se former en caste séparée et, comme telle, d'acquérir'du pouvoir ou une influence marquante. On n'a même pu découvrir que les prêtres de Jupiter jouissaient d'une certaine préférence sur les autres ministres de dieux.
5. — Les prêtres avaient une part dans les revenus des biens sacrés, part déterminée soit par la loi,' soit par l'usage ; les peaux des animaux sacrifiés et certaines parties de la chair leur étaient assignées ; en outre, on instituait des collectes qui étaient faites par des prêtres allant de maison en maison, et dont le produit était affecté à l'entretien du service et du temple; on exigeait même quelquefois un droit d'entrée au temple (i). Le terrain sacré, sur lequel se trouvaient les temples, les bois sacrés et les maisons des prêtres, formaient leurs domaines, où ils régnaient presque en maîtres absolus. Par ci et par là, les prêtres, par suitedela grande renommée dont leurs dieux jouissaient, parvin-
* rent à amasser de grandes richesses, au point que, par exemple, les prêtres d'Olympie et de Delphes avançaient des fonds aux républiques qui leulr en payaient les i ntérêts.