‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 28 sur 60 · VIII. — DÉLITS nE RELIGION ET LEURS PEINES · texte numérisé non relu

VIII. — DÉLITS nE RELIGION ET LEURS PEINES

60. — La religion de l'Etat avec tout ce qui se rapportait au culte était placée sous l'égide des lois et la peine dont on punissait les actes réputés délits de religion était dans la plupart des cas la peine de mort. C'est pourquoi une accusation d' « asébie, » c'est-à-dire, de blasphème ou d'impiété, était une affaire très-sérieuse et très-menaçante, un moyen dont on pouvait se faire une arme aussi facile qu'efficace pour perdre un adversaire. Comme on manquait, d'une part, d'un dogme religieux déterminé, et que d'autre part, un système de religion basé sur le culte de la nature présentait une sphère extrémenient vaste, l'idée qu'on attachait à l'asébie était tantôt très-restreinte, tantôt fort peu Hmi-

(i)Legg. 10, p. 010.

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tée, et comprenait une foule de choses trop difliciles à embrasser d*un seul coup d*œil. Dans beaucoup de cas on laissait donc un vaste champ à Tinterprëtation des tribunaux et à leur arbitraire.

61. — C*est plutôt par des exemples historiques que par la connaissance des lois qui existaient sur la matière que nous savons quels actes étaient réputés délits de religion. Le blasphème des dieux par la parole ou par des actes était regardé comme entraînant la peine de mort; on pouvait sans provoquer des marques de déplaisir, soit du peuple soit des autorités, persiffler les dieux en général et certaines divinités en particulier sur le théâtre d'Athènes. Ce qu'on tolérait sur la scène devait aussi être permis à la maison et dans la vie privée. Mais celui qui niait Texistence des dieux, ou qui proférait des paroles qui pouvaient le faire accuser d'athéisme, était puni de mort. Ce qui nous est clairement démontré par les exemples de Diagore de Mélos, dont la tête fut mise à prix par la ville d'Athènes, et de Théodore qui n'échappa à la mort que par la protection de Démétrius(i). Ensuite celui qui avait cherché à introduire à Athènes, sans l'assentiment de l'aréopage et du peuple, un culte non encore autorisé, était condamné à perdre la vie. On sait du reste que la mutilation d'une image divine, la révélation ou l'imitation des coutumes et des symboles usités dans les mystères étaient expiées par la peine capitale. On regardait comme des crimes entraînant une condamnation à mort, la présence d'un homme dans le temple de Déméter lors de la fête des Thesmophories — satisfaire un besoin naturel dans le temple d'Apollon ou arracher le plus petit arbrisseau dans un bois sacré, ou déposer dans TEleusinium une

(1) Aelian. V. H. ^, 23. Joseph, c Apion. S, 37. Diog. Laert. 3, 8, 15.

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branche d'olivier, en signe de supplication, était un' crime tout aussi condamnable (i) ; et Texécution avait lieu quand même un enfant ou un insensé aurait commis le sacrilège. Il y a cependant des cas où la des* truction d'un olivier consacré à Pallas a été punie de bannissement et de confiscation de biens (2). Les Mégariens, ayant défriché un terrain consacré aux dieux, furent poursuivis comme sacrilèges, en vertu d'une décision du peuple athénéen. Quand, dans le pays d'Epidaure, on eut consacré un bois à Hyrnetho fille de Ténfénos, on pouvait n'en enlever des branches sèches sans être déclaré délinquant punissable (s), ce qui entre beaucoup d'autres faits démontre combien il était facile de se rendre coupable d'un délit de religion.

62. — Les exemples d'exécutions capitales pour a Asébie » sont donc assez nombreux, et quelquesuns même prouvent combien l'homme le plus prudent avait peine à se garantir d'une accusation et d'une condamnation de ce chef. Le fabuliste Esope déjà, contemporain de Crésus, fut précipité du haut du rocher d'Hyampé à Delphes pour avoir blasphémé les dieux (4).Âtarbès fut exécuté parce qu'il avait frappé un oiseau consacré à Asclépios (5). On accusa Phidias d'un délit de religion parce que dans la bataille des Amazones, ornant le bouclier de la statue de Pallas, il avait placé son portrait et celui de Périclès; il futjetéen prison et y mourut. En même temps Aspasie fut accusé d'asébie, et ce n'est qu'à force de prières et de larmes que Périclès, son ami, put lui sauver la vie (6).

(1) Andocid. de royst. 54, 57. 58. Aelian. V. H. 5, 17.

(î) Lysias. 293.

f3) Paus. 2, 28. 3.

(4) Herodot. 2, 134. Plut.deser. iium viud. p. 556.

(5)Aelian. V. H.5, 17- •

(«) Plut. Pcricl. 52.

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Une semblable accusation exposa plus tard la célèbre Phryné au danger de mort. Puis suivirent à Athènes les décrets contre Anaxagore, Diagore, Protagore et beaucoup d'autres. On pouvait même se rendre coupable du crime d'Asébie en rendant de trop grands honneurs à un mort ; c'est ainsi qu'on lança une accusation contre Aristote, parce que journellement pendant les festins il avait chanté un hymne à l'intention de son ami le platonicien Hermias, qui avait été assassiné (i). Plus tôt même, pendant la guerre du Péloponèse, Ninus, prêtresse des Sabaties avait été exécutée pour avoir accordé des initiations étrangères, tandis que plus tard, la mère d'Eschine, Glaucothéa prodiguait les mêmes initiations du consentement de l'état (2). Le fait qu'un prêtre de la mère phrygienne des dieux a été précipité dans le Barathrum d'Athènes, pour avoir introduit un culte étranger (s), semble appartenir à une époque plus reculée.

(1) Atben. iS. 5i. v. 351. Scbweigh.

(2)Scbol ad. Oemosth. de fais. leg. p. 451. Lobeck. Aglaopb. p 606.

(3)Suid V. Mjïr|W8yupT>j«'. Scbol. Plut. 431.

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