‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 43 sur 60 · Z. A. II · texte numérisé non relu

Z. A. II

pénalités, consistant en un certain nombre de coups. Ormuzd lui-même en a déterminé le nombre, et Tinstrument dont il fallait se servir, pour châtier certaines fautes, même involontaires. Toutes ces prescriptions prouvent à l'évidence qu'une théocratie sévère dominait, au moyen de la religion, toute l'existence des Perses. Pour se réconcilier avec la Divinité et conjurer les châtiments à venir, il fallait recourir aux œuvres de pénitence, toujours proportionnées à la grandeur de la faute commise. Ces actes expiatoires étaient : apporter du bois pour alimenter le feu sacré: faire des trousses de Barsam ; tuer un grand nombre de serpents, de tortues, de lézards, de fourmis, de souris, de cousins; détruire les trous immondes des animaux d'Ahriman ; fournir aux prêtres, aux guerriers, aux laboureurs les instruments de leur profession ; céder aux « hommes saints, » à ses coreligionnaires, un fleuve, un champ, une maison, ou leur procurer une épouse pour l'expiation de son âme.

58. — Gomme tout ce qui ne se rapportait pas à Ormuzd ou aux dieux créés par lui, tombait sous le joug d'Ahriman et était en quelque sorte un culte rendu à ce génie ténébreux ou à ses Dewas, la religion des Parses devait être, plus que toute autre forme du Paganisme, exclusive et intolérante. Un Perse sincèrement attaché à sa foi ne pouvait vivre avec ceux qui professaient un autre culte. Et cependant, le Zend-Avesta suppose que les fidèles d'Ormuzd habitaient parmi les adorateurs des Dewas ou dieux étrangers. Les sujets d'Ormuzd, est-il dit dans le Vendidad, qui veulent devenir médecins, s'exerceront d'abord sur les adorateurs des Dewas. Si trois de ceux qu'ils traitent viennent successivement à mourir, le médecin-aspirant doit renoncer à son art. Si, au contraire, ils rendent la santé à trois adorateurs des Dewas, il leur est permis de soi-

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gner les vrais serviteurs d'Ormuzd. Calomnier « un saint » auprès d*un sectateur d'une autre croyance, est un péché grave. Ceux qui se mêlent aux adorateurs des Dewas, devraient être tués comme les serpents venimeux, les loups et les lézards (i). Les Perses ne pouvaient pas supporter la vue de ceux qui ne suivaient pas la vraie religion et des crimes sans nombre qu'ils commettaient contre le$ éléments sacrés ; les chrétiens Font éprouvé : on leur reprochait d'employer l'eau à de vils usages, de tuer tous les animaux sans distinction, d'enterrer les cadavres. Cambyse en Egypte et Xerxès en Grèce prouvèrent d'une terrible manière la haine qu'ils portaient contre les idoles et les dieux étrangers. Cependant ils ménageaient ordinairement les cultes des peuples soumis à leur sceptre, peut-être par politique, peut-être aussi parce que depuis long* temps la religion perse s'était écartée des prescriptions des livres Zends, pour adopter des formes de culte venues de l'Asie occidentale.

S9. — La partie la plus compliquée, la plus vexatoire de la législation perse, est sans contredit celle qui se rapporte à la mort et à la manière de traiter les cadavres. La mort d'un homme pur, c'est-à-dire, d'un serviteur d'Ormuzd est une victoire d'Ahrîman ; réciproquement, la mort d'un être créé par Âhriman est un triomphe d'Ormuzd. L'infection qui sort du cadavre se répand d'autant plus loin que le défunt appartenait à un rang plus élevé (2). Les objets qui avaient été en contact avec un cadavre étaient soigneusement évités: le Yendidad a sur ce point de nombreuses prescriptions et de pénalités pour les prévaricateurs. Jeter ou ne pas relever un chien mort, était un délit

(1) Vend. 18, 123-133.

(2) Vend. 5, 86. ff. p. 109. Spiegel.

puni de deux mille coups de bâton (i). Pareil châtiment est réservé à celui qui couvre un mort d'un vêtement de coton et de poils d'animaux, ayant un seul fil de neuf. Jeter un mort dans Teau, l'enterrer, le brûler sont des forfaits irrémissibles. Il ne restait donc plus qu'à exposer les cadavres dans les champs à la voracité des oiseaux et des chiens. Mais la terre ne pouvait être profanée : on creusait donc une fosse, dans un endroit dépourvu d'arbres et d'eau, cette fosse était comblée de poussière et de pierres, sur lesquels on posait et attachait le cadavre nu. C'est ce qu'on appelait un Dakham. Mais ces Dakhams devenaient le rendez-vous des Dewas,qui là plus que tout ailleurs, sont hostiles et nuisibles aux hommes: au3si fuyait-on ces lieux de malédiction. L'Hyrcanie élevait une race particulière de chiens auxquels on jetait les cadavres. Etre dévoré par les animaux était la meilleure des inhumations (2). Quand le corps ainsi exposé à l'air était réduit en poussière, le Dakham devait être détruit : c'était là un acte des plus méritoires ; il effaçait tous les crimes (s). Le plus grand malheur qui pût frapper un croyant, c'était de toucher un cadavre : il devait immédiatement se laver quinze fois, se actionner autant de fois avec de la terre et puis se faire purifier par le premier homme qu'il rencontrait (4).

60. — Parfois on enterrait des hommes vivants ; Hérodote qui parle de cette coutume, rapporte que les Mages qui accompagnaient Xerxès dans son expédition en Grèce firent enterrer tout vifs neuf garçons et filles indigènes dans neuf rues des Edoniens; la reine Amestrîs, ajoute-t-il plus loin, sacrifia de la même

(1) Vend. 6, 33, p. 119.

(2) Cic Tiisc. 1, 45.

(3) Vend. 7,126. ff. p. 134.

(4) Vend. 8. 271. ff.

manière quatorze enfants appartenant à des familles perses très-distinguées. On se demande si, aux yeux des Perses, c'était là « une profanation inouïe de la terre (i). » Celle-ci n'était souillée que par le contact d'un corps, dont le démon de la mort, (DruckhsNasus) avait pris possession. Celui-ci ne pouvait, d'après les théories des Perses, s'emparer de ceux qu'on enterrait tout vifs. Aucuns croyaient qu'on prolongeait sa vie, en offrant à Âhriman et aux Dewas ou génies de la mort plusieurs vies humaines; persuasion, qui s'appuyait probablement sur les mêmes idées que la préparation du Homa avec le sang d'un loup. L'usage de déposer les rois Perses dans des cercueils de métal ou dans des monuments creusés dans le roc, ne froissait pas le sentiment^religieux du peuple : la terre restait toujours pure.

61. — Quand l'homme meurt, les démons s'emparent de son corps ; mais le troisième jour, il recouvre la connaissance, il a conscience de son être : l'âme du juste dépasse les hauteurs dont Mithra s'élance et d'où le soleil commence sa carrière ; elle atteint le pont Tschinevad, construit par Ormuzd et là on l'interroge sur la manière dont elle a vécu dans le monde des corps. Ensuite les Izeds célestes la conduisent au trône de l'Amschaspand Bahman et delà dans le Gorotman, où Ormuzd réside. Ainsi parle le Yendidad (2). D'après un fragment Zend d'une date plus récente, l'âme rencontre sur cette route sa propre loi, c'est-à-dire, le reflet des actions de toute sa vie : celle-ci cachée sous la forme d'un être lumineux et beau, lui dit : « Je suis la pureté à laquelle tu as aspiré : je suis ta pensée, ta parole, tes actes purs (2). » La doctrine de la résur-

(1) Comme Ta pensé Spiegel(Zeitsch. d. D. M Ges. ix, 184 )

(2) Vend. 19, 96 ff.; p. 249.

(5) Chez Rhode. p. 402.

rection, inconnue aux anciens livres Zends, ne parait qu*à une époque plus récente de Thistoire de la Perse et ne saurait par conséquent, avoir Zoroastre pour auteur. Une espèce de chiliasme semble avoir existé chez eux d'assez bonne heure : Théopompe (i), contemporain d'Alexandre, rapporte le trait suivant: un jour viendra qu'Âhriman succombera dans la lutte entreprise contre Ormuzd : alors les hommes seront heureux : ils n'auront plus besoin de nourriture, ne projetteront plus d'ombre (leurs corps seront glorifiés). Le dieu, auteur de cette félicité, jouira d'un repos dont la durée, longue en ellemême, équivaudra pour lui au sommeil d'un homme. Les bienheureux mèneront la même vie, sous l'empire d'une même loi; tous parleront lamême langue. Decette félicité ne seront pas même exclus, ceux qui étaient morts depuis longtemps : les mages, dit le même historien, enseignaient que les hommes renaîtront à une vie immortelle et verront tous leurs vœux comblés (â). Dans le temps qui précéda immédiatement l'invasion d'Alexandre, les théories de la fin des choses divisèrent les mages : une école fondée par quelques-uns d'entr'eux, enseigna la métempsycose et rejeta le dogme de la résurrection peu en harmonie avec la première (3). Les deux partis existèrent l'un à côté de l'autre, durant la domination des Macédoniens et des Parthes, époque de décadence pour la religion de Zoroastre. Leur position respective se modifia lors de la restauration religieuse qui eut lieu aux premiers jours des Sassanides. Les partisans de la résurrection triomphèrent ; leur doctrine s'accordait avec l'esprit de la religion parse mieux que la métempsycose. La mort est l'œuvre d'Âh-

(i) Burn Journ. As. 1840. T. x, p. 237. Spiegel (Mûnchii. Gel.-Anz. 1847, 1, 159.

(2) Ap. Diog. Laert. Proœm. 8.

(3) Eabul. ap. Porph. Abst. 4, 16.

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riman: lecorpsderhomme, formé par Ormuzd, n'estque souillé par son adversaire. Dès lors il est naturel que la mort disparaisse après la défaite totale d'Ahriman — le germe de mort qu'il a déposé dans le corps de l'homme est étouffé — les hommes, revêtus de corps purs comme l'Ëther, jouiront d'une existence immortelle et heureuse sur la terre soustraite désormais à toute influence du principe du mal et de ses Dewas. Cette doctrine triompha et la secte des Maguséens, qui regardant le corps comme fait par Ahriman, comme une prison où l'âme expie les fautes d'une vie antérieure, rejetaient, par conséquent, la résurrection, fut expulsée et condamnée à diverses reprises (i). Aussi le Bundehesch réduit la théorie de la résurrection en système et la rattache au dogme de Sosiosch.

62. — Sosiosch, prophète ou protecteur, doit naitre vers lafindumonde. LeVendidaden parled'une manière un peu vague et se contente de dire qu'il sortira de l'eau Kansoya située à l'Orient (2). Le Bundehesch le peint d'une manière plus complète. Il paraîtra, lorsque le mal et l'iniquité aura pris le dessus parmi les hommes : deux autres prophètes, Oscheder-Bami et Oschedermah, le précéderont et régneront chacun mille ans. Sosiosch qui viendra après eux défait la mort et juge le monde : revêtu de la force d'Ormuzd, il rappellera les morts à la vie. Comment, demande Zoroastre à Ormuzd, comment pourra se réformer un corps, dont les flots et les vents ont emporté les débris ? Ormuzd lui rappelle la toute-puissance de la force créatrice : celui qui a formé le grain du froment, et lui fait lancer du sein de la corruption, une tige verdoyante, rappellera, mais seulement une fois, les morts à la vie. Kaiomorts

(1) Faucher. Mém. dei'acad. des Inscript. T. xxxix, 725,790.

(2) Vend. 19, 18, p. UA.

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sortira le premier de la poussière, puis Meschia avec Meschiane : 57 ans après, aura lieu la résurrection générale. Sosiosch donnera à tous le Homa et ce qui vient du taureau et leur assurera ainsi Timmortalité. Les hommes auront le temps de se revoir et de se reconnaître ; mais après les premiers épanchements de la joie, viendra la séparation. Sosiosch, jugeant d'un lieu élevé le genre humain tout entier, séparera les justes des criminels. L'époux, le frère, l'ami seront arrachés aux bras de l'épouse, de la fille, de l'ami. Les justes entreront dans le Gorotman ; les Darvandsou impurs seront de nouveau plongés dans le Duzakh ou enfer, où ils étaient tombés après leur mort (i). Enfin, une vaste conflagration purifiera la création : la comète Gurzscher se précipitera sur la terre et les métaux que celle-ci renferme, entreront en fusion. Â travers ces flammes liquides et expiatoires passent saints et Darvands. Âhriman lui-même y dépose ses souillures. Le Duzakh sera purifié. Le mal est désormais détruit; tous les hommes porteront des vêtements célestes, et s*uniront pour le grand, œuvre qui consiste à chanter les louanges d'Ormuzd et des Âmschaspands.

63. — Parlons maintenant d'un culte qui, quoiqu'originaire de la Perse, y fut très-peu répandu et ne semble pas avoir rencontré beaucoup de sympathie chez les sectateurs de la doctrine Zende. Le culte de Hithras se sépara de l'ensemble de la doctrine Parse et voulut suivre sa propre destinée. Plus tard il se répandit dans l'Occident Gréco-Romain : dans les derniers jours de la république, vers l'an 70 av. J.-C, les pirates qui ravageaient les côtes de l'Asie, l'introduisirent en Grèce

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et en Italie (i), où il se présenta comme une religion voilée sous des initiations et des épreuves mystérieuses. Il rallia un grand nombre de ceux qui ne montraient plus que de Tindifférence ou de Tincrédulité à Tégard des autres divinités. Les légions romaines le portèrent jusqu'aux limites occidentales et septentrionales de l'empire : partout il éleva de nombreux monuments et jeta sur les derniers jours du Paganisme décrépit, le reflet d'un sentiment religieux plein de mystère, noble et moral.

64. — Originairement, Mithra n'était pas un dieu solaire aux yeux des croyants Zends. Le Zend-Avesta le distingue du soleil et le place dans le ciel entre Fastre du jour et l'astre de la nuit. « Il féconde et fait reverdir les prés arides; il est le germe des germes, vivifiant la nature et multipliant les eaux et les arbres.» Les bergers l'invoquent pour la multiplication des troupeaux : comme Anahita, il est le dieu de la fécondité, < le maître de la vie, le chef de toutes les créatures ]> (s). Elevé au-dessus de tout par Ormuzd, il est le médiateur entre celui-ci et les hommes, le lien qui maintient l'harmonie des mondes. Au fond, il représente le côté agissant d'Ormuzd: celui-ci est.c absorbé dans son repos, » et Mithra produit et lutte toujours (3). Sans cesse il combat contre Ahriman, l'ennemi du ciel, de la terre et du genre humain. C'est lui qui verse sur l'Iran la plénitude de la bénédiction: il juge les morts sur le pont Tschinevad. Parfois il descend dans les régions inférieures, mais seulement pour veiller sur les morts et poursuivre jusque dans son dernier refuge le roi des ténèbres et des Dews, le Père de la

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