‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 8 sur 60 · I. — ORIGINES DU POLTraÉlftHB GREC · texte numérisé non relu

I. — ORIGINES DU POLTraÉlftHB GREC

1 . — La déification de la nature et de ses forces, ou même de simples emblèmes, fut le fondement de toutes les religions ethniques, telles qu'elles subsistaient, transmises de race en race, chez les peuples unis à TEmpire romain. Les éléments, la lumière, le ciel, les astres, les singularités naturelles, les phénomènes physiques, devinrent les objets d'une adoration religieuse et donnèrent naissance aux religions polythéistes. Dès que la connaissance originelle de Dieu se fût obscurcie chez l'homme déchu, par sa propre faute, de l'heureux état qui le rapprochait de son Créateur, du Dieu vivant et unique, l'homme resté sous l'aiguillon tyrannique de la sensualité et des jouissances charnelles, lésé par conséquent dans sa liberté morale, devint totale* ment incapable de concevoir ladivinité comme un être purement spirituel et surnaturel, distinct du monde physique, supérieur, infini. Trop à l'étroit dans les limites de la nature qui bornaient et resserraient de

toutes parts Thorizon de son intelligence, il sentit alors le besoin de suppléer, par la déification de la nature matérielle, à cette nécessité innée chez lui, de la connaissance et de Tadoration d'une divinité suprême. Dans cet abaissement même, l'idée de la divinité qu'il n'était plus capable de connaître, mais qu'il ne laissait pas que de pressentir encore, survivait en lui à l'obscurcissement de l'esprit, et il n'était pas en son pouvoir de se soustraire complètement à cette vérité d'un être suprême et divin, manifestant dans la nature entière son ubiquité et son activité universelle. La nature elle-même se déroulait aux yeux de l'homme, comme une puissance infinie, animée par une invisible plénitude de forces incommensurables et sans nombre, qui ne relevait d'aucune autre puissance. De toutes parts, elle offrait à ses yeux des mystères impénétrables, là même où il avait scruté, avec le plus d'attention, le mécanisme de sa vie intime pour se rendre compte de ses sensations externes. Hais il se développait en même temps dans le cœur de l'homme, une sympathie et une attraction, quelquefois passionnée, pour ce prestige incessant qui fascinait ses regards et l'invitait à se livrer, avec d'autant plus d'abandon, à l'empire et aux penchants de la nature'. De plus en plus captivé par ses charmes et accablé de son poids, l'homme ne s'apercevait pas que sa conscience morale s'émoussait tous les jours davantage, et bientôt il tomba dans un asservissement complet à la fougue de ses instincts physiques.

2. — Mais comment FÂpothéose païenne de la nature eût-elle pu s'accomplir, sans multiplier à l'infini ses divinités et ses cultes? En effet, les différences géographiques des climats et des lieux, la diversité des impressions produites par telle ou telle manifestation de la nature, sur des races plus ou moins sensibles.

plus OU moins impressionnables, réagissaient sur l'imagination humaine, et la disposaient à se créer une divinité concrète, dont elle empruntait la substance aux objets qui la frappaient le plus vivement dans les différents règnes de la nature. Le cours des siècles et Tinstinct naturel qui poussait l'homme à se forger des dieux, devaient nécessairement porter son imagination à revêtir l'idéal divin de symboles et de formes aussi multiples et aussi fantastiques que les circonstances mêmes qui leur avaient donné lieu. Il fallait en somme, que les dieux fussent des êtres finis, soumis à toutes les lois du temps et de l'espace, assujettis à tous les besoins de ]a nature. Or, en raison du caractère ou du degré de civilisation du peuple, ces dieux naturels formaient une transition, entre l'agent simple, considéré comme une force physique agissante, et la personnalitë individuelle ; ou bien, ils étaient regardés comme personnalités réelles, parfaites, ayant conscience d'ellesmêmes. Dahs le dernier cas, ils étaient aussi, dans l'idée de leurs adorateurs, soumis en partie aux conditions de l'existence humaine, partageant les affections, les pas^ sions et les intérêts des hommes, et ne différant de ceux-ci que par une sorte de graduation.

3. — De cette déification de la nature, naquit d'abord le culte élémentaire : une divinité de l'Ether ou de la voûte céleste, ou encore, si l'Ether était considéré comme ne formant qu'un tout avec les astres, une divinité du ciel surgissait en regard d'une divinité de la terre : Je feu comme puissance échauffante et nourricière de la nature, ou aussi comme puissance dévorante et dévastatrice, fut honoré de bonne heure comme une divinité particulière. L'Apothéose se développant, on distingua plus tard l'élément humide ou aqueux de l'élément terrestre, qui fournit ainsi un qqatrièmé di0u élémentaire.

4. — Dans TOrient, où les astres brillent d*un éclat plus vif, sous un ciel toujours pur, et où les hommes subissent une impression plus profonde à l'aspect de ces corps célestes, se développa Tastrolâtrie, le culte des astres qui éclairent la terre. Les hommes se sentirent tout d*abord irrésistiblement attirés vers le soleil, ce grand ressort de la naturç, foyer et force dominante du monde visible, source universelle de la lumière et de la vie : dans l'élan d'une sensibilité élevée, encore surexcitée par les impressions qu'éveillait l'aspect de la nature et du système cosmique, on se livra avec une aspiration ardente et passionnée aux puissances sidérales du ciel. On se sentit dominé par elles, comme par une influence magique : le culte qu'on leur rendit, leurs rapports avec toutes les forces intellectuelles, la sympathie et la corrélation de leurs phases, leur déclin, leur disparition, leur retour, et surtout cette idée dominante dans toute l'antiquité, que les corps célestes n'étaient pas des masses inertes de feu ou de terre, mais des êtres vivants et animés, — toutes ces causes contribuèrent à donner à la déification et à l'adoration un caractère plus général et plus complet : la religion devint l'astrolâtrie.

5. — Là, au contraire, où l'aspect du firmament causait une impression moins vive, où l'homme entouré d'une végétation splendide et de l'opulence d'un sol richement orné, se rattachait à la terre, attiré par cette nature vivace qui captivait tous ses sens et toutes ses affections, là, dis-je, naquit laGéolâtrie. La terre, mère nourricière, aux puissantes mamelles d'où jaillissent des trésors de forces bienfaisantes, et où viennent tour à tour s'engloutir tous les êtres vivants, la terre fut adorée comme la grande divinité : de la déification de ses forces naturelles, naquit un polythéisme complexe et systématiquement coordonné. On avait observé que tous les actes

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de la nature exigeaient lé concours de deux forces ou substances, l'une mâle, active, procréante ; l'autre femelle, passive, concevante : qu'ainsi le ciel et la terre, le soleil et la lune, le jour et la nuit agissent de concert par la reproduction des êtres : cette observation conduisit à partager et à répartir les divinités par couples et par sexes. On avait commencé par regarder la Divinité comme un être androgyne, réunissant en soi les deux sexes: on^nit par distinguer l'être femelle de la divinité mâle, en le subordonnant à cette dernière. C'est après être fécondée dans son union avec le Dieu du ciel, que la déesse de la Terre engendre ses productions variées : on en vint même à personnifier et à diviniser les cours d'eaux qui alimentent la fécondité du sol, et qui assurent la nourriture de ses habitants.

6. — La religion grecque dérivait naturellement du développement et de l'histoire de la nation ; le peuple grec, issu du mélange de races très-variées, formait, en quelque sorte, la ligne de démarcation entre l'orient et l'occident : cependant le type occidental prédominait en Grèce, mais tempéré et modifié considérablement par les colonies, par les migrations alternatives et par les relations suivies, en un mot, qu'échangeaient entre elles la Haute-Asie et THellade. Placé dans ces conditions, le peuple grec n'eut pas de peine à faire passer dans sa vie sociale, les mœurs asiatiques et à adapter les idées religieuses et les cultes de l'Asie et de l'Egypte à ses convictions morales. Comme dépositaires des élé* ments épars, dont l'ensemble devait former la religion grecque, nous voyons apparaître dans les temps antéhelléniques, les Lélèges, les Cariens, les Thraces et les Pélasges.

7. — Les Lélèges étaient un peuple primitif, habitant le littoral de l'Asie et de la Grèce d'Europe, mais répandu aussi dans presque toute la Grèce centrale et les

îles de TArchipel, et dont les anciens eux-mêmes ne connaissaient pas l'origine. Ils paraissent s'être unis aux Cariens, peuple maritime, apparenté aux Lydiens et auxMysiens, et qui s'était établi dans les Cycladeset sur les côtes du continent Grec, Attiqueet Mégare. Ces deux peuples se fondirent plus tard avec les Hellènes. Les Thraces d'origine phrygienne, peuplaient outre la Macédoine et une partie de la Thessalie, toute la Phocide et la Béotie, jusqu'aux confins d^ l'Attique : d'autres tribus de cette grande nation, beaucoup moins civilisées, s'étaient répandues au loin dans les montagnes du nord, ce peuple contribua le plus à l'organisation reli- ^. / gieuse delà Grèce primitive, et au développement de sa

civilisation. La poésie religieuse, la musique sacrée, les rites et les mystères de Déméter, naquirent chez les Thraces : Hérodote leur attribue même l'invention des divinités d'Hermès, d'Ares, de Dionysos et d'Artemis. On comprenait sous le nom de Pélasges, aussi vague que le furent plus tard ceux de Saxons et de Franks, une masse de populations grecques, qui s'étaient répandues, bien avant la période hellénique, dans le Péloponèse, l'Attique, la Béotie, l'Epire, l'Arcadie, l'Argolideet une partie de la Thessalie, et dont le siège principal était l'Arcadie, l'Argolide et la Perrhébie.

8. — Au rapport d'Hérodote, les Pélasges qui avaient déjà un centre religieux dans l'oracle de Dodone, ado* raient des dieux sans nom, c'est-à-dire, des puissances cosmiques, immatérielles, qui présidaient à l'arrangement de l'univers, astres et éléments: ils les désignaient sans doute par des noms génériques, comme ciel, * terre, soleil, etc., mais ils ne les revêtaient cependant pas encore d'une nature humaine ni d'une existence personnelle limitée par l'individualité, et ne leur donnaient par conséquent, point de noms propres qui exprimassent l'idée de la personnalité anthropomor-

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phlque. Aussi ne trouvait-on chez eux ni temples ni idoles figurées sous une forme humaipe, ce qui fit que plusieurs divinités passèrent plus tard pour Autochtones chez les Arcadiens et les Béotiens pélasgiques, qui les disaient nées ou élevées dans le pays. Zeus, Héra, Poséidon, Hermès, Athéné, étaient, disait-on, nés en Arcadie. Pan et Jupiter y avaient été nourris et élevés, Tun par Sinoê, Tautre par les nymphes du Lycée. Mais les Béotiens affirmaient de leur côté, qu*Hermès avait vu le jour dans leur pays, théâtre aussi des aventures de Kronos et de Rhée, et première demeure d* Athéné. C'était impliquer la conviction que ces dieux et leur culte n'étaient pas une importation étrangère, mais qu'ils étaient un produit primitif, inhérent à la race, des forces naturelles amorphes, devenues plus tard des individualités personnifiées sous une forme humaine. Les grossiers fétiches auxquels on rendit bien longtemps encore des hommages divins, sont un monument du culte primitif des Pélasges. Héra était adorée à Samos et à Thespie sous la forme d'un ais : Athéné Lindia était représentée par un globe poli et irrégulier, Pallas attique par un pieu grossier, et TArtémis icarienne par une motte de terre. Le Jupiter Meilichios de Sycione avait une forme pyramidale : le Jupiter Casios était un rocher : TApollon (Egien, avait la figure d'un triangle allongé : les idoles des grâces à Orchomène, étaient des aérolithes bruts, et Hermès était figuré par un simple phallus. Cependant, comme Hérodote ajoute plus loin : — les Pélasges n'ont appris à connaître les noms et les attributs des dieux, que par leur commerce avec les pays étrangers, l'Egypte surtout, (nous comprenons ici les Phéniciens et les autres asiatiques), et ils ont ensuite, sur l'autorité, adapté à leurs propres divinités et transmis aux Grecs, ces noms et ces attributs traditionnels. — On doit croire que le contact d'étrangers, beaucoup plus

avancés dans la figuration et la personnification des forces de la nature, développa chez les Pélasges Tidée d'appliquer à leurs dieux nationaux des traditions analogues, et les engagea à leur donner des noms particuliers.

9. — Au berceau des âges antéhistoriques, il existait, paraît*il, deux divinités supérieures, une mâle et une femelle, un dieu du ciel et une déesse de la terre, divinités auxquelles les Pélasges vouaient un culte exclusif. Le Jupiter Pélasgique, n*était pas seulement fils de Kronos et oncle d'Uranus : c'était encore un dieu primitif qui, suivant les hymnes de Dodone (i), a toujours existé en cet endroit: on lui consacrait partout les cimes élevées, et on se plaisait à lui offrir des sacrifices sur les hauteurs et les montagnes : il était le dieu de l'atmosphère, portant pour emblèmes la foudre et le chêne, et faisant tomber à son gré les pluies qui devaient donner à la terre la fécondité et la vie. Dans son sanctuaire de Dodone, il révélait sa présence, par le bruissement du vent dans les branches supérieures du chêne qui lui était consacré, et dont les prêtres, Tomures et plus tard Selles, interprétaient ensuite le murmure. En Arcadie, il possédait sur la plus haute cime du mont Lycée, un autel placé entre deux colonnes surmontées d'aigles, que Lycaon, fils de Pélasge, premier roi du pays, lui avait érigé et qu'il avait dû consacrer par l'offrande d'un enfant. Du temps de Pausanias, on sacrifiait encore sur cet autel avec des cérémonies emblématiques et mystérieuses qui rappelaient l'ancien sacrifice humain (s). A Argos, on vit longtemps debout le Jupiter Triophthalme, figure sculptée, qui avait un 3*^ œil dans le front, et qui symbolisait le dogme antéhellénique sui-

(l)Pausau. «0,12,3.

{i) Ibid. 8. 38. 7.

vant lequel la triade divine se partageait les trois règnes du monde, sous un Dieu suprême et unique (i).

10. — Le culte d'une divinité suprême femelle était aussi ancien que le culte du Dieu primitif m&Ie : Géa apparaît, même dans les théogonies les plus récentes, comme la mère de tous les vivants. Le culte primitif et pélasgique de Géa se conserva fidèlement à Athènes, à Sparte, à Patia, à Olympie, à Delphes : c'était une de ces divinités pélasgiques qui n'avaient point de nom ni de forme, la plus ancienne peut-être, car même dans Eschyle et Sophocle, Jupiter est appelé son fils (2). A Phlié, elle s'appelait la grande déesse : elle avait des oracles à Delphes et à Olympie, et à Gaïon, près d'Egée, sa prétresse devait boire du sang de taureau pour son initiation . A Dodone, on l'appelait Dioné, el ce ne fut que plus tard, qu'elle fut regardée comme l'épouse de Jupiter. Cette déesse de la nature ou de la terre, fut donc aussi regardée et vénérée comme la grande '^mère dont le sein avait porté et enfanté les dieux eux-mêmes, et tous les êtres qui ont reçus le jour. Comme l'auteur femelle de la vie naturelle, on l'unit à Jupiter, tantôt comme épouse, tantôt comme mère: la terre, l'air et la lune étaient considérés, tous trois, comme gynides, concevant et enfantant, en opposition aux agents procréateurs mâles, le ciel, l'éther et le soleil, et tous trois symbolisant l'idée d'une divinité mère primitive commune. C'est toujours la mère des dieux apparaissant comme Rhée dans les récits Cretois, comme la Cybèle de la Haute-Asie, adorée à Pessinus sous la forme d'une pierre quadrangulaire, honorée chez les Pélasges d'Arcadie et d'Argos, comme l'antique déesse de la lune et de la terre (Héra), et plus tard à Samos, où elle n'était

(l)ïb.2.^i. 4. V

(2) Eschyl. sappl. 90L. Sophoci. Philoct. 392.

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originairement qu*un tronc informe, personnifiée sous une figure humaine : reproduisant enfin le type oriental de la déesse de la nature Uranie aphrodite, qu'on rencontrait encore dans les jardins d'Athènes figurée par THermès quadrangulaire des anciens Pélasges.

11. — Le principe mâle fécondant, qu'accompagnait^ la mère des dieux sous la figure du Phallus, du Serpent, ou du Bélier, fut insensiblement déplacé par Zeus, ou dégagé, comme démon pélasgique anonyme, du symbole actif de la force naturelle, le Phallus, pour revêtir la forme personnelle et stable d'Hermès, le dieu de la fécondation et de la croissance naturelle : les anciennes représentations de ce dieu étaient des tas de pierres brutes ou de pilastres nommés Hermès, portant une tête barbue et le phallus. Ces Hermès en tas, ainsi que les Hermès quadrangulaires, abondaient surtout dans l'Arcadie pélasgique ; à Cyllène, cependant, port d'Elis, on l'adorait encore sous la figure primitive d'un simple phallus.

12. — Le culte du soleil, Hélios, remonte aussi haut que le précédent: on retrouve dans Hélios comme dans Géa, même à une époque plus avancée, un des dieux anonymes des Pélasges : ainsi du temps de Pausanias, on l'adorait encore en beaucoup d'endroits, simplement comme Hélios, c'est-à-dire, sans le confondre avec Apollon, comme on le faisait ailleurs, en mêlant leurs noms et leurs cultes. Il est à remarquer que ces endroits étaient précisément ceux où les traditions et les cultes pélîisgiques s'étaient conservés dans toute leur pureté; à Elis il avait auprès de Séléné, une statue de marbre, dont la tête était entourée de rayons: près de Thalame, en Messéqie, et à Mégalopolis, dans le temple d'Aphrodite, il avait aussi des statues, tandis qu'aillieurs, à l'Acropolis de Corinthe, à Argos, à Mantinée, ^ Trézène, on x\Q lui fivait élevé que des autels, comme

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à un dieu qui n'avait point eu primitivement d'image, et qui par sa présence toujours sensible, paraissait ne pas nécessiter, comme les divinités élémentaires, l'érec-» tion d'un symbole ou d'une image anthropomorphique (i).

13. — A mesure que les Grecs primitifs de l'époque antéhellënique se formaient en corps de nation, ils se créèrent parmi les simples puissances et les phénomènes de la nature, des divinités qui ne furent, que beaucoup plus tard sans doute, reliées théogoniquement au premier couple divin : une divinité du feu, très-ancienne, s'offre avec son culte bien caractérisé dans Hestia, dont Hésiode, d'après les récits Cretois, fait la fille aînée et toujours vierge de Kronos et de Rhée. Protectrice du feu de l'âtre et de l'autel, elle le devint aussi du foyer et de la vie domestique dont il est l'emblème : dans beaucoup de villes grecques, un brasier perpétuel brûlait en son honneur. Longtemps représentée par la pierre et les flammes de l'âtre, elle ne s'identifia pas directement avec une personnabilité concrète: elle n'eut pas d'histoire mystique, et paraît n'avoir possédé de statues qu'à Athènes et à Ténéos, ainsi qu'à Naucratis en Egypte. Bien qu'elle fût invoquée, avant tous les autres dieux, dans les sacrifices, et qu'on lui en off'rît lu première victime, ses temples étaient peu nombreux et on ne lui dédiait que fort peu de solennités particulières (2).

14. — Venait ensuite le culte des divinités chtoniques et des puissances souterraines. Ce culte né en Grèce à l'époque la plus reculée, se retrouve de préférence, dans les contrées qui passaient encore dans la

(1) Paus. 6. 21. 5. 8 31. 4. 3. 26. 1. 2. 18. 3.

(2) Piud. Nem. 11. 1. ss. Hom. Hymn. 20. Paus. 1. IS* 3—2. 55. 2-2. 80—2.

suite, pour avoir été occupées par les races antéhelléniques. Hadés, le dieu du monde inférieur, n*était point encore à cette époque, comme il le devint beaucoup plus tard, le dispensateur des moissons et de la prospérité des champs : il ne portait pas le nom de Pluton qui lui fut donné pour la première fois, par les poètes tragiques : c'était le redoutable Âïdonée, le souverain du royaume des ombres, le domin\iteur sombre, sévère, inexorable, que ne figurait encore aucune image : son culte semble avoir disparu de beaucoup d'endroits où il existait primitivement, et Ton pourrait même affirmer qu'il n'était plus célébré qu'à Pylos et à Elis (i). La divine compagne qu'on lui avait assignée, n'était point encore Cora, la fille chérie de la déesse de l'agriculture, Déméter ; c'était Perséphbne, suivant l'étymologie de son nom, l'exterminatrice, la redoutable déesse de la mort, dévorant tous les vivants, et qu'Homère luimême, n'appelle encore que l'efiroyable. Déméter ellemême était vénérée en Arcadie, à Pbigale, comme une divinité sombre, hostile, vêtue de noir, ayant une chevelure de serpents et habitant une caverne. A Thelpusa, on l'honorait comme Déméter Erinnys. Ce n'est que plus tard, paraît-il, et dans les régions pélasgiques hellénisées par l'influence des mystères d'Eleusis, que le culte de Déméter devint celui d'une divinité souterraine, et que Déméter, transformée en une déité amie, Perséphone (fille d'une divinité qui n'avait point eu de mère, ou, suivant une autre version, née d'une fille du Styx (2),) s'identifia avec Kora, la fille de Déméter, et devint ainsi l'enfant d'une mère céleste et même une déesse issue de l'éther lumineux ou du ciel. De là ce

(l)Eustath. p. 7. U.5.

(2)Apono(l. 1.31.

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grand nombre de sanctuaires de Déméter Eleusinique qu'on rencontrait en Arcadie (i).

15. — C'est également à l'époque antéhellénique, qu'il faut rapporter le culte des Cabires, les dieux forts, les dieux grands, puissances suprêmes de la nature, honorées d'abord sans noms spéciaux. Ce culte était vraisemblablement d'origine phénicienne : il fut apporté à Thèbes par la race phénicienne des Cadméens, d'où les Pélasges Thyrrènes, qui s'étaient mêlés à eux,"^ l'importèrent dans l'île de Samothrace. La divinité mère créatrice qui les présidait, Âxiéros, fut comparée plus tard, suivant l'usage des Grecs, à Déméter, Rhée, ou Cybèle. Le couple divin qui complétait la triade chtonique, Âxiokersos et Âxiokersa, n'était, suivant l'explication de Mnaséas (2), que Hadés et Perséphone ou Dionysos et Cora: quelques traditions admettaient cependant un quatrième Cabire, Hermès Cadmilus, qui fut adjoint au groupe primitif, comme Dieu souche des Pélasges Thyrrènes, probablement à la suite d'une descente de ce peuple en Samothrace. D'après Varron cependant, Cadmilus n'aurait été ajouté que comme servant des grands dieux (3) : au contraire, dans l'île volcanique de Lemnos, où existait le culte du feu, le groupe des Cabires se composait du couple divin d'Hephestos et Cabeîro, et de leurs trois fils, qui étaient regardés, à cause des attributions de leur père, comme les dieux protecteurs des arts métallurgiques (4).

(J) Pansanias 8. 14. 8. — 25. 2. 29. — 4. i9. 51, etc.

(2) Schol. Paris. Apollon. Rhod. 1. 917.

(3) Strabo p. 472.

(4) Liog. lat. 6. 88.

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